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  • il y a 3 heures
Ce jeudi 2 avril, un probable choc pétrolier pire que les trois précédentes a été abordé par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Menelechip aujourd'hui, c'est Raphaël Legendre et Fatih Birol s'est exprimé cette semaine, le patron de
00:06l'AIE autour des questions d'énergie.
00:08Je vais vous le faire écouter et après on verra s'il exagère ou pas.
00:13Vous savez, nous avons eu plusieurs crises énergétiques malheureusement, mais si l'on considère les deux dernières décennies, trois crises
00:21majeures se dégagent.
00:22Les crises pétrolières de 1973 et 1979 et celles de 2022, lors des crises de 1973 et 1979, nous avons
00:33perdu à chaque fois environ 5 millions de barils de pétrole par jour.
00:37Aujourd'hui, en l'état actuel des choses, nous en perdons 12 millions par jour.
00:42Concernant le gaz naturel, lorsque la Russie a réduit ses approvisionnements, nous avons perdu environ 75 milliards de mètres cubes
00:50de gaz.
00:51Or, les pertes actuelles sont supérieures, ce qui signifie que la crise actuelle est plus importante que ces trois crises
00:58combinées.
01:00À chaque fois que Fatih Birol s'exprime, ça fait peur quand même.
01:03Oui, ça fait une semaine qu'on l'entend beaucoup.
01:06On a pris son nom en même temps, c'est une belle campagne de communication.
01:09La crise pire que celle de 1973, 1979 et 2022 combinée, Raphaël Legendre, est-ce qu'il a raison ?
01:16Oui, non, je pense que non.
01:17Alors, il a raison de tirer la sonnette d'alarme, il dit qu'il fait tout ça pour réveiller un
01:21peu la classe politique européenne et mondiale sur les dangers de la crise qui pourrait arriver.
01:25Mais il compare des choux et des carottes, ce monsieur.
01:29Il nous parle des 5 millions de barils de jour dans la crise des années 73, dans les chocs pétroliers,
01:3573-79.
01:36Aujourd'hui, c'est 12.
01:37Mais le monde a changé en 50 ans, a terriblement changé.
01:41Si on parle de nous, Français, beaucoup, beaucoup moins dépendants aux hydrocarbures, ça n'a juste plus rien à voir.
01:49Dans les années 60, on avait une dépendance de 65 à 70%.
01:54Notre énergie était dépendante à hauteur de 65 à 70% des énergies carbonées.
01:59C'est deux fois moins aujourd'hui.
02:01On a la PPE, la programmation pluriannuelle de l'énergie qui a été publiée.
02:05On a l'électrification qui est en voie.
02:08On a aujourd'hui notre parc nucléaire.
02:10Donc, ça n'a juste plus rien à voir.
02:12Notre dépendance, si vous prenez les voitures, dans les années 70, elle consommait 10 à 15 litres d'essence au
02:18100.
02:18Aujourd'hui, on est à 5-7 litres.
02:20Vous voyez, ça n'a juste plus rien à voir.
02:22En réalité, on avait une industrie qui était beaucoup plus présente dans notre croissance aussi.
02:27La part de l'industrie dans le PIB, elle était d'à peu près 20-25%.
02:31Aujourd'hui, on est à moins de 10.
02:33Et là, encore une fois, les énergies ne sont plus les mêmes.
02:36Donc, tout ça a complètement changé.
02:38Et puis, nous, Français, ne sommes plus tant dépendants que ça du Moyen-Orient en réalité.
02:44Le pétrole là-bas, c'est 12% pour nous de notre consommation seulement.
02:48Le gaz, 3% seulement vient du Qatar.
02:52Donc, ce signal d'alerte, il n'est pas tant pour nous qu'en repère.
02:54Oui, mais vous êtes un peu eurocentré, non ?
02:56C'est peut-être pas à nous qui parlent.
02:57Je suis très autocentré sur notre situation, effectivement.
02:59C'est peut-être pas à nous qui parlent, Fatih Birol.
03:00Oui, exactement.
03:01Je pense que c'est ça.
03:02Moi, j'ai été frappé par une déclaration du ministre indien des Affaires étrangères
03:06il y a quelques temps qui disait
03:07qu'il faudrait que l'Europe arrête de considérer que ses problèmes sont les problèmes du monde
03:13et qu'elle arrête aussi de considérer que les problèmes du monde ne sont pas ses problèmes à elle.
03:17C'est un peu ça.
03:19Effectivement, Raphaël a totalement raison sur notre meilleure capacité à résister aux chocs énergétiques
03:25en France et en Europe.
03:26Mais la réalité, c'est que Fatih Birol, il s'adresse à qui ?
03:29Il s'adresse à la zone qui est devenue le cœur battant de l'industrie mondiale, qui est l'Asie.
