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  • il y a 7 semaines
Ce jeudi 3 septembre, la proposition de Carole Delga à nationaliser temporairement la papeterie Fibre Excellence afin de la sauver, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Jean-Marc Daniel à 8h42 sur BFM Business et sur RMC Live, canal 25.
00:05Bonjour à tous les deux.
00:06Bonjour.
00:06Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, a proposé de nationaliser temporairement le papetier Fibre Excellence.
00:12Placé en redressement judiciaire, il doit trouver 90 millions d'euros d'ici mardi prochain.
00:17Un dossier de reprise de la dernière chance doit être déposé aujourd'hui au tribunal de commerce.
00:22Emmanuel Lechypre, pour autant, ce n'est pas sûr que ça fonctionne, cette dernière proposition.
00:27L'État doit-il sauver le papetier ?
00:30Oui, moi je crois qu'effectivement, l'État doit sauver le papetier.
00:36D'abord, il faut rappeler que nationaliser, ce n'est pas, contrairement à ce que vous laissiez entendre en termes
00:44de
00:44est-ce que c'est une bonne idée ou pas, est-ce que c'est viable ou pas, nationaliser, ce
00:47n'est pas forcément toujours maintenir artificiellement en vie des canards boiteux.
00:52C'est là où on voit que des boîtes peuvent connaître des difficultés temporaires, qui nécessitent un accompagnement temporaire,
00:58parce que vous avez peut-être un actionnaire qui n'est plus en mesure d'assumer l'exploitation, d'un
01:03outil de production qui, lui, s'avère quand même efficace et utilisable.
01:08Quand vous avez un propriétaire qui n'est plus capable de rembourser le prix de sa maison, vous ne brûlez
01:12pas la maison.
01:13Vous faites vendre la maison et donc vous cherchez un nouveau propriétaire.
01:16Donc moi, ça ne me paraît pas absurde.
01:18Ensuite, c'est toujours cet arbitrage entre décision rationnelle du marché.
01:24Vous êtes actionnaire de l'entreprise, elle n'est pas rentable, vous la vendez.
01:26Mais encore une fois, n'oublions jamais tout ce qu'il y a autour de l'entreprise
01:31et que finalement, il y a quand même une rationalité aussi de la collectivité qui compte.
01:36C'est-à-dire, si vous mettez bout à bout toutes les externalités positives que génère le fait d'avoir
01:40cette entreprise qui fonctionne,
01:43globalement, je ne suis pas sûr que les coûts ne soient pas plus faibles quand vous maintenez l'entreprise en
01:50vie
01:50que quand vous ne la maintenez pas.
01:51Sachant qu'il y a 224 employés et 63 soeurs.
01:53Oui, voilà, tout ça, c'est quand même un maintien de l'emploi, etc.
01:57Et puis, je terminerai quand même en disant qu'il y a un vrai sujet pour le coût de souveraineté.
02:04Il faut rappeler que cette entreprise, c'est la dernière en France à produire de la pâte à papier marchande.
02:12Donc oui, fibre excellence, moi je suis pour que l'État intervienne temporairement pour sauver l'entreprise.
02:17Alors Jean-Marc, vous êtes forcément contre.
02:19Je rappelle que c'est une nationalisation temporaire dont parle Carole Delga.
02:22Oui, oui, mais toute forme de nationalisation durable, temporaire, obéie normalement à des règles.
02:29Je rappellerai simplement la Constitution.
02:31La Constitution, le préambule de la Constitution, défini dans quel cadre on doit nationaliser une entreprise.
02:37Je lis le texte, c'est l'article 9 du préambule de la Constitution.
02:39Tout bien, toute entreprise dont l'exploitation acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole
02:45doit devenir la propriété de la collectivité.
02:48Cette entreprise de Saint-Gaudace, ce n'est pas un monopole,
02:51puisque de toute façon la papeterie c'est quelque chose qui est soumis à la concurrence
02:55et une nationalisation perturbe de facto la concurrence.
