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  • il y a 3 minutes
Ce lundi 25 mai, Ulrich Bounat, analyste géopolitique spécialiste de l'Europe centrale et de l'Est, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur le protocole d’accord de paix entre l’Iran et les États-Unis, avec la question du nucléaire comme principal point de blocage, ainsi que sur l’impasse de la Russie dans la guerre en Ukraine. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Un morceau à voir avec Ulrich Bounin, merci d'être avec nous ce matin.
00:03Bonjour Analystes Géopolitiques, vous nous avez rejoints, je commence par l'actualité de la nuit
00:08avec l'accord Iran-USA, Donald Trump qui dit qu'il nous faut du temps,
00:12Marco Rubio qui dit qu'il pense qu'il va y avoir peut-être un accord dans la journée.
00:16Est-ce que vous vous dites, un peu comme nous ce matin,
00:19quand Donald Trump dit qu'il faut du temps, c'est peut-être un peu positif, il change de communication
00:24?
00:24C'est vrai que sa communication est un peu ratique, il a posté des messages qui étaient un peu plus
00:28ambigus.
00:30Avec l'IA, oui, sur des...
00:31Voilà, exactement, avec les missiles, etc.
00:33Mais effectivement, on a quand même le sentiment qu'il y a un protocole d'accord
00:36qui est en train de se mettre en place.
00:37On voit que l'ensemble des pays de la région, il y a eu cet appel de vendredi,
00:41où l'ensemble des pays de la région qui sont vraiment impliqués dans cette négociation
00:44ne souhaitent véritablement pas que la guerre reprenne.
00:47Donc il est probable qu'on arrive à un protocole d'accord pour résoudre le plus urgent,
00:50la rouverture du sujet des droits d'Hormuz, contre probablement une levée de sanctions, etc.
00:54En revanche, sur le fond des choses, et c'est d'ailleurs ce qu'a dit Marco Rubio,
00:57notamment le nucléaire, qui est normalement censé être le cœur du sujet,
01:00on voit que les positions sont encore extrêmement lointaines entre Téhéran et Washington,
01:04et ça va probablement prendre énormément de temps pour arriver peut-être à un accord sur le nucléaire.
01:08Annalisa, on a l'impression en termes d'attitude que,
01:11alors que les États-Unis ont beaucoup d'espoir, les Iraniens, eux, tempèrent.
01:15Est-ce que là encore, c'est une question uniquement de communication,
01:17ou c'est l'Iran qui bloque ?
01:19Je pense qu'il y a beaucoup de communication là-dedans,
01:21et malgré tout, d'un point de vue économique,
01:23les Iraniens aimeraient quand même bien avoir une levée de sanctions.
01:25Il va falloir reconstruire un pays, les destructions coûtaient plus de 200 milliards,
01:29ça va aussi être compliqué, il va falloir gérer les conséquences sociales de cette guerre.
01:33Donc effectivement, je pense que les Iraniens adorent laisser donner l'impression
01:37qu'ils ont tout le temps du monde,
01:39et puis ils savent bien aussi que c'est Donald Trump qui est le plus précédé d'eux.
01:42Et d'ailleurs, on le voit, le fait de partir sur un protocole, puis un accord,
01:45c'est déjà une victoire pour les Iraniens,
01:47dans le sens où ce sont eux qui avaient mis ça sur la table depuis extrêmement longtemps,
01:51et Donald Trump, à la base, voulait une capitulation.
01:52Donc partir sur ce schéma-là convient aux Iraniens,
01:55et c'est sans doute la raison pour laquelle Moshabah Hamenei semble avoir donné son accord.
01:58– Parce que s'il y a bien un truc qui marche quand même sur l'Iran,
02:01c'est le blocus naval, c'est-à-dire que le fait que le pétrole ne puisse pas sortir,
02:04ça fonctionne, c'est-à-dire qu'on voit que les cuves se remplissent,
02:07on va arriver à un niveau où ça va fragiliser très fortement les infrastructures.
02:12– Alors effectivement, ça fonctionne,
02:13alors il n'est pas complètement hermétique,
02:14il y a des navires qui passent en passant par les eaux territoriaux péquisténès,
02:17mais ça fonctionne, on voit effectivement ces cuves, le niveau monté,
02:20après il ne faut pas sous-estimer la capacité de ce régime
02:23à encaisser des coûts, qu'ils soient militaires ou économiques,
02:26ça complexifie bien évidemment la donne économique pour les Iraniens,
02:29mais en revanche il est probable que les Iraniens pourraient tenir encore plusieurs semaines,
02:32et Donald Trump n'a pas ce temps-là devant lui.
