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  • il y a 7 semaines
Ce jeudi 10 septembre, la stratégie made in Europe de la Commission de Bruxelles a été abordée par Emmanuel Lechypre et Jean-Marc Daniel dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à le Chypre, Jean-Marc Daniel, bonjour à tous les deux.
00:02Bonjour.
00:03Et bienvenue à vous, il est 8h44 sur BFM Business RMC Live Canal 25.
00:06La commission de Bruxelles mise sur la stratégie du Made in Europe.
00:10Elle décide la possibilité de donner aux collectivités d'exclure d'emblée les entreprises chinoises de leurs appels d'offres
00:16pour encourager le recours aux fournisseurs européens ou locaux dans les marchés publics.
00:21Votre avis Jean-Marc Daniel, pour ou contre ?
00:23Moi je suis résolu mais en contre parce que derrière toutes ces mesures,
00:26il y a forcément un nom dit qui est la défense du protectionnisme.
00:31Alors on peut appeler ça maintenant avec des termes beaucoup moins radicaux.
00:34On dit c'est de la politique industrielle, c'est de la souveraineté.
00:37C'est un protectionnisme assumé en fait.
00:39Mais plus ou moins, plus ou moins, plus ou moins.
00:42Mais toujours est-il qu'effectivement c'est totalement inopportun.
00:45D'abord parce que derrière ce protectionnisme, ce discours sur la politique industrielle,
00:50il y a le fait qu'on semble ignorer que l'Union Européenne est un des principaux excédents extérieurs
00:56à la surface de la planète, voire même le plus important.
00:58Si on regarde les dernières statistiques du début d'année,
01:02la Chine est aux alentours de 180 milliards d'excédents trimestriels de sa balance des paiements courants
01:08et l'Union Européenne est à 150 milliards.
01:12Donc on est à peu près dans le même ordre de grandeur,
01:14si ce n'est que nous nos chiffres sont à peu près honnêtes,
01:16alors que ceux de la Chine sont largement gonflés.
01:18Donc, premier élément, on n'a pas besoin de faire des politiques protectionnistes
01:23pour défendre la situation extérieure de l'Union Européenne
01:26parce qu'on est largement en excédent.
01:28La deuxième chose, c'est se focaliser sur la Chine.
01:31Alors, Emmanuel connaît cette formule que j'utilise assez souvent,
01:34qui est une formule de la fin du 19e siècle concernant la Chine,
01:37où un écrivain qui s'appelait Paul Bourget disait que
01:40l'ouvrier à 5 sous, elle est vainque au l'ouvrier à 5 francs.
01:43L'ouvrier à 5 sous, c'était l'ouvrier chinois,
01:45l'ouvrier à 5 francs, c'était par définition l'ouvrier français.
01:48Et il a lancé déjà la déroute de l'industrie française
01:51face à la montée en puissance de la Chine.
01:53On est 120 ans, 130 ans après,
01:55et la déroute n'a pas eu lieu parce que des économies ont évolué,
02:00on s'est adapté, et donc on a été capable de répondre.
02:03Et puis, dernier exemple historique,
02:05la référence à les États-Unis, le Buy American Act.
02:09Donc, le Buy American Act, il a été signé par un président
02:12qui s'appelle Herbert Hoover,
02:13qui a été, ça a été le dernier acte qu'il a signé au mois de mars 1933.
02:18Et puis, quand son successeur a disparu, c'était Roosevelt,
02:23il a été remplacé par Truman,
02:25et il partageait la même haine pour Roosevelt.
02:27Donc, Truman est allé chercher Hoover,
02:29et il lui a demandé, quelle est la chose que vous regrettez le plus ?
02:32Quelle est la décision que vous regrettez le plus ?
02:34Et il dit, c'est d'avoir signé le Buy American Act.
02:37C'est une bêtise, parce que disait Hoover,
02:40celui qui va payer les conséquences du Buy American Act,
02:43c'est le contribuable américain.
02:45Sauf qu'il existe toujours ?
02:46Oui, il existe toujours, c'est toujours une bêtise.
02:49Et c'est toujours une façon de prélever du pouvoir d'achat
02:51sur le contribuable américain.
02:53Or, nous, nous avons la chance en Europe de ne pas subir cette bêtise.
02:56Donc, quelle idée de vouloir s'engager dans une situation
02:59et dans une procédure dont la conséquence, je maintiens,
03:02sera de baisser le pouvoir d'achat du contribuable,
03:04puisque si les administrations achètent, indépendamment de la concurrence,
03:08elles vont payer plus cher.
03:09Dans des situations où le véritable problème,
03:11c'est plutôt la situation des finances publiques
03:13que la situation du commerce extérieur.
03:15Donc, pas de protectionnisme,
03:17et surtout, pas d'appel aux entreprises nationales
03:21pour satisfaire une commande publique qui est déjà sous contrainte.
03:24Emmanuel Lechypre.
