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  • il y a 2 minutes
Ce jeudi 5 février, Sébastien Abis, directeur du Club Déméter, chercheur associé à l'Iris, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur l'ouvrage "Russie-Ukraine : la guerre hybride" qui explore les liens étroits entre l'agriculture mondiale et les productions russes et ukrainiennes et démontre dans quelle mesure la sécurité alimentaire future reposera sur l'apaisement des tensions entre les deux belligérants. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00La guerre en Ukraine sous le prisme agricole.
00:03Sébastien Abyss nous a rejoint. Bonjour, directeur du club Déméter, chercheur associé à l'IRIS.
00:07Vous sortez un livre, Sébastien, que j'ai avec moi.
00:10Russie-Ukraine, la guerre hybride aux racines agricoles d'un bouleversement mondial.
00:14Vous l'écrivez avec Arthur Portier, qu'on connaît bien sur l'antenne de BFM Business, spécialiste des matières premières,
00:20et Thierry Pouch, l'économiste.
00:22Ce qui est très intéressant dans votre livre, c'est qu'on revient quand même sur cette idée,
00:25on en a parlé au début de la guerre, mais qu'Ukraine et Russie, c'est systémique sur les questions agricoles.
00:30Ces deux pays qui sont tellement importants que leurs comportements ont un impact sur l'ensemble du monde.
00:37Oui, ce qu'on a voulu faire avec Thierry Pouch et Arthur Portier à travers cet essai,
00:41qui est à la fois un retour dans les dernières années pour comprendre pourquoi l'agriculture mondiale
00:46dépend de plus en plus des productions russes et ukrainiennes,
00:50mais également un livre pour se projeter, parce que les futurs de la sécurité alimentaire mondiale
00:56reposent aussi en partie sur ce qui va se passer autour de ce conflit et de ces deux pays.
01:00En fait, Russie et Ukraine ont fait un réarmement agricole et productif au début de ce millénaire,
01:08et depuis 25 ans, il y a une montée en capacité, avec un appétit stratégique pour nourrir le marché mondial,
01:13notamment en céréales, mais aussi une diversification qui s'est intensifiée sur d'autres cultures.
01:18Et ce qu'on a essayé de montrer, c'est que ce conflit ensuite bilatéral,
01:24évidemment qui est un drame humain, évidemment qui est une guerre qui remet
01:29beaucoup de perspectives géopolitiques différentes au niveau international,
01:32mais aussi pour l'Europe, a une dimension hybride.
01:35Ce conflit hybride a démarré avant 2022, ce conflit hybride s'intensifie depuis 4 ans,
01:41et il y a une grande dimension économique dans cette guerre hybride entre la Russie et l'Ukraine,
01:45dont fait partie l'agriculture, précisément parce que l'agriculture est un secteur clé de l'économie ukrainienne,
01:51mais également des ambitions et des appétits russes.
01:53Annalisa ?
01:54Ce que vous dites, c'est que l'agriculture est une arme,
01:56et que depuis le début des années 2000, les Russes ont méthodiquement réarmé leur agriculture,
02:01alors que les Ukrainiens, eux, ils ont rencontré beaucoup d'obstacles,
02:04et donc on se retrouve face à une disparité finalement entre les deux.
02:07Oui, ce qu'on a essayé de montrer, c'est qu'en fait, les deux trajectoires ne sont pas tout à fait comparables,
02:10même si le développement agricole des deux pays est assez spectaculaire depuis 20-25 ans.
02:16Très clairement, la Russie s'est appuyée sur son industrie d'armement, sur ses hydrocarbures,
02:20et en fait sur son agriculture pour à la fois redresser son économie nationale,
02:24on se souvient que dans les années 90, c'était assez chaotique sur le plan organisationnel,
02:29et en même temps, la Russie a utilisé l'agriculture pour se réinsérer sur la scène internationale,
02:35par ses exports, et notamment de blé,
02:37ça fait plus de 10 ans maintenant que la Russie est le premier exportateur mondial de blé,
02:41un quart des exportations mondiales de blé.
02:42Mais elle s'est aussi appuyée sur son agriculture pour en fait renverser des situations.
02:49En 2014, avec l'invasion russe de la Crimée,
02:52les Européens mettent des sanctions économiques sur la Russie.
02:55La Russie répond en mettant un embargo sur les produits agricoles européens.
03:00Et donc les Européens, les filières européennes ont perdu le marché russe
03:03et ont gagné, sans le savoir encore à l'époque, un énorme concurrent
03:07parce que la Russie dit sur produits laitiers, sur les viandes, sur les fruits et légumes,
03:12on va aussi accélérer et on va s'autonomiser de plus en plus.
03:16Ce qu'ils ont réussi à faire, c'est-à-dire que ce n'est pas juste une remontée sur les céréales,
03:19c'est une remontée agricole générale,
03:21et la Russie occupe aujourd'hui une place importante sur les marchés.
03:24Dans le cas de l'Ukraine, évidemment, maïs, blé, tournesol
03:29sont les trois produits phares de l'agriculture ukrainienne,
03:32d'ailleurs qui symbolisent le jaune du drapeau,
03:35mais il y a aussi une diversification aujourd'hui sur d'autres filières.
