00:00Est-ce que la guerre en Iran est une bonne nouvelle pour la Russie ?
00:03Quand on regarde les chiffres notamment autour du pétrole, on peut se poser la question.
00:06Avec la hausse du prix du pétrole combinée à l'âge légement des sanctions américaines,
00:10entre 150 et 200 millions de dollars supplémentaires de recettes par jour.
00:15On en parle avec notre invité Régis Janté. Bonjour à vous.
00:17Bonjour à vous.
00:18De la Russie, vous venez nous voir régulièrement.
00:20C'est une aubaine, la guerre en Iran, pour la Russie ?
00:22Oui, ça pourrait l'être effectivement, mais on reste prudent à Moscou, autant qu'on sache.
00:27Et on attend de voir si ça va durer effectivement, cette hausse des prix du pétrole.
00:32Mais évidemment, c'est très important.
00:35Ça dit, pour le moment, c'est encore un peu tôt pour le dire.
00:37D'abord, parce qu'évidemment, le pétrole qui se vend encore, même si là ça se termine,
00:42il avait fait l'objet de contrats il y a plusieurs semaines.
00:45Donc on est encore dans ces contrats où le pétrole était vendu à un prix très faible.
00:50On était dans les 60 dollars, quelque chose comme ça.
00:53Plus la décote pour le dollar russe, qui était de l'ordre de 12-15 dollars par baril, à peu
01:00près.
01:00Aujourd'hui, la décote a baissé.
01:02Elle est autour de 5%, je crois.
01:05Donc c'est mieux, effectivement.
01:07Mais ça va prendre un petit peu de temps si toutefois les coûts restent très hauts.
01:11Donc prudence à Moscou.
01:13Par ailleurs aussi, les rentrées d'argent sont assez faibles, parce qu'il y a des taxes.
01:16Et donc des économistes ont compté à peu près que, en fait, pour chaque 10 dollars d'augmentation du baril,
01:24ça rapporte chaque mois quelque chose comme 1,6 milliard de dollars.
01:28Donc vous voyez, ça a augmenté de 40 dollars environ.
01:31Donc on est plutôt dans les 6-7 milliards par mois, ce qui n'est pas rien, évidemment.
01:35Et ce n'est pas non plus absolument un changement de volume, en fait.
01:42Comment vous qualifiez-vous la Russie vis-à-vis de l'Iran ?
01:46Vous dites que c'est un allié, c'est quelqu'un sur lequel l'Iran peut s'appuyer ?
01:50Souvent, oui, absolument.
01:52Mais c'est plutôt un partenaire stratégique, disons.
01:54Il y a toujours eu une longue histoire entre la Russie et l'Iran.
01:58Il faut toujours souvenir que l'URSS avait même occupé tout le nord de l'Iran à une époque.
02:02Donc il y a une relation quand même de méfiance, on va dire, historique, en quelque sorte,
02:06même si elle était très bonne.
02:07Et c'était des partenaires, notamment dans ce monde actuel où il y a une multipolarisation du monde
02:13qui n'est plus dominée que par un seul acteur, les États-Unis.
02:17Et aussi, donc voilà, on a ce partenariat très fort, effectivement.
02:23Mais la Russie a d'autres enjeux aujourd'hui à traiter.
02:28Et donc ça l'oblige à être plutôt négligent vis-à-vis de son partenaire.
02:31Et Anaïsa ?
02:31La conséquence de cette négligence, c'est que la Russie pourrait se retrouver bien seule dans pas très longtemps
02:36si le régime des Molas tombe ou même si le régime des Molas est très affaibli
02:39et donc ne peut plus aider son allié.
02:41Oui, effectivement. Alors seul, non, parce qu'il y a d'autres partenaires très importants.
02:44Ce qui caractérise notre époque, c'est véritablement de défier,
02:48de faire en sorte que le monde ne soit plus simplement dirigé par l'Occident,
02:53essentiellement par les États-Unis d'ailleurs, mais aussi l'Europe.
02:56Après tout, on voit que les attaques contre l'Europe montrent bien que l'Europe est un danger,
03:00quelque chose que beaucoup d'acteurs veulent prévenir, mais elle a d'autres partenaires.
03:05En revanche, vous avez raison, mais ce qui est très important aussi pour M. Poutine,
03:09notamment, ça fait vraiment partie de sa manière de fonctionner,
03:12ça a toujours été d'être un bon partenaire pour les partenaires, c'était le Venezuela, etc.
03:17Aujourd'hui, la situation est beaucoup plus difficile, on a un M. Trump qui bouscule le monde,
03:21et on a aussi une Russie qui est enfermée, presque embourbée dans la question ukrainienne.
03:29Et on sait, par exemple, pour ce qui est du Venezuela, qu'il y avait, on le sait par une
03:34conseillère,
03:34une ancienne conseillère de M. Trump, par exemple, qu'au fond, les Russes étaient prêts à abandonner le Venezuela,
03:39ce qui n'est pas du tout dans les habitudes de M. Poutine, en échange d'un soutien sur la
03:43question ukrainienne.
03:44Donc on peut voir aussi si ce n'est pas de ça dont il pourrait être question en Iran,
03:47mais là, on est trop au cœur de cette guerre pour que les choses changent probablement.
03:51Ça reste le dossier majeur, évidemment, l'Ukraine pour la Russie.
