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  • il y a 23 minutes
Ce mardi 30 juin, François Chimits, responsable du programme Europe à l'Institut Montaigne, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont abordé la mise en œuvre partielle du rapport Draghi, notamment sur les questions de compétitivité de l'Europe. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'Institut Montaigne est allé regarder de près où on en est sur la mise en place du rapport Draghi.
00:05Est-ce que l'Europe est au rendez-vous ?
00:08567 recommandations précises et mises par Mario Draghi en septembre 2024 sur les questions de compétitivité européenne.
00:14On en parle avec notre invité François Chimide.
00:17Bonjour, vous êtes responsable du programme Europe à l'Institut Montaigne.
00:20Sur ces 567 recommandations, on en est où ? C'est quoi le pourcentage de mise en place ?
00:26Alors, le taux de mise en œuvre qu'on a analysé et trouvé est d'environ 30%.
00:31Ce qui, 18 mois après environ l'entrée en vigueur, ou en tout cas la publication formelle du rapport,
00:38reflète plutôt les temps de passage à la fois, on va dire, des traditions européennes en matière de production de
00:43réformes,
00:44production législative, mais aussi les temps de passage que M. Draghi avait établi lui-même dans son rapport.
00:49C'était un élément...
00:49Donc c'est pas si mal, en fait.
00:51En effet, ce qui nous est apparu, c'est que, contrairement à la petite musique un peu défaitiste
00:56de « il ne se passe rien en Europe, les Européens ne bougent pas »,
00:58quand on regarde concrètement la production législative en cours, les choses sont assez différentes.
01:03Après, la question à poser, c'est « a-t-on encore ce temps-là ? »
01:07Et là, forcément, on apporte un éclairage un peu différent, un peu moins positif.
01:12C'est-à-dire qu'on ne peut pas garder ce rythme ? C'est-à-dire qu'il faut
01:13accélérer sévèrement ?
01:14C'est que, depuis la publication du rapport Draghi,
01:16on a eu quand même la confirmation de la révolution technologique de l'IA,
01:20le second mandat, Donald Trump, avec les implications en termes de sécurité pour les Européens,
01:24les défis autour du détroit d'Hormuz et, on va dire, le renouvellement des chocs énergétiques.
01:30Et hélas, on constate cette accélération du monde d'un côté
01:32et une Europe qui continue sur des temps de production et de réformes
01:36qui sont ceux d'un peu de l'ancien monde, d'une certaine manière.
01:40Annalisa, ce que vous soulignez dans le rapport, c'est que les réformes mises en œuvre
01:43sont celles qui étaient plus faciles, finalement, à faire.
01:46Est-ce que ça veut dire qu'on va bloquer après ?
01:48Alors, c'est un peu intrusme de dire qu'on a commencé par le plus simple,
01:52mais ça permet quand même de rappeler qu'on a fait des choses,
01:55ce que souvent, en France, on tend un peu à omettre.
01:57En revanche, l'autre élément important, c'est qu'on a aussi constaté
02:02qu'environ 60% des recommandations vont être formellement en négociation
02:06entre Européens dans les 18 prochains mois.
02:08Et donc, plutôt que l'analyse de « on ne fait rien »,
02:13l'élément qui nous paraissait le plus valable était de dire
02:15« on est dans le moment décisif de la mise en œuvre ».
02:17Ensuite, on essaie d'apprécier à quel point les Européens vont faire
02:21ce qu'il y a dans le rapport par rapport aux discussions qui sont en cours.
02:24Et là, c'est vrai que la perspective est un peu plus nuancée.
02:28On estime que dans 12-18 mois, si les choses se passent comme elles doivent se passer,
02:33on aura fait environ 50-60% du rapport.
02:36En revanche, et c'est là que le bas blesse un peu,
02:38les éléments les plus structurants, les plus fondamentaux, si rien ne change...
02:42Donc, c'est l'union des marchés de capitaux, c'est des éléments comme ça ?
02:45Exactement.
