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  • il y a 15 minutes
Ce mercredi 8 juillet, l'impact de l'état de nos finances publiques sur l'action de nos politiques a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Hier, après son annonce de candidature à la présidentielle, Marine Le Pen a été très claire, façon Trump.
00:04Elle a dit « la politique peut toujours changer la vie des gens ».
00:07Ça m'a interpellée parce qu'en même temps, on a eu l'alerte du comité de politique de finances
00:12publiques
00:13qui a revu les prévisions de croissance à la baisse, qui a annoncé 3 milliards d'euros d'économie
00:16et qui a dit qu'on ne tiendrait pas les 5% de déficit parce que ça serait trop dur.
00:20Ma question à vous, Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre, c'est presque de la philo ce matin,
00:23c'est pour ça que je vous explique.
00:25Est-ce qu'au fond, l'état de nos finances publiques empêche nos politiques d'agir ?
00:29Est-ce qu'ils sont condamnés à l'impuissance à cause de l'état de nos comptes publics ?
00:33On va quand même passer assez vite de la philosophie à la comptabilité, si vous voulez.
00:38Moi, ce que je constate, c'est que la dernière fois qu'on a eu un candidat à la présidentielle
00:42qui nous a promis de changer la vie, parce que c'est ce qu'elle nous a dit,
00:44Marine Le Pen, hier, on va changer la vie des Français,
00:47la facture a été assez salée, rappelez-vous, c'était changer la vie ici et maintenant,
00:51c'était le second de François Mitterrand en 1981.
00:54La réalité, c'est que d'abord, il faut s'entendre sur ce que ça veut dire changer la vie.
00:59changer la vie, c'est quoi ? C'est plus de pouvoir d'achat,
01:01donc plus de pouvoir d'achat, c'est quoi ? C'est plus de salaire,
01:04c'est moins d'impôts, moins de cotisations sociales, d'une façon ou d'une autre,
01:08ça coûte aux finances publiques.
01:10Est-ce que c'est des meilleurs services publics ?
01:12Oui, c'est une meilleure école, des hôpitaux qui soignent mieux,
01:15la justice, plus de policiers, une armée qui fonctionne,
01:20tout ça, c'est quand même des milliards à dépenser.
01:22Est-ce que c'est des infrastructures performantes ?
01:24Ah bah oui, c'est super d'avoir des réseaux électriques qui résistent à tout,
01:27mais ça, on nous dit que ça va nous coûter 200 milliards d'euros.
01:30On veut plus de nids de poules sur les routes,
01:32on veut des ponts qui ne s'écroulent plus,
01:33bah oui, ça coûte 100 milliards d'euros.
01:35On veut des voies ferrées qui ne fondent plus au soleil,
01:37c'est à peu près 100 milliards d'euros aussi.
01:39On veut des réseaux d'eau qui ne soient pas des passoires,
01:41c'est à peu près 60 milliards aussi.
01:43On veut s'adapter au changement climatique,
01:45allez, on nous dit que ça coûte à peu près 70 milliards par an,
01:47donc je ne vois pas comment on ne peut pas dépenser.
01:49Alors après, il n'y a que deux façons finalement de dégager des marges de manœuvre.
01:55Enfin moi, j'en vois que deux.
01:56C'est évidemment lutter contre tous les gaspillages d'argent public,
02:00mais enfin ça, ça fait 40 ans qu'on essaye de le faire et on n'y arrive pas.
02:03Et puis il y a beaucoup de ressources du côté de la simplification, etc.
02:07Puisque la complexité, on nous dit que ça coûte 60 milliards par an.
02:10Mais là encore, il y a un paradoxe terrible qui est qu'on veut un monde plus simple,
02:14mais un monde qui est de plus en plus complexe
02:16et on voit bien qu'à chaque fois, la première demande...
02:18C'est un ministère de la simplification, il y en a eu plusieurs fois.
