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  • il y a 46 minutes
Ce mardi 9 juin, Cyrille Bret, expert en géopolitique associé à l'Institut Montaigne, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont analysé les attaques récurrentes de la Russie contre les pays baltes et l'implication de l'OTAN dans la sécurité de la région baltique. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Un sommet entre des chefs de gouvernement des Pays-Baltes et Nordiques organisés à Tallinn à partir d'aujourd'hui,
00:05c'est en Estonie,
00:06dans un contexte compliqué de tensions sécuritaires évidemment avec la Russie.
00:10Notre invité c'est Cyril Brett, bonjour, merci d'être avec nous, vous êtes expert en géopolitique associé à l
00:15'Institut Montaigne.
00:16On a eu encore hier des drones qui ont fait des excursions du côté de l'Occident avec l'OTAN
00:23qui a intercepté et détruit un drone.
00:25On l'a raconté plusieurs fois avec Annalisa Kappény, c'est arrivé en Roumanie, c'est arrivé dans plusieurs pays.
00:31Comment vous analysez ces attaques récurrentes de la part de la Russie ?
00:35Oui, les incursions de drones, que ce soit des drones aériens ou que ce soit des drones marins dans les
00:40espaces de l'Union Européenne,
00:42sont pour les Baltes et pour les Roumains des faits qui sont malheureusement récurrents et qui sont très anciens.
00:47Heureusement, nous en Europe occidentale, on est plutôt épargnés par ce genre de survol,
00:53mais c'est vraiment le pain quotidien des Baltes et plus largement, c'est le pain quotidien des à peu
00:59près 30 millions d'habitants
01:01qui bordent la Baltique et dont les chefs d'État et de gouvernement sont aujourd'hui réunis dans le nord
01:06des pays baltes à Tallinn.
01:08Donc, c'est un peu business as usual pour eux.
01:11Ils ont développé depuis très très longtemps des capacités et des stratégies de résilience, de résistance,
01:18dans le domaine des drones, dans le domaine de la lutte anti-aérienne, également dans le domaine de la lutte
01:23anti-sous-marine et dans le domaine de la lutte cyber.
01:26Plusieurs experts à votre place nous ont dit ces deux dernières semaines, c'est parce que la Russie est en
01:30train de perdre la guerre en Ukraine
01:32qu'elle du coup fait une sorte de déviation avec ce harcèlement de drones. C'est aussi votre analyse ou
01:37pas ?
01:37Non, pas du tout. C'est exactement l'inverse. C'est-à-dire que plus la Russie subit de revers
01:44ou subit de difficultés sur le front ukrainien,
01:46plus elle investira ses équipements, ses matériels, ses troupes et ses efforts financiers dans la zone centrale du front pour
01:52remporter la victoire.
01:54Là, dans la zone baltique, on est très très loin de ce que subissent les Ukrainiens qui, chaque nuit,
01:59prennent sur les immeubles et sur les bases militaires des centaines de drones de ce type-là.
02:08On l'a vu en Roumanie, dans le port de Constanza, il peut y avoir aussi des débordements qui sont
02:13accidentels.
02:14Là, les signaux qui sont envoyés aux Européens dans la zone baltique sont des signaux de tension.
02:20Ce ne sont pas des signaux de conflit. On se souvient que Vladimir Poutine vient de finir son grand sommet
02:27forum économique à Saint-Pétersbourg
02:29qui a été placé constamment sous la menace des drones ukrainiens.
02:34La priorité, évidemment, de Vladimir Poutine, c'est de rendre l'appareil aux Ukrainiens et non pas aux baltes.
02:42Là, ce qui va se passer aujourd'hui avec le sommet au plus haut niveau, un chef d'État, chef
02:46de gouvernement à Tallinn,
02:48ça va être un test pour la sécurité des États baltes.
02:51Il va y avoir probablement dans l'espace cyber, c'est-à-dire loin de notre attention directe,
02:57à la différence des drones, des tentatives d'incursion, encore une fois, non pas pour engager la guerre dans les
03:02médias,
03:02mais au contraire pour faire sentir la pression russe.
03:05Annalisa, vous dites que les pays baltes sont mieux protégés, qu'ils ont beaucoup travaillé sur leur protection.