03:54Vous dites embourbée. On a eu une attaque, là, ces derniers jours, l'une des plus grandes.
04:00Ça s'est aussi soldé par beaucoup de pertes du côté russe, avec des envois de drones ukrainiens-russes.
04:06On en est où, là, clairement ? On ne parle plus du tout de négociations de paix ?
04:10C'est complètement enterré ?
04:12Probablement pas. Ça restera un objectif de M. Trump, qui restait quand même celui qui essayait d'obtenir une paix.
04:20Donc on peut imaginer qu'il va y revenir, mais pour le moment, il est très occupé avec autre chose.
04:24Et Dieu sait combien ça va durer, cette guerre en Iran.
04:28Mais donc oui, sur le front, en ce moment, les choses sont plutôt même inversées.
04:33Notamment parce que la Russie, c'est peut-être pas la seule raison,
04:35mais notamment parce que la Russie n'a plus accès au satellite Starlink d'Elon Musk,
04:41qui a changé...
04:42Ça, c'est un changement majeur.
04:43C'est un changement majeur, absolument.
04:44Et cette absence de renseignement, disons, fait que ça a permis à l'Ukraine de reprendre l'initiative,
04:49de regrignoter du territoire, de restabiliser le front.
04:53Et là aussi, on ne sait pas combien de temps ça va durer.
04:55C'est un vrai changement, effectivement.
04:57Donc la Russie recule aujourd'hui ?
04:59Plutôt. Enfin, ça reste de l'ordre du grignotage.
05:01Mais effectivement, elle subit, comme vous le disiez, des attaques sur son territoire très importantes.
05:07Annalisa ?
05:08Pour tenir ce rythme de guerre, il y a aussi la question du recrutement.
05:11On estime aujourd'hui que la Russie aurait besoin de recruter 30 000 soldats par mois,
05:15juste pour combler les pertes.
05:17Est-ce que c'est possible ? Est-ce que Poutine a les bras, tout simplement ?
05:20C'est un vrai problème.
05:22C'est un vrai problème depuis le début, d'ailleurs.
05:23Le recrutement, la mobilisation, la Russie n'a jamais pu, par exemple, mobiliser,
05:27souvenez-vous, en septembre 2022, au niveau où elle le souhaitait.
05:31C'était une sorte de semi-mobilisation.
05:35Donc c'est un vrai problème, parce qu'il n'y a pas une adhésion très forte,
05:38en réalité morale, si je puis dire, de la population russe à la guerre.
05:42Donc ça fait partie, effectivement, de l'équation.
05:44C'est absolument central.
05:45Et elle y parvient, semble-t-il.
05:47C'est une des autres raisons, outre l'absence désormais d'informations,
05:52d'intelligence fournie par les Starlink.
05:55Aussi, un vrai problème de mobilisation, au sens, pas juridique du terme,
06:01mais d'arriver à amener des gens à signer des contrats pour les emmener sur le front.
06:05C'est un vrai problème, effectivement.
06:07Aujourd'hui, on voit les Ukrainiens donner des conseils sur la question des drones.
06:10On a vu des émissaires envoyés.
06:12Il y a une vraie compétence industrielle désormais.
06:15À quel point ils arrivent aujourd'hui à envoyer des drones vis-à-vis de la Russie ?
06:19On a eu 400 drones sur un port au nord-ouest de la Russie.
06:22C'est très fréquent.
06:24Ça devient vraiment une menace massive pour la Russie ?
06:26Ce n'est pas quotidien.
06:27Ce n'est pas hebdomadaire.
06:29Je crois que ça reste de l'ordre de certaines opérations,
06:31aussi pour montrer que la Russie peut perdre.
06:33C'est très important, psychologiquement, si je puis dire,
06:35pour envoyer ce message au monde,
06:37que l'Ukraine peut faire des coups régulièrement,
06:40pas une fois par an seulement.
06:42On se souvient de cette opération très loin, en Sibérie, par exemple.
06:47Avec des drones qui avaient été emmenés par camion.
06:48Absolument.
06:49Qui avaient été installés sur place.
06:50Donc, ils montrent vraiment une capacité comme ça d'aller déstabiliser la Russie.
06:54Ça, ça reste très important.
06:56Mais, bon, voilà, ce n'est pas non plus le quotidien.
06:59Mais ça montre cette capacité de l'Ukraine à résister à la Russie.
07:04Ça montre aussi combien peut être puissante
07:06le fait d'avoir une vraie industrie autour du drone.
07:08Et c'est tout l'enjeu, ou c'est l'essentiel, on va dire,
07:11de l'enjeu de la relation avec les Européens aujourd'hui.
07:14Puisqu'effectivement, même si l'Ukraine est démographiquement, économiquement,
07:19beaucoup plus faible que la Russie, mais elle étonne tout le monde, elle résiste.
07:23Et puis, avec l'Europe derrière qui, elle, est très riche, beaucoup plus riche que la Russie,
07:26on peut imaginer que si une industrie de drones se mettait véritablement en place,
07:33eh bien l'Ukraine serait capable tout à fait de stabiliser le front
07:37et de monter le coût de la guerre pour la Russie.
07:40Ce qui se passe plus ou moins en ce moment.
07:42Merci beaucoup, Régis Chanté, d'être venu ce matin dans la Matinat de l'économie.
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