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  • il y a 1 jour
Vendredi 26 juin 2026, retrouvez Michel Ruimy (Économiste associé, SPAK) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

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Transcription
00:10Le dernier quart d'heure de Smartbourg chaque soir, c'est le quart d'heure thématique.
00:13Une fois par mois, nous avons rendez-vous avec Michel Rumi, économiste associé de SPAC,
00:17pour un exercice de décryptage économique.
00:20Bonsoir Michel, ravi de vous retrouver.
00:22Un rendez-vous un peu people aujourd'hui, puisqu'il y a quelques jours de cela,
00:26nous en avons parlé autant que possible, évidemment, dans l'émission.
00:30Nous quittait Alan Greenspan à l'âge de 100 ans.
00:33Il a tenu 5 mandats quand même, je crois, à la tête de la réserve fédérale américaine,
00:3820 ans, de 1987 à 2006.
00:41Alors vous dites, avant d'en faire un personnage historique,
00:44c'est l'occasion aussi de revenir sur le fonctionnement de l'économie
00:51et ce que la politique monétaire et l'économie peuvent avoir en commun.
00:55Tout à fait, parce que laquelle est l'idée ?
00:58C'est qu'on ne peut pas rester 20 ans, on va dire, à la tête de la fédérale réserve
01:02sans avoir impacté le monde des affaires générales.
01:05Et donc c'est ça qui est très important,
01:07parce que la fédérale réserve, ce n'est pas n'importe quelle banque centrale.
01:11C'est la banque centrale de la première puissance économique.
01:14Et puis en même temps, ce qu'il faut bien voir,
01:16c'est que le dollar étant la monnaie, la devise internationale,
01:22eh bien les décisions de politique monétaire associées avec la place du dollar
01:26fait qu'on s'impacte les marchés financiers européens,
01:30les mouvements de capitaux sur les pays émergents, etc.
01:33Et d'une certaine manière, on peut dire que Greenspan a été,
01:37dans une certaine mesure, une illustration de la mondialisation financière,
01:41c'est-à-dire qu'une décision dans un endroit bien précis
01:45pouvait affecter l'ensemble de la planète, d'une certaine manière.
01:49Est-ce qu'il a été à cette époque l'homme le plus puissant du monde ?
01:54On peut, dans une certaine mesure.
01:56Alors il n'y avait pas les Elon Musk, il y avait d'autres grands investisseurs
01:59et d'autres grands capitaines d'industrie à l'époque,
02:01mais pas avec ces tailles d'entreprises qu'on a aujourd'hui
02:03qui obligent à se poser la question de savoir qui est le plus puissant
02:05entre un Elon Musk et un chef d'État, etc.
02:09Mais à l'époque...
02:09À l'époque, oui, parce que je dirais, il faut se remémorer
02:13et que, je dirais, dans la décennie, on va dire 90-2000,
02:18la Fédérale Réserve était encore cette puissance,
02:20elle a encore...
02:21Oui, oui, oui !
02:22Don't fight the Fed !
02:23C'est elle qui initiait le mouvement de l'activité économique
02:28et puis, je dirais, bon, c'est ça qui fait que
02:31quand on est à la tête d'un gros bateau, on fait attention, quoi.
02:33Qu'est-ce qui fait que les Français,
02:36et même ceux qui n'ont jamais entendu parler d'Alan Greenspan
02:39et qui n'entendront peut-être jamais parler de leur vie d'Alan Greenspan,
02:42c'est pas grave,
02:43qu'est-ce qui fait quand même que cet homme-là a eu une influence aussi
02:48sur la vie des Français, par exemple,
02:50pendant les 20 ans pendant lesquels il a présidé la Fed ?
02:53En effet, vous avez raison.
02:54C'est-à-dire que ce qui se passe, c'est qu'une banque centrale,
02:57on va dire, pour simplifier, a un outil qui est fondamental,
03:01c'est les taux directeurs.
03:02Et donc, ce taux directeur affecte, on va dire,
03:05le taux de refinancement des banques commerciales.
03:07Et donc, lorsque le taux d'intérêt américain baissait,
03:12donc, ça se diffusait progressivement dans l'économie mondiale.
03:16Et donc, les banques, eh bien,
03:18pouvaient faciliter l'octroi de crédit,
03:20aussi bien aux ménages qu'aux entreprises.
03:21Et donc, il y avait les prix immobiliers,
03:23l'investissement des entreprises,
03:24consommation des ménages.
03:25À l'inverse, lorsqu'ils augmentaient les taux,
03:27ça pouvait avoir des restrictions.