03:38Et l'agriculture ukrainienne, c'est encore la moitié des exportations du pays,
03:43y compris depuis 2022 et la guerre,
03:45et c'est 20-25% du PIB national.
03:47Donc ça compte énormément.
03:49Dans les deux pays, l'agriculture compte.
03:51Elle compte pour l'économie du pays.
03:54Elle compte pour l'existence et la présence du pays sur la scène internationale.
03:59Et dans ce conflit, évidemment, qui s'intensifie depuis quatre ans,
04:02il y a des effets cascades compte tenu du poids des deux pays.
04:05Et effets cascades aussi sur l'Union européenne,
04:07qui a dû quand même se réorganiser elle aussi face à l'afflux de produits entrant d'Ukraine.
04:12On a eu des conflits avec des agriculteurs européens.
04:15Là aussi, il a fallu complètement revoir notre géopolitique agricole.
04:20Oui, de toute façon, depuis 2022,
04:22l'Europe retrouve la géopolitique dans sa planification stratégique.
04:26Il y a eu l'épisode Covid,
04:27et puis il y a évidemment ce conflit en Ukraine qui n'est pas terminé.
04:30Ça fait quatre ans.
04:31Je me permets quand même de rappeler que ce conflit a fait 150 000 victimes côté ukrainien
04:36et 300 000 côté russe.
04:39Donc c'est un conflit très meurtrier.
04:42Les populations ukrainiennes souffrent,
04:44vivent dans une situation dramatique depuis quatre ans.
04:47Et l'invasion à grande échelle de la Russie en Ukraine
04:51est un sujet qui dépasse largement le seul sujet agricole.
04:55Par contre, évidemment, dans ce conflit,
04:58l'agriculture étant tellement centrale pour l'Europe,
05:01on voit bien qu'on a été pris dans un double mouvement.
05:05À court terme, en 2022, des mesures de solidarité
05:08pour essayer d'aider l'Ukraine à garder des flux à l'export.
05:12C'est les fameux corridors de solidarité.
05:14Et puis même, on libéralise totalement, zéro douane,
05:18le commerce entre l'Ukraine et l'Union européenne
05:20pour faciliter le maintien d'un tissu économique et productif pour les Ukrainiens.
05:25Et ça suscite assez vite des tensions au sein de l'Union européenne
05:28puisque des produits ukrainiens qui ne sont ni aux normes
05:31et qui ne sont pas contingentés concurrents en fait le marché européen.
05:35Et donc, dans l'Est de l'Europe, évidemment,
05:37ça commence à râler dans le monde agricole.
05:39Et puis, nous avons une perspective aujourd'hui qui est sur la table,
05:43l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.
05:45Le processus est lancé.
05:47Nous ne connaissons pas le calendrier.
05:48Il se pourrait qu'il y ait un calendrier précipité par la géopolitique.
05:53Je précise quand même que dans le plan de paix
05:54que proposent les États-Unis sur le cessez-le-feu en Ukraine,
05:58il y a un point explicite sur le fait que l'Ukraine doit rentrer dans l'Union européenne.
06:03Et ce, rapidement.
06:05C'est un vrai sujet agricole.
06:06Si nous ne préparons pas le volet agricole d'une Ukraine dans l'Union européenne,
06:12nous aurons par l'agriculture une vraie tension.
06:15Mais ça veut dire quoi, Sébastien ?
06:16Ça veut dire des quotas ?
06:18Ça veut dire les mettre aux normes européennes ?
06:20Ça veut dire tout simplement que si on regarde froidement le sujet aujourd'hui,
06:24nous ne préparons pas assez l'entrée de l'Ukraine agricole dans l'Union européenne.
06:30Pourquoi on mentionne ces éléments dans l'ouvrage
06:34et nous dressons une série de futurs possibles ?
06:38Parce que soit l'Ukraine rentre rapidement, pour des raisons géopolitiques, dans l'Europe,
06:43et le volet agricole est mal préparé,
06:45et nous allons avoir un chaos sur le dossier agricole,
06:48dans une Europe qui s'interroge beaucoup,
06:50qui n'est pas complètement unie,
06:53qui s'interroge aussi sur cette solidarité avec l'Ukraine,
06:56et donc on a un sujet agricole qui peut devenir explosif.
06:59Dit autrement, si on le prépare,
07:02que veut faire l'Europe agricole ?
07:04Veut-elle être puissante ?
07:05L'Ukraine est un grand joueur.
07:08Elle peut renforcer la puissance agricole européenne.
07:11Encore faut-il mettre l'agriculture en perspective géopolitique,
07:14et encore faut-il que l'Union Européenne mette l'agriculture
07:18comme élément de sa puissance et de son influence à l'international.
07:21L'Ukraine est un joueur de premier plan.
07:24Ce serait un peu étonnant, si vous voulez,
07:25que si l'Ukraine rentre dans l'Union Européenne,
07:27on lui demande de se désagricoliser,
07:29alors que c'est sa force principale.
07:30Merci beaucoup Sébastien Abysse d'être venu ce matin.
07:32Ça s'appelle Russie-Ukraine, la guerre hybride aux racines agricoles,
07:36d'un bouleversement mondial.
07:37C'était chez Armand Collin et ça sort le 11, c'est ça le 11 février.
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