- il y a 18 heures
Jeudi 16 juillet 2026, retrouvez Flore Cholley (Chief Sustainability Officer, Edenred) et Maxence Finot (Advisory Director, Southern Europe, South Pole) dans SOMMET DE LA TRANSFORMATION DURABLE, une émission présentée par Fabrice Cousté.
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00:06Le sommet de la transformation durable édition 2026 depuis le pavillon d'Armonanville.
00:11On est ravis d'accueillir pour parler des défis concrets de décarbonation Maxence Fnault.
00:16Bonjour Maxence. Bonjour Fabrice. Vous êtes Advisory Director chez South Pole.
00:21Bienvenue à vous pour l'Europe du Sud et à vos côtés Flore Chollet. Bonjour Flore.
00:25Bonjour Fabrice. Flore, vous êtes Chief Sustainability Officer. Comment ça se traduit ?
00:31Directrice RS Monde pour le groupe Eden Red.
00:34Pour Eden Red, tout à fait. Tiens, on va commencer avec vous pour avoir un exemple très concret.
00:38C'est vrai qu'on pense à Eden Red, champion des tickets restaurant et de bien d'autres services pour
00:42les entreprises.
00:43On se dit, bah tiens, décarboner c'est facile, on a des tickets papier,
00:46on passe à la version complètement digitalisée dans nos smartphones ou via une carte.
00:51Là, on fait déjà des économies ou ça compte pour pas grand chose ?
00:54Effectivement, alors ça compte, ça compte, mais pour pas grand chose.
00:57La première chose, c'est qu'effectivement le groupe, qui était historiquement un acteur des avantages aux salariés,
01:02aujourd'hui est présent dans 44 pays et c'est fortement internationalisé, mais aussi digitalisé.
01:08Donc effectivement, du ticket papier, on est passé à la carte, bien sûr la carte recyclée, jusqu'à des solutions
01:13100% digitales.
01:14Mais plus globalement, le groupe a pris des engagements beaucoup plus larges que ça,
01:18parce qu'en fait la carte, c'est 3% des émissions.
01:21Donc on a un engagement beaucoup plus large de réduction de l'ensemble du bilan carbone du groupe.
01:27Et voilà, et ça passe bien sûr par de nombreuses initiatives. On va voir ça ensemble.
01:30J'ai une question pour Maxence. Le défi est de taille, c'est de nous expliquer en 30 secondes,
01:36« SBTI, c'est quoi pour les entreprises et la V1 et puis la V2 ? »
01:41Très bien. SBTI, c'est un des standards principaux auxquels les entreprises adhèrent pour s'engager dans une logique de
01:49décarbonation
01:50qu'on dit en ligne avec la science. Et donc, on se fixe des objectifs à horizon 2030 et 2050,
01:57donc court terme, moyen terme, long terme, pour décarboner son scope 1, son scope 2 et son scope 3.
02:02Jusqu'à maintenant, SBTI a accompagné les entreprises surtout sur la mise en place de ces cibles de décarbonation
02:09pour qu'elles soient concrètes et qu'elles aient un sens vis-à-vis de la science.
02:13Et il y a un nouveau standard qui vient de sortir. C'est la V2 du standard Net Zero de
02:18SBTI
02:20qui fixe un cadre qui change un peu les règles du cadre, mais qui surtout change de philosophie.
02:26C'est-à-dire qu'on passe d'une logique où on établit des cibles et ensuite charge à chacun
02:33de prouver sa décarbonation.
02:36Maintenant, on est plutôt dans une logique d'amélioration continue où SBTI va s'assurer des progrès réalisés
02:41et va aussi être dans une logique qu'on dit de best effort, c'est-à-dire reconnaître les efforts
02:45des entreprises,
02:46mais aussi les limites qu'elles rencontrent, les barrières qu'elles rencontrent et donc permettre de faire rentrer cela dans
02:52la bonne atteinte de leur objectif.
02:54Avant, l'entreprise disait essentiellement voilà, je m'engage à faire ça ou notre objectif de réduction d'émissions, c
02:59'est ça.
02:59Avec la V2, on vous demande vraiment de démontrer ce que vous faites réellement, comment vous y permenez la feuille
03:03de route.
03:04Je prends un exemple, voilà, c'est tiens, je vais courir le marathon et le plan précis pour y arriver,
03:09justement le plan d'entraînement.
03:10Est-ce que ça répond ? Comment vous le faites, comment mettez en place ces nouvelles règles chez Eden Red
03:14?
03:15Alors, la première chose, c'est qu'on a été, on est science-based target, je dirais V1.
03:20Ça a été approuvé chez nous en 2024 et on a des engagements assez ambitieux de réduction de nos émissions
03:25à 2030 à 2050.
