00:00On est colère du côté de Matignon, du côté de Sébastien Lecornu, le Premier ministre,
00:05parce que ça fuit trop dans la presse en fait.
00:07Toutes les pistes concernant l'élaboration du budget,
00:10que ce soit la désindexation pour les retraités, les pistes d'économie.
00:15Mais en fait, ce qui a vraiment fâché tout rouge,
00:17c'est l'idée peut-être de taxer l'épargne salariale.
00:20On n'a pas apprécié un signalement, c'est ce qu'on dit du côté des services du Premier ministre,
00:23regardez bien, un signalement au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale
00:27a été transmis au procureur de la République.
00:30Il porte sur la transmission hors de tout cadre régulier de travaux internes
00:32n'ayant pas fait l'objet d'une décision définitive du gouvernement.
00:36Et puis on ajoute, ces faits sont susceptibles de caractériser un abus de confiance
00:40ou une violation du secret professionnel.
00:42Donc, du côté des services d'hôtel de Matignon,
00:45après avoir dépisté les collaborateurs pour savoir s'ils prenaient de la drogue,
00:49maintenant on va chercher la taupe qui fait fuiter du côté de la presse.
00:53C'est la première fois que j'entends qu'on va peut-être saisir
00:57le procureur pour savoir d'où viennent les fuites.
00:59– Grosse, grosse colère en effet du côté de Matignon et du Premier ministre.
01:03Après, je ne suis pas sûre que sont visées spécialement des personnes
01:08qui travaillent à Matignon, mais plutôt dans l'administration.
01:13– Au ministère de l'économie.
01:13– Au ministère de l'économie, à Bercy et au Trésor public.
01:17Je pense que c'est clairement vers là que l'on regarde,
01:19parce qu'il faut quand même savoir, et les spectateurs qui nous regardent,
01:22sont composés dans ces administrations, des gens comme vous et moi
01:26qui ne sont pas forcément de la majorité présidentielle.
01:29Vous avez des gens, des femmes, des hommes qui appartiennent à d'autres partis politiques.
01:35C'est ça aussi qui est en jeu aussi ce soir dans la saisie de la justice
01:40et cette colère de Sébastien Lecornu en plusieurs actes,
01:43publiquement sur les réseaux sociaux, où on dément formellement,
01:47on redément publiquement et on saisit la justice.
01:49– Oui, alors les fuites, ça a toujours existé, pourquoi celle-là provoque la colère de Sébastien Lecornu ?
01:54Parce qu'on touchait à l'épargne salariale, parce que dire qu'on va taxer finalement
01:59le fruit du travail des salariés, l'épargne salariale c'est quoi ?
02:02C'est l'intéressement, c'est la participation, d'ailleurs plutôt favorisée par le pouvoir en place.
02:07Depuis qu'Emmanuel Macron est au pouvoir, il a toujours favorisé les entreprises
02:10à mettre en place ce genre de dispositifs et ça ne passait pas
02:13et donc il était temps aussi d'éteindre l'incendie, d'en faire peut-être un peu plus ?
02:16– Alors d'abord, il faut expliquer à nos téléspectateurs que des fuites au moment du budget,
02:20c'est un grand classique, les administrations travaillent sur des pistes,
02:24on lance quelques ballons d'essai, on voit comment l'opinion réagit.
02:27– Parfois c'est des fuites organisées non ?
02:28– Et c'est souvent des fuites organisées en réalité, y compris parfois sans doute
02:33de la part de l'équipe de ce Premier ministre.
02:37Là en fait, ça touche effectivement à quelque chose qui n'était absolument pas arbitré
02:41et sans doute que Sébastien Lecornu était contre dès le départ, mais ça finit par sortir.
02:48Ça traduit quand même une chose, c'est que ça traduit de la fébrilité de la part du Premier ministre.
02:53La deuxième chose, c'est que ça traduit aussi, ça trahit aussi un fonctionnement
02:57propre à ce Premier ministre, qui est quelqu'un qui aime bien le secret,
03:01qui n'organise jamais les réunions sur le même format,
03:05y compris dans ses équipes, c'est jamais les mêmes qui y sont,
03:08et c'est lui qui décide au dernier moment qui est présent dans les réunions.
03:11Donc vraiment, vous savez, il a quand même passé beaucoup de temps au ministère des Armées
03:15et il en a gardé une certaine culture, et notamment celle du secret, des choses bien gardées.
03:20Donc là, sur ce coup-là, il n'a pas supporté, et donc il en fait beaucoup pour toutes ces
03:24raisons-là.
03:25– Est-ce qu'il en veut à Roland Lescure, le ministre de l'Économie,
03:27parce que même lui en a parlé publiquement à Roland Lescure de cette piste ?
03:30– Je ne sais pas s'il lui en veut, mais c'est vrai que Roland Lescure
03:34à l'occasion d'une matinale a dit publiquement que c'était une piste étudiée.
03:39Mais, c'est aussi ce qui suivait, ou ce qui n'était pas dit,
03:44c'est que ça n'était pas retenu.
03:46Et c'est vrai qu'en termes de concert de communication,
03:48on a peut-être connu un peu mieux.
