00:00Face à Menelechip aujourd'hui, c'est Raphaël Legendre et Fatih Birol s'est exprimé cette semaine, le patron de
00:06l'AIE autour des questions d'énergie.
00:08Je vais vous le faire écouter et après on verra s'il exagère ou pas.
00:13Vous savez, nous avons eu plusieurs crises énergétiques malheureusement, mais si l'on considère les deux dernières décennies, trois crises
00:21majeures se dégagent.
00:22Les crises pétrolières de 1973 et 1979 et celles de 2022, lors des crises de 1973 et 1979, nous avons
00:33perdu à chaque fois environ 5 millions de barils de pétrole par jour.
00:37Aujourd'hui, en l'état actuel des choses, nous en perdons 12 millions par jour.
00:42Concernant le gaz naturel, lorsque la Russie a réduit ses approvisionnements, nous avons perdu environ 75 milliards de mètres cubes
00:50de gaz.
00:51Or, les pertes actuelles sont supérieures, ce qui signifie que la crise actuelle est plus importante que ces trois crises
00:58combinées.
01:00À chaque fois que Fatih Birol s'exprime, ça fait peur quand même.
01:03Oui, ça fait une semaine qu'on l'entend beaucoup.
01:06On a pris son nom en même temps, c'est une belle campagne de communication.
01:09La crise pire que celle de 1973, 1979 et 2022 combinée, Raphaël Legendre, est-ce qu'il a raison ?
01:16Oui, non, je pense que non.
01:17Alors, il a raison de tirer la sonnette d'alarme, il dit qu'il fait tout ça pour réveiller un
01:21peu la classe politique européenne et mondiale sur les dangers de la crise qui pourrait arriver.
01:25Mais il compare des choux et des carottes, ce monsieur.
01:29Il nous parle des 5 millions de barils de jour dans la crise des années 73, dans les chocs pétroliers,
01:3573-79.
01:36Aujourd'hui, c'est 12.
01:37Mais le monde a changé en 50 ans, a terriblement changé.
01:41Si on parle de nous, Français, beaucoup, beaucoup moins dépendants aux hydrocarbures, ça n'a juste plus rien à voir.
01:49Dans les années 60, on avait une dépendance de 65 à 70%.
01:54Notre énergie était dépendante à hauteur de 65 à 70% des énergies carbonées.
01:59C'est deux fois moins aujourd'hui.
02:01On a la PPE, la programmation pluriannuelle de l'énergie qui a été publiée.
02:05On a l'électrification qui est en voie.
02:08On a aujourd'hui notre parc nucléaire.
02:10Donc, ça n'a juste plus rien à voir.
02:12Notre dépendance, si vous prenez les voitures, dans les années 70, elle consommait 10 à 15 litres d'essence au
02:18100.
02:18Aujourd'hui, on est à 5-7 litres.
02:20Vous voyez, ça n'a juste plus rien à voir.
02:22En réalité, on avait une industrie qui était beaucoup plus présente dans notre croissance aussi.
02:27La part de l'industrie dans le PIB, elle était d'à peu près 20-25%.
02:31Aujourd'hui, on est à moins de 10.
02:33Et là, encore une fois, les énergies ne sont plus les mêmes.
02:36Donc, tout ça a complètement changé.
02:38Et puis, nous, Français, ne sommes plus tant dépendants que ça du Moyen-Orient en réalité.
02:44Le pétrole là-bas, c'est 12% pour nous de notre consommation seulement.
02:48Le gaz, 3% seulement vient du Qatar.
02:52Donc, ce signal d'alerte, il n'est pas tant pour nous qu'en repère.
02:54Oui, mais vous êtes un peu eurocentré, non ?
02:56C'est peut-être pas à nous qui parlent.
02:57Je suis très autocentré sur notre situation, effectivement.
02:59C'est peut-être pas à nous qui parlent, Fatih Birol.
03:00Oui, exactement.
03:01Je pense que c'est ça.
03:02Moi, j'ai été frappé par une déclaration du ministre indien des Affaires étrangères
03:06il y a quelques temps qui disait
03:07qu'il faudrait que l'Europe arrête de considérer que ses problèmes sont les problèmes du monde
03:13et qu'elle arrête aussi de considérer que les problèmes du monde ne sont pas ses problèmes à elle.
03:17C'est un peu ça.
03:19Effectivement, Raphaël a totalement raison sur notre meilleure capacité à résister aux chocs énergétiques
03:25en France et en Europe.
03:26Mais la réalité, c'est que Fatih Birol, il s'adresse à qui ?
03:29Il s'adresse à la zone qui est devenue le cœur battant de l'industrie mondiale, qui est l'Asie.
03:34Et pour eux, tout a changé.
