00:00Un morceau à voir avec Ulrich Bounin, merci d'être avec nous ce matin.
00:03Bonjour Analystes Géopolitiques, vous nous avez rejoints, je commence par l'actualité de la nuit
00:08avec l'accord Iran-USA, Donald Trump qui dit qu'il nous faut du temps,
00:12Marco Rubio qui dit qu'il pense qu'il va y avoir peut-être un accord dans la journée.
00:16Est-ce que vous vous dites, un peu comme nous ce matin,
00:19quand Donald Trump dit qu'il faut du temps, c'est peut-être un peu positif, il change de communication
00:24?
00:24C'est vrai que sa communication est un peu ratique, il a posté des messages qui étaient un peu plus
00:28ambigus.
00:30Avec l'IA, oui, sur des...
00:31Voilà, exactement, avec les missiles, etc.
00:33Mais effectivement, on a quand même le sentiment qu'il y a un protocole d'accord
00:36qui est en train de se mettre en place.
00:37On voit que l'ensemble des pays de la région, il y a eu cet appel de vendredi,
00:41où l'ensemble des pays de la région qui sont vraiment impliqués dans cette négociation
00:44ne souhaitent véritablement pas que la guerre reprenne.
00:47Donc il est probable qu'on arrive à un protocole d'accord pour résoudre le plus urgent,
00:50la rouverture du sujet des droits d'Hormuz, contre probablement une levée de sanctions, etc.
00:54En revanche, sur le fond des choses, et c'est d'ailleurs ce qu'a dit Marco Rubio,
00:57notamment le nucléaire, qui est normalement censé être le cœur du sujet,
01:00on voit que les positions sont encore extrêmement lointaines entre Téhéran et Washington,
01:04et ça va probablement prendre énormément de temps pour arriver peut-être à un accord sur le nucléaire.
01:08Annalisa, on a l'impression en termes d'attitude que,
01:11alors que les États-Unis ont beaucoup d'espoir, les Iraniens, eux, tempèrent.
01:15Est-ce que là encore, c'est une question uniquement de communication,
01:17ou c'est l'Iran qui bloque ?
01:19Je pense qu'il y a beaucoup de communication là-dedans,
01:21et malgré tout, d'un point de vue économique,
01:23les Iraniens aimeraient quand même bien avoir une levée de sanctions.
01:25Il va falloir reconstruire un pays, les destructions coûtaient plus de 200 milliards,
01:29ça va aussi être compliqué, il va falloir gérer les conséquences sociales de cette guerre.
01:33Donc effectivement, je pense que les Iraniens adorent laisser donner l'impression
01:37qu'ils ont tout le temps du monde,
01:39et puis ils savent bien aussi que c'est Donald Trump qui est le plus précédé d'eux.
01:42Et d'ailleurs, on le voit, le fait de partir sur un protocole, puis un accord,
01:45c'est déjà une victoire pour les Iraniens,
01:47dans le sens où ce sont eux qui avaient mis ça sur la table depuis extrêmement longtemps,
01:51et Donald Trump, à la base, voulait une capitulation.
01:52Donc partir sur ce schéma-là convient aux Iraniens,
01:55et c'est sans doute la raison pour laquelle Moshabah Hamenei semble avoir donné son accord.
01:58– Parce que s'il y a bien un truc qui marche quand même sur l'Iran,
02:01c'est le blocus naval, c'est-à-dire que le fait que le pétrole ne puisse pas sortir,
02:04ça fonctionne, c'est-à-dire qu'on voit que les cuves se remplissent,
02:07on va arriver à un niveau où ça va fragiliser très fortement les infrastructures.
02:12– Alors effectivement, ça fonctionne,
02:13alors il n'est pas complètement hermétique,
02:14il y a des navires qui passent en passant par les eaux territoriaux péquisténès,
02:17mais ça fonctionne, on voit effectivement ces cuves, le niveau monté,
02:20après il ne faut pas sous-estimer la capacité de ce régime
02:23à encaisser des coûts, qu'ils soient militaires ou économiques,
02:26ça complexifie bien évidemment la donne économique pour les Iraniens,
02:29mais en revanche il est probable que les Iraniens pourraient tenir encore plusieurs semaines,
02:32et Donald Trump n'a pas ce temps-là devant lui.
