00:00Face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02Il y avait une réunion prévue à Matignon sur les questions d'armement.
00:05Elle est annulée ce matin, il faut dire qu'il y a un conseil de défense qui est prévu cet
00:08après-midi.
00:09Ceci explique peut-être cela.
00:11Est-ce qu'il faut encore, est-ce qu'on peut encore accélérer les cadences de production ?
00:15Emmanuel Lechypre.
00:16Oui, alors d'abord, on veut, on a prouvé aux cinq dernières années qu'on pouvait le faire
00:22et puis surtout, on doit le faire.
00:24Si on regarde quand même ce qui s'est passé depuis la guerre en Ukraine en 2022,
00:29l'effort est quand même impressionnant.
00:31On a un budget, une loi de programmation militaire qui a doublé le budget sur dix ans.
00:37C'est considérable.
00:38Quand on regarde un petit peu tous les efforts qui ont été faits pour augmenter les cadences de production,
00:43on a quand même réussi et on a obtenu des résultats.
00:47Les canons César, on les fabrique trois fois plus vite qu'il y a quatre ans.
00:51Les missiles, on a réduit les délais de fabrication par deux.
00:54On était avant, entre 18 et 36 mois.
00:56Ça a été effectivement, aujourd'hui, on est à moins de douze mois.
01:01Le Rafale, on en produisait un par mois.
01:03On en produit aujourd'hui trois par mois.
01:06On a même des groupes civils qui se sont tournés vers l'armement d'assaut Renault,
01:11produits et produits des drones.
01:12Donc, le truc, c'est qu'effectivement, aujourd'hui,
01:16donc on peut, on veut et on doit continuer parce qu'effectivement,
01:19aujourd'hui, on bute quand même sur des goulots d'étranglement,
01:22mais qui sont des difficultés totalement surmontables.
01:26Donc, on veut, c'est bien.
01:28Et puis surtout, on doit le faire.
01:29On doit le faire pour des raisons de souveraineté,
01:32parce qu'au moment où on est lâché par les États-Unis,
01:35il faut qu'on soit autonome.
01:37Deux, on ne pourra absolument pas compter sur l'Europe.
01:39C'est-à-dire qu'en matière de défense,
01:41c'est sans doute le pire visage de l'Europe aujourd'hui.
01:44C'est-à-dire qu'on a des pays qui sont incapables de travailler ensemble.
01:47Pire que ça, qui veulent la peau les uns des autres.
01:49Parce que la réalité, c'est que les industriels allemands n'ont qu'une envie.
01:52On a vu ça que ce qu'il y a, oui.
01:54Mais globalement, quand vous êtes en difficulté sur l'automobile,
01:58l'Allemagne veut devenir un leader des industries de défense
02:00en marchant sur les industriels français.
02:03Il faut quand même dire les choses.
02:04Mais donc, la question, est-ce qu'on peut ?
02:05C'est quand même compliqué.
02:06Et donc, est-ce qu'on peut ?
02:07Non, on a montré qu'on pouvait le faire.
02:09Si on a, aujourd'hui, on a des goulots d'étranglement
02:13sur, par exemple, le personnel.
02:16On a une générale, même, qui a été embauchée par Pôle emploi
02:19pour trouver 100 000 postes dans les prochaines années.
02:21Moi, j'entends aussi, quand même, problème de commande publique.
02:24Oui, il y a la délégation générale de l'armement.
02:26Il y a un moment où il faut arrêter les bêtises.
02:29Les spécifications demandées sont totalement délirantes.
02:32Donc, il faut aussi de la simplification là-dessus.
02:34Donc, il y a une question de fluidité du côté de l'administration aussi.
02:37Mais, je veux dire, c'est des choses qui sont possibles.
02:40Et puis, surtout, n'oublions pas l'effet d'entraînement économique.
02:42Il n'y a pas un euro mieux dépensé en R&D
02:45qu'un euro dépensé dans la défense.
02:48Vous êtes sûr de cette phase ?
02:49Je peux vous citer.
02:50Alors, je vous cite des études qui ont été faites par des experts.
02:55On peut aussi investir dans la décarbonation ?
02:59Non, mais on peut aussi.
03:01Mais je vous livre les études qui sont faites par l'OCDE,
03:04par exemple, qui mesurent depuis 1987
03:07et même certaines, depuis 1890, l'impact d'un euro dépensé
03:12dans l'industrie de défense, l'effet d'entraînement sur l'économie.
03:15Vous avez, par exemple, un euro, c'est, au bout de dix ans,
03:20entre 1,7 et 2 euros de PIB supplémentaires.
03:23Jean-Marc.
03:24Oui, alors, je suis totalement opposé à ce raisonnement.
03:27Je pense qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.
03:30Il y a effectivement des conflits.
03:32Donc, ça y est, il faut répondre à ces conflits
03:34en augmentant considérablement la production d'armement,
03:37sans se poser la question de la nature de ces conflits,
03:39de la menace qui nous concerne,
03:40sans se poser la question, effectivement,
03:42du type de réponse que l'on doit apporter.
03:44Et il ne faut pas confondre non plus souveraineté et gaspillage,
03:46c'est-à-dire partir dans tous les sens,
03:49en se heurtant au bon vieux principe,
03:51on ne peut pas avoir le beurre et les canons.
03:53C'était ce qu'on racontait dans les années 30.
03:55C'est quoi le gaspillage, là ?