03:10Nous, les autres Européens, puisque c'est une menace en réalité sur le reste de l'Europe,
03:14comment on les aide, comment on les protège ?
03:16Alors, on les aide de multiples façons.
03:18D'abord, on les aide en les soutenant politiquement, et c'est très important.
03:22N'oublions pas la décision qui a été prise par les chefs d'État et de gouvernement européens
03:26de porter une balte à la tête de la représentation extérieure de l'Union Européenne,
03:33par Mme Maya Callas.
03:36On les aide également dans la police du ciel.
03:38Ça a maintenant plus d'une dizaine d'années.
03:40Plusieurs aéronefs français, mais aussi britanniques, sont déployés dans les pays baltes.
03:45Mais là, ça fait encore une fois plus d'une dizaine d'années.
03:48Et depuis maintenant près de deux ans, les Européens contribuent dans le cadre de l'OTAN,
03:53mais uniquement avec des capacités européennes, à la police, en fait à la liberté de navigation dans la Baltique.
04:00C'est l'opération qu'on appelle la Baltique de la Sentinelle et qui, chaque jour, montre aux baltes,
04:06et plus largement aux riverains de l'espace baltique,
04:09que les Européens s'investissent dans ce qui était, il faut bien le dire, un cul-de-sac stratégique jusqu
04:14'à il y a peu de temps.
04:15Et qu'est-ce que vont dire les chefs de gouvernement des pays baltes aux pays européens comme nous ?
04:21Qu'on n'en fait pas assez ? Qu'on n'a pas encore pris conscience de l'enjeu ?
04:25C'est avec quoi le discours ?
04:26Ça, c'est plutôt une ligne ukrainienne.
04:28Ce que les baltes font...
04:29Parce que les baltes ont une position complètement différente.
04:32Ils sont à l'intérieur de l'OTAN depuis plus de 15 ans.
04:35Ils sont à l'intérieur de l'Union européenne et ils ont une place majeure au sein de l'Union
04:41européenne.
04:41Et ils ont de très bons canaux de communication.
04:43Donc, ils vont plutôt s'adresser à leurs propres opinions publiques
04:48pour leur dire, nous sommes là, nous nous organisons,
04:50nous faisons jouer les solidarités européennes pour assurer la sécurité et la résilience de nos pays.
04:55Et pour en venir à votre question, que vont dire aux Européens ?
04:58Il est essentiel de continuer à soutenir les Ukrainiens,
05:01à tout point de vue économique, financier, militaire,
05:03parce que la sécurité de l'Ukraine, c'est l'avant-poste de la sécurité de la Baltique
05:08et plus largement, l'avant-poste de la prospérité européenne.
05:12Annalisa ?
05:12De la part des Russes, jusqu'où c'est une stratégie de la peur ?
05:16Et jusqu'où la menace est réelle ?
05:17Alors, la stratégie de la peur, elle est maximale.
05:21Et en plus, elle est bon marché.
05:22C'est-à-dire que les Russes peuvent, dans ce lac OTAN qui est devenu la Baltique,
05:28déstabiliser, inquiéter, terroriser à bas coût.
05:31Il suffit simplement d'organiser des survols de drones, des cyberattaques,
05:37des campagnes de désinformation ciblées sur les minorités russophones de certains États baltes,
05:43et évidemment d'exploiter les grands espaces vides du nord de la Finlande et du nord de la Suède
05:48pour faire sentir leur puissance.
05:50Donc, d'une certaine façon, elle est sans limite et elle n'a même pas la limite des coûts.
05:54Est-ce qu'il s'agit de la préparation d'une guerre ?
05:57Là, rien n'est à exclure nécessairement.
06:00La Baltique est d'intérêt vital pour les Européens.
06:03C'est quasiment le PIB de la France et ses 30 millions d'habitants au sens très large.
06:08Mais pour les Russes, ce n'est pas d'intérêt vital.
06:10La flotte stratégique russe ne passe pas par la Baltique.
06:13Les principales exportations d'hydrocarbures russes ne passent plus par la Baltique.
06:19Donc, ce n'est pas le front immédiatement vital pour la Russie.
06:24C'est bien plutôt la mer Noire.
06:25Merci beaucoup Cyril Bred d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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