00:00Avec Jean-Marc Daniel à 8h42 sur BFM Business et sur RMC Live, canal 25.
00:05Bonjour à tous les deux.
00:06Bonjour.
00:06Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, a proposé de nationaliser temporairement le papetier Fibre Excellence.
00:12Placé en redressement judiciaire, il doit trouver 90 millions d'euros d'ici mardi prochain.
00:17Un dossier de reprise de la dernière chance doit être déposé aujourd'hui au tribunal de commerce.
00:22Emmanuel Lechypre, pour autant, ce n'est pas sûr que ça fonctionne, cette dernière proposition.
00:27L'État doit-il sauver le papetier ?
00:30Oui, moi je crois qu'effectivement, l'État doit sauver le papetier.
00:36D'abord, il faut rappeler que nationaliser, ce n'est pas, contrairement à ce que vous laissiez entendre en termes
00:44de
00:44est-ce que c'est une bonne idée ou pas, est-ce que c'est viable ou pas, nationaliser, ce
00:47n'est pas forcément toujours maintenir artificiellement en vie des canards boiteux.
00:52C'est là où on voit que des boîtes peuvent connaître des difficultés temporaires, qui nécessitent un accompagnement temporaire,
00:58parce que vous avez peut-être un actionnaire qui n'est plus en mesure d'assumer l'exploitation, d'un
01:03outil de production qui, lui, s'avère quand même efficace et utilisable.
01:08Quand vous avez un propriétaire qui n'est plus capable de rembourser le prix de sa maison, vous ne brûlez
01:12pas la maison.
01:13Vous faites vendre la maison et donc vous cherchez un nouveau propriétaire.
01:16Donc moi, ça ne me paraît pas absurde.
01:18Ensuite, c'est toujours cet arbitrage entre décision rationnelle du marché.
01:24Vous êtes actionnaire de l'entreprise, elle n'est pas rentable, vous la vendez.
01:26Mais encore une fois, n'oublions jamais tout ce qu'il y a autour de l'entreprise
01:31et que finalement, il y a quand même une rationalité aussi de la collectivité qui compte.
01:36C'est-à-dire, si vous mettez bout à bout toutes les externalités positives que génère le fait d'avoir
01:40cette entreprise qui fonctionne,
01:43globalement, je ne suis pas sûr que les coûts ne soient pas plus faibles quand vous maintenez l'entreprise en
01:50vie
01:50que quand vous ne la maintenez pas.
01:51Sachant qu'il y a 224 employés et 63 soeurs.
01:53Oui, voilà, tout ça, c'est quand même un maintien de l'emploi, etc.
01:57Et puis, je terminerai quand même en disant qu'il y a un vrai sujet pour le coût de souveraineté.
02:04Il faut rappeler que cette entreprise, c'est la dernière en France à produire de la pâte à papier marchande.
02:12Donc oui, fibre excellence, moi je suis pour que l'État intervienne temporairement pour sauver l'entreprise.
02:17Alors Jean-Marc, vous êtes forcément contre.
02:19Je rappelle que c'est une nationalisation temporaire dont parle Carole Delga.
02:22Oui, oui, mais toute forme de nationalisation durable, temporaire, obéie normalement à des règles.
02:29Je rappellerai simplement la Constitution.
02:31La Constitution, le préambule de la Constitution, défini dans quel cadre on doit nationaliser une entreprise.
02:37Je lis le texte, c'est l'article 9 du préambule de la Constitution.
02:39Tout bien, toute entreprise dont l'exploitation acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole
02:45doit devenir la propriété de la collectivité.
02:48Cette entreprise de Saint-Gaudace, ce n'est pas un monopole,
02:51puisque de toute façon la papeterie c'est quelque chose qui est soumis à la concurrence
02:55et une nationalisation perturbe de facto la concurrence.
02:59Et est-ce que c'est un service public national ?
03:02Je pense qu'on peut se procurer du papier indépendamment de cette entreprise.
