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  • il y a 2 jours
Ce mardi 17 mars, la question de l'accélération des cadences de production d'armement français a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02Il y avait une réunion prévue à Matignon sur les questions d'armement.
00:05Elle est annulée ce matin, il faut dire qu'il y a un conseil de défense qui est prévu cet
00:08après-midi.
00:09Ceci explique peut-être cela.
00:11Est-ce qu'il faut encore, est-ce qu'on peut encore accélérer les cadences de production ?
00:15Emmanuel Lechypre.
00:16Oui, alors d'abord, on veut, on a prouvé aux cinq dernières années qu'on pouvait le faire
00:22et puis surtout, on doit le faire.
00:24Si on regarde quand même ce qui s'est passé depuis la guerre en Ukraine en 2022,
00:29l'effort est quand même impressionnant.
00:31On a un budget, une loi de programmation militaire qui a doublé le budget sur dix ans.
00:37C'est considérable.
00:38Quand on regarde un petit peu tous les efforts qui ont été faits pour augmenter les cadences de production,
00:43on a quand même réussi et on a obtenu des résultats.
00:47Les canons César, on les fabrique trois fois plus vite qu'il y a quatre ans.
00:51Les missiles, on a réduit les délais de fabrication par deux.
00:54On était avant, entre 18 et 36 mois.
00:56Ça a été effectivement, aujourd'hui, on est à moins de douze mois.
01:01Le Rafale, on en produisait un par mois.
01:03On en produit aujourd'hui trois par mois.
01:06On a même des groupes civils qui se sont tournés vers l'armement d'assaut Renault,
01:11produits et produits des drones.
01:12Donc, le truc, c'est qu'effectivement, aujourd'hui,
01:16donc on peut, on veut et on doit continuer parce qu'effectivement,
01:19aujourd'hui, on bute quand même sur des goulots d'étranglement,
01:22mais qui sont des difficultés totalement surmontables.
01:26Donc, on veut, c'est bien.
01:28Et puis surtout, on doit le faire.
01:29On doit le faire pour des raisons de souveraineté,
01:32parce qu'au moment où on est lâché par les États-Unis,
01:35il faut qu'on soit autonome.
01:37Deux, on ne pourra absolument pas compter sur l'Europe.
01:39C'est-à-dire qu'en matière de défense,
01:41c'est sans doute le pire visage de l'Europe aujourd'hui.
01:44C'est-à-dire qu'on a des pays qui sont incapables de travailler ensemble.
01:47Pire que ça, qui veulent la peau les uns des autres.
01:49Parce que la réalité, c'est que les industriels allemands n'ont qu'une envie.
01:52On a vu ça que ce qu'il y a, oui.
01:54Mais globalement, quand vous êtes en difficulté sur l'automobile,
01:58l'Allemagne veut devenir un leader des industries de défense
02:00en marchant sur les industriels français.
02:03Il faut quand même dire les choses.
02:04Mais donc, la question, est-ce qu'on peut ?
02:05C'est quand même compliqué.
02:06Et donc, est-ce qu'on peut ?
02:07Non, on a montré qu'on pouvait le faire.
02:09Si on a, aujourd'hui, on a des goulots d'étranglement
02:13sur, par exemple, le personnel.
02:16On a une générale, même, qui a été embauchée par Pôle emploi
02:19pour trouver 100 000 postes dans les prochaines années.
02:21Moi, j'entends aussi, quand même, problème de commande publique.
02:24Oui, il y a la délégation générale de l'armement.
02:26Il y a un moment où il faut arrêter les bêtises.
02:29Les spécifications demandées sont totalement délirantes.
02:32Donc, il faut aussi de la simplification là-dessus.
02:34Donc, il y a une question de fluidité du côté de l'administration aussi.
02:37Mais, je veux dire, c'est des choses qui sont possibles.
02:40Et puis, surtout, n'oublions pas l'effet d'entraînement économique.
02:42Il n'y a pas un euro mieux dépensé en R&D
02:45qu'un euro dépensé dans la défense.
02:48Vous êtes sûr de cette phase ?
02:49Je peux vous citer.
02:50Alors, je vous cite des études qui ont été faites par des experts.
02:55On peut aussi investir dans la décarbonation ?
02:59Non, mais on peut aussi.
03:01Mais je vous livre les études qui sont faites par l'OCDE,
03:04par exemple, qui mesurent depuis 1987
03:07et même certaines, depuis 1890, l'impact d'un euro dépensé
03:12dans l'industrie de défense, l'effet d'entraînement sur l'économie.
03:15Vous avez, par exemple, un euro, c'est, au bout de dix ans,
03:20entre 1,7 et 2 euros de PIB supplémentaires.
03:23Jean-Marc.
03:24Oui, alors, je suis totalement opposé à ce raisonnement.
03:27Je pense qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.
03:30Il y a effectivement des conflits.
03:32Donc, ça y est, il faut répondre à ces conflits
03:34en augmentant considérablement la production d'armement,
03:37sans se poser la question de la nature de ces conflits,
03:39de la menace qui nous concerne,
03:40sans se poser la question, effectivement,
03:42du type de réponse que l'on doit apporter.
03:44Et il ne faut pas confondre non plus souveraineté et gaspillage,
03:46c'est-à-dire partir dans tous les sens,
03:49en se heurtant au bon vieux principe,
03:51on ne peut pas avoir le beurre et les canons.
03:53C'était ce qu'on racontait dans les années 30.
