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  • il y a 7 minutes
Ce jeudi 26 mars, Régis Genté, journaliste et écrivain spécialiste de la Russie, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur l'impact énergétique de la guerre en Iran sur la Russie. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Est-ce que la guerre en Iran est une bonne nouvelle pour la Russie ?
00:03Quand on regarde les chiffres notamment autour du pétrole, on peut se poser la question.
00:06Avec la hausse du prix du pétrole combinée à l'âge légement des sanctions américaines,
00:10entre 150 et 200 millions de dollars supplémentaires de recettes par jour.
00:15On en parle avec notre invité Régis Janté. Bonjour à vous.
00:17Bonjour à vous.
00:18De la Russie, vous venez nous voir régulièrement.
00:20C'est une aubaine, la guerre en Iran, pour la Russie ?
00:22Oui, ça pourrait l'être effectivement, mais on reste prudent à Moscou, autant qu'on sache.
00:27Et on attend de voir si ça va durer effectivement, cette hausse des prix du pétrole.
00:32Mais évidemment, c'est très important.
00:35Ça dit, pour le moment, c'est encore un peu tôt pour le dire.
00:37D'abord, parce qu'évidemment, le pétrole qui se vend encore, même si là ça se termine,
00:42il avait fait l'objet de contrats il y a plusieurs semaines.
00:45Donc on est encore dans ces contrats où le pétrole était vendu à un prix très faible.
00:50On était dans les 60 dollars, quelque chose comme ça.
00:53Plus la décote pour le dollar russe, qui était de l'ordre de 12-15 dollars par baril, à peu
01:00près.
01:00Aujourd'hui, la décote a baissé.
01:02Elle est autour de 5%, je crois.
01:05Donc c'est mieux, effectivement.
01:07Mais ça va prendre un petit peu de temps si toutefois les coûts restent très hauts.
01:11Donc prudence à Moscou.
01:13Par ailleurs aussi, les rentrées d'argent sont assez faibles, parce qu'il y a des taxes.
01:16Et donc des économistes ont compté à peu près que, en fait, pour chaque 10 dollars d'augmentation du baril,
01:24ça rapporte chaque mois quelque chose comme 1,6 milliard de dollars.
01:28Donc vous voyez, ça a augmenté de 40 dollars environ.
01:31Donc on est plutôt dans les 6-7 milliards par mois, ce qui n'est pas rien, évidemment.
01:35Et ce n'est pas non plus absolument un changement de volume, en fait.
01:42Comment vous qualifiez-vous la Russie vis-à-vis de l'Iran ?
01:46Vous dites que c'est un allié, c'est quelqu'un sur lequel l'Iran peut s'appuyer ?
01:50Souvent, oui, absolument.
01:52Mais c'est plutôt un partenaire stratégique, disons.
01:54Il y a toujours eu une longue histoire entre la Russie et l'Iran.
01:58Il faut toujours souvenir que l'URSS avait même occupé tout le nord de l'Iran à une époque.
02:02Donc il y a une relation quand même de méfiance, on va dire, historique, en quelque sorte,
02:06même si elle était très bonne.
02:07Et c'était des partenaires, notamment dans ce monde actuel où il y a une multipolarisation du monde
02:13qui n'est plus dominée que par un seul acteur, les États-Unis.
02:17Et aussi, donc voilà, on a ce partenariat très fort, effectivement.
02:23Mais la Russie a d'autres enjeux aujourd'hui à traiter.
02:28Et donc ça l'oblige à être plutôt négligent vis-à-vis de son partenaire.
02:31Et Anaïsa ?
02:31La conséquence de cette négligence, c'est que la Russie pourrait se retrouver bien seule dans pas très longtemps
02:36si le régime des Molas tombe ou même si le régime des Molas est très affaibli
02:39et donc ne peut plus aider son allié.
02:41Oui, effectivement. Alors seul, non, parce qu'il y a d'autres partenaires très importants.
02:44Ce qui caractérise notre époque, c'est véritablement de défier,
02:48de faire en sorte que le monde ne soit plus simplement dirigé par l'Occident,
02:53essentiellement par les États-Unis d'ailleurs, mais aussi l'Europe.
02:56Après tout, on voit que les attaques contre l'Europe montrent bien que l'Europe est un danger,
03:00quelque chose que beaucoup d'acteurs veulent prévenir, mais elle a d'autres partenaires.
03:05En revanche, vous avez raison, mais ce qui est très important aussi pour M. Poutine,
03:09notamment, ça fait vraiment partie de sa manière de fonctionner,
03:12ça a toujours été d'être un bon partenaire pour les partenaires, c'était le Venezuela, etc.