03:27D'abord en valeur absolue sur le scope 1 et 2, avec un objectif de moins 51% à 2030
03:32par rapport à 2019 et puis à 2050 jusqu'à moins 90%.
03:36De la même façon sur le scope 3, on est engagé en intensité à réduire drastiquement nos émissions par points
03:42de valeur ajoutée de moins 55% d'ici à 2030.
03:46La démarche science-based target V2, qui sera obligatoire à partir de 2027-28, elle a un énorme avantage, c
03:54'est qu'effectivement, elle va créer des milestones plus fréquents.
03:57Jusqu'à maintenant, SBTI V1, c'était une target à 2030, une target à 2050. C'est très bien, ça
04:04donne un chemin, mais ce n'est pas leur rythme.
04:11Il n'y avait pas de point d'étape.
04:22Donc, le développement des projets, ça rend la démarche de décarbonation beaucoup plus connectée à l'agenda stratégique des organisations.
04:28Qui est souvent dans les plans forward, en futur, etc. Mais c'est souvent à 1, 3 ans, 5 ans
04:33maximum.
04:35Comment ça s'illustre fonctionnellement, pratiquement, si vous avez un exemple, Flore Cholien, à nous donner pour vous ?
04:41Typiquement pour nous, sur les objectifs qu'on a déjà fixés sur le scope 1 et 2, ça veut dire
04:46que concrètement, on a des objectifs, nous, qui sont annuels, de réduction,
04:52qui sont audités par nos commissaires aux comptes, étant une société cotée, qui nous permet vraiment de se dire exactement
04:57ce qu'on veut atteindre comme plan de réduction sur le scope 1 et 2 en valeur absolue,
05:01avec un plan d'action extrêmement clair. Typiquement, ça va être passage à l'énergie renouvelable d'un certain nombre
05:07de nos bâtiments.
05:08On est aujourd'hui à 70% d'énergie renouvelable sur globalement l'ensemble des sites du groupe, mais également
05:12bascule de la flotte électrique du groupe vers une flotte électrique ou bioéthanol,
05:17ce qui permet vraiment d'avoir des jalons clairs et un plan d'action à financer et clair pour l
05:22'ensemble de l'organisation.
05:23C'est très intéressant, justement, ces nouvelles règles en face de 2022, parce que comme le disait très bien Florent,
05:28ça donne une feuille de route beaucoup plus concrète ou beaucoup plus applicable dans le temps, avec ces milestones beaucoup
05:33plus rapprochés.
05:33Pour vous aussi, c'est plus encourageant, finalement, pour vos clients. On peut dire « Tiens, on a peut-être
05:38un tel objectif d'ici mois, mais on va le réussir d'ici un an ou deux ans ».
05:41Alors oui, il y a effectivement une meilleure prise en compte des barrières rencontrées et de la façon dont on
05:45peut ajuster le tir, ça c'est sûr.
05:48En revanche, c'est aussi une manière pour SBTI de recentrer un peu le débat sur le sujet du scope
05:543, parce que ce qui se passe aujourd'hui, c'est que…
05:56Les émissions.
05:57Les émissions, pardon, du scope 1, scope 2, scope 3. Aujourd'hui, scope 1 et scope 2, qui sont plus
06:03sous le contrôle des entreprises, ont été, en tout cas chez nos clients en France, en Europe, plutôt bien traitées.
06:09Il y a des plans d'action qui sont clairs, donc il y a encore du travail à fournir, mais
06:13on sait où on va. Sur le sujet du scope 3, c'est des émissions sur lesquelles on a moins
06:18de contrôle direct, opérationnel.
06:20Et donc, il y a tout un enjeu à aller engager les fournisseurs, engager toutes les parties prenantes de la
06:25chaîne de valeur pour pouvoir les mettre à bord et pour réduire ensemble les émissions dans une logique de coopération.
06:31Et ça, SBTI, la nouvelle version, reconnaît cet effort à fournir et lui donne une plus grande place. Et ce
06:38sujet-là est particulièrement vrai pour des entreprises comme Eden Red,
06:43où on a un business model qui est digital et on a des fournisseurs qui sont du monde de l
06:47'IT. Et donc, c'est parfois difficile de se faire entendre face à des mastodontes.
06:50Oui, tout à fait. Et puis, c'est aussi une question de mesure. C'est vrai que c'est, voilà,
06:54si on a une activité, une industrie plus émettrice que l'IT, c'est peut-être plus facile à mesurer.
07:01Comment vous faites, vous, au sein de vos équipes qui sont grandement techniques, on le rappelle, c'est de l
07:05'ingénierie technique. Il faut d'abord prendre un premier point d'accroche, d'ancrage et puis mesurer petit à petit
07:11comment on fait pour améliorer tout ça.
07:13Comment ça se fait sur les services IT ?