03:56Le gaspillage, c'est qu'on construit, effectivement,
04:01des armes considérables.
04:02Vous savez quel est le budget militaire de l'Iran ?
04:04Le budget militaire de l'Iran, c'est 10 milliards de dollars.
04:06Le budget militaire des États-Unis, c'est 850 milliards de dollars.
04:10Et en ce moment, les États-Unis ont quand même du mal
04:12à venir à bout de l'Iran.
04:14Et comment est-ce que les Israéliens ont marqué les esprits ?
04:17Ce n'est pas en construisant des armes,
04:19c'est en sachant à quel endroit et à quelle heure
04:21se trouvait le guide suprême.
04:22C'est la puissance du réseau de renseignement.
04:24C'est la puissance du réseau de renseignement.
04:25Je vais vous faire une citation.
04:26On est en 1961, nous sommes en pleine guerre froide.
04:29C'est le 17 janvier.
04:30Le président des États-Unis change.
04:32Celui qui s'en va, c'est Eisenhower,
04:34qui est un ancien général.
04:35Et il fait un discours, je vais juste lire ce qu'il dit très peu,
04:38très rapidement.
04:39Des crises, nous continuerons à en affronter.
04:42Et qu'elles soient intérieures ou extérieures,
04:44il y aura une tentation répétée de penser
04:46que telle ou telle action spectaculaire et coûteuse
04:48apportera la solution miraculeuse
04:50à toutes les difficultés rencontrées.
04:52Nous avons en face de nous des gens qui militent
04:54pour une augmentation systématique
04:55des programmes de défense.
04:57Mais dans nos assemblées, au Congrès,
04:59nous devons nous garder de toute influence injustifiée
05:02exercée par ce complexe militaro-industriel.
05:05C'est-à-dire que Eisenhower dénonce le fait
05:08qu'effectivement, un certain nombre de gens
05:09utilisent la menace pour essayer de fourguer leurs produits
05:13sans qu'il y ait eu au préalable une réflexion sur...
05:16Vous dites que c'est des commerciaux, quoi.
05:17C'est des commerciaux.
05:18Et donc, le pouvoir politique, face à ça,
05:21répond en disant qu'on va dépenser de l'argent
05:22que nous n'avons pas, parce que...
05:24C'est que pour se défendre contre les drones,
05:26pour se défendre contre les drones,
05:27pour faire envoyer des missiles.
05:28Allez-y, Jérôme.
05:29Je pense qu'effectivement, dernier élément,
05:31quand vous regardez qu'est-ce qui a perturbé
05:33ces derniers temps sur le front, l'armée russe,
05:35c'est l'absence d'accès à Starlink.
05:38C'est-à-dire que l'avenir de la défense
05:40va reposer sur, effectivement,
05:42la capacité à maîtriser les communications,
05:44la capacité à maîtriser le renseignement,
05:46la capacité à répondre à une menace,
05:47qui est une menace qui porte aussi bien
05:49sur des puissances étrangères que sur le terrorisme,
05:52que sur...
05:53On parle de possibilité d'influencer les élections
05:57par l'intermédiaire d'un certain nombre
05:58de services de renseignement.
06:00La capacité à répondre au narcotrafic,
06:02que fait l'armée mexicaine ?
06:03Elle répond essentiellement au narcotrafic.
06:06Elle ne construit pas,
06:07elle n'a pas besoin de canons César,
06:08l'armée mexicaine.
06:09Elle répond pour essayer de retablir
06:11la société civile.
06:12Et donc, je pense qu'une réflexion
06:13qui consiste à s'engager systématiquement
06:17dans l'augmentation du nombre de canons César,
06:19elle n'aura pas...
06:19C'est pas très moderne, en fait.
06:20C'est pas moderne.
06:20C'est justement ça, Jean-Marc.
06:21C'est pas du tout de s'engager systématiquement.
06:24Qui parle de course au réarmement ?
06:26On est au contraire dans un pays
06:27qui s'est désarmé considérablement,
06:29qui a baissé la garde
06:30et qui a réduit considérablement
06:33ses dépenses de défense.
06:34Alors après, je vous rejoins sur un point,
06:35mais c'est pas lié aux technologies modernes.
06:38Depuis 1945, un gros État
06:40qui s'est attaqué à de petits États
06:41n'a jamais réussi à rien.
06:45C'est-à-dire que quand vous preniez
06:46les États-Unis en Libye,
06:49les États-Unis en Afghanistan,
06:52les États-Unis en Irak,
06:53l'Union soviétique en Afghanistan, etc.,
06:55jamais, et même la guerre du Vietnam,
06:57et même jamais le gros n'est venu à bout du petit.
06:59Donc d'accord, mais de là
07:00à n'être plus capable de se défendre,
07:03donc encore une fois,
07:04il ne s'agit pas de se lancer dans une course aux armements,
07:06mais juste d'avoir les moyens de sa souveraineté.
07:09Mais on voit que dire simplement
07:10que vous avez miné le détroit d'Hormouz
07:11sans l'avoir fait ou pas,
07:12ça déstabilise déjà beaucoup.
07:15Et la guerre psychologique, tout ça,
07:16ça a déjà...
07:17On va parler de nous, justement.
07:18La capacité à maîtriser l'information
07:19est plus utile que la capacité
07:21à produire de la poudre à canon.
07:22Merci à tous les deux.
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