02:33– Bon, on suivra évidemment ça de près,
02:35en tout cas les bourses y croient ce matin,
02:36puisque le pétrole est retombé,
02:38on est quasiment sur le Brent à 97 dollars,
02:41on est sur le WTI à 90,
02:43ça faisait quand même des semaines qu'on n'avait pas connu ces niveaux.
02:45L'autre dossier international, c'est la Russie,
02:48Annalisa Cappellini, où il y a eu un tir de missile Oreshnik,
02:52c'est ça son nom, sur Kiev ce week-end.
02:54– Oui, et c'est tout un symbole,
02:56pourquoi la Russie choisit d'utiliser ce missile,
02:59qui n'est pas le plus puissant de son arsenal,
03:00mais qui fait quand même partie des missiles les plus puissants qu'elle a,
03:04qu'elle a utilisé seulement trois fois depuis le début de la guerre,
03:06pourquoi elle choisit de l'utiliser maintenant ?
03:08– Alors c'est complètement, c'est un signal politique,
03:10c'est pas du tout militaire,
03:12ça n'a pas de sens d'utiliser ce genre de missiles,
03:14déjà un, ils ne sont pas extrêmement précis,
03:15c'est des missiles nucléaires à la base,
03:16donc ce ne sont pas du tout des missiles qu'on veut utiliser
03:19sans charge utile dedans,
03:21ça n'a pas véritablement de sens militaire,
03:23les Russes ont des missiles qui sont tout à fait capables
03:24de faire des frappes beaucoup plus précises,
03:27et donc ils ne l'ont pas utilisé,
03:28donc c'est un signal politique envoyé sur le blast de Kiev,
03:31en plus, donc pas très loin de la capitale,
03:32avant ça avait été des villes en province.
03:34La Russie n'a pas beaucoup de ces missiles-là,
03:35donc à chaque fois qu'elle l'utilise,
03:36ça va être effectivement un signal renvoyé probablement au monde entier,
03:40et aux Ukrainiens, pour rappeler que grosso modo,
03:42la Russie reste une grande puissance,
03:44et qu'effectivement,
03:45il ne faudra pas aller trop loin dans l'aide à l'Ukraine,
03:48ou que les Ukrainiens frappent le territoire russe,
03:50l'autre pendant, je pense que là,
03:51c'est plus frappant cette fois-ci,
03:53plutôt que les autres fois,
03:54c'est que la Russie a besoin de rappeler à sa propre population
03:57qu'elle est une grande puissance,
03:59si on remonte un peu le fil du temps,
04:00le 9 mai, Vladimir Poutine n'a pas pu faire son défilé,
04:03dans la foulée, il y a eu des frappes de drones ukrainiens
04:05sur l'oblaste de Moscou, la région de Moscou,
04:07donc effectivement, il y a une grande qui monte aussi dans le pays,
04:10donc Vladimir Poutine a besoin de rappeler à sa propre population
04:12qu'il est un grand leader avec une grande armée.
04:14Et l'armée russe n'avance plus du tout ?
04:17Effectivement, c'est-à-dire que pour rappeler que c'est une grande puissance,
04:20la solution la plus simple en temps de guerre
04:21serait d'avoir des conquêtes sur le terrain,
04:24ce n'est pas du tout ce qui se produit,
04:25l'armée russe grignote,
04:28mais c'est de plus en plus lent,
04:29et de plus en plus coûteux en homme,
04:30donc effectivement, Vladimir Poutine est en quelque sorte
04:32obligé de s'en rabattre sur ce genre de Wunderwaffen,
04:35qui sont un message politique,
04:36mais ils n'apportent pas grand-chose.
04:37Quand vous avez vu la une du Financial Times
04:40avec Donald Trump de retour de Chine,
04:42et cette déclaration remontée par des journalistes,
04:45comme quoi Vladimir Poutine aurait dit aux Chinois
04:48qu'il regrettait la guerre en Ukraine,
04:50chose qui aurait été répétée à Donald Trump.
04:52Vous l'avez analysée comment ?