07:15Alors, effectivement, Eden Red est un groupe profondément IT. Sur les 12 000 collaborateurs du groupe, il y en a
07:194 000 qui sont des équipes techniques.
07:21Donc, c'est le cœur de l'ADN du groupe d'avoir cette force digitale et IT. Concrètement, comment on
07:27va faire ?
07:28Effectivement, ça veut dire engager progressivement nos fournisseurs à comprendre les bilans carbone et les analyses de cycle de vie
07:36d'un certain nombre d'outils qu'on utilise.
07:38On va aujourd'hui utiliser plutôt des données de ce qu'on appelle dites monétaires, c'est-à-dire le
07:42montant des factures sur lesquelles on va mettre un poids carbone
07:44pour les gros partenaires et de plus en plus de travailler avec eux sur des chiffres plus précis de ce
07:51qu'est ce qu'on appelle le facteur d'émission,
07:53donc le poids carbone du produit ou du service qu'ils nous vendent, pour pouvoir mettre en place avec eux
07:58des plans de réduction,
07:59pour pouvoir avoir des données toujours plus précises pour accéder notre scope 3 et le piloter dans la réduction.
08:06Donc c'est vraiment main dans la main avec nos fournisseurs puisque par définition, c'est chez eux et on
08:10doit construire ensemble les solutions pour bénéficier aux bilans carbone des fournisseurs et des données.
08:15Et c'est eux qui vous font remonter aussi les datas ?
08:18Exactement, c'est eux qui vont nous fournir un certain nombre de datas brutes, ça peut être le poids d
08:22'un software, ça peut être les éléments d'architecture,
08:25de même que ça peut être avec l'intelligence artificielle le volume de tokens sur lesquels il y a effectivement
08:30une utilisation accrue en ce moment dans les organisations.
08:32Oui, ça commence d'ailleurs à peser sur les bilans, on s'aperçoit que cette IA qui est censée remplacer
08:38des humains, elle coûte aussi parfois très cher.
08:41Maxence, justement sur ce SBTI V2, donc réaction plutôt positive des entreprises, ces jalons plus fréquents ou résistance au changement
08:51et se dire
08:52« Oh là, mais c'est encore plus compliqué qu'avant finalement, 2030 et 2050, c'était très bien d
08:55'avoir des objectifs mais sans feuilles de route. »
08:58Alors, les entreprises heureusement avaient des feuilles de route, mais c'est vrai qu'il y avait moins cet aspect
09:02contrôle continu en quelque sorte tous les 5 ans.
09:04Et de prouver ce qu'on fait surtout.
09:06Et de prouver ce qu'on fait avec un audit des émissions, audit des réductions, donc il y a effectivement
09:11une logique vraiment d'accompagnement dans la durée jusqu'en 2050 et jusqu'au net zéro.
09:16Réaction des entreprises, évidemment mitigée, c'est-à-dire qu'il y a du bon, on en a parlé avec
09:22Flore précédemment, dans le fait que ça exige d'embarquer tous ses collaborateurs en interne,
09:27de faire valider les cibles par ses chefs, par son comex, donc il y a du bon là-dedans.
09:32Il y a aussi plus de reconnaissance pour des actions qui sont faites, bien sûr, pour sa propre décarbonation, mais
09:37pour la décarbonation aussi au sein de son bassin d'activité et aussi pour la décarbonation au sein de son
09:43secteur.
09:43Donc, il y a de multiples, on va dire, façons de se décarboner si tant est qu'on arrive à
09:47prouver les barrières qui nous empêchent de le faire chez nous, en fait, dans nos propres activités.
09:52Et il y a aussi un cadre plus établi, mais qui peut aussi faire un peu, disons, faire peur à
10:00certaines entreprises sur le rôle des crédits carbone et leur rôle dans la décarbonation des entreprises.
10:07Pour faire simple, dans ce nouveau standard, SBTI permet de reconnaître les achats de crédits carbone notamment et d'autres
10:16types d'investissements hors de la chaîne de valeur.
10:18Ça, c'est très bien. Il y a aussi une obligation à partir de 2035 de contribuer à hauteur d
10:25'une partie de ces émissions avec des crédits carbone de très haute qualité et de séquestration carbone.
10:30Donc, voilà, donc ça, c'est quelque chose qui n'existait pas avant et qui est nouveau et qui va
10:34sans doute, en tout cas, générer beaucoup de discussions dans les comités de pilotage et dans les comex des entreprises.
10:40C'est vrai que ça complexifie aussi encore plus la donne. Vous parliez tout à l'heure d'embarquer non
10:46seulement les équipes en interne.
10:47Ça, ça peut se faire. On a de la pédagogie et on a les ressources, mais aussi les partenaires ou
10:51du point de vue qui sont partie prenante avec vous.
