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  • il y a 6 minutes
Ce mardi 10 février, Régis Genté, journaliste et écrivain spécialiste de la Russie, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il a abordé l'implication de la Russie dans l'affaire Epstein, le ralentissement de l'économie russe et l'effort de guerre insoutenable pour Moscou. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On va parler de l'économie russe ce matin avec l'un de ses grands spécialistes, Régis Janté.
00:03Bonjour, vous êtes journaliste, écrivain et spécialiste de la Russie.
00:07On va parler de l'économie russe, mais avant j'aimerais avoir votre avis quand même sur l'affaire Epstein.
00:11Vous avez écrit ce livre, Notre homme à Washington, Trump dans les mains des Russes.
00:15Quand vous regardez l'affaire Epstein dans son détail, est-ce que vous voyez derrière l'action russe
00:21à travers la culture du compromat, à travers la manière dont travaillait Epstein ?
00:24Est-ce que ça vous saute aux yeux ?
00:26Non, et quand j'ai écrit mon livre, je n'ai pas mis le beau Epstein dans mon livre.
00:30J'avais travaillé sur lui, sur son presque beau-père, M. Maxwell, mais non, ce n'est pas surprenant.
00:37Mais la culture du compromat, elle n'est pas seulement russe, à vrai dire.
00:40Le fondateur du FBI dans les années 40, je crois, Edgar Hoover, disait qu'il tenait toute l'Amérique,
00:46y compris le président Kennedy, sur d'où venait l'argent et avec qui vous couchez.
00:52C'est vu comme le monde, en fait.
00:53C'est vu comme le monde, ça fait partie des techniques.
00:55Mais effectivement, ensuite, l'ampleur qu'avait le réseau incroyable d'Epstein faisait évidemment
01:01qu'à un moment donné, il est allé chasser, si je puis dire, sur les terres russes,
01:04et que les Russes sont venus l'approcher.
01:06Et il y avait des gens, certainement du FSB, du KGB, des services qui étaient autour de lui.
01:11Il avait beaucoup de femmes russes, pas seulement pour les questions de mœurs,
01:15mais aussi qui l'assistaient et qui ont pénétré, par exemple, dans la Silicon Valley, etc.
01:19Et là, ce n'était pas juste des affaires, c'était des gens, certainement, qui étaient missionnés.
01:22– Sur l'économie russe, Vladimir Poutine a admis que l'économie recule.
01:27On est désormais autour des 1% de croissance contre 4,3% l'année dernière.
01:33Est-ce que l'économie de guerre arrive à son bout ?
01:36Est-ce qu'on a trop tiré sur la corde ?
01:38Est-ce que c'est la guerre contre l'inflation, comme il le dit lui, qui coûte cher ?
01:42Comment vous analysez ça ?
01:43– Oui, je crois que c'est quand même la guerre contre l'inflation.
01:45Et ce ralentissement, il est provoqué, en fait.
01:47Il n'est pas véritablement subi, enfin, c'est un choix.
01:51Et par le taux directeur, essentiellement, qui est encore à 16%, il a baissé.
01:55Il avait été monté en 2024 à 21%.
01:58Et là, évidemment, il y avait beaucoup de monde dans le secteur économique qui s'en plaignait.
02:03Mais ça a fait que l'inflation semble maîtrisée.
02:06Il faut se méfier des chiffres en Russie en ce moment, parce qu'on est en guerre.
02:10Et donc, il y a beaucoup de secrets sur ces chiffres.
02:13Il y a beaucoup de bluffs aussi, parfois.
02:15Elle est peut-être un peu plus haute que ce qu'on dit, mais l'inflation est retombée.
02:18Ça a plutôt maîtrisé, semble-t-il, autour de 5-6%.
02:21Donc, c'est plutôt provoqué.
02:23Et en même temps, effectivement, la guerre pèse très très lourd, effectivement.
02:26Et crée beaucoup de déséquilibre dans l'économie russe.
02:28– Analia ?
02:28En parlant de guerre, il y a un des conseillers très proches de Vladimir Poutine,
02:32qui est Sergei Karganov, qui a déclaré il y a quelques jours
02:34que la Russie n'est pas en guerre contre l'Ukraine,
02:36mais qu'elle est en guerre contre l'Europe.
