00:00On sort des publications dans le luxe et on a vu notamment hier la chute en bourse d'Hermès
00:06avec des inquiétudes sur la Chine, moins 11%.
00:08Etienne Braque, est-ce que c'est la fin de l'âge d'or du luxe ? Pour vous, oui
00:12?
00:12La question, elle se pose très sérieusement.
00:14Moins 11% quand même pour Hermès, on était à 1500 euros ou presque à la clôture.
00:18C'est sûr que quand ça se paye 30 fois les profits et qu'il n'y a plus de
00:20croissance des profits,
00:21puisqu'il y avait un bénéfice qui était stable au premier semestre par rapport à l'an dernier,
00:25le marché ne fait pas de cadeaux.
00:27Hermès qui souffre notamment du marché chinois.
00:30Vous avez une très légère hausse modeste des ventes en Chine sur les six premiers mois de l'année.
00:35Et ça, c'est quand même un élément marquant et qui interroge et surtout qui fait peur depuis plusieurs trimestres
00:41dans le sens où le marché chinois, c'était le moteur du segment du luxe.
00:45Vous avez en Chine plus de 30% des ventes pour les principaux acteurs du luxe.
00:50C'est aujourd'hui un marché qui est à la peine.
00:52Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, vous avez une clientèle qui cherche des marques locales.
00:57Aujourd'hui, vous avez un consommateur qui cherche un petit peu plus de patriotisme dans ses achats.
01:02Fin également de l'ostentatoire.
01:05On cherche du luxe discret, pas quelque chose qui est un petit peu tapé à l'œil.
01:08Et puis surtout, vous avez des groupes qui ont massivement augmenté leurs prix ces dernières années,
01:12notamment depuis le Covid.
01:14C'était un argument d'ailleurs pour acheter le luxe, c'est-à-dire le fameux pricing power,
01:17la capacité à pouvoir augmenter les prix.
01:19Vous avez des groupes qui ont fait moins de volume et plus de chiffre d'affaires grâce aux hausses de
01:23prix.
01:23Aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué de passer ces hausses de prix,
01:25que ce soit en Asie, mais également en Europe.
01:28Il faut voir que le marché du luxe en Europe, il est au point mort.
01:31Alors, on aura peut-être l'occasion d'en reparler dans un instant.
01:33Heureusement, il y a la clientèle américaine qui est là, mais ça ne suffit pas.
01:36Et donc aujourd'hui, vous avez des acteurs qui sont un petit peu en difficulté
01:39parce qu'ils cherchent des relais de croissance.
01:41Alors, ils regardent aujourd'hui un petit peu où se trouve la croissance.
01:43Ah bah tiens, peut-être en Inde, mais on voit que le marché indien est compliqué
01:47pour les acteurs français du luxe.
01:49Et donc aujourd'hui, ils doivent se contenter d'une légère croissance.
01:52La croissance à deux chiffres, c'est fini, même pour Hermès.
01:55Il faut se contenter d'une croissance de 1 à 5%.
01:58Alors, ce n'est pas si mal, ils vont vous dire, on a connu ça pendant des années,
02:02mais c'est quand même aujourd'hui un tout autre exercice
02:04par rapport à ce qu'on a pu voir à la fin de la période Covid.
02:07J'ai lu que ça ne mettrait pas pour autant fin aux listes d'attente pour les sacs Kelly,
02:10mais enfin, on verra bien, l'avenir nous le dira.
02:11Emmanuel Lechypre.
02:12Vous avez tout dit, ça ne met pas fin aux listes d'attente pour les sacs Kelly.
02:18Non, je crois qu'il ne faut pas être trop pessimiste.
02:21On sort quand même d'une période qui était une période d'euphorie.
02:25Donc moi, je continue à penser que le luxe vit un âge d'or
02:29et qu'au milieu de cet âge d'or, on avait cette période d'euphorie totalement folle
02:33qui arrive à sa fin.
02:34Mais cette période d'euphorie, c'était quoi ?
02:36C'était, rappelez-vous, les années post-Covid.
02:39Donc, il y avait eu une explosion de l'épargne pendant le Covid.
02:42Les gens, ils avaient besoin finalement de se faire plaisir, d'acheter autre chose.
02:46Il y a eu aussi ce boom spectaculaire quand même de la Chine lors de la réouverture
02:52après les confinements.
02:54La hausse très forte des patrimoines financiers et immobiliers mondiaux.
02:58Et fondamentalement, les fondamentaux de la richesse mondiale, ils restent excellents.
03:03Quand vous regardez, le nombre de millionnaires continue d'augmenter partout.