03:29Et donc, ce qu'il faut bien voir,
03:30c'est que derrière, et ce qu'il ne faut pas perdre en même temps,
03:33c'est la notion d'éducation financière,
03:36c'est que derrière chaque opération économique,
03:39que ce soit un crédit immobilier,
03:40achat d'une voiture ou un investissement,
03:42il y a une décision de politique monétaire,
03:44donc de banque centrale.
03:46Et en fait, ce qu'il faut bien saisir,
03:47c'est que la banque centrale agit comme,
03:48on va dire, le régulateur de la vitesse de l'économie.
03:51Et c'est ça qui est important de saisir,
03:54à travers, je dirais, ce personnage,
03:56qu'il a beaucoup influencé la vitesse de l'économie.
03:58Alors, Alain Greenspan, c'était un grand banquier central,
04:01c'était aussi un homme de punchline,
04:04un homme d'expression,
04:05une des expressions qui restaient dans l'histoire,
04:07il la prononce, je crois d'ailleurs,
04:09une seule fois dans sa carrière,
04:11à l'occasion d'un discours en 1996,
04:13décembre 1996,
04:16Alan Greenspan nous parle de l'exubérance irrationnelle des marchés.
04:20Qu'est-ce qu'il a voulu dire, à ce moment-là,
04:23avec cette expression ?
04:24En fait, dans toutes les théories économiques et financières,
04:27on parle de rationalité des marchés,
04:29les marchés sont des acteurs,
04:30et en même temps, les marchés ont l'information parfaite, etc.
04:34Et en fait, lui, part d'un principe, il dit,
04:36mais concrètement, les investisseurs,
04:39ils ne sont pas toujours rationnels,
04:40ils achètent, je dirais,
04:42dans un environnement euphorique, d'une certaine manière,
04:45ils peuvent acheter des actifs
04:47à un prix supérieur à leur valeur intrinsèque,
04:50valeur fondamentale.
04:51Et c'est ça qui est très important,
04:52parce qu'il a été, on va dire,
04:55innovateur à cette période,
04:56et ce qu'il faut bien voir,
04:58c'est que cette idée d'exubérance
05:00et donc d'irrationalité des investisseurs
05:02est à la base de la finance comportementale,
05:04avec, aujourd'hui, on parle,
05:06donc bien sûr, il y a les données économiques,
05:08mais il faut parler du comportement
05:10des investisseurs, des anticipations,
05:12de la psychologie,
05:13et même parfois de l'effet de mode.
05:15Et donc, on retrouve ça à travers,
05:18on va dire, certaines crises financières,
05:21et aussi bien des subprimes dernièrement
05:23qu'un peu plus tôt, on va dire,
05:25plus tôt, même beaucoup plus tôt,
05:27les bibles tulipes.
05:28Donc, c'est ça qui est important de comprendre,
05:30et c'est ça qui fait qu'il a eu une autre vision
05:35des marchés financiers, d'une certaine manière.
05:37– Oui, effectivement.
05:38Petit aparté, d'ailleurs, décembre 96,
05:41il fallait, évidemment, écouter Alan Greenspan,
05:44mais il ne fallait pas en faire une politique d'investissement,
05:48parce que le marché a continué de monter jusqu'en mars 2000.
05:53Qu'on puisse parler d'exubérance irrationnelle,
05:55ça ne veut pas dire qu'on peut prévoir
05:58l'éclatement d'une bulle.
06:00– Et c'est ça.
06:00– C'est ça, hein ?
06:02– C'est ça, la difficulté.
06:03C'est qu'on peut dire, oui…
06:06– Ça paraît exubérant.
06:07– C'est exubérant, mais je ne peux pas te dire
06:09quand ça va éclater.
06:10Et c'est ça qui est très important,
06:11c'est que son idée était de dire,
06:15on ne peut reconnaître qu'une bulle
06:16que quand elle a éclaté.
06:17– C'est ça.
06:17– Et c'est ça qui fait…
06:18Donc, on peut imaginer la même chose aujourd'hui
06:21avec les valorisations de certaines valeurs technologiques
06:24ou tout ce qui touche avec l'IA, quoi.
06:26– Le grand drame de la fin de carrière d'Alan Greenspan,
06:29c'est quand même ce qui s'est passé
06:30alors après son départ de la réserve fédérale américaine,
06:32mais il y était encore jusqu'en 2006.
06:34Et c'est vrai que les prémices de la crise des SOMPRAM
06:37se font jour en 2007,
06:39avec bien sûr la grande faillite de Lehman Brothers,
06:41ensuite en 2008, la grande crise financière
06:44et tout ce qui s'en est suivi.