03:25Oui, mais justement, c'est ça la philosophie qui est assez nouvelle.
03:29C'est un vrai changement de doctrine pour l'Europe
03:31de considérer que le prix n'est pas l'alpha et l'oméga
03:34de la prospérité, de la cohésion sociale.
03:36Et ça, c'est quand même un texte extrêmement fort.
03:40Pendant des décennies, effectivement,
03:42c'est ce que dit Jean-Marc, la philosophie européenne,
03:43c'était la concurrence fait baisser les prix,
03:46c'est bon pour le pouvoir d'achat et le consommateur,
03:47donc ouvrons nos marchés.
03:49Et là, on rentre dans un schéma
03:50qui est plus le prix le plus bas
03:53n'est pas nécessairement le coût le plus bas
03:55pour l'Europe demain,
03:56parce que oui, les prix bas, ça a un coût.
03:58L'Europe commence enfin à considérer
04:01les marchés publics non plus
04:03comme un moyen d'acheter au meilleur prix,
04:05mais comme un instrument de politique industriel.
04:07C'est un virage que les Etats-Unis et la Chine
04:09ont déjà pris depuis longtemps.
04:10Il fallait mettre fin à cette naïveté,
04:12sachant que la commande publique en Europe,
04:14c'est 2500 milliards d'euros.
04:16C'est 15% du PIB européen.
04:18Or, les Etats-Unis, la Chine
04:20et même d'autres pays comme l'Inde
04:21utilisent depuis longtemps leur marché public
04:23comme instrument de politique industriel.
04:25Donc là, l'Europe se met enfin au niveau de ses adversaires.
04:29Deux, j'entends l'argument de Jean-Marc
04:32sur le libre-échange, etc.
04:34Mais le libre-échange suppose quand même la réciprocité.
04:38Là, on ne pouvait pas dire qu'il y avait de réciprocité.
04:41Ça fonctionne si tous les marchés sont ouverts.
04:43Mais on voit bien que les marchés chinois,
04:44pour beaucoup, n'étaient pas ouverts.
04:46Si vous prenez les dispositifs médicaux,
04:48la Commission a constaté des restrictions
04:50sérieuses et récurrentes
04:51imposées aux entreprises européennes en Chine.
04:53alors que ces restrictions n'existent pas
04:55pour les entreprises chinoises.
04:56Et puis enfin, le prix chinois,
04:58ce n'est pas forcément un prix de marché.
05:00Parce que c'est un prix aussi
05:01qui est très largement subventionné.
05:04Donc, il y avait quand même
05:05énormément de perturbations de concurrence
05:08dont les Européens étaient victimes.
05:09Donc, je trouve que réintroduire
05:11dans la politique d'achat public
05:14des critères qui ne sont pas seulement
05:16des critères de prix très bas,
05:18mais des critères de pourcentage
05:20de Made in Europe, etc.
05:21C'est quand même une très bonne décision.
05:24Un argument qu'on peut reprendre,
05:26Jean-Marc Daniel,
05:26c'est quand même,
05:27vous qui êtes favorable au libre-échange,
05:28il y avait distorsion de concurrence,
05:30quand même.
05:31Le grand discours sur la distorsion de concurrence,
05:34sur le dumping et tout ça,
05:36est un discours, d'ailleurs,
05:37qui est très ancien,
05:38puisque quand on a promulé le libre-échange
05:40au début du 19e siècle,
05:41la question s'est posée.
05:42Est-ce qu'il doit y avoir réciprocité ?
05:44Et donc, la théorie économique,
05:46c'est assez compliqué à démontrer,
05:48mais démontre qu'on a plutôt intérêt
05:49à accepter le libre-échange,
05:50même si l'adversaire perturbe
05:52la formation des prix
05:54par des mesures de dumping.
05:56Mais de façon assez simple
05:57et assez nette,
05:58dans le cas présent,
06:00on a quand même une zone,
06:02l'Union européenne,
06:02qui, encore une fois,
06:03est un excédent extérieur.
06:04Et donc, une zone
06:05dont le problème,
06:06ce n'est pas son commerce extérieur,
06:08le problème,
06:08c'est la situation
06:09de ses finances publiques.
06:10Et qu'est-ce qu'on propose ?
06:11C'est de faire en sorte
06:12que les dépenses
06:14soient plus importantes
06:15que dans la situation précédente,
06:16en faisant en sorte
06:17qu'on augmente les prix.
06:19Parce que les prix
06:21qui vont être pratiqués
06:22par les entreprises européennes
06:22sont plus élevés
06:23que si on avait acheté en Chine.
06:24Oui, c'est certain.
06:25Et donc, on passe à côté
06:27du vrai problème
06:28qui est la situation
06:28des finances publiques,
06:29au nom d'une vision
06:31qui est une vision
06:31dans laquelle,
06:33qui est assez morale.
06:34C'est-à-dire qu'il s'agit
06:35de punir le Chinois.
