00:00On parle des montants faramineux en effet levés en bourse en Chine, aux Etats-Unis, dans l'IA,
00:04les conséquences aussi sur le secteur des semi-conducteurs,
00:07on parle toujours, ça fait des mois qu'on en parle de cette bulle IA, qu'en est-il, qui
00:12commence ?
00:13Moi je veux bien, parce que moi je suis plutôt enclin à penser qu'effectivement il y a énormément d
00:22'excès
00:22et que oui on a une bulle, on a une bulle pourquoi ?
00:25On a une bulle d'abord parce que les valorisations intègrent aujourd'hui des scénarios
00:31qui sont des scénarios plus que parfaits et sur un horizon assez long,
00:35c'est-à-dire qu'en gros on pense que la demande va continuer à exploser,
00:39on pense que les marges vont rester très élevées, que la concurrence finalement n'aura aucun effet sur les prix,
00:45que les clients continueront d'investir massivement, à l'horizon de 5 ou 10 ans,
00:50est-ce que ce n'est pas un scénario un peu trop optimiste ?
00:53Deuxième inquiétude, les investissements augmentent quand même beaucoup plus vite que les revenus
00:57et ça, c'est quoi ? C'est 350 milliards cette année, si vous prenez les gros Microsoft, Amazon, Alphabet,
01:04Meta, etc.
01:06On ne sait pas vraiment quand est-ce que tous ces investissements seront rentabilisés.
01:12Encore plus inquiétant et qui n'existait pas vraiment dans les bulles précédentes,
01:16c'est cette interconnection et cette circularité finalement entre tous les acteurs du système.
01:23C'est-à-dire qu'ils investissent tous les uns chez les autres, s'achètent mutuellement des services
01:28et on a donc une espèce d'opacité et d'effet émulsion comme ça qui fait que tout ça paraît
01:35un peu artificiel.
01:37On est emballé par la logique, la peur de manquer, qui concerne à peu près tous les clients.
01:43Les gains de productivité de tout ça, on ne les voit pas vraiment encore dans l'économie réelle.
01:48Et puis la dernière constatation qu'il faut faire, c'est que toutes les grandes révolutions industrielles,
01:55quand vous avez combiné finalement des rêves absolument fous,
02:01souvent des quantités d'argent extrêmement disponibles,
02:05ce qui a été le cas avec les taux d'intérêt quasiment nuls qu'on a eus pendant des années,
02:08vous aboutissez systématiquement à des bulles sur des technologies qui ont assuré des promesses
02:15complètement délirantes et qui après se sont avérées effectivement.
02:18Ça a été le cas sur les chemins de fer où il y a eu des investissements totalement délirants,
02:24une bulle incroyable.
02:25Bon, la bulle a éclaté, ça n'a pas empêché les chemins de fer de se développer.
02:29Même chose pour l'électricité, même chose pour Internet.
02:32Donc c'est une logique qui est presque inhérente à l'âme humaine finalement, vous voyez.
02:37Et donc oui, objectivement, moi je pense qu'il y a quand même une bulle dans ces domaines-là.
02:42Etienne ?
02:43Non, je ne suis pas du tout d'accord.
02:44Alors au cas par cas, on peut trouver peut-être certaines sociétés
02:46qui affichent des niveaux de valorisation totalement délirants.
02:50Mais quand vous regardez la croissance des profits, elle est là,
02:53vous avez quand même un consensus qui s'attend à une hausse des profits aux États-Unis de 26%
02:58pour le S&P 500.
02:59Donc ça, c'est pour l'indice large.
03:01Si on regarde certaines GAFAM, on va avoir cette semaine une croissance des profits de plus de 30%.
03:05En tout cas, c'est ce qui est attendu.
03:07Et souvenez-vous, la semaine dernière, Alphabet, c'est Google, croissance du résultat opérationnel.
03:12Donc on enlève l'exceptionnel, la participation dans Anthropique et dans certaines startups, etc.
03:1740 milliards de profits en l'espace de trois mois.
03:20À Paris et même en Europe, on n'a pas de boîte qui font 40 milliards en 12 mois.
03:23Eux, ils arrivent à faire ça en l'espace de trois mois.
03:26C'est 30% de plus que l'an dernier.
03:28Quand on regarde en bourse la performance de ces GAFAM, elle n'est pas spectaculaire.
03:33Si vous regardez Microsoft depuis le début de l'année, moins 17%, moins 25% depuis le record.
03:37Amazon est stable depuis le début de l'année.
03:39Idem pour Alphabet.
03:40Meta, moins 8% depuis le 1er janvier.
03:42Il n'y a que Apple qui est sur un plus haut, 25%.
