00:00Emmanuel Lechypre, Raphaël Le Gendre, bonjour messieurs.
00:02Émission spéciale, journée spéciale, Global Industrie, à Villepinte, tout à l'heure,
00:08on va retrouver après le journal de 7h30, Laure Closier, en direct jusqu'à 9h,
00:12pour faire le point sur la santé des industries françaises, européennes,
00:17dans un contexte de tensions géopolitiques.
00:20Roland Lescure, le ministre de l'Economie, sera notamment notre invité à 16h,
00:25leur interview à retrouver dès la fin de la matinée en ligne sur nos plateformes.
00:31Et événement aujourd'hui qui nous amène à nous poser cette question,
00:34Emmanuel, avec vous peut-être pour commencer,
00:36quelle politique économique pour sauver l'industrie ?
00:39D'ailleurs, est-ce que ce sont vraiment les politiques économiques qui vont la sauver ?
00:43Ce sont toujours les politiques économiques et les politiques industrielles qui ont sauvé l'industrie.
00:48C'est-à-dire que le pire aujourd'hui, ce serait de renoncer à avoir une politique industrielle ambitieuse.
00:55D'ailleurs, quand vous regardez aujourd'hui à l'échelle internationale,
00:58tous les pays qui ont encore une forte industrie,
01:00ce sont des pays dans lesquels il y a eu une politique industrielle active.
01:04L'Allemagne, c'est un pays dans lequel il y a une stratégie industrielle,
01:08avec un système de financement associé, les banques régionales,
01:11avec un système de formation associé.
01:14Prenez des pays asiatiques comme la Corée, comme le Japon,
01:17prenez même les États-Unis où finalement la stratégie industrielle,
01:21c'est aussi cet investissement très important de l'État,
01:26notamment dans la recherche et développement.
01:28Et puis, pardon, mais la France oublie finalement ce qu'elle doit à sa politique industrielle
01:35et à sa vision stratégique.
01:36Donc attention, si on considère que la politique industrielle,
01:41c'est toujours plus de subventions, toujours plus d'argent, etc.,
01:44c'est une erreur magistrale.
01:45La politique industrielle, c'est une vision.
01:48Il faut quand même rappeler aujourd'hui qu'un pays comme la France
01:51peut encore capitaliser sur trois atouts qui sont redevenus extrêmement modernes
01:58et qui sont le fruit d'une stratégie industrielle pensée.
02:02On parle de souveraineté partout, tout le temps.
02:04Or, souveraineté militaire, quel est le seul pays en Europe aujourd'hui
02:08qui est encore capable de produire des porte-avions,
02:11qui est encore capable d'avoir son propre avion de chasse ?
02:13C'est quand même la France.
02:15Quel est le pays qui, grâce à une stratégie industrielle de long terme,
02:18est aujourd'hui le plus indépendant sur le plan énergétique ?
02:22C'est quand même la France.
02:24À un moment où on parle de l'indépendance,
02:26notamment en matière d'infrastructures technologiques,
02:30de dépendance vis-à-vis des GAFAM américains,
02:33quel est le pays dans lequel on n'est pas complètement sous la coupe
02:36de Visa et de Mastercard et des GAFAM pour nos paiements ?
02:41C'est quand même la France grâce au groupement des cartes bancaires.
02:43Donc, n'oublions pas que, plus que jamais, il faut une politique industrielle,
02:46il faut une stratégie industrielle, surtout.
02:49Raphaël Lejean, qu'est-ce que vous répondez à ça ?
02:51Je suis entièrement d'accord avec le fait qu'il faut une stratégie industrielle,
02:53mais Emmanuel l'a dit, le gros problème de la politique industrielle en France,
02:56c'est qu'elle ne fonctionne que par des subventions absolument massives.
03:00On arrose tout le monde, et donc, en réalité, personne.
03:04On arrose le sable.
03:05Est-ce que vous vous rendez compte que depuis 2017 et l'élection d'Emmanuel Macron,
03:10on a lancé, et encore, je ne suis même pas sûr tout à fait du chiffre,
03:13parce qu'on fait du recyclage en permanence,
03:15mais plus de 200 milliards de plans de relance.
03:18Je reprends le tout premier, le plan Pisani,
03:21le grand plan d'investissement de 2017.
03:2457 milliards.
03:25Est-ce qu'on a la moindre idée de ce à quoi a servi ce plan ?
03:30Je vais même vous faire une confiance.
03:31Est-ce que ces milliards ont été dépensés ?
03:32Alors, ces milliards, oui, ont été dépensés.
03:34Par contre, à quoi ont-ils servi ?
03:36Des ministres de premier plan de l'époque m'indiquaient, moi, en off,
03:41qu'ils n'avaient aucune idée du bilan de ce grand plan d'investissement
03:48de 57 milliards d'euros.
03:49Mais ce n'est pas grave, en 2020, on a remis 100 milliards d'euros sur la table.
