00:00Et c'est Jean-Marc Daniel qui fait face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui pour un dossier difficile, le dossier
00:05Duralex.
00:06Cinquième fois en 20 ans que l'entreprise est placée en redressement judiciaire.
00:10Est-ce qu'on lâche l'affaire avec Duralex qui veut commencer ?
00:14Emmanuel ?
00:14Moi je commence.
00:15Allez-y.
00:16Je suis le gentil aujourd'hui.
00:18Face à l'impitoyable Jean-Marc Daniel.
00:20Donc on remet des sous dans Duralex, on recommence.
00:24Encore une fois, tout dépend ce que vous appelez remettre des sous, bêtement, comptablement,
00:28comme vous êtes en train de le faire.
00:30Moi je ne vous dis pas qu'il faut...
00:31Vous savez, je suis idiote.
00:32Non, ce n'est pas ça.
00:33C'est qu'il faut faire la différence entre toutes les entreprises et des entreprises iconiques comme Duralex.
00:38Je ne vous dis pas qu'il faut sauver toutes les entreprises en difficulté.
00:41Bien sûr que non.
00:42Moi ce que je veux vous défendre comme idée, c'est qu'on a des entreprises aujourd'hui,
00:45on a des marques qui sont devenues des biens collectifs et qu'on perd bien plus à les laisser tomber
00:50qu'à les sauver.
00:52Une marque centenaire comme Duralex, ce n'est pas juste une usine que vous allez fermer
00:57et que vous pourrez toujours rouvrir.
00:58C'est un patrimoine que vous allez abandonner.
01:01Et il y a des marques comme ça en France, si jamais vous les laissez tomber,
01:06recréer des marques qui auront la même valeur, le même prestige,
01:09et qui au final contribueront autant à l'image de la France,
01:11ça vous coûtera des centaines de millions d'héros.
01:13Mais les gens en achètent du Duralex ou pas ?
01:15Il y a de la demande oui ou non en fait.
01:18Mais il peut y avoir de la demande.
01:20Parce que vous allez...
01:21Il peut y avoir de la demande.
01:22Mais il peut y avoir de la demande.
01:24Après, c'est une question de stratégie, de marketing, de positionnement.
01:28Il peut y avoir de la demande.
01:29Attendez, puisque vous m'entraînez sur ce terrain-là,
01:31que j'avais prévu d'aborder seulement plus tard.
01:34Duralex, c'est quoi ?
01:36C'est des verres incassables.
01:38C'est des verres durables.
01:41On nous parle toujours de consommation responsable, etc.
01:45Est-ce que ce n'est pas finalement un verre qui est dans l'air du temps ?
01:48Est-ce que ce n'est pas un produit...
01:49Il y a de la demande ou pas aujourd'hui ?
01:50Vous ne répondez pas à ma question.
01:51Ils en vendent des verres ?
01:52Et la demande, vous la créez.
01:53Si vous savez le vendre, votre produit,
01:55vous croyez que tous les gens qui ont fait des doudounes
01:56avec des marques célèbres,
01:58tous les gens qui font tout un tas de produits,
02:00vous croyez qu'il y a une demande spontanée comme ça ?
02:02Là, vous avez une demande naturelle.
02:04Encore une fois, il y a un marché qu'il faut savoir exploiter.
02:07Et puis après, moi je trouve qu'il y a aussi quand même un problème d'image.
02:11Vous sauvez les cathédrales,
02:12vous sauvez le patrimoine culturel,
02:14on ne sauve pas le patrimoine industriel.
02:16Mais quel sens a le mot réindustrialisation ?
02:19En gros, hier...
02:19Duralex et Notre-Dame.
02:20Hier à Versailles,
02:22hier à Versailles,
02:23vous avez quoi ?
02:24On sort les verres en cristal
02:26pour des patrons du monde entier
02:27qui vont nous faire des data centers
02:29dans lesquels il va y avoir 15 personnes
02:30qui vont travailler
02:31et vous laissez tomber le verre du peuple,
02:34le verre des cantines
02:36et ses 250 salariés.
02:37Un peu trop !
02:38Franchement, non mais,
02:39il y a un moment où vous dites
02:41mais du coup la réindustrialisation, c'est quoi ?
02:43C'est du vent, c'est du bidon ?
02:44Non, il y a des marques comme ça,
02:45je ne sais pas, moi,
02:46il y a l'aïol, le creuset,
02:48mais vous avez dit que...
02:48Donc ça ne se vend pas, on sauve.
03:03Jean-Marc, je vous laisse.
03:05Le contribuable du département du Loiret
03:07et de la région centre.
03:09Je ferai une autre remarque,
03:10c'est que ce n'est pas une marque centenaire,
03:12elle est née en 1945.
03:13Donc à partir de quand est-ce qu'on commence à dire
03:15qu'on est dans le patrimoine ?
03:17Tout est dans le patrimoine.
03:18Si, dès 1945, on est devenu...
03:20Une marque est connue par tous les Français, Jean-Marc.
03:21La dernière remarque...
03:22Pourquoi on laisse tomber, Jean-Marc ?
03:23Alors, on laisse tomber, on laisse tomber.
03:26Et il y a quand même trois considérations,
03:28comme toujours.
03:29La première considération, c'est que
03:31la dernière version, c'était une version
03:33sous forme de coopérative.
03:36Une scope.
