00:00Face à Emmanuel Chypre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02On a parlé électrification aujourd'hui.
00:04Je pense que ça va être un débat bouillant entre vous deux.
00:06Entre celui qui est contre et celui qui a fait sa transition écologique déjà depuis longtemps.
00:11On a cette campagne lancée par le gouvernement aujourd'hui.
00:13L'électrique, c'est fantastique.
00:15Il y a cet événement, cette sorte de choose France de l'électricité à l'Elysée.
00:18Est-ce que la volonté du gouvernement d'appuyer sur l'électrification vous plaît Emmanuel ?
00:24Écoutez, moi ce qui m'inquiète, c'est qu'on est toujours extrêmement fort pour faire des sommets,
00:32pour faire des grands plans stratégiques à 10 ans, à 20 ans.
00:37Et qu'une fois qu'il s'agit de les mettre en place, tous ces plans, c'est quand même
00:41la bérésina.
00:42Pourquoi vous dites ça ?
00:43Parce que reprenez tous les exemples passés.
00:46Vous voulez que je vous refasse la séquence sur le plan calcul ?
00:48Vous voulez que vous refasse la séquence sur le photovoltaïque ?
00:51Vous voulez que je vous refasse la séquence ?
00:53Voilà, et tous les plans de réindustrialisation, il y en a eu 10 depuis 20 ans.
01:00Les France 2030, vous voulez que je rappelle ?
01:02Mais pour une fois qu'on se sert de nos atouts, le nucléaire ?
01:05C'est là où on peut quand même manifester un certain nombre d'inquiétudes.
01:09D'abord, ce plan, quand vous regardez, ça coûte une fortune.
01:14Si vous regardez les travaux qui ont été faits par Asterès,
01:17qui dit que globalement ça coûte plus de 80 milliards par an,
01:21ça n'en rapporte que 12 à peu près, donc le coût net globalement,
01:25c'est quand même 70 milliards par an,
01:28qu'on ne parle quand même que principalement d'argent public pour financer tout ça.
01:34Parce que tout est incitation, tout est subvention,
01:37les pompes à chaleur, les voitures électriques, les batteries, la rénovation thermique,
01:40tout ça, tout est aidé.
01:43Tout ça pour profiter à qui ?
01:45Prenez l'exemple quand même des pompes à chaleur, il est exceptionnel.
01:49On va revivre exactement ce qu'on a vécu sur le photovoltaïque.
01:51C'est-à-dire que tous les composants dont on a besoin sont absolument tous fabriqués en Chine.
01:57Les terres rares, le lithium, le graphite, les aimants, les batteries, les panneaux solaires,
02:00tout ça, on en a besoin et tout ça, ça vient de Chine.
02:03Donc en fait, on va abandonner une dépendance vis-à-vis des pays du Golfe
02:07pour aller vers une dépendance vis-à-vis de la Chine.
02:10Et puis alors cette histoire d'abondance de l'électricité française,
02:15moi je veux bien, mais le sujet c'est aussi,
02:18pas seulement ce qui se passe dans les centrales et chez les utilisateurs,
02:21c'est qu'est-ce que vous mettez au milieu, le réseau.
02:23Et vous voyez les sonnettes d'alarme qui sont tirées régulièrement sur l'état de notre réseau.
02:27Vous avez des entreprises aujourd'hui qui veulent créer des data centers en France,
02:30on leur dit que les délais de raccordement au réseau vont être de 4, 5, 6, 7 ans.
02:34Vous voyez, donc tout ça, encore une fois, est très joli.
02:37Le coût réel pour les ménages est totalement sous-estimé.
02:40Et puis il y a quand même des trajectoires qui sont totalement délirantes.
02:43C'est-à-dire, si vous prenez la trajectoire où on nous dit
02:45on va remplacer le gaz par l'électricité,
02:48en gros, si on tient vraiment les objectifs de Sébastien Le Coru,
02:51je peux les préciser si vous voulez,
02:52c'est l'équivalent de 12 EPR à construire avant 2030.
02:56Tout ça est débile, tout ça est ridicule.
02:58Et on sait très bien que ça ne fonctionnera pas.
02:59Donc on continue à la française.
03:01Mais qu'est-ce qu'on peut en rester avec les gaz ?
03:02Non, ce n'est pas ça.
03:04C'est qu'on n'affiche pas des objectifs des milliers.
03:06Je vous laisse.
03:07Alors, par rapport à ce que vient de dire Emmanuel,
03:09sur la forme, je pense effectivement que ce n'est pas forcément à l'État
03:13de continuer à se mêler, de vouloir à tout prix moderniser le pays.
03:17Et donc, je pense qu'effectivement, l'électrification est nécessaire,
03:21mais que ce genre de grands sommets, même s'il y a tout un tas de gens,
03:23puisqu'il y a 200 entreprises qui seront conviées à rejoindre l'Élysée,
03:27et avec des entreprises de la distribution, il y a Leclerc qui a une filière.
03:31Ah, c'est pour les bornes ?
03:32Oui, c'est pour les bornes, qu'il y a une filiale qui installe des bornes.
03:36Donc, il y a l'idée quand même que c'est un ensemble très complexe,
03:40c'est un ensemble sur lequel, contrairement à ce que vient de dire Emmanuel,
03:42on réfléchit effectivement à la façon d'associer tout le monde,
03:45non seulement à la production, mais également à la distribution,
03:47et à la fin des fins, dans le mix énergétique,
03:50dans la consommation finale d'énergie,
03:52l'électricité qui est représentée 24% de la consommation d'énergie,
03:55monte jusqu'à 38% dans les années 2035-2040.