03:56C'était le plan France Relance 2020 pour répondre à la Covid.
04:01Et puis, quelques années plus tard, c'est France 2030 qui vient derrière
04:04avec 54 milliards supplémentaires.
04:07Au total, 210 milliards.
04:09Alors, je ne sais pas si on a 210 milliards net,
04:11parce qu'il y a sûrement du recyclage entre France 2020, France 2030, etc.
04:16Mais on voit bien que tout ça n'a absolument pas changé
04:20en quoi que ce soit l'industrie française.
04:22On a toujours, en 20 ans, une industrie qui faisait 20 points de PIB,
04:2920 points de notre valeur ajoutée, il y a au début des années 2000.
04:32On est à moins de 10% de la valeur ajoutée aujourd'hui.
04:36Ça n'a absolument servi à rien.
04:37Et cet argent, par contre, il entraîne quoi ?
04:39Des impôts futurs, des impôts de production qui restent les plus élevés d'Europe
04:44et qui plombent notre industrie par rapport à la concurrence,
04:47notamment allemande.
04:48Donc, surtout, laissez faire les industriels, laissez faire le marché.
04:53L'État ne sait pas faire.
04:54Il devrait être stratégique.
04:56Je suis entièrement d'accord.
04:57Mais on est nullissime en termes de stratégie et de vision long terme.
05:02– Alors, un, effectivement, quand vous n'avez qu'une politique économique
05:08fondée sur l'ultra-compétitivité, les bas-coûts, etc.,
05:12ça n'a pas empêché plein de pays de se désindustrier.
05:14Donc, ça ne suffit pas.
05:14Donc, effectivement, sur la stratégie des deux dernières décennies,
05:20on est d'accord.
05:21C'est un fiasco épouvantable.
05:23Et encore une fois, le plus beau symbole, c'est sans doute
05:26le délabrement de notre industrie nucléaire
05:28avant la relance récente.
05:31Mais ça ne veut pas dire qu'il faut renoncer.
05:34Et il y a des pistes.
05:35Samedi, on était au top à faible, justement,
05:38avec des grandes entreprises, des petites,
05:40qui n'ont pas cessé de nous parler d'innovation.
05:42Et qu'est-ce qu'elles ont toutes dit ?
05:44Honnêtement, sur la recherche, le développement, l'innovation,
05:46on a des champions.
05:47Ils savent très bien faire.
05:48Ils disent tous deux choses.
05:49Et sans l'État, sans l'État, encore une fois.
05:51Ils se débrouillent tout seuls comme des grands.
05:53En partie, sans l'État.
05:55Et ce qu'ils disent, surtout, là où ils ont besoin d'une vision,
05:58c'est sur le développement des écosystèmes.
06:01Je prends l'exemple des batteries, par exemple.
06:02On a créé des usines de batteries sans s'interroger
06:06sur la façon dont fonctionnaient ces batteries,
06:09avec quoi elles fonctionnaient,
06:10et si on avait la sécurisation des approvisionnements
06:13pour tous ces matériaux.
06:14Donc, raisonnons comme ça en termes de filière.
06:17Et puis, il y a des grandes priorités.
06:18Moi, j'ai été frappé de voir qu'il y a une des grandes priorités
06:21aujourd'hui, qui est à la clé de nombreux business
06:23et de nombreuses stratégies.
06:25C'est tout ce qui est autour de l'économie circulaire.
06:28Recyclage, réemploi.
06:29Il y a des tas de projets.
06:30Et ça, c'est de la souveraineté aussi.
06:31Donc, voilà.
06:32Il faut des grandes lignes directrices.
06:34C'est quoi la place de la France dans l'industrie mondiale ?
06:36Et l'Europe, peut-être, non ?
06:37Est-ce qu'il ne faut pas réfléchir aussi ?
06:39On n'arrête quand même pas de le dire, non ?
06:40C'est le point faible, pour moi.
06:41On ne va pas rouvrir un débat, mais...
06:42On sait au niveau européen qu'il faut réfléchir maintenant,
06:45et notamment avec la préférence européenne,
06:47qui est le grand débat du moment.
06:49Alors, la préférence nationale,
06:52effectivement, il faut que l'État...
06:54Ce qui est déterminant, souvent,
06:55c'est quand l'État est le premier acheteur.
06:56On est d'accord.
06:57Mais après, ce qui se passe au niveau européen
06:59est quand même assez pathétique,
07:00où on voit que tous nos voisins,
07:01au lieu d'être nos alliés,
07:03sont plutôt nos concurrents.
07:05Et ça, c'est quand même terrible.
07:06Il faut organiser une saine concurrence
07:07sans parasiter, avec trop de prélèvements,
07:10et puis aider un peu avec de subventions,
07:12et puis on va y arriver.
07:13Tous les matins, le débat des éditeurs réalistes.
Commentaires