02:33– Bon, on suivra évidemment ça de près,
02:35en tout cas les bourses y croient ce matin,
02:36puisque le pétrole est retombé,
02:38on est quasiment sur le Brent à 97 dollars,
02:41on est sur le WTI à 90,
02:43ça faisait quand même des semaines qu'on n'avait pas connu ces niveaux.
02:45L'autre dossier international, c'est la Russie,
02:48Annalisa Cappellini, où il y a eu un tir de missile Oreshnik,
02:52c'est ça son nom, sur Kiev ce week-end.
02:54– Oui, et c'est tout un symbole,
02:56pourquoi la Russie choisit d'utiliser ce missile,
02:59qui n'est pas le plus puissant de son arsenal,
03:00mais qui fait quand même partie des missiles les plus puissants qu'elle a,
03:04qu'elle a utilisé seulement trois fois depuis le début de la guerre,
03:06pourquoi elle choisit de l'utiliser maintenant ?
03:08– Alors c'est complètement, c'est un signal politique,
03:10c'est pas du tout militaire,
03:12ça n'a pas de sens d'utiliser ce genre de missiles,
03:14déjà un, ils ne sont pas extrêmement précis,
03:15c'est des missiles nucléaires à la base,
03:16donc ce ne sont pas du tout des missiles qu'on veut utiliser
03:19sans charge utile dedans,
03:21ça n'a pas véritablement de sens militaire,
03:23les Russes ont des missiles qui sont tout à fait capables
03:24de faire des frappes beaucoup plus précises,
03:27et donc ils ne l'ont pas utilisé,
03:28donc c'est un signal politique envoyé sur le blast de Kiev,
03:31en plus, donc pas très loin de la capitale,
03:32avant ça avait été des villes en province.
03:34La Russie n'a pas beaucoup de ces missiles-là,
03:35donc à chaque fois qu'elle l'utilise,
03:36ça va être effectivement un signal renvoyé probablement au monde entier,
03:40et aux Ukrainiens, pour rappeler que grosso modo,
03:42la Russie reste une grande puissance,
03:44et qu'effectivement,
03:45il ne faudra pas aller trop loin dans l'aide à l'Ukraine,
03:48ou que les Ukrainiens frappent le territoire russe,
03:50l'autre pendant, je pense que là,
03:51c'est plus frappant cette fois-ci,
03:53plutôt que les autres fois,
03:54c'est que la Russie a besoin de rappeler à sa propre population
03:57qu'elle est une grande puissance,
03:59si on remonte un peu le fil du temps,
04:00le 9 mai, Vladimir Poutine n'a pas pu faire son défilé,
04:03dans la foulée, il y a eu des frappes de drones ukrainiens
04:05sur l'oblaste de Moscou, la région de Moscou,
04:07donc effectivement, il y a une grande qui monte aussi dans le pays,
04:10donc Vladimir Poutine a besoin de rappeler à sa propre population
04:12qu'il est un grand leader avec une grande armée.
04:14Et l'armée russe n'avance plus du tout ?
04:17Effectivement, c'est-à-dire que pour rappeler que c'est une grande puissance,
04:20la solution la plus simple en temps de guerre
04:21serait d'avoir des conquêtes sur le terrain,
04:24ce n'est pas du tout ce qui se produit,
04:25l'armée russe grignote,
04:28mais c'est de plus en plus lent,
04:29et de plus en plus coûteux en homme,
04:30donc effectivement, Vladimir Poutine est en quelque sorte
04:32obligé de s'en rabattre sur ce genre de Wunderwaffen,
04:35qui sont un message politique,
04:36mais ils n'apportent pas grand-chose.
04:37Quand vous avez vu la une du Financial Times
04:40avec Donald Trump de retour de Chine,
04:42et cette déclaration remontée par des journalistes,
04:45comme quoi Vladimir Poutine aurait dit aux Chinois
04:48qu'il regrettait la guerre en Ukraine,
04:50chose qui aurait été répétée à Donald Trump.
04:52Vous l'avez analysée comment ?
04:54Je suis un peu dubitatif, pour être franc.