03:55C'est quoi le gaspillage, là ?
03:56Le gaspillage, c'est qu'on construit, effectivement,
04:01des armes considérables.
04:02Vous savez quel est le budget militaire de l'Iran ?
04:04Le budget militaire de l'Iran, c'est 10 milliards de dollars.
04:06Le budget militaire des États-Unis, c'est 850 milliards de dollars.
04:10Et en ce moment, les États-Unis ont quand même du mal
04:12à venir à bout de l'Iran.
04:14Et comment est-ce que les Israéliens ont marqué les esprits ?
04:17Ce n'est pas en construisant des armes,
04:19c'est en sachant à quel endroit et à quelle heure
04:21se trouvait le guide suprême.
04:22C'est la puissance du réseau de renseignement.
04:24C'est la puissance du réseau de renseignement.
04:25Je vais vous faire une citation.
04:26On est en 1961, nous sommes en pleine guerre froide.
04:29C'est le 17 janvier.
04:30Le président des États-Unis change.
04:32Celui qui s'en va, c'est Eisenhower,
04:34qui est un ancien général.
04:35Et il fait un discours, je vais juste lire ce qu'il dit très peu,
04:38très rapidement.
04:39Des crises, nous continuerons à en affronter.
04:42Et qu'elles soient intérieures ou extérieures,
04:44il y aura une tentation répétée de penser
04:46que telle ou telle action spectaculaire et coûteuse
04:48apportera la solution miraculeuse
04:50à toutes les difficultés rencontrées.
04:52Nous avons en face de nous des gens qui militent
04:54pour une augmentation systématique
04:55des programmes de défense.
04:57Mais dans nos assemblées, au Congrès,
04:59nous devons nous garder de toute influence injustifiée
05:02exercée par ce complexe militaro-industriel.
05:05C'est-à-dire que Eisenhower dénonce le fait
05:08qu'effectivement, un certain nombre de gens
05:09utilisent la menace pour essayer de fourguer leurs produits
05:13sans qu'il y ait eu au préalable une réflexion sur...
05:16Vous dites que c'est des commerciaux, quoi.
05:17C'est des commerciaux.
05:18Et donc, le pouvoir politique, face à ça,
05:21répond en disant qu'on va dépenser de l'argent
05:22que nous n'avons pas, parce que...
05:24C'est que pour se défendre contre les drones,
05:26pour se défendre contre les drones,
05:27pour faire envoyer des missiles.
05:28Allez-y, Jérôme.
05:29Je pense qu'effectivement, dernier élément,
05:31quand vous regardez qu'est-ce qui a perturbé
05:33ces derniers temps sur le front, l'armée russe,
05:35c'est l'absence d'accès à Starlink.
05:38C'est-à-dire que l'avenir de la défense
05:40va reposer sur, effectivement,
05:42la capacité à maîtriser les communications,
05:44la capacité à maîtriser le renseignement,
05:46la capacité à répondre à une menace,
05:47qui est une menace qui porte aussi bien
05:49sur des puissances étrangères que sur le terrorisme,
05:52que sur...
05:53On parle de possibilité d'influencer les élections
05:57par l'intermédiaire d'un certain nombre
05:58de services de renseignement.
06:00La capacité à répondre au narcotrafic,
06:02que fait l'armée mexicaine ?
06:03Elle répond essentiellement au narcotrafic.
06:06Elle ne construit pas,
06:07elle n'a pas besoin de canons César,
06:08l'armée mexicaine.
06:09Elle répond pour essayer de retablir
06:11la société civile.
06:12Et donc, je pense qu'une réflexion
06:13qui consiste à s'engager systématiquement
06:17dans l'augmentation du nombre de canons César,
06:19elle n'aura pas...
06:19C'est pas très moderne, en fait.
06:20C'est pas moderne.
06:20C'est justement ça, Jean-Marc.
06:21C'est pas du tout de s'engager systématiquement.
06:24Qui parle de course au réarmement ?
06:26On est au contraire dans un pays
06:27qui s'est désarmé considérablement,
06:29qui a baissé la garde
06:30et qui a réduit considérablement
06:33ses dépenses de défense.
06:34Alors après, je vous rejoins sur un point,
06:35mais c'est pas lié aux technologies modernes.
06:38Depuis 1945, un gros État
06:40qui s'est attaqué à de petits États
06:41n'a jamais réussi à rien.
06:45C'est-à-dire que quand vous preniez
06:46les États-Unis en Libye,
06:49les États-Unis en Afghanistan,
06:52les États-Unis en Irak,
06:53l'Union soviétique en Afghanistan, etc.,
06:55jamais, et même la guerre du Vietnam,
06:57et même jamais le gros n'est venu à bout du petit.
06:59Donc d'accord, mais de là
07:00à n'être plus capable de se défendre,
07:03donc encore une fois,
07:04il ne s'agit pas de se lancer dans une course aux armements,
07:06mais juste d'avoir les moyens de sa souveraineté.
07:09Mais on voit que dire simplement
07:10que vous avez miné le détroit d'Hormouz
07:11sans l'avoir fait ou pas,
07:12ça déstabilise déjà beaucoup.
07:15Et la guerre psychologique, tout ça,
07:16ça a déjà...
07:17On va parler de nous, justement.
07:18La capacité à maîtriser l'information
07:19est plus utile que la capacité
07:21à produire de la poudre à canon.
07:22Merci à tous les deux.
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