04:54Je suis un peu dubitatif, pour être franc.
04:59Effectivement, dans le fond des choses,
05:00cette guerre qui devait durer quelques jours en Ukraine
05:03soit un boulet pour Vladimir Poutine.
05:05Je pense que c'est une réalité, économique, militaire.
05:09Après, ça reste quand même du point de vue du Kremlin.
05:13Il ne fait pas la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine.
05:15Il considère ça comme une guerre contre l'Occident.
05:17Donc pour lui, ça reste quand même relativement important.
05:20Et puis c'est surtout, en fait,
05:21ce qui m'a surtout frappé,
05:22c'est que cette information soit sortie,
05:24en quelque sorte, au moment où Vladimir Poutine
05:25se rendait lui-même en Chine.
05:28Et ça va donner quand même un petit peu l'impression
05:29qu'il y avait une volonté de placer un coin
05:31entre Russes et Chinois
05:32dans cette espèce d'amitié sans limite
05:34qui a beaucoup de limites.
05:35Annalisa ?
05:35Là où on voit que tout est lié,
05:37vous parlez de polycrise,
05:39c'est que Vladimir Poutine craint l'avancée
05:41du dossier iranien
05:42et une éventuelle paix ou apaisement
05:44entre l'Iran et les États-Unis
05:45parce que ça pourrait avoir des conséquences
05:47sur le pétrole
05:48et la Russie tablait désormais
05:49sur un pétrole plus cher.
05:51Alors effectivement,
05:52cette guerre en Iran,
05:53elle a donné une espèce de bouffée d'oxygène
05:55temporaire à la Russie
05:57qui commence à être en stagflation.
05:58Après, Vladimir Poutine,
06:00alors effectivement, il y a ce risque-là
06:02d'avoir une espèce de grand accord
06:04qui mettrait les Russes sur le côté.
06:05C'est la raison pour laquelle
06:06il essaie en quelque sorte
06:06de revenir par la fenêtre à chaque fois
06:08en proposant de récupérer
06:09cet uranium enrichi iranien.
06:11Et il faudra voir
06:12si on n'arrive pas finalement
06:14à ce schéma-là.
06:15Et dans ce schéma-là
06:17où finalement les Russes
06:19récupèreraient cet uranium
06:20et donc en quelque sorte
06:21arriveraient à se rendre indispensable
06:23aux Américains
06:24pour résoudre ce problème
06:25du nucléaire iranien,
06:26ce serait finalement peut-être
06:27pas mal géopolitiquement joué
06:28de la part de Vladimir Poutine.
06:29– Et est-ce qu'à la fin,
06:30le faiseur de paix,
06:31c'est Xi Jinping
06:34qui dit
06:35« En Ukraine, ça ne sert plus à rien.
06:37En Iran, il ne faut pas aller plus loin. »
06:38C'est lui qui a l'écartement ?
06:40– Alors, il n'a pas
06:40toute l'écartement en main,
06:41mais effectivement,
06:42il a un rôle extrêmement important.
06:43Le Pakistan,
06:44qui est l'un des principaux médiateurs,
06:46c'est grosso modo quand même
06:48un cache-nez des Chinois
06:49dans la région.
06:51La Chine est aussi un partenaire
06:52de l'Iran.
06:54La Chine permet à l'Iran
06:56et à la Russie
06:57de tenir dans cette guerre.
06:58Elle fournit alors pas des armes,
06:59mais elle fournit tout ce qui permet
07:00de fabriquer des armes.
07:02Et donc effectivement,
07:02dans ce cadre-là,
07:03finalement, Xi Jinping,
07:04plus il aide l'Iran
07:06et la Russie à tenir,
07:08plus il prolonge
07:10en quelque sorte cette guerre.
07:10Donc oui,
07:11une partie des cartes
07:12de ce qui se joue,
07:13notamment entre la Russie
07:14et l'Ukraine,
07:14se joue à Pékin.
07:15Le truc, c'est que pour Pékin,
07:17au final,
07:17même s'il n'approuve
07:18probablement pas cette guerre,
07:19il soutient en fait
07:20l'objectif russe
07:21de remettre en cause
07:22de l'ordre établi.
07:23Merci beaucoup,
07:24Elric,
07:24vous allez être venu ce matin
07:25dans la matinale de l'économie.
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