04:00Alors, pourquoi est-ce qu'il faut avoir cet objectif ?
04:03Parce que, je pense quand même, surtout cette semaine,
04:06je veux dire, on va atteindre les 100 degrés,
04:08qui est ma référence absolue, c'est dire,
04:11à Bordeaux et à Toulouse, il fera 100 degrés cette semaine.
04:14100 degrés ?
04:15Oui. Alors, évidemment, à chaque fois...
04:17Oui, ça interpelle.
04:18À chaque fois, ça secoue les gens, c'est 100 degrés Fahrenheit.
04:21Bien sûr.
04:21Qui est la référence internationale.
04:22Si vous parlez en Fahrenheit, oui.
04:23Parce que les Etats-Unis, étant dominant le monde,
04:27la référence internationale d'une en termes de coût de température...
04:30Non, non, non, ça n'intéresse que les pays anglo-saxons.
04:32C'est pas le débat, j'ai répondu, j'ai discuté des Fahrenheit.
04:35C'est partout ailleurs.
04:36C'est comme la conduite, c'est comme la conduite.
04:37Non, mais on met ça sur le côté.
04:40L'enjeu, c'est que derrière ces 100 degrés,
04:42il y a 37-38 degrés Celsius dans notre vie quotidienne.
04:45C'est-à-dire qu'on atteint des niveaux de température
04:46qui commencent à poser un problème dans la vie quotidienne des gens.
04:49Donc forcément, les gens sont disposés à faire quelque chose
04:54et réclament qu'il se passe quelque chose.
04:56Parce que ça devient insupportable.
04:58Alors après, sur le terme de ça va coûter cher,
05:01mais bon, ça va créer des emplois,
05:02c'est tout à fait estimable.
05:05C'est 12 000 à 20 000 emplois qui vont être créés,
05:07donc c'est pas totalement négligeable.
05:08Et puis surtout, c'est une vision qui consiste à préparer
05:11à préparer l'avenir.
05:13C'est-à-dire, effectivement...
05:13Oui, c'est pour ça, vous dites que c'est pas à l'État
05:14de moderniser le pays,
05:15mais c'est pas justement son rôle à l'État de préparer l'avenir ?
05:18Non, l'État, il est là pour préparer l'avenir.
05:20Il est là en maître d'ouvrage.
05:22C'est pas lui qui doit effectivement agir complètement.
05:25Il doit donner effectivement les tendances,
05:28les évolutions, donner la direction à prendre
05:30et puis laisser les entreprises agir.
05:32C'est-à-dire que la France était le pays
05:34le plus électrifié en 1946
05:36grâce à 370 entreprises privées
05:38qui avaient installé l'électricité.
05:40Mais il y avait un plan général, un cadre général
05:42et ensuite, on s'est installé.
05:43Et là, c'est formidable parce que EDF
05:46va donc nous fournir une nouvelle électricité nucléaire
05:49à 100 euros le mégawatt-heure, à peu près,
05:53alors qu'aujourd'hui, c'est 60 avec l'ancien nucléaire
05:55et que le renouvelable est déjà à 60.
05:57Donc, on va payer notre électricité
06:00beaucoup, beaucoup plus cher.
06:02Mais il faut être prêt à payer un peu plus cher
06:04son électricité que d'étouffer.
06:05Si on veut continuer à vivre à Bordeaux et à Toulouse,
06:07il va falloir accepter qu'il y ait de l'électricité
06:09et pas du gaz et du charbon que l'on brûle.
06:11Sauf qu'au-delà de cette incantation...
06:12C'est cher pour financer la mienne.
06:13Au-delà de cette incantation, ça vaut mieux que, etc.
06:17Ça n'empêche qu'on voit bien qu'on n'a toujours pas résolu
06:20le problème du chemin qu'on emprunte
06:22pour aller vers cette transition.
06:24Et que ce plan qui est présenté par le gouvernement,
06:27c'est pas ambitieux, c'est démagogique,
06:29total.
06:30Et de toute façon,
06:31c'est des propositions qui sont faites.
06:34Interroger tous les hauts fonctionnaires
06:35qui travaillent sur le sujet,
06:36ils vous disent que de toute façon,
06:37ils savent très bien que ces objectifs sont intenables
06:39et qu'ils ne seront pas tenus, etc.
06:41Et donc, on est finalement dans la comédia
06:43des l'artés politiques à la française
06:45où on se satisfait de toutes ces grandes ambitions
06:47qu'on ne mène jamais à bien.
06:49Moi, je conclurai simplement par une phrase.
06:52Carpente, toi, poma, n'épothèse.
06:54C'est-à-dire ?
06:55Tes descendants mangeront les fruits
06:57des arbres que tu auras plantés.
06:59C'est en plantant des arbres aujourd'hui
07:01qu'on apportera la solution de la génération.
07:03Pensez à vos enfants, Emmanuel.
07:04C'est ça qu'il veut vous dire.
07:05Je ne veux pas moi.
07:06Je traduis le latin.
07:08À la limite, je vais le prendre au pied de la lettre.
07:09La meilleure solution,
07:10c'est peut-être encore de planter des arbres
07:11pour piéger le carbone.
07:14Ce n'est pas incompatible.
07:15On peut faire les deux.
07:16Pas de concours sur qui préfère ses enfants, Jean-Marc.
07:18Je vous ai vu lancer ça.
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