03:37Et donc, on voit bien que
03:39la lutte contre le méchant actionnaire
03:41ayant été abandonnée maintenant,
03:43puisque les ouvriers eux-mêmes
03:45ne résolvent pas le problème économique.
03:47Il y a une réalité économique
03:49qui s'impose à tout le monde.
03:50Et effectivement, la bonne réalité économique
03:52que l'on mesure, c'est
03:53est-ce qu'il y a ou non de la demande ?
03:55Et c'est d'autant plus important
03:56que la personne qui a été choisie
03:58par les salariés pour essayer
03:59de reprendre l'entreprise
04:01à la tête de l'entreprise
04:02après la démission du directeur actuel,
04:04c'est la responsable du marketing.
04:05C'est-à-dire que ce n'est pas quelqu'un
04:06qui a échoué en termes de configuration
04:09de la demande,
04:10c'est quelqu'un qui est dérécu
04:11par les producteurs eux-mêmes
04:12comme quelqu'un de compétent.
04:14Or, elle n'a pas réussi à susciter la demande
04:15parce qu'il n'y a plus de demande
04:16pour ce type de produit.
04:18La deuxième considération
04:19que je mettrai en avant,
04:20c'est que le fait que, effectivement,
04:23les pouvoirs publics s'engagent dans...
04:25Ça donne une impression
04:26et une illustration de la survie artificielle
04:30de pan entier de notre économie.
04:33Et quand Emmanuel Le Chiffre dit
04:35« Si le mot réindustrialisation a du sens,
04:37il faut sauver Duralex »,
04:38je dis « Effectivement,
04:40si le mot réindustrialisation avait du sens... »
04:43Je mets ça au conditionnel.
04:45On sauverait Duralex !
04:46On sauverait Duralex !
04:47Ah si, on sauverait !
04:48S'il avait du sens...
04:49On met rien.
04:50S'il avait...
04:51Il n'en a pas !
04:52Mais il n'en a pas !
04:53Le mot...
04:53Vous savez, en latin et en grec,
04:55on fait la différence dans le conditionnel
04:57entre le potentiel,
04:58ce qui peut arriver,
04:59et l'irréel.
05:00C'est un conditionnel irréel.
05:02C'est-à-dire,
05:03ce conditionnel exprime
05:04que réindustrialisation,
05:05c'est irréel.
05:07Et la dernière remarque que je ferais,
05:08c'est que ça me rappelle
05:10ma jeunesse,
05:11et donc une époque
05:11que vous n'avez pas connue,
05:12qui était l'époque de Lip.
05:14Et donc,
05:14c'était un peu la même chose.
05:16Lip, c'était une marque
05:17qui était une marque d'horlogerie
05:20ancestrale.
05:20Elle était beaucoup plus ancienne
05:21que Duralex,
05:22qui fait faillite.
05:23Et on crée une scope.
05:24Et à ce moment-là,
05:25toute une partie de la classe politique,
05:26il faut défendre Lip.
05:28Et le Parti Socialiste de l'époque dit
05:31la prise en charge
05:32par les ouvriers
05:33de l'appareil industriel,
05:34c'est l'avenir de la société
05:36vers laquelle nous allons.
05:38Et bien Lip,
05:39au bout d'un moment,
05:39le Premier ministre de l'époque,
05:40Pierre Messmer,
05:41avait dit
05:41écoutez, Lip, c'est fini maintenant.
05:43On arrête.
05:43C'est-à-dire,
05:44on ne construit pas
05:44des cathédrales intellectuelles,
05:47on ne construit pas
05:47des références mythiques
05:49avec de l'argent public.
05:51Il y a un moment
05:51où c'est le marché,
05:53la demande,
05:54la réalité économique
05:55qui s'impose.
05:56Si je devais faire
05:57une formule latine
05:58un peu audacieuse
05:59vu le dossier,
06:00ce serait
06:00Duralex,
06:02cède l'ex.
06:03C'est-à-dire,
06:03la loi est dure,
06:04Duralex,
06:05cède l'ex,
06:06mais c'est la loi
06:07de l'économie.
06:09Juste une remarque,
06:10c'est qu'on retrouve
06:11à nouveau
06:12des montrolippes
06:13et que cette marque,
06:15effectivement,
06:15que tout le monde
06:15condamnait,
06:16etc.,
06:17cette marque,
06:17elle a réussi
06:18quand même
06:18à revenir.
06:20Mais que Duralex revienne,
06:22ça ne me dérange pas,
06:22mais pas avec l'argent
06:23des contribuables
06:24du Loiret.
06:25Oui, oui,
06:25mais après,
06:26je pense qu'il y a
06:26des solutions
06:27à trouver.
06:28En plus,
06:29ce n'est pas des sommes
06:29considérables,
06:30encore une fois,
06:31par rapport aux externalités
06:32positives que génère
06:33ce type de marque
06:34pour l'ensemble
06:36de la marque France.
06:36Vous avez acheté des verres ?
06:38Oui.
06:38Ah bon ?
06:39Bien sûr.
06:39Chez vous,
06:40on boit en verre de cantine ?
06:41Chez moi,
06:41on boit avec,
06:42vous savez,
06:43ces verres multicolores,
06:45il y a des très beaux verres
06:47violets,
06:48oranges,
06:49verts,
06:50blancs,
06:51transparents.
06:52C'est super chic
06:54d'être pas très chic.
06:56Non.
06:56Vous n'êtes pas très à la page.
06:58J'ai tous les défis.
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