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  • il y a 7 semaines
Ce mercredi 1er juillet, Nicolas Tenzer, enseignant en géostratégie à Sciences Po, était l'invité de Caroline Loyer dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur les difficultés des infrastructures pétrolières et la pénurie de carburant reconnue par Vladimir Poutine. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00L'Ukraine a intensifié ces derniers mois les frappes sur le territoire russe,
00:03visant particulièrement les infrastructures de transport et de stockage d'hydrocarbures.
00:07On en parle avec Nicolas Tenzer. Bonjour, vous êtes enseignant en géostratégie à Sciences Po.
00:12Difficulté sur les infrastructures pétrolières, à tel point que Vladimir Poutine a reconnu
00:16une certaine pénurie de carburant, rien que le fait de le reconnaître, en soi c'est un événement.
00:21Alors c'est un événement parce qu'il y a un certain moment où quand même la réalité pénètre dans
00:26la cuisine des Russes.
00:27C'est une expression russe d'ailleurs. Et qu'à un certain moment donc, Poutine ne peut quand même plus
00:32nier
00:33ce que l'ensemble des personnes voient. Alors non seulement effectivement les gens de Moscou,
00:38les gens de Saint-Pétersbourg, les gens effectivement des villes qui maintenant sont touchées directement
00:42ou dans leur périphérie, donc c'est totalement visible, mais également quand même ce que les gens disent
00:48sur l'ensemble des réseaux sociaux. Alors ils sont très limités, ils sont contrôlés,
00:52mais quand même les gens arrivent à lire ce qui se passe. Ils lisent aussi même les rapports
00:59des ce qu'on appelle les blogueurs militaires qui sont des ultra-nationalistes, plus nationalistes
01:03comme Poutine encore, mais qui disent mais qu'est-ce qui se passe ? C'est un désastre, tout le
01:08monde meurt.
01:09L'expérience de vie au front, ça a été dit par un reportage hier, enfin une étude qui était assez
01:15solide,
01:16c'est quelque chose comme 30 minutes, c'est-à-dire qu'une nouvelle recrue qui est envoyée au front
01:19à 30 minutes de vie devant elle. Et que vous avez, je dirais, chaque mois, plus de 30 à 35
01:26000 russes
01:27qui sont mis hors d'état de nuire, donc tués ou sévèrement blessés, par les Ukrainiens.
01:33Ça fait plus de 400 000 par an. Donc je veux dire, on est dans un système, je dirais,
01:38vraiment de déliquescence totale de la Russie aujourd'hui.
01:43Annalisa, disons que la grande différence, c'est que le conflit a toujours été plutôt en Ukraine.
01:47Aujourd'hui, les Ukrainiens arrivent aussi à frapper du côté russe, à frapper la population civile.
01:52Et ça, Vladimir Poutine avait toujours essayé de l'éviter.
01:55Qui paye aujourd'hui le prix en Russie ?
01:57Alors aujourd'hui, d'abord, ceux qui payent le prix, alors le vrai prix, j'allais dire,
02:02ce sont les infrastructures militaires et pétrolières.
02:04Et ça, c'est quand même une bonne chose parce qu'à la différence des Russes,
02:07qui visent toujours les civils, qui décident de décimer les marchés, les écoles, les hôpitaux,
02:13les Ukrainiens ne visent que les infrastructures militaires et énergétiques,
02:19comme ils sont fondés à le faire d'ailleurs en vertu de la charte des Nations Unies, c'est l
02:23'article 51.
02:24En revanche, effectivement, les Russes, mais là, c'est une vieille habitude,
02:28depuis le début de la guerre, sont de plus en plus pauvres, globalement,
02:32sauf ceux qui bénéficient directement de l'économie de guerre.
02:35Les entrepreneurs et les particuliers ne peuvent plus emprunter,
02:39sinon à des taux qui sont des taux en réel de 18 à 20%,
02:43parce qu'il y a un taux directeur maintenant de la banque centrale à 15%.
02:47Ce sont tout simplement aussi les infrastructures qui s'effondent.
02:50Et puis, ce sont maintenant les gens qui n'arrivent même plus à acheter du pétrole.
02:52Vous savez, il y avait une expression de John McCain,
02:55vous savez, l'ancien sénateur candidat à la présidentielle américain,
02:58qui disait finalement, la Russie, c'est un pays déguisé en station-service.
03:04Et aujourd'hui, ce n'est même plus une station-service.
03:06Mais est-ce que ça peut pousser, du coup, Vladimir Poutine à négocier ?
03:09Est-ce que c'est là un moment pivot ?
03:11Alors, c'est là, effectivement, où il faut faire rentrer la réalité de ce qu'est Poutine,
03:18c'est-à-dire un idéologue.
03:20C'est quelqu'un qui, tout simplement, a un objectif,
03:23qui est la destruction de l'Ukraine, mais qui est devenu une sorte d'obsession.
03:28Donc il n'y a pas de raison d'arrêter.
03:29Il ne peut pas s'arrêter.
03:30Et même si, à un certain moment, d'ailleurs, il devait arrêter,
03:34parce qu'on pourrait dire, rationnellement, aujourd'hui,
03:36Poutine aurait tout à fait intérêt à dire,
03:38là, j'arrête, je tends la main, on va négocier,
03:41il va essayer d'avoir un deal.
03:42Puis peut-être que même les Européens,
03:44je ne parle même pas des Américains,
03:45seraient tentés, ce qui serait une folie,
03:47de céder sur des choses essentielles,
03:49comme, par exemple, les territoires.
03:51Deux ans après, Poutine est en paix.
03:54Les Européens se disent, mais nous, on est en paix.
03:56Donc pourquoi réarmer ?
