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  • il y a 14 heures
Ce jeudi 30 juillet, la capacité de l'industrie française du luxe à rayonner encore sur le marché mondial, une interrogation qui se pose après la chute en Bourse d'Hermès de 11% mercredi dernier, a été abordée par Étienne Bracq et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On sort des publications dans le luxe et on a vu notamment hier la chute en bourse d'Hermès
00:06avec des inquiétudes sur la Chine, moins 11%.
00:08Etienne Braque, est-ce que c'est la fin de l'âge d'or du luxe ? Pour vous, oui
00:12?
00:12La question, elle se pose très sérieusement.
00:14Moins 11% quand même pour Hermès, on était à 1500 euros ou presque à la clôture.
00:18C'est sûr que quand ça se paye 30 fois les profits et qu'il n'y a plus de
00:20croissance des profits,
00:21puisqu'il y avait un bénéfice qui était stable au premier semestre par rapport à l'an dernier,
00:25le marché ne fait pas de cadeaux.
00:27Hermès qui souffre notamment du marché chinois.
00:30Vous avez une très légère hausse modeste des ventes en Chine sur les six premiers mois de l'année.
00:35Et ça, c'est quand même un élément marquant et qui interroge et surtout qui fait peur depuis plusieurs trimestres
00:41dans le sens où le marché chinois, c'était le moteur du segment du luxe.
00:45Vous avez en Chine plus de 30% des ventes pour les principaux acteurs du luxe.
00:50C'est aujourd'hui un marché qui est à la peine.
00:52Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, vous avez une clientèle qui cherche des marques locales.
00:57Aujourd'hui, vous avez un consommateur qui cherche un petit peu plus de patriotisme dans ses achats.
01:02Fin également de l'ostentatoire.
01:05On cherche du luxe discret, pas quelque chose qui est un petit peu tapé à l'œil.
01:08Et puis surtout, vous avez des groupes qui ont massivement augmenté leurs prix ces dernières années,
01:12notamment depuis le Covid.
01:14C'était un argument d'ailleurs pour acheter le luxe, c'est-à-dire le fameux pricing power,
01:17la capacité à pouvoir augmenter les prix.
01:19Vous avez des groupes qui ont fait moins de volume et plus de chiffre d'affaires grâce aux hausses de
01:23prix.
01:23Aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué de passer ces hausses de prix,
01:25que ce soit en Asie, mais également en Europe.
01:28Il faut voir que le marché du luxe en Europe, il est au point mort.
01:31Alors, on aura peut-être l'occasion d'en reparler dans un instant.
01:33Heureusement, il y a la clientèle américaine qui est là, mais ça ne suffit pas.
01:36Et donc aujourd'hui, vous avez des acteurs qui sont un petit peu en difficulté
01:39parce qu'ils cherchent des relais de croissance.
01:41Alors, ils regardent aujourd'hui un petit peu où se trouve la croissance.
01:43Ah bah tiens, peut-être en Inde, mais on voit que le marché indien est compliqué
01:47pour les acteurs français du luxe.
01:49Et donc aujourd'hui, ils doivent se contenter d'une légère croissance.
01:52La croissance à deux chiffres, c'est fini, même pour Hermès.
01:55Il faut se contenter d'une croissance de 1 à 5%.
01:58Alors, ce n'est pas si mal, ils vont vous dire, on a connu ça pendant des années,
02:02mais c'est quand même aujourd'hui un tout autre exercice
02:04par rapport à ce qu'on a pu voir à la fin de la période Covid.
02:07J'ai lu que ça ne mettrait pas pour autant fin aux listes d'attente pour les sacs Kelly,
02:10mais enfin, on verra bien, l'avenir nous le dira.
02:11Emmanuel Lechypre.
02:12Vous avez tout dit, ça ne met pas fin aux listes d'attente pour les sacs Kelly.
02:18Non, je crois qu'il ne faut pas être trop pessimiste.
02:21On sort quand même d'une période qui était une période d'euphorie.
02:25Donc moi, je continue à penser que le luxe vit un âge d'or
02:29et qu'au milieu de cet âge d'or, on avait cette période d'euphorie totalement folle
02:33qui arrive à sa fin.
02:34Mais cette période d'euphorie, c'était quoi ?
02:36C'était, rappelez-vous, les années post-Covid.
02:39Donc, il y avait eu une explosion de l'épargne pendant le Covid.
02:42Les gens, ils avaient besoin finalement de se faire plaisir, d'acheter autre chose.
02:46Il y a eu aussi ce boom spectaculaire quand même de la Chine lors de la réouverture
02:52après les confinements.
02:54La hausse très forte des patrimoines financiers et immobiliers mondiaux.