02:59Et est-ce que c'est un service public national ?
03:02Je pense qu'on peut se procurer du papier indépendamment de cette entreprise.
03:06On peut trouver du papier, y compris à l'étranger.
03:08Je pense que la réponse naturelle de l'économie, c'est d'aller chercher des fournisseurs
03:13là où ils sont les meilleurs marchés.
03:15En outre, je pense que dans cette affaire, il y a quand même deux éléments que l'on oublie.
03:19La première, c'est qu'une entreprise doit être financée non pas par l'État, mais par des banques.
03:24Et donc il y a derrière des banquiers, dont c'est le métier d'évaluer la pérennité possible,
03:29la santé de l'entreprise et de voir si cette entreprise peut vivre.
03:33C'est quand vous avez besoin d'argent que jamais les banques ne vous prêtent, Jean-Marc ?
03:37Oui, alors après, on peut considérer qu'on donne trop de contraintes aux banques
03:40et donc la question, ce n'est pas de savoir si c'est ce qu'il faut nationaliser.
03:43Vous dites que c'est qu'elle n'est pas viable sur la durée, peut-être ?
03:45Est-ce que les banques ont effectivement toute la capacité à prendre des décisions
03:48qui sont des décisions totalement rationnelles
03:50ou est-ce qu'elles sont soumises à de telles contraintes
03:52qu'elles sont obligées d'être extrêmement prudentes ?
03:54Mais les banques sont là et si en particulier, il y a une capacité de survie
03:59qui serait liée à un nouvel actionnaire, les banques sont là aussi
04:02pour organiser avec le tribunal de commerce le changement d'actionnaire.
04:06La deuxième remarque que je ferais, c'est que l'État a déjà des procédures
04:08pour les entreprises en difficulté.
04:10Il y a ce qu'on appelle le CIRI, le Comité Interministériel de Restructuration Industrielle,
04:17qui pourrait être saisi même...
04:18Alors il y a une question de savoir si est-ce que l'entreprise est assez large,
04:22est assez grande, est assez importante pour relever du CIRI,
04:24mais si ce n'est pas le cas, il y a des entreprises qui se relèvent à ce moment-là,
04:28enfin les entreprises relèvent à ce moment-là d'un comité départemental
04:31et donc l'État peut effectivement organiser sans nationaliser,
04:35s'il veut véritablement s'emmêler, le sauvetage de cette entreprise.
04:39Enfin la dernière remarque que je ferais, c'est que, encore une fois,
04:42quand l'État s'en mêle, le résultat n'est pas toujours aussi brillant qu'on pourrait le penser.
04:47Vous voulez dire que la gestion de l'État n'est pas toujours bonne ?
04:49Elle n'est pas toujours bonne, c'est-à-dire que l'État consacre beaucoup d'argent public.
04:52Derrière tout ça, si on nationalise, c'est les impôts non seulement des habitants de la région Occitanie,
04:58puisque Mme Delga parle au nom de la région Occitanie,
05:00mais si on nationalise, c'est les impôts de l'ensemble de la collectivité nationale.
05:05Et est-ce que ces impôts ne pourraient pas être utilisés à meilleure essence
05:09que pour sauver une entreprise dont, manifestement, encore une fois, les banques ne veulent pas ?
05:17Emmanuel Lechypre, vous nous parliez de souveraineté.
05:19Est-ce que c'est un actif stratégique, ce papetier ?
05:23Parce qu'il y a le décret Montebourg pour les actifs stratégiques.
05:25Quand vous êtes la dernière entreprise d'un secteur,
05:28oui, forcément, la question se pose de savoir
05:31s'il n'y a pas quand même un préjudice à subir une perte de production
05:35sur votre territoire national.
05:36La souveraineté, c'est quand même la grande tendance qui est revenue ces dernières années.
05:43Tout l'environnement géopolitique, financier, matières premières, etc.,
05:50montre que la souveraineté est redevenue une valeur cardinale.