02:38Est-ce qu'elle en aurait les moyens ?
02:40– Non, probablement pas.
02:42Probablement pas.
02:43Ça dit la Russie aussi.
02:44C'est une puissance...
02:45On ne peut pas dire que c'est une puissance pauvre.
02:46C'est une grande puissance.
02:47Mais je fais référence à un livre fameux qui s'appelle « La puissance pauvre ».
02:50Parce que la Russie n'a jamais eu la puissance des États-Unis
02:53et même de l'Europe.
02:55Donc, elle compense, si vous voulez, sa stratégie sur la scène internationale
02:59avec des moyens de pays pauvres.
03:00On fait de la propagande, ça coûte beaucoup moins cher
03:03que d'avoir une vraie économie puissante
03:05pour s'imposer face à ses voisins.
03:08Karganov, ce n'est pas un conseiller proche de Poutine.
03:10En fait, Poutine n'a pas de conseiller proche.
03:12Il y en a quelques-uns, mais c'est lui qui décide véritablement.
03:15Ce sont plutôt des gens qu'on utilise,
03:17dont on fait croire qu'ils sont à proximité
03:18et qui se trouvent simplement des gens qui expriment
03:20des messages émanant du Kremlin.
03:25Donc, non, probablement pas.
03:26En revanche, une guerre larvée, on le voit, par des moyens hybrides,
03:31ou bien une agression qui ne dirait pas son nom
03:34contre un des pays de l'OTAN européen, par exemple un pays balte.
03:37Ça, ce n'est pas du tout exclu.
03:38On ne peut pas l'exclure.
03:40Il faut comprendre que Poutine, c'est quand même quelqu'un
03:42qui pense d'abord politique, géopolitique.
03:44Et il soumet l'économie à tout cela, en fait.
03:46– Mais on a l'impression, à vous entendre,
03:50qu'on n'a pas réussi à atteindre l'économie russe
03:52avec les sanctions.
03:53On voulait nous faire la guerre économique.
03:54– Non, je ne dis pas faire.
03:55– Non, vous dites si quand même.
03:56Parce que vous me dites que c'est volontaire,
03:58ce ralentissement de l'économie.
03:59– Oui, le ralentissement, oui.
04:00Parce que Poutine, c'est quelqu'un d'extrêmement pragmatique,
04:03et honnêtement, en termes d'économie,
04:05et je disais que la priorité, c'est la politique,
04:08et il soumet l'économie à la politique,
04:10ce qui fait plein, évidemment, d'hommes d'affaires
04:12qui sont très mécontents en Russie.
04:14L'essentiel des hommes d'affaires russes sont contre cette guerre,
04:17depuis le premier jour.
04:18Et là, ça change un peu, d'ailleurs.
04:20Et là, j'ai des bonnes informations qui montrent
04:21que des gens qui sont très proches de lui,
04:23qui ont proposé la guerre,
04:25qui l'ont encouragé à faire cette guerre en Ukraine,
04:27notamment un de ses vieux amis milliardaires
04:30qui a passé le Covid avec lui,
04:32et pendant la période de Covid,
04:33tous les deux ont conçu cette guerre, visiblement.
04:36Eh bien, en ce moment, il est en train de changer d'avis,
04:38il est en train de conseiller à Poutine d'arrêter la guerre.
04:41Mais les conseillers qui l'écoutent,
04:42ce sont les hommes des services de force, etc.
04:44Donc ça, c'est quand même l'essentiel.
04:47Les sanctions, elles mordent.
04:48Elles font vraiment mal, quoi.
04:50Ça, c'est sûr.
04:51Cela dit, entre les sanctions réussissent,
04:54au sens où Poutine dit « Ok, j'arrête la guerre,
04:56et puis elle ne marche pas du tout, il ne se passe rien »,
04:59il y a tout un tas de nuances,
05:00et c'est à nous tous, là, d'essayer de décrire là où ça en est.
05:03Mais elles mordent véritablement.
