00:00Etienne Braque, face à Emmanuel Lechypre, et effectivement l'ABCE a laissé ses taux inchangés lors de sa réunion hier,
00:07est-ce qu'elle a bien fait Emmanuel Lechypre ?
00:09Elle a surtout rien appris, c'est ça qui est quand même assez désespérant.
00:13Déjà il n'y aurait pas dû avoir de dernière hausse des taux, donc non, l'ABCE, son action, elle
00:18est quand même assez inquiétante.
00:20Rappelez-vous, en 2022, elle nous avait dit, oh lolo, attention, problématique d'approvisionnement, choc pétrolier.
00:30Elle nous avait dit au départ, attention, l'inflation elle est transitoire.
00:34Et puis elle a fait la plus forte hausse des taux de toute son histoire, elle a cassé la croissance,
00:38elle n'a rien compris parce qu'elle anticipait une boucle prix-salaire.
00:43En fait ce qu'on a vu c'était surtout une boucle prix-profit, et puis l'inflation est repartie
00:49comme elle était venue.
00:49L'action de l'ABCE dit, il n'y a rien changé.
00:52Alors elle avait des excuses, parce que, rappelez-vous, à l'époque, 2022, personne dans les milieux économiques,
00:58et quand je dis personne, c'est-à-dire les banquiers centraux, les gens sur les marchés, les dirigeants politiques,
01:03ne savaient plus ce que c'était que l'inflation.
01:05Donc même les consommateurs ne savaient plus ce que c'était.
01:07Donc on s'est retrouvés, ah là là, on n'a pas connu ça depuis les années 70, qu'est
01:10-ce qu'on fait ?
01:11Donc on ressort le vieux même logiciel, hausse des taux, inflation, etc.
01:15Bon, on s'est rendu compte que ça n'était plus le cas.
01:17Et là, moi, ce qui me sidère aujourd'hui, c'est même pas tellement le fait qu'elle ait bougé
01:21ou pas bougé,
01:21c'est le discours qu'il y a derrière, où il y a tension au septembre, l'inflation, etc.
01:25Mais non, pas plus demain qu'en 2022.
01:29Donc il faut rappeler qu'un choc pétrolier, c'est une ponction sur la croissance économique,
01:34c'est comme une taxe supplémentaire.
01:36Donc le risque, ce n'est pas l'inflation, le risque, c'est la croissance.
01:39Donc c'est de ça que devrait se préoccuper la BCE,
01:43que Montéléto ne produira pas une goutte de pétrole supplémentaire.
01:47Et je rappelle que la hausse des prix du pétrole, elle n'est pas liée à une surchauffe de la
01:52demande
01:53et aux difficultés de produire du pétrole.
01:55Elle est liée à l'interruption des livraisons de pétrole.
01:57Et ça, ce n'est pas du tout la même chose.
01:59Le contexte économique, enfin, c'est quoi ?
02:01C'est que l'activité européenne est quand même très faible,
02:04et que de toute façon, il peut y avoir une hausse des taux,
02:06ça met toujours très longtemps à se diffuser.
02:08Donc, encore une fois, moi, je suis très inquiet que la BCE n'ait rien appris des cinq dernières années.
02:12Etienne Braque.
02:13Qu'on soit bien d'accord, je ne pense pas qu'il faut remonter les taux.
02:16Mais il ne faut pas surestimer l'impact de la BCE, loin de là.
02:19Certes, elle a remonté ses taux au mois de juin,
02:21mais la BCE, on essaye de la mettre un petit peu sur un totem.
02:24Ce n'est pas le bouc émissaire.
02:25Aujourd'hui, le problème des investisseurs, des entreprises, des ménages, c'est la confiance.
02:29Demain, vous pouvez relever les taux de 25 points de base ou pas.
02:31Ce n'est pas ça qui va changer la confiance, loin de là.
02:34Imaginons, demain, les taux sont à 1,75.
02:36Ils sont à 2,25 aujourd'hui.
02:37Ça ne va pas donner plus de visibilité sur le conflit au Moyen-Orient,
02:40sur la politique en France avec la présidentielle l'année prochaine
02:42ou encore sur les problèmes de compétitivité.
