00:00L'Institut Montaigne est allé regarder de près où on en est sur la mise en place du rapport Draghi.
00:05Est-ce que l'Europe est au rendez-vous ?
00:08567 recommandations précises et mises par Mario Draghi en septembre 2024 sur les questions de compétitivité européenne.
00:14On en parle avec notre invité François Chimide.
00:17Bonjour, vous êtes responsable du programme Europe à l'Institut Montaigne.
00:20Sur ces 567 recommandations, on en est où ? C'est quoi le pourcentage de mise en place ?
00:26Alors, le taux de mise en œuvre qu'on a analysé et trouvé est d'environ 30%.
00:31Ce qui, 18 mois après environ l'entrée en vigueur, ou en tout cas la publication formelle du rapport,
00:38reflète plutôt les temps de passage à la fois, on va dire, des traditions européennes en matière de production de
00:43réformes,
00:44production législative, mais aussi les temps de passage que M. Draghi avait établi lui-même dans son rapport.
00:49C'était un élément...
00:49Donc c'est pas si mal, en fait.
00:51En effet, ce qui nous est apparu, c'est que, contrairement à la petite musique un peu défaitiste
00:56de « il ne se passe rien en Europe, les Européens ne bougent pas »,
00:58quand on regarde concrètement la production législative en cours, les choses sont assez différentes.
01:03Après, la question à poser, c'est « a-t-on encore ce temps-là ? »
01:07Et là, forcément, on apporte un éclairage un peu différent, un peu moins positif.
01:12C'est-à-dire qu'on ne peut pas garder ce rythme ? C'est-à-dire qu'il faut
01:13accélérer sévèrement ?
01:14C'est que, depuis la publication du rapport Draghi,
01:16on a eu quand même la confirmation de la révolution technologique de l'IA,
01:20le second mandat, Donald Trump, avec les implications en termes de sécurité pour les Européens,
01:24les défis autour du détroit d'Hormuz et, on va dire, le renouvellement des chocs énergétiques.
01:30Et hélas, on constate cette accélération du monde d'un côté
01:32et une Europe qui continue sur des temps de production et de réformes
01:36qui sont ceux d'un peu de l'ancien monde, d'une certaine manière.
01:40Annalisa, ce que vous soulignez dans le rapport, c'est que les réformes mises en œuvre
01:43sont celles qui étaient plus faciles, finalement, à faire.
01:46Est-ce que ça veut dire qu'on va bloquer après ?
01:48Alors, c'est un peu intrusme de dire qu'on a commencé par le plus simple,
01:52mais ça permet quand même de rappeler qu'on a fait des choses,
01:55ce que souvent, en France, on tend un peu à omettre.
01:57En revanche, l'autre élément important, c'est qu'on a aussi constaté
02:02qu'environ 60% des recommandations vont être formellement en négociation
02:06entre Européens dans les 18 prochains mois.
02:08Et donc, plutôt que l'analyse de « on ne fait rien »,
02:13l'élément qui nous paraissait le plus valable était de dire
02:15« on est dans le moment décisif de la mise en œuvre ».
02:17Ensuite, on essaie d'apprécier à quel point les Européens vont faire
02:21ce qu'il y a dans le rapport par rapport aux discussions qui sont en cours.
02:24Et là, c'est vrai que la perspective est un peu plus nuancée.
02:28On estime que dans 12-18 mois, si les choses se passent comme elles doivent se passer,
02:33on aura fait environ 50-60% du rapport.
02:36En revanche, et c'est là que le bas blesse un peu,
02:38les éléments les plus structurants, les plus fondamentaux, si rien ne change...
02:42Donc, c'est l'union des marchés de capitaux, c'est des éléments comme ça ?
02:45Exactement.
02:45En fait, il n'y a pas une unanimité totale européenne ?
02:49D'une part, et puis les grosses réformes prennent du temps, c'est assez naturel.