03:44On en parlera dans 20 minutes.
03:46C'est devenu la plus grosse capitalisation mondiale devant Nvidia.
03:49Donc le marché, il est prudent.
03:50Il n'est pas du tout dans une phase d'euphorie.
03:52Pourquoi ? Parce qu'il s'inquiète non pas des profits, mais des capacités d'investissement à juste titre.
03:57Parce qu'au final, si vous prenez tous les acteurs, c'est 700 milliards qui vont être dépensés cette année
04:02dans l'intelligence artificielle.
04:04Avec, oui, des entreprises qui lèvent de la dette.
04:06Mais c'est plutôt une bonne nouvelle.
04:07Le marché fait son job.
04:08Il y a un an, tout le monde disait, vous ne vous rendez pas compte, ces boîtes, elles rachètent à
04:11tour de bras des centaines de milliards d'actions.
04:13C'est totalement inutile.
04:14Ça ne sert à rien.
04:15Ils ne savent pas quoi faire de leur argent.
04:16Là, c'est bien.
04:17Ils gagnent de l'argent.
04:18Et cet argent, ils l'investissent.
04:19Voilà, Emmanuel Lechypre.
04:20Que rajouter à cela ?
04:23Effectivement, à court terme, on peut se satisfaire de tout ça.
04:26La réalité, c'est qu'en général, on achète en bourse des profits, pas les profits d'aujourd'hui.
04:32On achète les profits de demain.
04:34Or, moi, ce qui m'inquiète, c'est ça.
04:36L'intelligence artificielle générative, par exemple, qui est au cœur de tout ça.
04:39On voit bien que la trajectoire, elle n'est pas soutenable à terme.
04:42C'est-à-dire que quand vous voyez ce que cette industrie va devoir consommer comme énergie, etc.,
04:48vous vous dites que ce n'est pas une trajectoire qui est possible.
04:50Donc, il va y avoir d'autres développements, sans doute de l'intelligence artificielle, qui vont intervenir,
04:55qui seront sans doute moins consommateurs d'énergie, etc.
04:58Moi, je trouve qu'on a aussi tendance à largement surestimer les positions acquises.
05:05C'est-à-dire que qu'est-ce qui dit qu'il n'y a pas des boîtes qui, demain,
05:08vont venir disrupter tout ça ?
05:10Et en quoi on n'est pas en train, finalement, d'accorder une trop grande confiance à tous ces acteurs
05:15qui seront peut-être, demain, détrônés par des technologies qui viendront même, peut-être, d'ailleurs,
05:20quand vous voyez, par exemple, les capacités de production ou d'innovation des entreprises chinoises,
05:27puisque cette nuit, on a encore eu des chiffres faramineux en Chine sur une introduction en bourse.
05:34Donc, voilà, qu'est-ce qui vous dit que, demain, ces acteurs seront encore les acteurs phares du marché ?
05:39Moi, il me semble qu'on fige un peu trop la situation aujourd'hui.
05:45Etienne, pour finir ?
05:46L'absent, malheureusement, c'est l'Europe, puisqu'on peut peut-être dire qu'il y a une bulle aux
05:49États-Unis,
05:50mais en Europe, malheureusement, on a très peu de valeur.
05:52Et à la tech, à SML, oui, peut-être, mais aujourd'hui, tout se joue du côté de la Chine.
05:57CXMT qui devient la plus grosse boîte chinoise en bourse continentale, en Chine continentale.
06:01Du côté des États-Unis, ça lève des milliards tous les semaines, ou presque, sur ce segment de l'IA.
06:06Et l'Europe, malheureusement, est absente, parce que c'est vrai qu'il n'y a pas assez d'investissement,
06:12et on n'arrive pas à construire de grands géants européens.
06:15Donc, la Chine a bien compris qu'elle devait réduire sa dépendance aux acteurs américains,
06:19et elle le fait plutôt bien, quand nous, en Europe, on a beaucoup de promesses, beaucoup d'ambitions,
06:24mais malheureusement, on n'arrive pas à avoir les acteurs pour se passer des GAFA.
06:27Merci, messieurs. Un dernier mot, Emmanuel ?
06:29C'était la même chose au moment de la bulle Internet qu'Étienne n'a pas connue.
06:33Mais il y avait effectivement ce déséquilibre majeur entre ce qui se passait aux États-Unis
06:38et ce qui se passait en Europe.
06:40Et je vous rappelle que le Nasdaq s'est quand même très largement effondré,
06:46évaporé presque même au moment de l'éclatement de la bulle Internet.
06:49Merci beaucoup, messieurs.
06:50C'était Face à le Chypre à retrouver ce débat sur notre appli, sur notre site en replay, évidemment.