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  • il y a 13 heures
Ce lundi 30 mars, le rôle de la politique économique pour sauver l'industrie a été abordé par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Emmanuel Lechypre, Raphaël Le Gendre, bonjour messieurs.
00:02Émission spéciale, journée spéciale, Global Industrie, à Villepinte, tout à l'heure,
00:08on va retrouver après le journal de 7h30, Laure Closier, en direct jusqu'à 9h,
00:12pour faire le point sur la santé des industries françaises, européennes,
00:17dans un contexte de tensions géopolitiques.
00:20Roland Lescure, le ministre de l'Economie, sera notamment notre invité à 16h,
00:25leur interview à retrouver dès la fin de la matinée en ligne sur nos plateformes.
00:31Et événement aujourd'hui qui nous amène à nous poser cette question,
00:34Emmanuel, avec vous peut-être pour commencer,
00:36quelle politique économique pour sauver l'industrie ?
00:39D'ailleurs, est-ce que ce sont vraiment les politiques économiques qui vont la sauver ?
00:43Ce sont toujours les politiques économiques et les politiques industrielles qui ont sauvé l'industrie.
00:48C'est-à-dire que le pire aujourd'hui, ce serait de renoncer à avoir une politique industrielle ambitieuse.
00:55D'ailleurs, quand vous regardez aujourd'hui à l'échelle internationale,
00:58tous les pays qui ont encore une forte industrie,
01:00ce sont des pays dans lesquels il y a eu une politique industrielle active.
01:04L'Allemagne, c'est un pays dans lequel il y a une stratégie industrielle,
01:08avec un système de financement associé, les banques régionales,
01:11avec un système de formation associé.
01:14Prenez des pays asiatiques comme la Corée, comme le Japon,
01:17prenez même les États-Unis où finalement la stratégie industrielle,
01:21c'est aussi cet investissement très important de l'État,
01:26notamment dans la recherche et développement.
01:28Et puis, pardon, mais la France oublie finalement ce qu'elle doit à sa politique industrielle
01:35et à sa vision stratégique.
01:36Donc attention, si on considère que la politique industrielle,
01:41c'est toujours plus de subventions, toujours plus d'argent, etc.,
01:44c'est une erreur magistrale.
01:45La politique industrielle, c'est une vision.
01:48Il faut quand même rappeler aujourd'hui qu'un pays comme la France
01:51peut encore capitaliser sur trois atouts qui sont redevenus extrêmement modernes
01:58et qui sont le fruit d'une stratégie industrielle pensée.
02:02On parle de souveraineté partout, tout le temps.
02:04Or, souveraineté militaire, quel est le seul pays en Europe aujourd'hui
02:08qui est encore capable de produire des porte-avions,
02:11qui est encore capable d'avoir son propre avion de chasse ?
02:13C'est quand même la France.
02:15Quel est le pays qui, grâce à une stratégie industrielle de long terme,
02:18est aujourd'hui le plus indépendant sur le plan énergétique ?
02:22C'est quand même la France.
02:24À un moment où on parle de l'indépendance,
02:26notamment en matière d'infrastructures technologiques,
02:30de dépendance vis-à-vis des GAFAM américains,
02:33quel est le pays dans lequel on n'est pas complètement sous la coupe
02:36de Visa et de Mastercard et des GAFAM pour nos paiements ?
02:41C'est quand même la France grâce au groupement des cartes bancaires.
02:43Donc, n'oublions pas que, plus que jamais, il faut une politique industrielle,
02:46il faut une stratégie industrielle, surtout.
02:49Raphaël Lejean, qu'est-ce que vous répondez à ça ?
02:51Je suis entièrement d'accord avec le fait qu'il faut une stratégie industrielle,
02:53mais Emmanuel l'a dit, le gros problème de la politique industrielle en France,
02:56c'est qu'elle ne fonctionne que par des subventions absolument massives.
03:00On arrose tout le monde, et donc, en réalité, personne.
03:04On arrose le sable.
03:05Est-ce que vous vous rendez compte que depuis 2017 et l'élection d'Emmanuel Macron,
03:10on a lancé, et encore, je ne suis même pas sûr tout à fait du chiffre,
03:13parce qu'on fait du recyclage en permanence,
03:15mais plus de 200 milliards de plans de relance.
03:18Je reprends le tout premier, le plan Pisani,
03:21le grand plan d'investissement de 2017.
03:2457 milliards.
03:25Est-ce qu'on a la moindre idée de ce à quoi a servi ce plan ?
03:30Je vais même vous faire une confiance.
03:31Est-ce que ces milliards ont été dépensés ?
03:32Alors, ces milliards, oui, ont été dépensés.
03:34Par contre, à quoi ont-ils servi ?
03:36Des ministres de premier plan de l'époque m'indiquaient, moi, en off,
03:41qu'ils n'avaient aucune idée du bilan de ce grand plan d'investissement
03:48de 57 milliards d'euros.