02:58Et fondamentalement, les fondamentaux de la richesse mondiale, ils restent excellents.
03:03Quand vous regardez, le nombre de millionnaires continue d'augmenter partout.
03:06Les patrimoines financiers battent des records.
03:09L'Asie continue d'enrichir des dizaines de millions de personnes chaque année.
03:13Et on va avoir de plus en plus de millionnaires.
03:16Donc, le marché du luxe continue de grossir.
03:19Alors, Étienne soulève un point, effectivement, qui est important.
03:22Maintenant, le luxe est un marché qui n'a jamais fonctionné sur un seul pays.
03:27Et là, effectivement, on avait un très gros pays qui était la Chine.
03:30Mais il y a d'autres relais de croissance.
03:32Il y a le Moyen-Orient, il y a d'autres pays d'Asie, etc.
03:35Alors, vous allez me dire, on n'est pas à l'échelle.
03:37Et la véritable échelle, et le véritable enjeu, il ne faut pas se voiler la face,
03:41c'est le marché indien.
03:42Est-ce que l'Inde, finalement, est capable de prendre le relais ?
03:46Et quand on regarde les fondamentaux économiques de l'Inde,
03:49on se dit qu'elle est au début du cycle qu'a connu la Chine.
03:52Il y a 20 ans, croissance économique 6 à 7 % par an,
03:55même échelle de population, un PIB par habitant encore faible,
03:59mais en forte progression, urbanisation rapide,
04:02explosion des revenus dans les grandes métropoles.
04:04Donc, on a exactement les moteurs qui ont fait que le marché du luxe chinois
04:08est devenu un très grand marché.
04:11Et puis, quand même, Étienne, le luxe, ça reste quand même le secteur
04:15qui est le plus capable d'augmenter ses prix.
04:19Et ça, c'est quand même une arme absolument extraordinaire.
04:22Alors, Étienne dit le luxe ostentatoire, tout ça, mais Étienne,
04:25le luxe, c'est tout sauf ostentatoire.
04:28C'est le bling-bling qui est ostentatoire.
04:30Mais le luxe n'est pas ostentatoire.
04:33Et puis, franchement, c'est aussi un secteur dans lequel,
04:37contrairement à ce que dit Étienne,
04:39les barrières à l'entrée sont absolument gigantesques.
04:41C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de s'improviser comme ça,
04:44de faire des sacs à main, de faire des bijoux et tout,
04:46pour qu'on devienne une légende et une marque de luxe.
04:50Et enfin, je termine en soulignant l'aspect patrimonial aujourd'hui du luxe.
04:54C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a des gens qui investissent
04:56dans les produits de l'industrie du luxe,
04:58comme on investissait avant dans les marchés.
05:00C'est devenu une classe d'actifs.
05:01C'est vrai, on en parle souvent sur cette antenne.
05:04C'est ça, Kelly, une fois que vous serez sorti du magasin,
05:06il vaudra quasiment le double du prix que vous l'avez acheté
05:09si vous le revendez sur le marché de l'industrie.
05:10Je ne l'ai même pas encore, Emmanuel, très vite.
05:12La clientèle aspirationnelle qui était là pendant le Covid,
05:14elle n'est plus là.
05:15C'est-à-dire qu'elle s'est fait plaisir,
05:16mais aujourd'hui, elle n'a plus les moyens.
05:18C'est-à-dire qu'il y avait une clientèle qui était présente en boutique
05:19il y a 5-6 ans et aujourd'hui, elle a totalement disparu.
05:22Elle ne peut plus aujourd'hui s'offrir ce type de produit.
05:24Sur le fait, une marque, c'est là, c'est présent,
05:27ça va rester pendant des années.
05:28Non, ça ne veut rien dire.
05:29Quand vous regardez certaines marques,
05:31et je ne vais pas les citer,
05:32mais quand vous regardez leurs parts de marché,
05:34elles se sont considérablement réduites.
05:36Et on voit aujourd'hui des nouvelles marques
05:37qui ne partent de pas grand-chose
05:38et qui gagnent de part des marchés très importantes.
05:39Et pourquoi pas aujourd'hui acheter du luxe chinois
05:41en Europe ou aux États-Unis ?
05:43Rien n'est tabou.
05:44Et puis enfin, aujourd'hui,
05:45vous avez de plus en plus de clients
05:46qui cherchent de l'expérience.
05:48Entre mettre 600 euros dans des sneakers ou un sac,
05:50ils préfèrent mettre 600 euros dans une nuit d'hôtel.
05:52Et aujourd'hui, c'est ce luxe expérimentiel.
05:55Désolé si je me trompe sur le mot,
05:57qui gagne en part de marché.
05:59Merci, merci beaucoup messieurs pour ce débat.
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