02:52Pour faire des gros changements, il faut que vous discutiez plus,
02:55il faut que vous réfléchissiez plus, et il faut que vous proposiez des choses plus substantielles.
02:59Et donc, par exemple, si on prend l'union des marchés des capitaux,
03:02c'est plutôt l'une des dynamiques où on estime que les choses pourraient se décanter.
03:06On voit notamment une initiative autour des si grandes économies européennes.
03:10Avec des volontaires, c'est ça qui marche.
03:12Voilà, et il est probable, et de manière générale,
03:14qu'un certain nombre, sur un certain nombre des grandes réformes structurantes,
03:17il sera délicat d'avancer à 27.
03:19Et donc, les Européens vont devoir trouver une méthode,
03:23de trouver des compromis qui leur permettent d'avancer plus vite
03:26entre ceux qui sont prêts à aller plus vite
03:28pour accélérer leur capacité à justement se réformer,
03:32à évoluer dans un monde qui, lui, semble de plus en plus dynamique.
03:35Mais c'est quoi sa valeur juridique ?
03:37Parce que ce n'est pas un texte de loi, le rapport Draghi,
03:39ce n'est pas comme le pacte vert, c'est quoi sa valeur ?
03:44On n'est pas obligé de le mettre en œuvre à 100% ?
03:46Sa valeur juridique est tout simplement nulle.
03:49Sa valeur politique, elle est celle qu'on veut bien lui donner.
03:51Ça a été une commande faite par Mme Van der Leyen
03:54quand elle était présidente de la précédente commission.
03:57Et ça a été, on va dire, assez largement endossé
03:59par l'ensemble des États membres.
04:01Et donc, vous avez aujourd'hui, à la fois au niveau des États membres,
04:04le Conseil, et à la fois au niveau de la commission,
04:06le rapport Draghi qui sert un peu de feuille de route, de tableau.
04:09Donc il y a une sorte d'unanimité, quand même, globale ?
04:12Ça a été peut-être la plus grande vertu du rapport.
04:14Ça a été de catalyser à la fois un consensus
04:17sur la réalité de notre décrochage
04:19et, on va dire, une adhésion d'ensemble
04:22aux axes de réformes à entreprendre.
04:24Et on est dans ce moment où les réformes sont lancées,
04:26elles arrivent sur le plan de travail,
04:28et il va falloir qu'en européen, on trouve des compromis.
04:31Les compromis, ça demande aussi du capital politique
04:34auprès de ses opinions nationales, faire des concessions.
04:36Il faut mieux être fraîchement élu
04:37que d'être en fin de mandat, c'est plus simple.
04:40Annalisa ?
04:41Justement, vous parlez d'une Europe des volontaires
04:43pour faire avancer les choses.
04:44On a vu la semaine dernière la rencontre
04:46entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni,
04:47la présidente du Conseil italien.
04:49Est-ce que c'est la bonne stratégie
04:51de se voir comme ça en bilatéral
04:53pour essayer d'avancer plus vite sur certains dossiers ?
04:56Franchement, il faut qu'on fasse feu de tout bois.
04:59Et donc, bien évidemment, il faut à la fois
05:00qu'on multiplie les discussions bilatérales
05:02et qu'on accélère la capacité à discuter à 27.
05:06Il y a eu des avancées dans ce sens.
05:09On a vu le Conseil et la Commission
05:10se mettre d'accord sur un plan législatif pour 2026
05:13qui est extrêmement intense
05:16et un Parlement européen
05:17qui rappelle qu'il faut quand même tenir
05:20des obligations démocratiques,
05:22de transparence, de temps de discussion,
05:23mais qui largement suit.
05:25En revanche, là où on a une vraie difficulté,
05:28c'est que les instabilités ou les faiblesses politiques
05:30des différents leaders européens au niveau national
05:33rendent plus délicat la capacité à faire des compromis
05:36parce que ce sont des choses qui risquent
05:38de vous être reprochées au niveau de votre opinion publique.