03:51Il y a eu cette mise au point, il y aura sans doute un exercice de presse
03:55de la part des équipes de Bercy en fin de semaine,
03:58pour faire un bilan et un état de nos finances publiques,
04:00sans doute une forme de nouvelle préparation des esprits,
04:03à ce que pourrait être le budget 2027,
04:05qui, selon la formule consacrée, demandera des efforts
04:08à quasiment tout le monde.
04:10– Bruno Jeudy parle de fébrilité.
04:12– Vous êtes d'accord avec ça ?
04:13– Complètement, c'est vraiment le mot que je voulais prononcer également.
04:18Fébrilité parce que, en fait, évidemment que si cette affaire prend,
04:25c'est parce que c'est crédible.
04:26C'est-à-dire que je pense que Sébastien Lecornu en fait énormément
04:30dans la mise en scène, article 40, à tempêter, comme vous l'avez dit,
04:33à la fois publiquement sur les réseaux sociaux et de manière…
04:36– Il a refait un tweet aujourd'hui sur ça.
04:38– De manière plus procédurale.
04:39Mais évidemment que c'est crédible, puisque Sébastien Lecornu
04:43serait prêt à tuer père et mère pour récupérer un milliard par-ci,
04:46un milliard par-là, pour boucler son budget impossible.
04:49Il n'a pas de majorité politique.
04:50Il a annoncé dès la fin août qu'il n'y aurait pas de grandes réformes structurelles
04:55pour aller chercher de l'argent, que ça serait une succession
04:58de petites suppressions de niches fiscales à droite, à gauche.
05:04Et en fait, cette fébrilité, elle est quand même feinte et elle est surjouée
05:09et elle est instrumentalisée politiquement pour masquer ses propres turpitudes.
05:17Sébastien Lecornu construit des budgets depuis qu'il est Premier ministre
05:20avec les socialistes.
05:21Il y a eu la suspension de la réforme des retraites.
05:23– Oui, évidemment, les socialistes n'ont plus vraiment envie de pactiser là.
05:26– Déjà en plus, c'est-à-dire que proposer des mesures de gauche,
05:29là on n'est même pas sûr en plus d'acheter leur vote, leur voix,
05:32leur silence ou leur conciliation.
05:35Et je mesure quand même le risque politique que ça représente
05:39pour Sébastien Lecornu, parce qu'il sait très bien
05:41qu'effectivement son gouvernement, depuis des mois,
05:45prend des mesures orthogonales avec sa propre génétique politique.
05:49C'est quand même un homme politique qui vient de la droite.
05:51Il y a eu un sondage d'ailleurs dès cet après-midi dans Figaro.
05:53Est-ce que vous pensez que c'est un bon Premier ministre ou un mauvais Premier ministre ?
05:56Les lecteurs du Figaro disent très majoritairement que c'est un mauvais Premier ministre
05:59parce qu'il ne cesse de devoir composer avec ce genre de mesures.
06:04Et celle-là, effectivement, si lui-même il ne croyait pas,
06:07il est évidemment ulcéré par le fait que ça sorte,
06:10parce qu'il sait très bien que c'est ce genre d'ineptie que lui sort son administration
06:14parce qu'il n'y a pas trop d'autres choix.
06:15Et qu'en même temps, il n'a pas envie de voir ça accoler à sa propre étiquette politique.
06:18– On est vraiment dans la dramatisation.
06:21Parce qu'outre le fait de saisir le procureur, de prendre l'article 40,
06:25ce qu'il dit aussi, ces agissements sont susceptibles d'influer
06:28sur la vie économique du pays en incitant des entreprises ou des particuliers
06:33à prendre des décisions d'investissement sur la base d'informations erronées.
06:37D'un coup, attention, ça met en péril la vie économique du pays.
06:43C'est quand même dans l'exagération.
06:46– Oui, il a décidé d'en faire beaucoup.
06:48Je dirais quand même, par rapport à ce que vient de dire Tugdual,
06:51à sa décharge, c'est quand même un budget très compliqué à faire.
06:54Il y a très peu de gens qui ont envie de le voter.
06:57Il sait très bien qu'en plus, ce budget, la discussion, la présentation
07:01va tomber en pleine primaire.
07:02Donc cette année, il n'y aura pas de…
07:04– Ça relève des intérêts supérieurs de l'État et de la nation.
07:07– Il n'y aura pas de danse avec les socialistes.
07:09À mon avis, il va plutôt compter sur le fait que certaines formations politiques
07:14ne voteront pas la censure qui sera déposée par LFI,
07:18puisqu'ils l'ont déjà annoncé, et notamment le RN.
07:21Je trouve en plus que Sébastien Lecornu,
07:25il vend son budget comme un budget d'une demi-année.
07:27Il n'est même pas sur l'idée de vendre un budget pour un an,
07:29parce qu'il dit de toute façon…
07:30– Ça, c'est original, oui. Il dit qu'il n'y a que six mois.