06:46Est-ce qu'Alan Greenspan,
06:47et c'est des critiques qui lui ont été adressées directement,
06:50auxquelles il a tenté de répondre à la fin de sa carrière,
06:53est-ce qu'il a été responsable,
06:55en partie, un peu, beaucoup,
06:57des événements de 2008 sur les marchés ?
06:59– On ne peut pas, on va dire,
07:02dire qu'il est le seul responsable.
07:04Il a une part,
07:05et plusieurs études ont montré que
07:09pendant sa mandature à la présidence de la fédérale réserve,
07:12eh bien, il a pris des décisions qui étaient favorables,
07:16on va dire, à la prise de risque excessive.
07:17Et donc, après,
07:18ce qu'il faut bien voir aussi,
07:19il faut prendre le contexte,
07:20c'est qu'après la mule Internet,
07:22il y a eu les événements de septembre 2001,
07:25il fallait refaire partir de l'activité économique,
07:27donc on fait baisser les taux.
07:29Et donc, ce qu'il fait,
07:30c'est qu'il fait baisser les taux,
07:31on va dire, d'une certaine manière,
07:33mais des personnes,
07:34et donc des acteurs,
07:35ont pris des prises de risques excessives,
07:37et c'est ça qui fait qu'on a favorisé
07:40l'endettement immobilier,
07:41mais en même temps,
07:42toute la bulle financière,
07:44pas la bulle,
07:45l'écosystème financier et monétaire,
07:47eh bien, a développé des produits un peu,
07:49on va dire,
07:51très explosifs.
07:51Bien sûr.
07:52Trop exotiques.
07:53Voilà, trop exotiques.
07:54Et puis, ce qui s'est passé,
07:56c'est que, eh bien,
07:57quand il a commencé à gérer l'affaire un peu mieux,
07:59eh bien, d'un seul coup,
08:01c'est là où, concrètement,
08:02les risques sont apparus,
08:04et c'est ça qui est apparu,
08:06parce que,
08:07et c'est ça qui est aussi,
08:08et ce qu'il faut retirer de la philosophie,
08:11on va dire,
08:11d'une certaine manière,
08:12de la crise de 2008,
08:13c'est qu'une stabilité apparente,
08:16ou, on va dire,
08:17une bonne santé économique et financière
08:19peut cacher des risques,
08:20et c'est cette croissance qui fait que,
08:22il ne faut pas se dire qu'il n'y a pas de risque.
08:24Oui, oui, bien sûr.
08:25Donc, c'est ça qui est fait.
08:26Est-ce qu'il a reconnu des erreurs, d'ailleurs,
08:30après avoir quitté la réserve fédérale américaine ?
08:33Oui, en fait,
08:35et c'est ça aussi,
08:35l'affaire des gros hommes,
08:37on va dire,
08:38on reconnaît ses erreurs,
08:39et il a reconnu qu'avoir surestimé
08:43la capacité des agents financiers des marchés
08:47à s'auto-réguler.
08:48Et, en fait,
08:49ce qu'il faut bien voir,
08:50c'est qu'il considérait que les marchés pouvaient...
08:54Très libertarien dans l'esprit aussi,
08:56il faut le redire,
08:57quand il se passe.
08:57Tout à fait,
08:58il disait,
08:59finalement,
08:59on va gérer,
09:01les marchés vont t'en gérer.
09:02Et donc,
09:03chacun gère ses risques.
09:05Et ce qui est surprenant,
09:06c'est qu'en fait,
09:07et c'est ça aussi qu'il faut bien voir
09:08à travers cette crise de 2008,
09:11c'est qu'on peut chercher,
09:13chaque individu
09:14ou chaque entité économique
09:15peut chercher
09:16à maximiser,
09:17je dirais,
09:19ses performances.
09:20Donc,
09:20c'est un intérêt rationnel,
09:22mais que quand tout le monde
09:23le fait en même temps,
09:24ça peut arriver
09:25à un risque
09:26encore plus grand.
09:27Et donc,
09:28c'est ce qu'on peut appeler
09:28un risque systémique.
09:29Et c'est ça qui est important,
09:30c'est que
09:32la rationalité
09:33d'individus
09:34n'empêche pas
09:35un risque
09:35après potentiel
09:36global.
09:37Ce qui est très intéressant,
09:38c'est qu'Alan Greenspan
09:39nous quitte
09:40à l'âge de 100 ans,
09:41je le rappelle
09:41encore une fois,
09:42au moment
09:43où Kevin Walsh
09:44prend la tête
09:45de la réserve fédérale
09:47américaine.