02:21Oui, mais le problème, c'est qu'alors-là, on en connaît plein,
02:23et des patrons brillants, notre ami Guillaume Poitrinal, etc.
02:26Tous les comités théodules qui se sont réunis pour essayer de simplifier,
02:29qui se sont épuisés là-dessus tellement les vents sont contraires.
02:32Donc moi, je veux bien, si elle arrive, Marine Le Pen,
02:34à nous dire qu'elle va simplifier effectivement drastiquement
02:37notre vie administrative et rationaliser la dépense publique
02:41en luttant contre tous les gaspillages qui sont par ailleurs parfaitement identifiés,
02:44voilà, mais franchement, c'est quand même lui accorder beaucoup, beaucoup de confiance.
02:48Pour vous, Jean-Marc, on peut changer la vie des gens sans dépenser plus ?
02:51Oui, non seulement sans dépenser plus, mais en dépensant moins,
02:54parce qu'on a parlé effectivement de 1981,
02:56qui était le slogan du Parti Socialiste et de François Mitterrand à l'époque.
03:00Il faut voir que le problème, c'était pas tellement un problème de finances publiques,
03:03c'était un problème puisque le déficit n'a jamais dépassé les 3% à l'époque.
03:06C'était un problème de déficit extérieur.
03:09Et ce problème, effectivement, est un problème qui est toujours là,
03:12mais qui est un problème qui ne s'adresse pas uniquement à la gestion de l'État,
03:16mais à l'ensemble de l'organisation économique.
03:18Et il y a des gens qui ont changé la vie en dépensant moins.
03:21Je vais prendre trois exemples très simples.
03:23À l'époque où François Mitterrand dépensait plus,
03:26Margaret Thatcher dépensait moins.
03:27Et elle a changé la vie.
03:29Son programme, elle, c'était pas de changer la vie de façon totalement abstraite,
03:36c'était les affiches de sa campagne électorale,
03:39c'était effectivement trois personnages qui représentaient le FMI en 1976,
03:43et en dessous de ces trois personnages, il y avait dessous « never again ».
03:46C'est-à-dire plus jamais ça, c'est-à-dire qu'on va changer la vie,
03:50mais en se retroussant les manches, en étant effectivement plus efficace.
03:54Autre exemple, la Suède, déficit budgétaire en 1993, 10% du PIB.
03:59Dépenses publiques, 60% du PIB.
04:01Un peu la situation dans laquelle nous sommes.
04:03En trois ans, il redresse la situation,
04:06avec l'accord de la population,
04:07c'est-à-dire sur la base d'un programme électoral,
04:09qui est un programme électoral qui a été adopté par les élections,
04:12et qui ramène le déficit budgétaire à un excédent budgétaire.
04:15M. Milley a gagné les élections sur la base de son programme,
04:19où il a changé la vie, en réduisant les dépenses publiques.
04:22Margaret Thatcher, dont je parlais, a toujours gagné les élections.
04:24Elle a quitté le pouvoir, non pas à la suite d'une défaite électorale,
04:27mais à la suite de dissensions au sein de son propre parti.
04:30Donc, je crois que le choix, ce n'est pas de dépenser plus ou de dépenser moins,
04:34c'est de choisir une des deux options qui sont à l'heure actuelle sur la place publique.
04:39Ou bien on continue le discours sur la souveraineté,
04:41la réindustrialisation, l'usine qui ne ment pas.
04:44– Et ça, ça coûte cher ?
04:44– Et ça, ça coûte cher, et ça, c'est dans la lignée de…
04:47Autrefois, on disait « la terre ne ment pas ».
04:50À droite, en plus, c'était assez porteur.
04:53Maintenant, c'est « l'usine ne ment pas ».
04:54Ou bien on va vers un programme qui est un programme,
04:57je dirais un peu à la Mario Monti,
04:58c'est-à-dire on équilibre les comptes publics,
05:00on fait de la concurrence,
05:02on assène à l'économie une cure de liberté.