03:06On peut trouver du papier, y compris à l'étranger.
03:08Je pense que la réponse naturelle de l'économie, c'est d'aller chercher des fournisseurs
03:13là où ils sont les meilleurs marchés.
03:15En outre, je pense que dans cette affaire, il y a quand même deux éléments que l'on oublie.
03:19La première, c'est qu'une entreprise doit être financée non pas par l'État, mais par des banques.
03:24Et donc il y a derrière des banquiers, dont c'est le métier d'évaluer la pérennité possible,
03:29la santé de l'entreprise et de voir si cette entreprise peut vivre.
03:33C'est quand vous avez besoin d'argent que jamais les banques ne vous prêtent, Jean-Marc ?
03:37Oui, alors après, on peut considérer qu'on donne trop de contraintes aux banques
03:40et donc la question, ce n'est pas de savoir si c'est ce qu'il faut nationaliser.
03:43Vous dites que c'est qu'elle n'est pas viable sur la durée, peut-être ?
03:45Est-ce que les banques ont effectivement toute la capacité à prendre des décisions
03:48qui sont des décisions totalement rationnelles
03:50ou est-ce qu'elles sont soumises à de telles contraintes
03:52qu'elles sont obligées d'être extrêmement prudentes ?
03:54Mais les banques sont là et si en particulier, il y a une capacité de survie
03:59qui serait liée à un nouvel actionnaire, les banques sont là aussi
04:02pour organiser avec le tribunal de commerce le changement d'actionnaire.
04:06La deuxième remarque que je ferais, c'est que l'État a déjà des procédures
04:08pour les entreprises en difficulté.
04:10Il y a ce qu'on appelle le CIRI, le Comité Interministériel de Restructuration Industrielle,
04:17qui pourrait être saisi même...
04:18Alors il y a une question de savoir si est-ce que l'entreprise est assez large,
04:22est assez grande, est assez importante pour relever du CIRI,
04:24mais si ce n'est pas le cas, il y a des entreprises qui se relèvent à ce moment-là,
04:28enfin les entreprises relèvent à ce moment-là d'un comité départemental
04:31et donc l'État peut effectivement organiser sans nationaliser,
04:35s'il veut véritablement s'emmêler, le sauvetage de cette entreprise.
04:39Enfin la dernière remarque que je ferais, c'est que, encore une fois,
04:42quand l'État s'en mêle, le résultat n'est pas toujours aussi brillant qu'on pourrait le penser.
04:47Vous voulez dire que la gestion de l'État n'est pas toujours bonne ?
04:49Elle n'est pas toujours bonne, c'est-à-dire que l'État consacre beaucoup d'argent public.
04:52Derrière tout ça, si on nationalise, c'est les impôts non seulement des habitants de la région Occitanie,
04:58puisque Mme Delga parle au nom de la région Occitanie,
05:00mais si on nationalise, c'est les impôts de l'ensemble de la collectivité nationale.
05:05Et est-ce que ces impôts ne pourraient pas être utilisés à meilleure essence
05:09que pour sauver une entreprise dont, manifestement, encore une fois, les banques ne veulent pas ?
05:17Emmanuel Lechypre, vous nous parliez de souveraineté.
05:19Est-ce que c'est un actif stratégique, ce papetier ?
05:23Parce qu'il y a le décret Montebourg pour les actifs stratégiques.
05:25Quand vous êtes la dernière entreprise d'un secteur,
05:28oui, forcément, la question se pose de savoir
05:31s'il n'y a pas quand même un préjudice à subir une perte de production
05:35sur votre territoire national.
05:36La souveraineté, c'est quand même la grande tendance qui est revenue ces dernières années.
05:43Tout l'environnement géopolitique, financier, matières premières, etc.,
05:50montre que la souveraineté est redevenue une valeur cardinale.