05:54Moi, j'ai été passionné par cette étude du Fonds monétaire international
05:57qui est parue en juin 2026 et qui nous dit qu'on est aujourd'hui
06:02dans une vague de nationalisation à l'échelle mondiale
06:06qui est finalement sans précédent.
06:09Depuis 50 ans, il y a eu entre 239 et 544 milliards de dollars d'actifs nationalisés
06:17entre 2016 et 2026 dans les grands pays occidentaux.
06:20Si vous regardez, par exemple, autre chiffre qui m'a quand même interpellé,
06:24si vous regardez parmi les 500 plus grandes entreprises mondiales,
06:27il y en avait 34 qui étaient publiques en 2000,
06:30vous en avez environ 130 aujourd'hui.
06:33Donc oui, il y a ce besoin de souveraineté
06:37qui nécessite les nationalisations.
06:39Et encore, moi, je ne défends que la nationalisation temporaire
06:43et là, on va ressortir, parce que c'est quand même un cas
06:46qui est assez proche de celui d'Alstom, effectivement, en 2003-2004,
06:50Alstom n'avait pas été nationalisé à l'époque.
06:53En fait, par divers moyens, par divers process,
06:55l'État était monté à 21% du capital
06:59pour sauver une entreprise qui était au bord de la faillite,
07:01qui perdait jusqu'à 600 millions une année
07:03et qui a commencé à gagner de l'argent ensuite
07:05et après, l'État est ressorti.
07:08Donc ça valait le coup quand même d'intervenir temporairement
07:11pour sauver Alstom plutôt que de l'envoyer à la casse.
07:13Donc là, sans démagogie, sans idéologie,
07:16je pense qu'on est dans un cas similaire.
07:19– Vous nous dites que Fibre Excellence n'est pas Alstom, Jean-Marc Daniel ?
07:21– Alors, Fibre Excellence, d'abord, effectivement, sur la souveraineté,
07:25il fut une époque où on disait, on n'a pas de pétrole,
07:27mais on a des idées.
07:28Alors, je peux dire, on n'a pas de pâte à papier,
07:30mais on peut avoir des idées.
07:31Ce n'est pas la peine d'avoir de la pâte à papier,
07:35des mines de charbon.
07:36Il y a tout un tas de choses qu'on ne peut pas fabriquer
07:38sur notre territoire parce que ce n'est pas rentable
07:40et le commerce international est là pour répondre aux problèmes.
07:43– On peut laisser partir cette industrie sans aucune conséquence ?
07:45– Ah, sans aucun état d'âme.
07:47C'est-à-dire qu'encore une fois,
07:49là aussi, je prends un exemple assez célèbre,
07:51c'est lorsque il y avait eu la crise de la sidérurgie,
07:54Bill Clinton s'était illustré,
07:55alors qu'il était candidat aux primaires aux États-Unis,
07:58en disant à des sidérurgistes,
07:59« Si je suis élu, je n'interviendrai pas pour sauver votre entreprise,
08:02j'interviendrai pour sauver votre carrière. »
08:05C'est-à-dire que vous n'avez pas vocation
08:06à être toute votre vie sidérurgiste.
08:08L'enjeu pour moi, c'est les Américains
08:11et pas la sidérurgie américaine.
08:12Et donc, je pense qu'il faut raisonner de la même façon.
08:15Quant aux entreprises,
08:16sur les nationalisations et l'étude du FMI,
08:18juste une remarque,
08:19l'année où on a le plus nationalisé dans l'histoire de l'humanité,
08:21c'est 1948.
08:24Pourquoi ?
08:24Parce qu'on a beaucoup nationalisé en Europe de l'Est.
08:26Je pense que le bilan de ces nationalisations,
08:29le FMI serait prêt à en faire
08:30un état des lieux très précis
08:32et dire que ce bilan n'a pas forcément été très positif.
08:35C'était le débat face à le Chypre avec Jean-Marc Daniel.
08:38Un débat retrouvé en podcast et en replay
08:40sur le site internet bfmbusiness.com.
08:42Merci à tous les deux.

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