00:00Hier, après son annonce de candidature à la présidentielle, Marine Le Pen a été très claire, façon Trump.
00:04Elle a dit « la politique peut toujours changer la vie des gens ».
00:07Ça m'a interpellée parce qu'en même temps, on a eu l'alerte du comité de politique de finances
00:12publiques
00:13qui a revu les prévisions de croissance à la baisse, qui a annoncé 3 milliards d'euros d'économie
00:16et qui a dit qu'on ne tiendrait pas les 5% de déficit parce que ça serait trop dur.
00:20Ma question à vous, Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre, c'est presque de la philo ce matin,
00:23c'est pour ça que je vous explique.
00:25Est-ce qu'au fond, l'état de nos finances publiques empêche nos politiques d'agir ?
00:29Est-ce qu'ils sont condamnés à l'impuissance à cause de l'état de nos comptes publics ?
00:33On va quand même passer assez vite de la philosophie à la comptabilité, si vous voulez.
00:38Moi, ce que je constate, c'est que la dernière fois qu'on a eu un candidat à la présidentielle
00:42qui nous a promis de changer la vie, parce que c'est ce qu'elle nous a dit,
00:44Marine Le Pen, hier, on va changer la vie des Français,
00:47la facture a été assez salée, rappelez-vous, c'était changer la vie ici et maintenant,
00:51c'était le second de François Mitterrand en 1981.
00:54La réalité, c'est que d'abord, il faut s'entendre sur ce que ça veut dire changer la vie.
00:59changer la vie, c'est quoi ? C'est plus de pouvoir d'achat,
01:01donc plus de pouvoir d'achat, c'est quoi ? C'est plus de salaire,
01:04c'est moins d'impôts, moins de cotisations sociales, d'une façon ou d'une autre,
01:08ça coûte aux finances publiques.
01:10Est-ce que c'est des meilleurs services publics ?
01:12Oui, c'est une meilleure école, des hôpitaux qui soignent mieux,
01:15la justice, plus de policiers, une armée qui fonctionne,
01:20tout ça, c'est quand même des milliards à dépenser.
01:22Est-ce que c'est des infrastructures performantes ?
01:24Ah bah oui, c'est super d'avoir des réseaux électriques qui résistent à tout,
01:27mais ça, on nous dit que ça va nous coûter 200 milliards d'euros.
01:30On veut plus de nids de poules sur les routes,
01:32on veut des ponts qui ne s'écroulent plus,
01:33bah oui, ça coûte 100 milliards d'euros.
01:35On veut des voies ferrées qui ne fondent plus au soleil,
01:37c'est à peu près 100 milliards d'euros aussi.
01:39On veut des réseaux d'eau qui ne soient pas des passoires,
01:41c'est à peu près 60 milliards aussi.
01:43On veut s'adapter au changement climatique,
01:45allez, on nous dit que ça coûte à peu près 70 milliards par an,
01:47donc je ne vois pas comment on ne peut pas dépenser.
01:49Alors après, il n'y a que deux façons finalement de dégager des marges de manœuvre.
01:55Enfin moi, j'en vois que deux.
01:56C'est évidemment lutter contre tous les gaspillages d'argent public,
02:00mais enfin ça, ça fait 40 ans qu'on essaye de le faire et on n'y arrive pas.
02:03Et puis il y a beaucoup de ressources du côté de la simplification, etc.
02:07Puisque la complexité, on nous dit que ça coûte 60 milliards par an.
02:10Mais là encore, il y a un paradoxe terrible qui est qu'on veut un monde plus simple,
02:14mais un monde qui est de plus en plus complexe
02:16et on voit bien qu'à chaque fois, la première demande...
02:18C'est un ministère de la simplification, il y en a eu plusieurs fois.
02:21Oui, mais le problème, c'est qu'alors-là, on en connaît plein,
02:23et des patrons brillants, notre ami Guillaume Poitrinal, etc.
02:26Tous les comités théodules qui se sont réunis pour essayer de simplifier,
02:29qui se sont épuisés là-dessus tellement les vents sont contraires.
02:32Donc moi, je veux bien, si elle arrive, Marine Le Pen,
02:34à nous dire qu'elle va simplifier effectivement drastiquement
02:37notre vie administrative et rationaliser la dépense publique
02:41en luttant contre tous les gaspillages qui sont par ailleurs parfaitement identifiés,
02:44voilà, mais franchement, c'est quand même lui accorder beaucoup, beaucoup de confiance.
02:48Pour vous, Jean-Marc, on peut changer la vie des gens sans dépenser plus ?
02:51Oui, non seulement sans dépenser plus, mais en dépensant moins,
02:54parce qu'on a parlé effectivement de 1981,
02:56qui était le slogan du Parti Socialiste et de François Mitterrand à l'époque.
03:00Il faut voir que le problème, c'était pas tellement un problème de finances publiques,
03:03c'était un problème puisque le déficit n'a jamais dépassé les 3% à l'époque.
03:06C'était un problème de déficit extérieur.
03:09Et ce problème, effectivement, est un problème qui est toujours là,
03:12mais qui est un problème qui ne s'adresse pas uniquement à la gestion de l'État,
03:16mais à l'ensemble de l'organisation économique.
03:18Et il y a des gens qui ont changé la vie en dépensant moins.
03:21Je vais prendre trois exemples très simples.
03:23À l'époque où François Mitterrand dépensait plus,
03:26Margaret Thatcher dépensait moins.
03:27Et elle a changé la vie.
03:29Son programme, elle, c'était pas de changer la vie de façon totalement abstraite,
03:36c'était les affiches de sa campagne électorale,
03:39c'était effectivement trois personnages qui représentaient le FMI en 1976,
03:43et en dessous de ces trois personnages, il y avait dessous « never again ».