03:57Donc vous voyez les opinions publiques qui vont dire plus d'argent
03:59pour les hôpitaux, les écoles, mais moins pour l'armée.
04:02Ce qui serait une folie absolue, je dirais,
04:04compte tenu de l'État du monde.
04:06Et Poutine, deux ans après, continue, de plus belle,
04:10réattaque l'Ukraine, et réattaque un pays européen.
04:13D'ailleurs, vous avez aujourd'hui tous les scénarios
04:14qui ont été faits par les chefs d'État-major militaires,
04:17aussi bien d'ailleurs en France, en Pologne, en Allemagne,
04:21en Suède, aux Pays-Bas récemment.
04:23Encore, il y a eu un qui me déclare.
04:24Donc il ne s'arrêtera jamais ?
04:25Il ne s'arrêtera jamais.
04:27Tant que la Russie ne sera pas véritablement mise à genoux et vaincue,
04:31c'est triste à dire.
04:33Il n'y aura aucune, je dirais, volonté de s'arrêter.
04:37Il y aura peut-être des moments de répit,
04:38mais il y a cet objectif dans la tête de Poutine.
04:41Et des siens, c'est-à-dire qu'il ne faut pas se dire uniquement
04:43que c'est Poutine.
04:45Demain, je veux dire, vous n'allez pas avoir,
04:47même si Poutine meurt d'une manière ou d'une autre,
04:49et renversé.
04:49Oui, il y a un système autour.
04:50Il y a un système autour.
04:52Et ce système-là, ce qu'on appelle les silovikis,
04:55c'est-à-dire les anciens des services russes du FSB avant du KGB,
04:59ils sont dans cette logique guerrière de destruction.
05:03Et on n'est plus dans une forme de rationalité
05:05où on pourrait négocier avec un adversaire
05:08qui chercherait par exemple des gains territoriaux.
05:10On n'est pas dans le gain territorial.
05:11Ce n'est pas ça le objectif réel de Poutine.
05:14Annalisa.
05:14On a la sensation aujourd'hui que tout se joue en Crimée.
05:17C'est la péninsule qui avait été annexée par les Russes,
05:20qui est aujourd'hui frappée très lourdement par les Ukrainiens.
05:22Est-ce que la défaite de Poutine,
05:24une éventuelle défaite des Russes,
05:26peut commencer par la Crimée aujourd'hui ?
05:27Oui, alors c'est assez intéressant
05:28parce que je me rappelle toujours une discussion
05:29que j'avais eue avec un ministre des Affaires étrangères,
05:32un ancien, en décembre 2022,
05:35qui me disait, tu verras,
05:37la Crimée va être la première à tomber.
05:39Tout simplement parce que c'est essentiel.
05:41Alors d'abord, c'est essentiel dans la perspective de Poutine,
05:43parce que Poutine, vraiment,
05:45il a une sorte de fixation sur la Crimée.
05:47Il fallait absolument la récupérer.
05:49Pour les Ukrainiens, c'est un véritable symbole.
05:52C'est un symbole aussi, en raison ailleurs du passé,
05:54vous savez, le génocide commis par Staline
05:57contre les Tatars de Crimée.
05:58Il y a eu ensuite et ensuite des persécutions
06:00de la part de Poutine.
06:01Parce qu'il y a Sébastopol, la ville de Sébastopol,
06:03qui est un port absolument vital.
06:05Et puis parce que c'est quand même la clé d'entrée
06:07dans la mer d'Azov,
06:08dont aujourd'hui la Russie, d'ailleurs,
06:10détient illégalement, évidemment,
06:12une partie, je dirais, du territoire ukrainien,
06:14la région de Mariupol, Métupol, etc.
06:16Mais aussi parce que, évidemment,
06:18c'est totalement central sur le plan stratégique.
06:21Alors maintenant, effectivement, aujourd'hui,
06:23la Crimée est en train de devenir une île.
06:25C'est une péninsule, c'est une île.
06:27Elle va être de plus en plus isolée.
06:29Ça ne veut pas dire, bien sûr,
06:30que la Russie va abandonner tout de suite,
06:33parce que je pense que Poutine voudra maintenir,
06:35en tout cas,
06:36et que la Crimée va être libérée.
06:38Parce que ce n'est pas parce qu'on arrive
06:39à bombarder l'ensemble des centres énergétiques,
06:42des centres militaires,
06:43qu'aussitôt, on peut envoyer des troupes,
06:46je dirais, pour libérer la Crimée.
06:47Ah oui, donc vous pensez que la Crimée va être libérée ?
06:49Elle sera libérée,
06:50mais elle ne sera pas libérée dans les trois semaines
06:52ni dans les trois mois.
06:53En plus, vous avez là,
06:54il faut le savoir,
06:55une population russe de 600 000 à 1 million de Russes
06:58qui sont venus depuis 2014,
07:00qui se sont installés,
07:01qui ont volé...
07:02Peuplé la Crimée.
07:02Qui ont volé les propriétés des Ukrainiens.
07:04C'est quand même ça,
07:05la réalité.
07:06Et qui se sont installés.
07:07Alors qu'après,
07:08qu'est-ce qu'on va faire de ces gens-là ?
07:09Donc, voilà,
07:10il y a une série de questions,
07:12mais je pense que ça commencera par là.
07:14Et ça, c'est très, très important.
07:15Je pense que ça viendra concrètement
07:17lorsque toute cette côte
07:19qui longe la mer d'Azov,
07:21dont l'aboutissement et la Crimée
07:22sera véritablement libérée.
07:23Là, je pense qu'elle le sera d'ici quelques mois.
07:25Merci beaucoup Nicolas Tenzer d'être venu ce matin.
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