10:54Comment on fait ce travail justement d'acculturation, de montrer en fait que voilà, c'est le chemin à suivre
10:59?
11:00Alors sur le scope 3, clairement, c'est pour ça que notre stratégie, c'est d'abord de réduire nos
11:04émissions avant l'achat de crédit carbone.
11:05Et pour engager le scope 3, ça veut dire que dans chaque discussion avec des fournisseurs, dans le cadre des
11:10appels d'offres, des business review,
11:11ça veut dire que le sujet RSE doit monter à l'agenda. Quand on choisit un partenaire, bien évidemment, sur
11:17des partenaires ou des fournisseurs
11:18dont le poids carbone est important pour le bilan carbone de Donnered, l'intérêt qu'on va mettre à l
11:24'analyse de leur performance RSE et carbone
11:26va être beaucoup plus important s'il est fortement émetteur que dans d'autres.
11:29Donc on va engager cette discussion avec eux pour créer une démarche de progrès avec ces fournisseurs stratégiques
11:35pour avoir leur facteur d'émission, connaître leur plan de réduction et pour pouvoir les accompagner dans la durée.
11:42Maxence, justement, comment vous soutenez bien évidemment vos clients ? Comment on les accompagne justement dans ce changement ?
11:50On sait qu'on est tous pour le changement et c'est plutôt vertueux. On voit les effets climatiques quand
11:54même de ne rien faire en tout cas.
11:57Comment on les convainc ? Comment vous les accompagnez ces clients qui sont peut-être des fois un peu par
12:01rapport à leur partenaire ?
12:02J'entends, même si eux sont convaincus, comment embarquer en fait tous leurs partenaires également ?
12:07Alors on fait ça à travers des programmes qu'on appelle d'engagement du Scope 3.
12:13On va aider nos clients à mettre sur pied différents leviers pour mettre à bord les fournisseurs et les partenaires
12:21de leurs activités.
12:22Donc ça passe par du très classique, à savoir simplement créer une acculturation, former les partenaires, former les fournisseurs, etc.
12:30sur ces sujets carbone et RSE.
12:34Il y a aussi un autre levier dont on vient de parler qui est d'être un peu plus contraignant,
12:37c'est-à-dire de mettre des règles en disant « moi je ne peux me fournir chez vous que
12:41si vous me garantissez que soit telles actions sont prises,
12:43soit tel poids carbone est respecté ».
12:45Donc c'est un jeu effectivement d'acculturation et également de contraintes qu'on peut imposer ou non à sa
12:54chaîne de valeur.
12:54Et le dernier point je dirais c'est d'agir de manière ciblée parce qu'évidemment, en particulier pour des
12:59grandes entreprises,
13:01on ne va pas être en mesure d'aller traiter le poids carbone de tous les produits sur 100%
13:07des fournisseurs, de la base fournisseur.
13:08Donc il faut savoir faire cette analyse, savoir faire un 80-20 et aller mettre l'effort là où ça
13:14compte et là on va avoir des résultats.
13:16Et Dénres, vous avez exposé, vous l'avez dit, à de nombreux pays dans le monde, notamment au Brésil,
13:20où là on a des normes avec des gens au pouvoir qui n'ont pas la même sensibilité, on va
13:24dire ça comme ça, qu'en Europe.
13:26On arrive quand même à faire passer ces idées, ça infuse dans le groupe, malgré les régions qui ne sont
13:32peut-être pas enclines tout à fait à ce développement durable ou à la décarbonation ?
13:37Oui, parce que sur les plus gros partenaires stratégiques, les plus gros fournisseurs, ça va être souvent des contrats cadres
13:43internationaux.
13:44Et donc là, on va avoir des discussions à un assez haut niveau qui permettent de montrer l'importance que
13:48ça a pour notre stratégie, mais aussi pour la stratégie du partenaire.
13:52Donc oui, il peut y avoir quelques réticences dans certains pays, mais la démarche, l'engagement du groupe pour la
13:58promotion d'un modèle plus vertueux va au-delà des frontières.
14:02Donc le Brésil, l'Amérique latine plus largement n'est pas un point de blocage quand on a des partenaires
14:08qui sont suffisamment gros pour voir l'appétence qu'a l'Europe pour ces sujets-là.
14:12Eh bien voilà, en tout cas, c'est bien d'entendre ça et de savoir que ces défis concrets de
14:16la décarbonation, eh bien, ils dépassent évidemment nos frontières et on diffuse finalement la bonne parole.
14:21Merci en tout cas pour votre témoignage.
14:23Flore Chollet, je rappelle que vous êtes Chief Sustainability Officer chez Eden Red.
14:28Merci également à Max Enfeno chez South Pole.
14:30A très bientôt, messieurs, dames, sur Bsmart.
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