02:45En clair, il ne faut pas tout attendre de la BCE, loin de là.
02:47Ce n'est pas la condition sine qua non.
02:49Emmanuel en parle souvent.
02:50Aujourd'hui, c'est quoi le problème en Europe ?
02:52Les réformes structurelles.
02:53Si demain, les taux sont plus bas,
02:55est-ce que ça va inciter la France à se bouger sur les problèmes budgétaires ?
02:58Non, pas du tout.
02:59Au contraire, la politique industrielle, ça n'a rien à voir avec la BCE.
03:02Le manque de visibilité, c'est sur la réglementation,
03:06notamment sur le secteur automobile.
03:07Vous voyez bien en ce moment tout ce qui se passe.
03:09En clair, aujourd'hui, en France, que ce soit les ménages, les entreprises
03:13et même Bercy, d'une certaine façon, payent les erreurs de nos politiques,
03:18les politiques de ces dernières années, mais pas les politiques monétaires.
03:21Emmanuel Lechy, vous avez fait de la BCE un bouc émissaire.
03:24Non, je n'ai pas fait de la BCE un bouc émissaire.
03:26Simplement, j'entends très bien ce que dit Étienne et il a raison,
03:28la BCE, ce n'est pas elle qui détient toutes les clés de l'activité et de la croissance.
03:33Mais si au moins, parmi la liste de tous les problèmes qu'a cité Étienne,
03:37la BCE pouvait ne pas être un problème supplémentaire,
03:41ce serait quand même quelque chose d'assez appréciable.
03:45Et encore une fois, envoyer le signal,
03:47et c'est là où je ne suis pas tout à fait d'accord avec Étienne,
03:51la confiance.
03:51Si la confiance, elle dépend en partie du discours de la BCE
03:55et du niveau des taux d'intérêt.
03:56C'est-à-dire que si la BCE envoyait aujourd'hui un signal plutôt pro-activité
04:01en disant qu'on soutient la croissance
04:03plutôt qu'on se méfie d'une inflation imaginaire,
04:06je pense que ça aurait un impact quand même à la marche positive
04:09sur les entreprises et sur les consommateurs.
04:12Mais elle a besoin d'ancrer les inflations.
04:14Elle a besoin de dire qu'elle est là.
04:15D'ailleurs, la hausse du mois de juin, c'était quand même une hausse de communication.
04:18Et par rapport à ces phénomènes de baisse de taux,
04:21on lui a longtemps reproché sur la période 2015-2022
04:26que les taux étaient à zéro.
04:27Il y a quand même eu des effets pervers,
04:28notamment sur la politique budgétaire,
04:30sur des bulles, notamment sur certains secteurs dans l'immobilier.
04:34Et puis surtout, n'oublions pas qu'on est dans un monde
04:36qui est totalement globalisé.
04:38Le bon exemple en ce moment, c'est le Japon.
04:40Vous voyez bien qu'en ce moment,
04:41ce qui fait bouger le Yen et les taux japonais,
04:43ce n'est pas du tout la décision de la Boj,
04:45c'est la Fed.
04:46Et ça, depuis plusieurs semaines, on en parle maintenant,
04:48c'est la fin de l'ère Powell,
04:49maintenant c'est Kevin Warch.
04:50Et au final, l'euro, les taux en Europe,
04:53ils dépendent aussi de Kevin Warch
04:54qui va parler la semaine prochaine,
04:55mais aussi du mois de septembre.
04:56Donc en fait, la BCE, elle ne peut pas dire
04:57qu'on va avoir une politique hyper accommodante
04:59parce qu'à la fin, l'effet immédiat
05:01sur le marché obligataire et in fine
05:03sur la production de crédit,
05:04ne serait pas aussi forte qu'escompté.
05:06Un monde de plus en plus complexe à lire.
05:08Merci messieurs, ça fera l'objet d'un autre débat,
05:11ce que vous alliez dire, Emmanuel Lechypre.
05:12Merci.
05:12Merci.
05:13Merci.
Commentaires