00:00Un sommet entre des chefs de gouvernement des Pays-Baltes et Nordiques organisés à Tallinn à partir d'aujourd'hui,
00:05c'est en Estonie,
00:06dans un contexte compliqué de tensions sécuritaires évidemment avec la Russie.
00:10Notre invité c'est Cyril Brett, bonjour, merci d'être avec nous, vous êtes expert en géopolitique associé à l
00:15'Institut Montaigne.
00:16On a eu encore hier des drones qui ont fait des excursions du côté de l'Occident avec l'OTAN
00:23qui a intercepté et détruit un drone.
00:25On l'a raconté plusieurs fois avec Annalisa Kappény, c'est arrivé en Roumanie, c'est arrivé dans plusieurs pays.
00:31Comment vous analysez ces attaques récurrentes de la part de la Russie ?
00:35Oui, les incursions de drones, que ce soit des drones aériens ou que ce soit des drones marins dans les
00:40espaces de l'Union Européenne,
00:42sont pour les Baltes et pour les Roumains des faits qui sont malheureusement récurrents et qui sont très anciens.
00:47Heureusement, nous en Europe occidentale, on est plutôt épargnés par ce genre de survol,
00:53mais c'est vraiment le pain quotidien des Baltes et plus largement, c'est le pain quotidien des à peu
00:59près 30 millions d'habitants
01:01qui bordent la Baltique et dont les chefs d'État et de gouvernement sont aujourd'hui réunis dans le nord
01:06des pays baltes à Tallinn.
01:08Donc, c'est un peu business as usual pour eux.
01:11Ils ont développé depuis très très longtemps des capacités et des stratégies de résilience, de résistance,
01:18dans le domaine des drones, dans le domaine de la lutte anti-aérienne, également dans le domaine de la lutte
01:23anti-sous-marine et dans le domaine de la lutte cyber.
01:26Plusieurs experts à votre place nous ont dit ces deux dernières semaines, c'est parce que la Russie est en
01:30train de perdre la guerre en Ukraine
01:32qu'elle du coup fait une sorte de déviation avec ce harcèlement de drones. C'est aussi votre analyse ou
01:37pas ?
01:37Non, pas du tout. C'est exactement l'inverse. C'est-à-dire que plus la Russie subit de revers
01:44ou subit de difficultés sur le front ukrainien,
01:46plus elle investira ses équipements, ses matériels, ses troupes et ses efforts financiers dans la zone centrale du front pour
01:52remporter la victoire.
01:54Là, dans la zone baltique, on est très très loin de ce que subissent les Ukrainiens qui, chaque nuit,
01:59prennent sur les immeubles et sur les bases militaires des centaines de drones de ce type-là.
02:08On l'a vu en Roumanie, dans le port de Constanza, il peut y avoir aussi des débordements qui sont
02:13accidentels.
02:14Là, les signaux qui sont envoyés aux Européens dans la zone baltique sont des signaux de tension.
02:20Ce ne sont pas des signaux de conflit. On se souvient que Vladimir Poutine vient de finir son grand sommet
02:27forum économique à Saint-Pétersbourg
02:29qui a été placé constamment sous la menace des drones ukrainiens.
02:34La priorité, évidemment, de Vladimir Poutine, c'est de rendre l'appareil aux Ukrainiens et non pas aux baltes.
02:42Là, ce qui va se passer aujourd'hui avec le sommet au plus haut niveau, un chef d'État, chef
02:46de gouvernement à Tallinn,
02:48ça va être un test pour la sécurité des États baltes.
02:51Il va y avoir probablement dans l'espace cyber, c'est-à-dire loin de notre attention directe,
02:57à la différence des drones, des tentatives d'incursion, encore une fois, non pas pour engager la guerre dans les
03:02médias,
03:02mais au contraire pour faire sentir la pression russe.
03:05Annalisa, vous dites que les pays baltes sont mieux protégés, qu'ils ont beaucoup travaillé sur leur protection.
03:10Nous, les autres Européens, puisque c'est une menace en réalité sur le reste de l'Europe,
03:14comment on les aide, comment on les protège ?