02:45En fait, il n'y a pas une unanimité totale européenne ?
02:49D'une part, et puis les grosses réformes prennent du temps, c'est assez naturel.
02:52Pour faire des gros changements, il faut que vous discutiez plus,
02:55il faut que vous réfléchissiez plus, et il faut que vous proposiez des choses plus substantielles.
02:59Et donc, par exemple, si on prend l'union des marchés des capitaux,
03:02c'est plutôt l'une des dynamiques où on estime que les choses pourraient se décanter.
03:06On voit notamment une initiative autour des si grandes économies européennes.
03:10Avec des volontaires, c'est ça qui marche.
03:12Voilà, et il est probable, et de manière générale,
03:14qu'un certain nombre, sur un certain nombre des grandes réformes structurantes,
03:17il sera délicat d'avancer à 27.
03:19Et donc, les Européens vont devoir trouver une méthode,
03:23de trouver des compromis qui leur permettent d'avancer plus vite
03:26entre ceux qui sont prêts à aller plus vite
03:28pour accélérer leur capacité à justement se réformer,
03:32à évoluer dans un monde qui, lui, semble de plus en plus dynamique.
03:35Mais c'est quoi sa valeur juridique ?
03:37Parce que ce n'est pas un texte de loi, le rapport Draghi,
03:39ce n'est pas comme le pacte vert, c'est quoi sa valeur ?
03:44On n'est pas obligé de le mettre en œuvre à 100% ?
03:46Sa valeur juridique est tout simplement nulle.
03:49Sa valeur politique, elle est celle qu'on veut bien lui donner.
03:51Ça a été une commande faite par Mme Van der Leyen
03:54quand elle était présidente de la précédente commission.
03:57Et ça a été, on va dire, assez largement endossé
03:59par l'ensemble des États membres.
04:01Et donc, vous avez aujourd'hui, à la fois au niveau des États membres,
04:04le Conseil, et à la fois au niveau de la commission,
04:06le rapport Draghi qui sert un peu de feuille de route, de tableau.
04:09Donc il y a une sorte d'unanimité, quand même, globale ?
04:12Ça a été peut-être la plus grande vertu du rapport.
04:14Ça a été de catalyser à la fois un consensus
04:17sur la réalité de notre décrochage
04:19et, on va dire, une adhésion d'ensemble
04:22aux axes de réformes à entreprendre.
04:24Et on est dans ce moment où les réformes sont lancées,
04:26elles arrivent sur le plan de travail,
04:28et il va falloir qu'en européen, on trouve des compromis.
04:31Les compromis, ça demande aussi du capital politique
04:34auprès de ses opinions nationales, faire des concessions.
04:36Il faut mieux être fraîchement élu
04:37que d'être en fin de mandat, c'est plus simple.
04:40Annalisa ?
04:41Justement, vous parlez d'une Europe des volontaires
04:43pour faire avancer les choses.
04:44On a vu la semaine dernière la rencontre
04:46entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni,
04:47la présidente du Conseil italien.
04:49Est-ce que c'est la bonne stratégie
04:51de se voir comme ça en bilatéral
04:53pour essayer d'avancer plus vite sur certains dossiers ?
04:56Franchement, il faut qu'on fasse feu de tout bois.
04:59Et donc, bien évidemment, il faut à la fois
05:00qu'on multiplie les discussions bilatérales
05:02et qu'on accélère la capacité à discuter à 27.
05:06Il y a eu des avancées dans ce sens.
05:09On a vu le Conseil et la Commission
05:10se mettre d'accord sur un plan législatif pour 2026
05:13qui est extrêmement intense
05:16et un Parlement européen
05:17qui rappelle qu'il faut quand même tenir
05:20des obligations démocratiques,
05:22de transparence, de temps de discussion,
05:23mais qui largement suit.
05:25En revanche, là où on a une vraie difficulté,
05:28c'est que les instabilités ou les faiblesses politiques
05:30des différents leaders européens au niveau national
05:33rendent plus délicat la capacité à faire des compromis
05:36parce que ce sont des choses qui risquent
05:38de vous être reprochées au niveau de votre opinion publique.