03:06Les patrimoines financiers battent des records.
03:09L'Asie continue d'enrichir des dizaines de millions de personnes chaque année.
03:13Et on va avoir de plus en plus de millionnaires.
03:16Donc, le marché du luxe continue de grossir.
03:19Alors, Étienne soulève un point, effectivement, qui est important.
03:22Maintenant, le luxe est un marché qui n'a jamais fonctionné sur un seul pays.
03:27Et là, effectivement, on avait un très gros pays qui était la Chine.
03:30Mais il y a d'autres relais de croissance.
03:32Il y a le Moyen-Orient, il y a d'autres pays d'Asie, etc.
03:35Alors, vous allez me dire, on n'est pas à l'échelle.
03:37Et la véritable échelle, et le véritable enjeu, il ne faut pas se voiler la face,
03:41c'est le marché indien.
03:42Est-ce que l'Inde, finalement, est capable de prendre le relais ?
03:46Et quand on regarde les fondamentaux économiques de l'Inde,
03:49on se dit qu'elle est au début du cycle qu'a connu la Chine.
03:52Il y a 20 ans, croissance économique 6 à 7 % par an,
03:55même échelle de population, un PIB par habitant encore faible,
03:59mais en forte progression, urbanisation rapide,
04:02explosion des revenus dans les grandes métropoles.
04:04Donc, on a exactement les moteurs qui ont fait que le marché du luxe chinois
04:08est devenu un très grand marché.
04:11Et puis, quand même, Étienne, le luxe, ça reste quand même le secteur
04:15qui est le plus capable d'augmenter ses prix.
04:19Et ça, c'est quand même une arme absolument extraordinaire.
04:22Alors, Étienne dit le luxe ostentatoire, tout ça, mais Étienne,
04:25le luxe, c'est tout sauf ostentatoire.
04:28C'est le bling-bling qui est ostentatoire.
04:30Mais le luxe n'est pas ostentatoire.
04:33Et puis, franchement, c'est aussi un secteur dans lequel,
04:37contrairement à ce que dit Étienne,
04:39les barrières à l'entrée sont absolument gigantesques.
04:41C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de s'improviser comme ça,
04:44de faire des sacs à main, de faire des bijoux et tout,
04:46pour qu'on devienne une légende et une marque de luxe.
04:50Et enfin, je termine en soulignant l'aspect patrimonial aujourd'hui du luxe.
04:54C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a des gens qui investissent
04:56dans les produits de l'industrie du luxe,
04:58comme on investissait avant dans les marchés.
05:00C'est devenu une classe d'actifs.
05:01C'est vrai, on en parle souvent sur cette antenne.
05:04C'est ça, Kelly, une fois que vous serez sorti du magasin,
05:06il vaudra quasiment le double du prix que vous l'avez acheté
05:09si vous le revendez sur le marché de l'industrie.
05:10Je ne l'ai même pas encore, Emmanuel, très vite.
05:12La clientèle aspirationnelle qui était là pendant le Covid,
05:14elle n'est plus là.
05:15C'est-à-dire qu'elle s'est fait plaisir,
05:16mais aujourd'hui, elle n'a plus les moyens.
05:18C'est-à-dire qu'il y avait une clientèle qui était présente en boutique
05:19il y a 5-6 ans et aujourd'hui, elle a totalement disparu.
05:22Elle ne peut plus aujourd'hui s'offrir ce type de produit.
05:24Sur le fait, une marque, c'est là, c'est présent,
05:27ça va rester pendant des années.
05:28Non, ça ne veut rien dire.
05:29Quand vous regardez certaines marques,
05:31et je ne vais pas les citer,
05:32mais quand vous regardez leurs parts de marché,
05:34elles se sont considérablement réduites.
05:36Et on voit aujourd'hui des nouvelles marques
05:37qui ne partent de pas grand-chose
05:38et qui gagnent de part des marchés très importantes.
05:39Et pourquoi pas aujourd'hui acheter du luxe chinois
05:41en Europe ou aux États-Unis ?
05:43Rien n'est tabou.
05:44Et puis enfin, aujourd'hui,
05:45vous avez de plus en plus de clients
05:46qui cherchent de l'expérience.
05:48Entre mettre 600 euros dans des sneakers ou un sac,
05:50ils préfèrent mettre 600 euros dans une nuit d'hôtel.
05:52Et aujourd'hui, c'est ce luxe expérimentiel.
05:55Désolé si je me trompe sur le mot,
05:57qui gagne en part de marché.
05:59Merci, merci beaucoup messieurs pour ce débat.
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