03:36Et pour eux, par rapport aux années 70, le choc, il est sans commune mesure.
03:40Il faut rappeler que dans les années 70, l'Asie, c'est 5 millions de barils par jour.
03:47C'est 10% de la consommation mondiale.
03:50Et encore, là-dedans, vous en avez le Japon qui en fait la moitié.
03:54Ce sont des pays qui sont encore essentiellement agricoles, qui consomment très peu d'énergie.
03:58Donc ils n'ont pas connu le choc, en fait.
04:00Et qui n'ont quasiment pas connu le choc pétrolier.
04:03Aujourd'hui, l'Asie, c'est 50% de la consommation mondiale de pétrole.
04:07Et c'est 50% de la production industrielle mondiale.
04:10Donc, sachant qu'en plus, ces pays s'approvisionnent très majoritairement dans le Golfe.
04:1680% de leur approvisionnement en pétrole vient du Moyen-Orient.
04:19Donc oui, effectivement, pour eux, c'est extrêmement préoccupant.
04:22Et d'ailleurs, quand on voit les mesures qui ont été prises par les gouvernements,
04:25ce qui a été pris comme mesure dans beaucoup de pays d'Asie...
04:29C'est plus radical.
04:30C'est beaucoup plus radical.
04:31Ce sont ces travails obligatoires, ces rationnements, ces circulations alternées.
04:36C'est plus inventif que l'échec qu'on demande en France, si je puis me permettre.
04:40Oui, parce qu'effectivement, on n'a pas encore en France subi véritablement ce choc.
04:44Donc oui, effectivement, c'est des propos qui sont quand même,
04:47à force d'être tellement globalisés, qui sont inquiétants
04:50et qui peuvent créer ce sentiment d'apocalypse.
04:53Surtout qu'il nous dit, attendez, avril sera deux fois pire encore que le mois de mars.
04:58Nous, Européens, avons la capacité à résister.
05:00Mais c'est vrai que les pays asiatiques, pour eux, c'est beaucoup plus compliqué.
05:04Et les problèmes des pays asiatiques sont quand même en partie un peu aussi les nôtres
05:08parce que, par ricochet, il y aura des effets aussi en matière de croissance.
05:12Choc inflationniste ou pas ?
05:13Pour ces pays-là, oui.
05:15Et on l'aura, nous, à travers sans doute une hausse des prix.
05:17Nous aussi.
05:19Donc ça, on ne passera pas à travers la hausse des prix.
05:21Effectivement, on aura sans doute une répercussion de la hausse de leurs coûts de production
05:28par effet ricochet chez nous, mais qui sera quand même amorti.
05:32C'est vrai que l'effet inflationniste sera sans doute plus fort que l'effet récessif chez nous.
05:35C'est ce qu'il dit aussi, Fatih Barol, et ce qui est intéressant de noter,
05:38la différence par rapport à la fois au choc pétrolier des années 70
05:43et à la crise du gaz ukrainienne, c'est que, pour la première fois,
05:46vous avez des infrastructures clés qui ont été frappées.
05:50Ils donnent ce chiffre d'une quarantaine d'infrastructures clés
05:52qui ont été frappées, plus ou moins détruites,
05:56et qui impactent l'industrie de la pétrochimie, des engrais,
06:00l'hélium qui se diffuse absolument de partout aussi.
06:03Et ça, par contre, ça aura des conséquences importantes pour nous, notre économie européenne.
06:09Sauf qu'il faut quand même rappeler qu'en 73, quand les prix font x4,
06:13ils restent à ce niveau de x4 jusqu'en 79.
06:17Donc là, on s'inquiète de la durée du choc, mais à l'époque, concrètement,
06:21on avait eu un choc qui avait duré quasiment 5-6 ans,
06:26puis un deuxième choc qui, lui aussi, avait duré 5-6 ans.
06:29C'est-à-dire que quand vous êtes passé de 3 à 12,
06:32et que vous êtes resté à 12 entre 73 et 79,
06:35et que de 12, vous passez à 40 entre 79 et 85,
06:38c'est des chocs qui ont duré quand même au moins 5 ans.
06:41Donc ça aussi, ce sera une différence majeure.
06:44Il est peu probable qu'au compte tenu de la situation initiale,
06:49que le choc soit aussi long,
06:51même si, en gros, la reconstruction des infrastructures,
06:54ça prendra entre plusieurs mois et plusieurs années.
06:56Mais on a vu, avec les droits de douane de Trump,
06:59la plasticité de l'économie mondiale absolument spectaculaire.
07:03Comme le commerce mondial a très largement survécu
07:05aux droits de douane de Trump,
07:07et bien le marché énergétique survivra aux problèmes du Moyen-Orient.
07:11Merci beaucoup à tous les deux.
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