05:41Et là-dessus, à la fois les Allemands,
05:43mais en premier lieu les Français
05:45connaissent une très grande difficulté.
05:47Pour être très précis, très concret,
05:49nos partenaires n'ont pas nécessairement envie
05:52de s'engager dans des grands sauts en avant
05:53avec une France qui, après-demain,
05:55pourrait être gouvernée par le Rassemblement national.
05:58C'est le capital politique
05:59ou c'est notre niveau de dette
06:00qui pose problème dans notre capacité
06:02aujourd'hui à négocier en Europe ?
06:03Alors, le niveau de dette français,
06:05en particulier, est en effet
06:06un vrai point bloquant
06:09sur tout ce qui va être la dimension
06:10d'endettement commun et de financement commun.
06:12Quand vous avez le principal supporter
06:15d'une dette commune
06:16et d'efforts financiers communs
06:19qui n'a plus de capacité budgétaire,
06:21qui lui-même est en grande difficulté,
06:22forcément, ça vous coupe un peu les jambes
06:24pour aller de l'avant.
06:26Ajoutez à cela,
06:27le fait que nous avons déjà fait
06:28une dette commune en européen,
06:30ça a été la grande avancée
06:32du plan de relance Covid.
06:33Or, cette dette commune,
06:34on n'est toujours pas capable
06:35de se mettre d'accord
06:36sur comment la rembourser.
06:37C'est vrai que Berlin,
06:39on va dire,
06:39qui fait un peu figure
06:40de principal opposant
06:42sur ces questions-là,
06:43a beau jeu de nous rétorquer.
06:44Vous êtes gentil
06:45avec la nouvelle dette commune,
06:47mais d'abord,
06:48mettons-nous d'accord
06:48sur comment on rembourse
06:49celle qu'on va devoir commencer
06:51à rembourser l'an prochain.
06:52C'est quoi pour vous
06:53la mesure la plus marquante ?
06:54Le 28e régime, peut-être ?
06:55Ça montre quand même
06:57qu'on a pu s'accorder
06:58sur quelque chose ?
06:59Je pense que la plus marquante,
07:00ce sera quand même
07:01la préférence européenne.
07:02Alors forcément,
07:03nous avons une vision
07:04très nationale
07:05de comment doit se faire
07:06une réforme.
07:07On attend un grand texte
07:08qui opère une grande réforme.
07:10Ce n'est pas tout à fait comme ça
07:10que les choses marchent en Europe.
07:12Mais ce qu'on voit,
07:13c'est que dans l'ensemble
07:14des textes où cela est possible
07:15de le faire,
07:16on voit émerger
07:17l'acceptation
07:18d'une forme de préférence
07:19pour les produits
07:20et les entreprises européennes
07:21dans nos marchés publics,
07:23dans nos financements industriels.
07:24Et ça,
07:25c'est une vraie rupture conceptuelle.
07:27Ce ne sera pas un texte,
07:28il y a l'accélérateur industriel
07:30qui va porter un grand pan
07:32de ses préférences européennes,
07:33mais ce ne sera pas un seul texte
07:34qui le fera réellement
07:36entrer en vigueur.
07:37Puis c'est un peu secteur par secteur.
07:38Ce sera tous les financements européens,
07:39tous les financements publics.
07:40On voit déjà en France
07:41des choses arriver
07:42du côté des médicaments par exemple
07:45qui vont pouvoir discriminer
07:47en faveur de nos productions nationales
07:49pour justement s'assurer
07:50que dans un certain nombre
07:51de secteurs critiques,
07:52l'argent public européen
07:53sert à développer
07:54les ressources européennes.
07:55Merci beaucoup François Chimit
07:57d'être venu ce matin
07:57dans la matinale
07:58de l'économie responsable
07:59du programme Europe
08:01à l'Institut Montaigne.
08:02Et는 le momentvordan
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