03:49Mais ce n'est pas grave, en 2020, on a remis 100 milliards d'euros sur la table.
03:56C'était le plan France Relance 2020 pour répondre à la Covid.
04:01Et puis, quelques années plus tard, c'est France 2030 qui vient derrière
04:04avec 54 milliards supplémentaires.
04:07Au total, 210 milliards.
04:09Alors, je ne sais pas si on a 210 milliards net,
04:11parce qu'il y a sûrement du recyclage entre France 2020, France 2030, etc.
04:16Mais on voit bien que tout ça n'a absolument pas changé
04:20en quoi que ce soit l'industrie française.
04:22On a toujours, en 20 ans, une industrie qui faisait 20 points de PIB,
04:2920 points de notre valeur ajoutée, il y a au début des années 2000.
04:32On est à moins de 10% de la valeur ajoutée aujourd'hui.
04:36Ça n'a absolument servi à rien.
04:37Et cet argent, par contre, il entraîne quoi ?
04:39Des impôts futurs, des impôts de production qui restent les plus élevés d'Europe
04:44et qui plombent notre industrie par rapport à la concurrence,
04:47notamment allemande.
04:48Donc, surtout, laissez faire les industriels, laissez faire le marché.
04:53L'État ne sait pas faire.
04:54Il devrait être stratégique.
04:56Je suis entièrement d'accord.
04:57Mais on est nullissime en termes de stratégie et de vision long terme.
05:02– Alors, un, effectivement, quand vous n'avez qu'une politique économique
05:08fondée sur l'ultra-compétitivité, les bas-coûts, etc.,
05:12ça n'a pas empêché plein de pays de se désindustrier.
05:14Donc, ça ne suffit pas.
05:14Donc, effectivement, sur la stratégie des deux dernières décennies,
05:20on est d'accord.
05:21C'est un fiasco épouvantable.
05:23Et encore une fois, le plus beau symbole, c'est sans doute
05:26le délabrement de notre industrie nucléaire
05:28avant la relance récente.
05:31Mais ça ne veut pas dire qu'il faut renoncer.
05:34Et il y a des pistes.
05:35Samedi, on était au top à faible, justement,
05:38avec des grandes entreprises, des petites,
05:40qui n'ont pas cessé de nous parler d'innovation.
05:42Et qu'est-ce qu'elles ont toutes dit ?
05:44Honnêtement, sur la recherche, le développement, l'innovation,
05:46on a des champions.
05:47Ils savent très bien faire.
05:48Ils disent tous deux choses.
05:49Et sans l'État, sans l'État, encore une fois.
05:51Ils se débrouillent tout seuls comme des grands.
05:53En partie, sans l'État.
05:55Et ce qu'ils disent, surtout, là où ils ont besoin d'une vision,
05:58c'est sur le développement des écosystèmes.
06:01Je prends l'exemple des batteries, par exemple.
06:02On a créé des usines de batteries sans s'interroger
06:06sur la façon dont fonctionnaient ces batteries,
06:09avec quoi elles fonctionnaient,
06:10et si on avait la sécurisation des approvisionnements
06:13pour tous ces matériaux.
06:14Donc, raisonnons comme ça en termes de filière.
06:17Et puis, il y a des grandes priorités.
06:18Moi, j'ai été frappé de voir qu'il y a une des grandes priorités
06:21aujourd'hui, qui est à la clé de nombreux business
06:23et de nombreuses stratégies.
06:25C'est tout ce qui est autour de l'économie circulaire.
06:28Recyclage, réemploi.
06:29Il y a des tas de projets.
06:30Et ça, c'est de la souveraineté aussi.
06:31Donc, voilà.
06:32Il faut des grandes lignes directrices.
06:34C'est quoi la place de la France dans l'industrie mondiale ?
06:36Et l'Europe, peut-être, non ?
06:37Est-ce qu'il ne faut pas réfléchir aussi ?
06:39On n'arrête quand même pas de le dire, non ?
06:40C'est le point faible, pour moi.
06:41On ne va pas rouvrir un débat, mais...
06:42On sait au niveau européen qu'il faut réfléchir maintenant,
06:45et notamment avec la préférence européenne,
06:47qui est le grand débat du moment.
06:49Alors, la préférence nationale,
06:52effectivement, il faut que l'État...
06:54Ce qui est déterminant, souvent,
06:55c'est quand l'État est le premier acheteur.
06:56On est d'accord.
06:57Mais après, ce qui se passe au niveau européen
06:59est quand même assez pathétique,
07:00où on voit que tous nos voisins,
07:01au lieu d'être nos alliés,
07:03sont plutôt nos concurrents.
07:05Et ça, c'est quand même terrible.
07:06Il faut organiser une saine concurrence
07:07sans parasiter, avec trop de prélèvements,
07:10et puis aider un peu avec de subventions,
07:12et puis on va y arriver.
07:13Tous les matins, le débat des éditeurs réalistes.
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