05:41Et là-dessus, à la fois les Allemands,
05:43mais en premier lieu les Français
05:45connaissent une très grande difficulté.
05:47Pour être très précis, très concret,
05:49nos partenaires n'ont pas nécessairement envie
05:52de s'engager dans des grands sauts en avant
05:53avec une France qui, après-demain,
05:55pourrait être gouvernée par le Rassemblement national.
05:58C'est le capital politique
05:59ou c'est notre niveau de dette
06:00qui pose problème dans notre capacité
06:02aujourd'hui à négocier en Europe ?
06:03Alors, le niveau de dette français,
06:05en particulier, est en effet
06:06un vrai point bloquant
06:09sur tout ce qui va être la dimension
06:10d'endettement commun et de financement commun.
06:12Quand vous avez le principal supporter
06:15d'une dette commune
06:16et d'efforts financiers communs
06:19qui n'a plus de capacité budgétaire,
06:21qui lui-même est en grande difficulté,
06:22forcément, ça vous coupe un peu les jambes
06:24pour aller de l'avant.
06:26Ajoutez à cela,
06:27le fait que nous avons déjà fait
06:28une dette commune en européen,
06:30ça a été la grande avancée
06:32du plan de relance Covid.
06:33Or, cette dette commune,
06:34on n'est toujours pas capable
06:35de se mettre d'accord
06:36sur comment la rembourser.
06:37C'est vrai que Berlin,
06:39on va dire,
06:39qui fait un peu figure
06:40de principal opposant
06:42sur ces questions-là,
06:43a beau jeu de nous rétorquer.
06:44Vous êtes gentil
06:45avec la nouvelle dette commune,
06:47mais d'abord,
06:48mettons-nous d'accord
06:48sur comment on rembourse
06:49celle qu'on va devoir commencer
06:51à rembourser l'an prochain.
06:52C'est quoi pour vous
06:53la mesure la plus marquante ?
06:54Le 28e régime, peut-être ?
06:55Ça montre quand même
06:57qu'on a pu s'accorder
06:58sur quelque chose ?
06:59Je pense que la plus marquante,
07:00ce sera quand même
07:01la préférence européenne.
07:02Alors forcément,
07:03nous avons une vision
07:04très nationale
07:05de comment doit se faire
07:06une réforme.
07:07On attend un grand texte
07:08qui opère une grande réforme.
07:10Ce n'est pas tout à fait comme ça
07:10que les choses marchent en Europe.
07:12Mais ce qu'on voit,
07:13c'est que dans l'ensemble
07:14des textes où cela est possible
07:15de le faire,
07:16on voit émerger
07:17l'acceptation
07:18d'une forme de préférence
07:19pour les produits
07:20et les entreprises européennes
07:21dans nos marchés publics,
07:23dans nos financements industriels.
07:24Et ça,
07:25c'est une vraie rupture conceptuelle.
07:27Ce ne sera pas un texte,
07:28il y a l'accélérateur industriel
07:30qui va porter un grand pan
07:32de ses préférences européennes,
07:33mais ce ne sera pas un seul texte
07:34qui le fera réellement
07:36entrer en vigueur.
07:37Puis c'est un peu secteur par secteur.
07:38Ce sera tous les financements européens,
07:39tous les financements publics.
07:40On voit déjà en France
07:41des choses arriver
07:42du côté des médicaments par exemple
07:45qui vont pouvoir discriminer
07:47en faveur de nos productions nationales
07:49pour justement s'assurer
07:50que dans un certain nombre
07:51de secteurs critiques,
07:52l'argent public européen
07:53sert à développer
07:54les ressources européennes.
07:55Merci beaucoup François Chimit
07:57d'être venu ce matin
07:57dans la matinale
07:58de l'économie responsable
07:59du programme Europe
08:01à l'Institut Montaigne.
08:02Et는 le momentvordan
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