05:54Moi, j'ai été passionné par cette étude du Fonds monétaire international
05:57qui est parue en juin 2026 et qui nous dit qu'on est aujourd'hui
06:02dans une vague de nationalisation à l'échelle mondiale
06:06qui est finalement sans précédent.
06:09Depuis 50 ans, il y a eu entre 239 et 544 milliards de dollars d'actifs nationalisés
06:17entre 2016 et 2026 dans les grands pays occidentaux.
06:20Si vous regardez, par exemple, autre chiffre qui m'a quand même interpellé,
06:24si vous regardez parmi les 500 plus grandes entreprises mondiales,
06:27il y en avait 34 qui étaient publiques en 2000,
06:30vous en avez environ 130 aujourd'hui.
06:33Donc oui, il y a ce besoin de souveraineté
06:37qui nécessite les nationalisations.
06:39Et encore, moi, je ne défends que la nationalisation temporaire
06:43et là, on va ressortir, parce que c'est quand même un cas
06:46qui est assez proche de celui d'Alstom, effectivement, en 2003-2004,
06:50Alstom n'avait pas été nationalisé à l'époque.
06:53En fait, par divers moyens, par divers process,
06:55l'État était monté à 21% du capital
06:59pour sauver une entreprise qui était au bord de la faillite,
07:01qui perdait jusqu'à 600 millions une année
07:03et qui a commencé à gagner de l'argent ensuite
07:05et après, l'État est ressorti.
07:08Donc ça valait le coup quand même d'intervenir temporairement
07:11pour sauver Alstom plutôt que de l'envoyer à la casse.
07:13Donc là, sans démagogie, sans idéologie,
07:16je pense qu'on est dans un cas similaire.
07:19– Vous nous dites que Fibre Excellence n'est pas Alstom, Jean-Marc Daniel ?
07:21– Alors, Fibre Excellence, d'abord, effectivement, sur la souveraineté,
07:25il fut une époque où on disait, on n'a pas de pétrole,
07:27mais on a des idées.
07:28Alors, je peux dire, on n'a pas de pâte à papier,
07:30mais on peut avoir des idées.
07:31Ce n'est pas la peine d'avoir de la pâte à papier,
07:35des mines de charbon.
07:36Il y a tout un tas de choses qu'on ne peut pas fabriquer
07:38sur notre territoire parce que ce n'est pas rentable
07:40et le commerce international est là pour répondre aux problèmes.
07:43– On peut laisser partir cette industrie sans aucune conséquence ?
07:45– Ah, sans aucun état d'âme.
07:47C'est-à-dire qu'encore une fois,
07:49là aussi, je prends un exemple assez célèbre,
07:51c'est lorsque il y avait eu la crise de la sidérurgie,
07:54Bill Clinton s'était illustré,
07:55alors qu'il était candidat aux primaires aux États-Unis,
07:58en disant à des sidérurgistes,
07:59« Si je suis élu, je n'interviendrai pas pour sauver votre entreprise,
08:02j'interviendrai pour sauver votre carrière. »
08:05C'est-à-dire que vous n'avez pas vocation
08:06à être toute votre vie sidérurgiste.
08:08L'enjeu pour moi, c'est les Américains
08:11et pas la sidérurgie américaine.
08:12Et donc, je pense qu'il faut raisonner de la même façon.
08:15Quant aux entreprises,
08:16sur les nationalisations et l'étude du FMI,
08:18juste une remarque,
08:19l'année où on a le plus nationalisé dans l'histoire de l'humanité,
08:21c'est 1948.
08:24Pourquoi ?
08:24Parce qu'on a beaucoup nationalisé en Europe de l'Est.
08:26Je pense que le bilan de ces nationalisations,
08:29le FMI serait prêt à en faire
08:30un état des lieux très précis
08:32et dire que ce bilan n'a pas forcément été très positif.
08:35C'était le débat face à le Chypre avec Jean-Marc Daniel.
08:38Un débat retrouvé en podcast et en replay
08:40sur le site internet bfmbusiness.com.
08:42Merci à tous les deux.