09:48On a senti
09:49dans la première communication
09:50de Kevin Walsh,
09:51l'envie
09:52de revenir
09:53à quelque chose
09:55des années 90.
09:56Est-ce que les débats
09:57qui prévalaient
09:58à cette époque-là,
09:59à l'époque Greenspan,
09:59sont des débats
10:00encore contemporains
10:01aujourd'hui ?
10:02Oui,
10:03dans une certaine mesure
10:04et plus que jamais.
10:06Parce qu'en fait,
10:08c'est le rôle
10:08de la Banque centrale
10:09dans un environnement
10:10particulier aujourd'hui.
10:12C'est jusqu'où
10:13faut-il soutenir
10:13la croissance ?
10:14Est-ce que je dois,
10:16en tant que Banque centrale,
10:18est-ce que je dois
10:18intervenir face
10:19à des valorisations
10:20un peu
10:21qu'on peut juger
10:22excessives ?
10:22Est-ce qu'il faut
10:23comment gérer
10:25l'inflation,
10:26la croissance,
10:26la stabilité financière ?
10:28Et en fait,
10:29c'est ça qui fait
10:30que ces questions
10:31qui sont encore
10:32d'actualité
10:32existaient
10:33dans les années 90
10:34et d'une certaine manière,
10:36Kevin Worsh,
10:37je dirais,
10:38revient un peu,
10:39c'est-à-dire prendre
10:40une nouvelle gouvernance.
10:41Pour moi,
10:42à mon sens,
10:42c'est que la nomination
10:43de Kevin Worsh,
10:44ce n'est pas des actions
10:45de politique monétaire,
10:46mais une nouvelle gouvernance
10:47avec...
10:48Une méthode.
10:49Voilà,
10:49c'est ça.
10:50Quelle leçon,
10:51l'épargnant,
10:52doit-il retirer de tout ça,
10:54Michel ?
10:54Avec l'exemple,
10:56effectivement,
10:56d'un homme
10:57qui,
10:58pendant 20 ans,
10:59aura dirigé
11:02la réserve fédérale américaine
11:04et donc la politique
11:04monétaire mondiale,
11:05pour dire ça.
11:06Je n'y avais pas une,
11:07mais deux leçons.
11:08Première des choses,
11:09c'est que
11:10l'environnement monétaire
11:11influence profondément
11:13les performances
11:14des placements
11:15et ça,
11:15ça peut être évident,
11:17mais il faut bien savoir
11:18d'où cela revient.
11:19Et puis,
11:19deuxième chose,
11:20c'est que toute situation
11:21économique n'est pas permanente.
11:23Et donc,
11:23pour un épargnant,
11:25il ne faut jamais
11:26se rester,
11:27on va dire,
11:28dans un même schéma
11:28que si on veut être
11:31un bon épargnant
11:32et un bon investisseur,
11:33eh bien,
11:33on cherche plutôt,
11:34non pas à avoir
11:36la mastingale,
11:37mais de prévoir
11:38ou de créer
11:39des portefeuilles
11:40qui peuvent résister
11:40à plusieurs scénarios.
11:41Et donc,
11:42en fait,
11:42ça revient à dire,
11:44c'est qu'il faut diversifier
11:44son portefeuille
11:45et les stratégies
11:46pour,
11:46on va dire,
11:48subsister encore
11:48quelques années.
11:49Bon,
11:4930 secondes pour finir,
11:51Michel,
11:52qu'est-ce qu'il faut retenir ?
11:53La leçon à retenir
11:55des 20 ans
11:56de pilotage
11:57de la politique monétaire
11:58par Alain Greenspan ?
11:58J'irais trois choses.
12:00La place des banques centrales
12:01dans l'économie mondiale,
12:03l'influence décisive
12:04des taux d'intérêt
12:05et puis la difficulté
12:06de détecter
12:07les bulles financières
12:09avant le réclatement.
12:09Et donc,
12:10l'incertitude
12:10n'est pas une anomalie
12:11de marché,
12:12on va dire,
12:12de l'économie.
12:13Elle en fait
12:14une caractéristique permanente.
12:15C'est ça,
12:15c'est pas un bug,
12:16c'est un feature
12:17de l'économie
12:18aujourd'hui.
12:19L'incertitude appartient
12:21au régime économique
12:22et au marché.
12:23Merci beaucoup Michel.
12:24Michel Rumi avec nous
12:24chaque mois,
12:25économiste associé
12:26de SPAC
12:26dans Smart Bourse
12:27à retrouver bien sûr
12:28sur bsmart.fr.
12:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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