05:05Le maître mot doit être « liberté » et pas « souveraineté ».
05:07Et à partir de ce moment-là, on complète ça par une politique
05:10d'une certaine forme de dignité extérieure,
05:13de présence internationale,
05:15et à ce moment-là, on change la vie
05:17tout en rééquilibrant les comptes publics.
05:18Donc le choix de Marine Le Pen, comme de tous les candidats,
05:21c'est soit la souveraineté, soit la liberté.
05:24– C'est moins facile que de dire
05:24« on va baisser les taxes sur l'essence,
05:26et puis on va se sponsoriser ».
05:28– Oui, sauf que la liberté, ça correspond
05:30non seulement à une attente de la population,
05:32mais ça correspond même à une partie de l'histoire
05:34du Rassemblement national, Front national.
05:36Je rappelle qu'un des slogans à l'époque
05:38où on changeait la vie avec François Mitterrand,
05:41Jean-Marie Le Pen, qui était moins connu
05:43par la suite, disait qu'on était victime
05:45de harcèlement textuel.
05:47Et il disait qu'il faut changer totalement
05:50les rapports sur l'État et les acteurs économiques.
05:53– Sauf qu'on voit bien qu'on sort quand même
05:54de 40 ans d'aspiration à la liberté,
05:58à la concurrence, à la disparition des frontières,
06:00au recul de l'État.
06:01On voit bien qu'aujourd'hui, dans tous les pays,
06:03l'aspiration, ce n'est pas la liberté,
06:06c'est au contraire la protection et la souveraineté.
06:07Donc vous allez avoir du mal à rentrer en contradiction
06:10avec la volonté des peuples.
06:13Et puis deux, la liberté que vous nous vendez
06:15de façon extrêmement flatteuse.
06:17La réalité, c'est que Margaret Thatcher,
06:19à part avoir enrichi les londoniens,
06:20elle a appauvri tout le reste des Anglais.
06:22Et que la liberté telle que vous la décrivez,
06:23c'est marche ou crève.
06:24Parce que Milley, c'est aussi marche ou crève.
06:25– Jean-Marc.
06:26– Bien sûr que si, c'est aussi marche ou crève.
06:29– Et donc, si vous voulez ce que vous avez évoqué à la fin,
06:32en fait, plus de liberté, mais supportable,
06:34et bien ça, ça veut dire qu'il faut de la modernisation
06:37des infrastructures sur l'informatique,
06:40il faut accompagner les politiques.
06:41Et ça, ça coûte aussi un peu d'argent dans un problème.
06:42– Jean-Marc, c'est marche ou crève ou pas ?
06:43– Non, ce n'est pas du tout marche ou crève,
06:45puisque je le rappelle, ce que j'ai dit,
06:46c'est que Margaret Thatcher a toujours gagné les élections,
06:49et Milley vient de gagner les élections.
06:50Donc ce n'est pas marche ou crève,
06:52c'est je marche car je suis d'accord avec ce que vous faites.
06:56– D'accord.
06:57Vous n'êtes pas ultra convaincu, là.
06:59Comme d'habitude, je suis souvent avec vous.
07:00– Allez, je vous laisse le dernier mot.
07:01– Non, parce que vous ne voulez pas remettre en place
07:02le système de redistribution,
07:03vous dites quand même qu'on reste sur un État qui vous aide.
07:08Ça reste ça, quand même.
07:09– Non, non, à partir du moment où il y a plus de liberté,
07:11plus de liberté, plus de concurrence,
07:13ça veut dire privatisation,
07:15y compris réflexion sur la privatisation
07:16de la sécurité sociale, etc.
07:18Il faut véritablement mettre le mot liberté
07:20au centre de l'action et du programme.
07:22– Sous-titrage Société Radio-Canada –
07:22– Sous-titrage Société Radio-Canada –
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