04:59Effectivement, dans le fond des choses,
05:00cette guerre qui devait durer quelques jours en Ukraine
05:03soit un boulet pour Vladimir Poutine.
05:05Je pense que c'est une réalité, économique, militaire.
05:09Après, ça reste quand même du point de vue du Kremlin.
05:13Il ne fait pas la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine.
05:15Il considère ça comme une guerre contre l'Occident.
05:17Donc pour lui, ça reste quand même relativement important.
05:20Et puis c'est surtout, en fait,
05:21ce qui m'a surtout frappé,
05:22c'est que cette information soit sortie,
05:24en quelque sorte, au moment où Vladimir Poutine
05:25se rendait lui-même en Chine.
05:28Et ça va donner quand même un petit peu l'impression
05:29qu'il y avait une volonté de placer un coin
05:31entre Russes et Chinois
05:32dans cette espèce d'amitié sans limite
05:34qui a beaucoup de limites.
05:35Annalisa ?
05:35Là où on voit que tout est lié,
05:37vous parlez de polycrise,
05:39c'est que Vladimir Poutine craint l'avancée
05:41du dossier iranien
05:42et une éventuelle paix ou apaisement
05:44entre l'Iran et les États-Unis
05:45parce que ça pourrait avoir des conséquences
05:47sur le pétrole
05:48et la Russie tablait désormais
05:49sur un pétrole plus cher.
05:51Alors effectivement,
05:52cette guerre en Iran,
05:53elle a donné une espèce de bouffée d'oxygène
05:55temporaire à la Russie
05:57qui commence à être en stagflation.
05:58Après, Vladimir Poutine,
06:00alors effectivement, il y a ce risque-là
06:02d'avoir une espèce de grand accord
06:04qui mettrait les Russes sur le côté.
06:05C'est la raison pour laquelle
06:06il essaie en quelque sorte
06:06de revenir par la fenêtre à chaque fois
06:08en proposant de récupérer
06:09cet uranium enrichi iranien.
06:11Et il faudra voir
06:12si on n'arrive pas finalement
06:14à ce schéma-là.
06:15Et dans ce schéma-là
06:17où finalement les Russes
06:19récupèreraient cet uranium
06:20et donc en quelque sorte
06:21arriveraient à se rendre indispensable
06:23aux Américains
06:24pour résoudre ce problème
06:25du nucléaire iranien,
06:26ce serait finalement peut-être
06:27pas mal géopolitiquement joué
06:28de la part de Vladimir Poutine.
06:29– Et est-ce qu'à la fin,
06:30le faiseur de paix,
06:31c'est Xi Jinping
06:34qui dit
06:35« En Ukraine, ça ne sert plus à rien.
06:37En Iran, il ne faut pas aller plus loin. »
06:38C'est lui qui a l'écartement ?
06:40– Alors, il n'a pas
06:40toute l'écartement en main,
06:41mais effectivement,
06:42il a un rôle extrêmement important.
06:43Le Pakistan,
06:44qui est l'un des principaux médiateurs,
06:46c'est grosso modo quand même
06:48un cache-nez des Chinois
06:49dans la région.
06:51La Chine est aussi un partenaire
06:52de l'Iran.
06:54La Chine permet à l'Iran
06:56et à la Russie
06:57de tenir dans cette guerre.
06:58Elle fournit alors pas des armes,
06:59mais elle fournit tout ce qui permet
07:00de fabriquer des armes.
07:02Et donc effectivement,
07:02dans ce cadre-là,
07:03finalement, Xi Jinping,
07:04plus il aide l'Iran
07:06et la Russie à tenir,
07:08plus il prolonge
07:10en quelque sorte cette guerre.
07:10Donc oui,
07:11une partie des cartes
07:12de ce qui se joue,
07:13notamment entre la Russie
07:14et l'Ukraine,
07:14se joue à Pékin.
07:15Le truc, c'est que pour Pékin,
07:17au final,
07:17même s'il n'approuve
07:18probablement pas cette guerre,
07:19il soutient en fait
07:20l'objectif russe
07:21de remettre en cause
07:22de l'ordre établi.
07:23Merci beaucoup,
07:24Elric,
07:24vous allez être venu ce matin
07:25dans la matinale de l'économie.
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