05:05Et ce qui mord, ce sont aussi les relations avec l'Inde.
05:07L'Inde qui devrait, selon en tout cas ce que dit Donald Trump,
05:11arrêter d'acheter du pétrole russe pour se tourner vers les Américains.
05:14Ça aussi, ça va mordre.
05:15Oui, effectivement, c'est très important,
05:17puisque du fait de la guerre et des sanctions imposées à la Russie,
05:21le pétrole russe coule beaucoup moins vers l'Ouest qu'il ne le faisait.
05:26Et donc, il s'est réorienté sur l'Est, d'abord sur la Chine.
05:28En gros, la moitié des exportations russes de pétrole se font vers la Chine,
05:34et puis le reste beaucoup vers l'Inde.
05:36Là, pour le coup, effectivement, Trump nous a beaucoup surpris,
05:39parce que pendant longtemps, il n'a pas mis de sanctions sur la Russie,
05:43il n'a pas mis la pression sur Poutine,
05:44d'où cette relation très ambiguï, dont on ne sait pas exactement quel est le fond.
05:49Mais lorsqu'il a décidé de le faire,
05:51en sanctionnant les deux grandes sociétés pétrolières russes,
05:53Rosneft et Lukoil, fin 2025,
05:56et puis en mettant la pression sur l'Inde,
05:57effectivement, ça a tout de suite baissé,
06:00effectivement, là, il y a un accord commercial et douanier
06:03qui vient d'être passé entre l'Inde et les États-Unis,
06:08avec une ambiguïté, parce que M. Trump dit « c'est bon, on s'est mis d'accord ».
06:11– Et maudit dit rien.
06:12– Et maudit dit rien, exactement.
06:14Et là, on va voir ce que ça donne, effectivement.
06:17– Annalisa ?
06:17– Ce qu'on voit aussi, ce sont des actifs symboliques, nationalisés,
06:20et puis vendus à moitié prix, presque bradés.
06:22C'est le cas, par exemple, de l'aéroport de Moscou de Modédovo,
06:25qui a été vendu à moitié prix il y a quelques semaines.
06:27Qu'est-ce que c'est ?
06:28C'est un moyen de survie, de reprendre un peu d'oxygène pour l'économie russe ?
06:31Ce sont aussi des cadeaux aux oligarques, peut-être ?
06:33– Je ne pense pas que ce soit des cadeaux aux oligarques,
06:35vous avez raison de poser la question.
06:36Je ne pense pas que ce soit le cas.
06:37Encore une fois, Poutine, lorsque tout va bien,
06:39il laisse ses amis faire de l'argent,
06:41et c'est une économie qui est souvent assez mal gérée, en réalité.
06:44En revanche, quand on revient à la macro,
06:46et puis dans un temps de guerre comme ça,
06:47là, il resserre les boulons, si j'ose dire,
06:49et c'est quand même géré d'une manière beaucoup plus rationnelle.
06:52Et donc, je pense que c'est plutôt une manière,
06:55en l'occurrence, de trouver de l'argent là où il y en a.
06:58Notamment, en l'occurrence, je pense que ce sont les frères Rottenberg,
07:00qui sont des vieux amis qui faisaient du judo avec M. Poutine,
07:03qui sont assez riches, en tout cas, pour pouvoir leur prendre.
07:07Et ce sont des gens qui travaillent beaucoup dans le secteur des infrastructures.
07:10Donc, je crois que c'est plutôt de cet ordre-là.
07:11Le secteur de l'aviation, en général,
07:16et de la construction, mais aussi du voyage, disons,
07:19se porte très mal.
07:19C'est un des secteurs qui souffre énormément,
07:22avec des entreprises, par exemple,
07:23qui ne peuvent plus avoir accès aux pièces détachées,
07:29aux pièces de remplacement.
07:30Donc, c'est vraiment un secteur qui souffre.
07:31Donc, je pense que c'est plutôt de cet ordre-là.
07:34Cela dit, à un moment donné, ça se transformera en cadeau,
07:37s'ils en ont l'occasion.
07:37Merci beaucoup, Réjantez, d'être venu nous voir ce matin.
07:40C'était passionnant.
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