07:33– Mais c'est aussi assez logique,
07:35puisqu'il y aura un président de la République
07:37qui prendra les rênes du pays le 13 mai,
07:40qui nommera un gouvernement,
07:41et la première tâche de ce gouvernement,
07:43si jamais il y a un budget qui existe,
07:45c'est de faire un budget rectificatif.
07:47S'il n'y a pas de budget, le nouveau gouvernement sera obligé de préparer.
07:49Le budget 2027, alors que l'année 2027 aura déjà eu cinq mois.
07:53– Et ça, Sébastien Lecornu l'assume parfaitement.
07:55Il parle d'un budget de premier semestre.
07:57– Et entre-temps, parce que tout ça,
07:58tout ce que vous venez de lire, Alain…
08:01– Excusez-moi, c'est un budget d'épicier ?
08:02– Non, c'est un budget pour simplement éviter
08:04que la dette continue de s'emballer.
08:06Parce que c'est ça qui est en jeu.
08:07Ce qui est en jeu, c'est que la dette, elle ne s'emballe pas à 6%, à 7%.
08:11– Puisque ce sont les intérêts supérieurs de la nation qui sont en jeu avec ces fuites,
08:19pourquoi est-ce qu'à ce moment-là, il n'apparaît pas comme un Premier ministre de Courage
08:24en disant écoutez, je vais prendre mes responsabilités qui t'a tombé,
08:26je tomberai au champ d'honneur au nom de la France.
08:29– Non, mais ce qu'on nous explique aussi, c'est que les arbitrages,
08:34tous ces arbitrages ne sont pas totalement rendus,
08:36qu'il y a encore beaucoup de points d'interrogation quant aux mesures à retenir
08:41et que là, ce qui est certain, c'est que la politique,
08:44et on est là pour en témoigner, les ballons d'essai, ils existent.
08:47– Ça a toujours été.
08:48– De off avec plusieurs ministères.
08:51Là, ce n'était pas souhaité par le service du Premier ministre
08:54et par ceux de Bercy, ça leur échappe.
08:57Il y a des pistes par ailleurs qui sont sondées.
09:00Le gouvernement travaille avec des…
09:03– Notamment sur les retraites.
09:03– Notamment sur les retraites pour savoir comment sont reçues
09:06dans l'opinion de possibles mesures, de possibles réformes.
09:10– Mais vous ne m'enlèverez pas de l'idée que cet article 40
09:13et cette tempête publique soulevée par Sébastien Lecornu
09:17fait office de diversion ?
09:18Parce que la réalité, c'est qu'on aurait vraiment été très surpris
09:22si parmi les pistes évoquées, pour récupérer quelques milliards ça et là,
09:27on avait parlé du durcissement, de l'accès au RSA, de la suppression de l'AME,
09:32je ne sais quelle mesure de droite.
09:35Là, ce qui est compliqué pour Sébastien Lecornu,
09:38c'est qu'il voit bien qu'à force de faire du rabotage
09:40pour récupérer de l'argent public, ils sont obligés d'aller taper les salariés.
09:44C'est quand même une sorte de totem.
09:47Enfin, on attaque, imposer, fiscaliser plus encore l'épargne salariale,
09:54les primes d'intéressement.
09:55Là, on est vraiment sur quelque chose qui est contradictoire
10:01avec ce que pense Sébastien Lecornu.
10:02– Du coup, il dit qu'il veut faire le contraire maintenant.
10:04Il l'a dit d'ailleurs dans son tweet aujourd'hui.
10:06Il dit, nous souhaitons faire l'inverse.
10:08Donc, au lieu de taxer l'épargne, on veut au contraire
10:11faciliter le déblocage exceptionnel de l'épargne.
10:14Il soutient la proposition de loi du sénateur Rittman
10:17qui veut qu'on puisse débloquer exceptionnellement pour les salariés
10:20jusqu'à 5 000 euros d'épargne salariale pour donner le pouvoir d'achat.
10:23Donc là, du coup, on va dans le sens inverse.
10:25Ce qui correspond d'ailleurs plus à la politique macroniste de ces dernières années.
10:29– Et parce que ce type de proposition et ces fuites en l'espèce sur l'épargne salariale
10:34va totale en contre et à l'inverse des déclarations publiques
10:39du Premier ministre et du gouvernement sur pas de hausse d'impôt
10:43parce qu'aujourd'hui, c'est l'une des priorités dans ce budget.
10:47On imagine mal comment ce sera possible au vu de l'état de nos finances publiques
10:50et de l'équilibre à trouver.
10:52Mais en tout cas, publiquement, ça a été formulé.
10:54– On ne peut pas totalement éterter aussi de la part de certains fonctionnaires
10:59ou fonctionnaires de Bercy un peu de malveillance.
11:01– De malveillance ?
11:02– C'est aussi une hypothèse possible de gens…
11:04– C'est un gouvernement qui est fait politiquement.
11:05– Elle a dit au début que de gens, c'est comme dans toutes les administrations
11:09et celle-ci peut y avoir aussi des champions ou des fans de la taxation.
11:14– Vous n'avez pas que des supporters de Sébastien Lecornu
11:16et de son gouvernement dans l'administration, ça c'est une réalité.
11:19– Merci Monsieur Daham.