06:36Le Chinois est déloyal.
06:37Le Chinois pratique des prix
06:39qui sont des prix
06:39qui ne sont pas les bons prix.
06:41Le Chinois est subventionné,
06:42ce que disent les manuels.
06:43Oui, mais qui en bénéficient ?
06:44Mais c'est nous.
06:45Encore une fois,
06:46grâce aux subventions
06:47du contribuable chinois,
06:48le contribuable européen
06:50va avoir moins à payer
06:51puisque les prix
06:52seront moins élevés.
06:53Donc, on a plutôt intérêt
06:54à adopter...
06:56C'est vrai que quand on parle
06:56du pouvoir d'achat,
06:57c'est intéressant.
06:59On dit l'enjeu,
06:59c'est le pouvoir d'achat.
07:00Et la seule proposition
07:02que l'on nous fait,
07:02c'est de taper
07:03sur le pouvoir d'achat.
07:04Ça n'est plus le seul enjeu.
07:05C'est ça, effectivement.
07:06J'accepte l'argument
07:08de Jean-Marc,
07:09selon lequel, effectivement,
07:11ça conduira sans doute
07:12à des prix un peu plus élevés.
07:13Mais ces prix un peu plus élevés,
07:15au final,
07:15en termes de bien-être
07:16économique et social
07:17en Europe,
07:18ils auront un effet positif.
07:21Prenez quand même
07:21l'exemple du solaire.
07:23Rappelez-vous,
07:24on a encouragé le solaire
07:25et on a acheté
07:25comme des fous
07:27des panneaux
07:28photovoltaïs chinois.
07:29Tous les producteurs
07:30européens sont morts.
07:31La souveraineté,
07:31aujourd'hui,
07:32c'est quand même une notion
07:33dont il faut assumer
07:35l'importance
07:35et dont il faut aussi
07:36assumer le coût.
07:38Le fait qu'on n'ait plus
07:39personne en Europe
07:39qui soit capable
07:40de produire
07:41des panneaux photovoltaïques,
07:42c'est un problème.
07:43Si demain,
07:44dans un monde
07:45qui est de plus en plus
07:46géopolitique,
07:47où l'économie
07:47est de plus en plus
07:48dans les mains
07:49de vision géopolitique
07:51et géostratégique,
07:52si tous nos fournisseurs
07:53demain décident
07:54« non, vous,
07:55ces produits-là,
07:55vous n'en aurez plus,
07:56ces produits-là,
07:56vous n'en aurez plus »,
07:57il y a quand même
07:57un vrai sujet là-dessus.
07:58On devient complètement dépendant.
07:59Et il faut que l'Europe,
08:01ça a un coût,
08:02je suis d'accord,
08:02mais il faut que l'Europe
08:03protège aussi
08:04sa souveraineté
08:05et qu'il y ait des producteurs
08:06en Europe.
08:06Et d'ailleurs,
08:07je trouve que cette mesure
08:08est particulièrement intéressante,
08:10cette nouvelle stratégie
08:10pour inciter les Chinois
08:12à venir produire en Europe.
08:14Parce qu'à la limite,
08:14moi, ça ne me dérange pas
08:15qu'on achète Chinois
08:16si c'est made in Europe.
08:18Mais pas du Chinois,
08:20mais dans Chine,
08:21made in China,
08:22dans des conditions
08:22de concurrence douteuse.
08:24Dernier mot sur notre dépendance.
08:26D'abord,
08:26si c'est made in Europe,
08:27ça coûtera plus cher
08:28que si c'est made in Chine.
08:30Donc, on a plutôt intérêt
08:30à maintenir la production en Chine.
08:33Deuxième élément,
08:34on n'avait pas de pétrole,
08:35mais on espérait avoir des idées.
08:36Mais on n'a pas de panneau solaire.
08:38Il faut avoir des idées.
08:39C'est-à-dire considérer
08:40que forcément,
08:42il faut être quasiment
08:43en autarcie,
08:43tout produire
08:44pour être sûr
08:44d'avoir la souveraineté.
08:45Sauf que nos idées
08:46ont fait des transferts
08:48de technologie à la Chine.
08:50Le véritable enjeu,
08:51c'est d'avoir des idées,
08:52d'avoir de l'innovation,
08:53d'être en avance
08:53par rapport aux Chinois.
08:54Et alors,
08:55la dernière remarque
08:55que je ferai,
08:56c'est, vous savez,
08:56il y avait une révolutionnaire,
08:58Madame Roland,
08:58qui disait
08:59« Liberté,
08:59que de crimes
09:00on commet en ton nom ».
09:01Moi, je paraphraserais ça
09:02en disant « Souveraineté,
09:04que de bêtises,
09:05que de crimes
09:06on commet en ton nom ».
09:07Et ce sera le dernier mot.
09:08Merci Jean-Marc Daniel.
09:09Merci Emmanuel Lechypre.

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