03:34Et pour eux, tout a changé.
03:36Et pour eux, par rapport aux années 70, le choc, il est sans commune mesure.
03:40Il faut rappeler que dans les années 70, l'Asie, c'est 5 millions de barils par jour.
03:47C'est 10% de la consommation mondiale.
03:50Et encore, là-dedans, vous en avez le Japon qui en fait la moitié.
03:54Ce sont des pays qui sont encore essentiellement agricoles, qui consomment très peu d'énergie.
03:58Donc ils n'ont pas connu le choc, en fait.
04:00Et qui n'ont quasiment pas connu le choc pétrolier.
04:03Aujourd'hui, l'Asie, c'est 50% de la consommation mondiale de pétrole.
04:07Et c'est 50% de la production industrielle mondiale.
04:10Donc, sachant qu'en plus, ces pays s'approvisionnent très majoritairement dans le Golfe.
04:1680% de leur approvisionnement en pétrole vient du Moyen-Orient.
04:19Donc oui, effectivement, pour eux, c'est extrêmement préoccupant.
04:22Et d'ailleurs, quand on voit les mesures qui ont été prises par les gouvernements,
04:25ce qui a été pris comme mesure dans beaucoup de pays d'Asie...
04:29C'est plus radical.
04:30C'est beaucoup plus radical.
04:31Ce sont ces travails obligatoires, ces rationnements, ces circulations alternées.
04:36C'est plus inventif que l'échec qu'on demande en France, si je puis me permettre.
04:40Oui, parce qu'effectivement, on n'a pas encore en France subi véritablement ce choc.
04:44Donc oui, effectivement, c'est des propos qui sont quand même,
04:47à force d'être tellement globalisés, qui sont inquiétants
04:50et qui peuvent créer ce sentiment d'apocalypse.
04:53Surtout qu'il nous dit, attendez, avril sera deux fois pire encore que le mois de mars.
04:58Nous, Européens, avons la capacité à résister.
05:00Mais c'est vrai que les pays asiatiques, pour eux, c'est beaucoup plus compliqué.
05:04Et les problèmes des pays asiatiques sont quand même en partie un peu aussi les nôtres
05:08parce que, par ricochet, il y aura des effets aussi en matière de croissance.
05:12Choc inflationniste ou pas ?
05:13Pour ces pays-là, oui.
05:15Et on l'aura, nous, à travers sans doute une hausse des prix.
05:17Nous aussi.
05:19Donc ça, on ne passera pas à travers la hausse des prix.
05:21Effectivement, on aura sans doute une répercussion de la hausse de leurs coûts de production
05:28par effet ricochet chez nous, mais qui sera quand même amorti.
05:32C'est vrai que l'effet inflationniste sera sans doute plus fort que l'effet récessif chez nous.
05:35C'est ce qu'il dit aussi, Fatih Barol, et ce qui est intéressant de noter,
05:38la différence par rapport à la fois au choc pétrolier des années 70
05:43et à la crise du gaz ukrainienne, c'est que, pour la première fois,
05:46vous avez des infrastructures clés qui ont été frappées.
05:50Ils donnent ce chiffre d'une quarantaine d'infrastructures clés
05:52qui ont été frappées, plus ou moins détruites,
05:56et qui impactent l'industrie de la pétrochimie, des engrais,
06:00l'hélium qui se diffuse absolument de partout aussi.
06:03Et ça, par contre, ça aura des conséquences importantes pour nous, notre économie européenne.
06:09Sauf qu'il faut quand même rappeler qu'en 73, quand les prix font x4,
06:13ils restent à ce niveau de x4 jusqu'en 79.
06:17Donc là, on s'inquiète de la durée du choc, mais à l'époque, concrètement,
06:21on avait eu un choc qui avait duré quasiment 5-6 ans,
06:26puis un deuxième choc qui, lui aussi, avait duré 5-6 ans.
06:29C'est-à-dire que quand vous êtes passé de 3 à 12,
06:32et que vous êtes resté à 12 entre 73 et 79,
06:35et que de 12, vous passez à 40 entre 79 et 85,
06:38c'est des chocs qui ont duré quand même au moins 5 ans.
06:41Donc ça aussi, ce sera une différence majeure.
06:44Il est peu probable qu'au compte tenu de la situation initiale,
06:49que le choc soit aussi long,
06:51même si, en gros, la reconstruction des infrastructures,
06:54ça prendra entre plusieurs mois et plusieurs années.
06:56Mais on a vu, avec les droits de douane de Trump,
06:59la plasticité de l'économie mondiale absolument spectaculaire.
07:03Comme le commerce mondial a très largement survécu
07:05aux droits de douane de Trump,
07:07et bien le marché énergétique survivra aux problèmes du Moyen-Orient.
07:11Merci beaucoup à tous les deux.
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