03:46C'est-à-dire plus jamais ça, c'est-à-dire qu'on va changer la vie,
03:50mais en se retroussant les manches, en étant effectivement plus efficace.
03:54Autre exemple, la Suède, déficit budgétaire en 1993, 10% du PIB.
03:59Dépenses publiques, 60% du PIB.
04:01Un peu la situation dans laquelle nous sommes.
04:03En trois ans, il redresse la situation,
04:06avec l'accord de la population,
04:07c'est-à-dire sur la base d'un programme électoral,
04:09qui est un programme électoral qui a été adopté par les élections,
04:12et qui ramène le déficit budgétaire à un excédent budgétaire.
04:15M. Milley a gagné les élections sur la base de son programme,
04:19où il a changé la vie, en réduisant les dépenses publiques.
04:22Margaret Thatcher, dont je parlais, a toujours gagné les élections.
04:24Elle a quitté le pouvoir, non pas à la suite d'une défaite électorale,
04:27mais à la suite de dissensions au sein de son propre parti.
04:30Donc, je crois que le choix, ce n'est pas de dépenser plus ou de dépenser moins,
04:34c'est de choisir une des deux options qui sont à l'heure actuelle sur la place publique.
04:39Ou bien on continue le discours sur la souveraineté,
04:41la réindustrialisation, l'usine qui ne ment pas.
04:44– Et ça, ça coûte cher ?
04:44– Et ça, ça coûte cher, et ça, c'est dans la lignée de…
04:47Autrefois, on disait « la terre ne ment pas ».
04:50À droite, en plus, c'était assez porteur.
04:53Maintenant, c'est « l'usine ne ment pas ».
04:54Ou bien on va vers un programme qui est un programme,
04:57je dirais un peu à la Mario Monti,
04:58c'est-à-dire on équilibre les comptes publics,
05:00on fait de la concurrence,
05:02on assène à l'économie une cure de liberté.
05:05Le maître mot doit être « liberté » et pas « souveraineté ».
05:07Et à partir de ce moment-là, on complète ça par une politique
05:10d'une certaine forme de dignité extérieure,
05:13de présence internationale,
05:15et à ce moment-là, on change la vie
05:17tout en rééquilibrant les comptes publics.
05:18Donc le choix de Marine Le Pen, comme de tous les candidats,
05:21c'est soit la souveraineté, soit la liberté.
05:24– C'est moins facile que de dire
05:24« on va baisser les taxes sur l'essence,
05:26et puis on va se sponsoriser ».
05:28– Oui, sauf que la liberté, ça correspond
05:30non seulement à une attente de la population,
05:32mais ça correspond même à une partie de l'histoire
05:34du Rassemblement national, Front national.
05:36Je rappelle qu'un des slogans à l'époque
05:38où on changeait la vie avec François Mitterrand,
05:41Jean-Marie Le Pen, qui était moins connu
05:43par la suite, disait qu'on était victime
05:45de harcèlement textuel.
05:47Et il disait qu'il faut changer totalement
05:50les rapports sur l'État et les acteurs économiques.
05:53– Sauf qu'on voit bien qu'on sort quand même
05:54de 40 ans d'aspiration à la liberté,
05:58à la concurrence, à la disparition des frontières,
06:00au recul de l'État.
06:01On voit bien qu'aujourd'hui, dans tous les pays,
06:03l'aspiration, ce n'est pas la liberté,
06:06c'est au contraire la protection et la souveraineté.
06:07Donc vous allez avoir du mal à rentrer en contradiction
06:10avec la volonté des peuples.
06:13Et puis deux, la liberté que vous nous vendez
06:15de façon extrêmement flatteuse.
06:17La réalité, c'est que Margaret Thatcher,
06:19à part avoir enrichi les londoniens,
06:20elle a appauvri tout le reste des Anglais.
06:22Et que la liberté telle que vous la décrivez,
06:23c'est marche ou crève.
06:24Parce que Milley, c'est aussi marche ou crève.
06:25– Jean-Marc.
06:26– Bien sûr que si, c'est aussi marche ou crève.
06:29– Et donc, si vous voulez ce que vous avez évoqué à la fin,
06:32en fait, plus de liberté, mais supportable,
06:34et bien ça, ça veut dire qu'il faut de la modernisation
06:37des infrastructures sur l'informatique,
06:40il faut accompagner les politiques.
06:41Et ça, ça coûte aussi un peu d'argent dans un problème.
06:42– Jean-Marc, c'est marche ou crève ou pas ?
06:43– Non, ce n'est pas du tout marche ou crève,
06:45puisque je le rappelle, ce que j'ai dit,
06:46c'est que Margaret Thatcher a toujours gagné les élections,
06:49et Milley vient de gagner les élections.
06:50Donc ce n'est pas marche ou crève,
06:52c'est je marche car je suis d'accord avec ce que vous faites.
06:56– D'accord.
06:57Vous n'êtes pas ultra convaincu, là.
06:59Comme d'habitude, je suis souvent avec vous.
07:00– Allez, je vous laisse le dernier mot.
07:01– Non, parce que vous ne voulez pas remettre en place
07:02le système de redistribution,
07:03vous dites quand même qu'on reste sur un État qui vous aide.
07:08Ça reste ça, quand même.
07:09– Non, non, à partir du moment où il y a plus de liberté,
07:11plus de liberté, plus de concurrence,
07:13ça veut dire privatisation,
07:15y compris réflexion sur la privatisation
07:16de la sécurité sociale, etc.
07:18Il faut véritablement mettre le mot liberté
07:20au centre de l'action et du programme.
07:22– Sous-titrage Société Radio-Canada –
07:22– Sous-titrage Société Radio-Canada –
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