03:16Alors, on les aide de multiples façons.
03:18D'abord, on les aide en les soutenant politiquement, et c'est très important.
03:22N'oublions pas la décision qui a été prise par les chefs d'État et de gouvernement européens
03:26de porter une balte à la tête de la représentation extérieure de l'Union Européenne,
03:33par Mme Maya Callas.
03:36On les aide également dans la police du ciel.
03:38Ça a maintenant plus d'une dizaine d'années.
03:40Plusieurs aéronefs français, mais aussi britanniques, sont déployés dans les pays baltes.
03:45Mais là, ça fait encore une fois plus d'une dizaine d'années.
03:48Et depuis maintenant près de deux ans, les Européens contribuent dans le cadre de l'OTAN,
03:53mais uniquement avec des capacités européennes, à la police, en fait à la liberté de navigation dans la Baltique.
04:00C'est l'opération qu'on appelle la Baltique de la Sentinelle et qui, chaque jour, montre aux baltes,
04:06et plus largement aux riverains de l'espace baltique,
04:09que les Européens s'investissent dans ce qui était, il faut bien le dire, un cul-de-sac stratégique jusqu
04:14'à il y a peu de temps.
04:15Et qu'est-ce que vont dire les chefs de gouvernement des pays baltes aux pays européens comme nous ?
04:21Qu'on n'en fait pas assez ? Qu'on n'a pas encore pris conscience de l'enjeu ?
04:25C'est avec quoi le discours ?
04:26Ça, c'est plutôt une ligne ukrainienne.
04:28Ce que les baltes font...
04:29Parce que les baltes ont une position complètement différente.
04:32Ils sont à l'intérieur de l'OTAN depuis plus de 15 ans.
04:35Ils sont à l'intérieur de l'Union européenne et ils ont une place majeure au sein de l'Union
04:41européenne.
04:41Et ils ont de très bons canaux de communication.
04:43Donc, ils vont plutôt s'adresser à leurs propres opinions publiques
04:48pour leur dire, nous sommes là, nous nous organisons,
04:50nous faisons jouer les solidarités européennes pour assurer la sécurité et la résilience de nos pays.
04:55Et pour en venir à votre question, que vont dire aux Européens ?
04:58Il est essentiel de continuer à soutenir les Ukrainiens,
05:01à tout point de vue économique, financier, militaire,
05:03parce que la sécurité de l'Ukraine, c'est l'avant-poste de la sécurité de la Baltique
05:08et plus largement, l'avant-poste de la prospérité européenne.
05:12Annalisa ?
05:12De la part des Russes, jusqu'où c'est une stratégie de la peur ?
05:16Et jusqu'où la menace est réelle ?
05:17Alors, la stratégie de la peur, elle est maximale.
05:21Et en plus, elle est bon marché.
05:22C'est-à-dire que les Russes peuvent, dans ce lac OTAN qui est devenu la Baltique,
05:28déstabiliser, inquiéter, terroriser à bas coût.
05:31Il suffit simplement d'organiser des survols de drones, des cyberattaques,
05:37des campagnes de désinformation ciblées sur les minorités russophones de certains États baltes,
05:43et évidemment d'exploiter les grands espaces vides du nord de la Finlande et du nord de la Suède
05:48pour faire sentir leur puissance.
05:50Donc, d'une certaine façon, elle est sans limite et elle n'a même pas la limite des coûts.
05:54Est-ce qu'il s'agit de la préparation d'une guerre ?
05:57Là, rien n'est à exclure nécessairement.
06:00La Baltique est d'intérêt vital pour les Européens.
06:03C'est quasiment le PIB de la France et ses 30 millions d'habitants au sens très large.
06:08Mais pour les Russes, ce n'est pas d'intérêt vital.
06:10La flotte stratégique russe ne passe pas par la Baltique.
06:13Les principales exportations d'hydrocarbures russes ne passent plus par la Baltique.
06:19Donc, ce n'est pas le front immédiatement vital pour la Russie.
06:24C'est bien plutôt la mer Noire.
06:25Merci beaucoup Cyril Bred d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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