03:17Aujourd'hui, la situation est beaucoup plus difficile, on a un M. Trump qui bouscule le monde,
03:21et on a aussi une Russie qui est enfermée, presque embourbée dans la question ukrainienne.
03:29Et on sait, par exemple, pour ce qui est du Venezuela, qu'il y avait, on le sait par une
03:34conseillère,
03:34une ancienne conseillère de M. Trump, par exemple, qu'au fond, les Russes étaient prêts à abandonner le Venezuela,
03:39ce qui n'est pas du tout dans les habitudes de M. Poutine, en échange d'un soutien sur la
03:43question ukrainienne.
03:44Donc on peut voir aussi si ce n'est pas de ça dont il pourrait être question en Iran,
03:47mais là, on est trop au cœur de cette guerre pour que les choses changent probablement.
03:51Ça reste le dossier majeur, évidemment, l'Ukraine pour la Russie.
03:54Vous dites embourbée. On a eu une attaque, là, ces derniers jours, l'une des plus grandes.
04:00Ça s'est aussi soldé par beaucoup de pertes du côté russe, avec des envois de drones ukrainiens-russes.
04:06On en est où, là, clairement ? On ne parle plus du tout de négociations de paix ?
04:10C'est complètement enterré ?
04:12Probablement pas. Ça restera un objectif de M. Trump, qui restait quand même celui qui essayait d'obtenir une paix.
04:20Donc on peut imaginer qu'il va y revenir, mais pour le moment, il est très occupé avec autre chose.
04:24Et Dieu sait combien ça va durer, cette guerre en Iran.
04:28Mais donc oui, sur le front, en ce moment, les choses sont plutôt même inversées.
04:33Notamment parce que la Russie, c'est peut-être pas la seule raison,
04:35mais notamment parce que la Russie n'a plus accès au satellite Starlink d'Elon Musk,
04:41qui a changé...
04:42Ça, c'est un changement majeur.
04:43C'est un changement majeur, absolument.
04:44Et cette absence de renseignement, disons, fait que ça a permis à l'Ukraine de reprendre l'initiative,
04:49de regrignoter du territoire, de restabiliser le front.
04:53Et là aussi, on ne sait pas combien de temps ça va durer.
04:55C'est un vrai changement, effectivement.
04:57Donc la Russie recule aujourd'hui ?
04:59Plutôt. Enfin, ça reste de l'ordre du grignotage.
05:01Mais effectivement, elle subit, comme vous le disiez, des attaques sur son territoire très importantes.
05:07Annalisa ?
05:08Pour tenir ce rythme de guerre, il y a aussi la question du recrutement.
05:11On estime aujourd'hui que la Russie aurait besoin de recruter 30 000 soldats par mois,
05:15juste pour combler les pertes.
05:17Est-ce que c'est possible ? Est-ce que Poutine a les bras, tout simplement ?
05:20C'est un vrai problème.
05:22C'est un vrai problème depuis le début, d'ailleurs.
05:23Le recrutement, la mobilisation, la Russie n'a jamais pu, par exemple, mobiliser,
05:27souvenez-vous, en septembre 2022, au niveau où elle le souhaitait.
05:31C'était une sorte de semi-mobilisation.
05:35Donc c'est un vrai problème, parce qu'il n'y a pas une adhésion très forte,
05:38en réalité morale, si je puis dire, de la population russe à la guerre.
05:42Donc ça fait partie, effectivement, de l'équation.
05:44C'est absolument central.
05:45Et elle y parvient, semble-t-il.
05:47C'est une des autres raisons, outre l'absence désormais d'informations,
05:52d'intelligence fournie par les Starlink.
05:55Aussi, un vrai problème de mobilisation, au sens, pas juridique du terme,
06:01mais d'arriver à amener des gens à signer des contrats pour les emmener sur le front.
06:05C'est un vrai problème, effectivement.
06:07Aujourd'hui, on voit les Ukrainiens donner des conseils sur la question des drones.
06:10On a vu des émissaires envoyés.
06:12Il y a une vraie compétence industrielle désormais.
06:15À quel point ils arrivent aujourd'hui à envoyer des drones vis-à-vis de la Russie ?
06:19On a eu 400 drones sur un port au nord-ouest de la Russie.
06:22C'est très fréquent.
06:24Ça devient vraiment une menace massive pour la Russie ?
06:26Ce n'est pas quotidien.
06:27Ce n'est pas hebdomadaire.
06:29Je crois que ça reste de l'ordre de certaines opérations,
06:31aussi pour montrer que la Russie peut perdre.
06:33C'est très important, psychologiquement, si je puis dire,
06:35pour envoyer ce message au monde,
06:37que l'Ukraine peut faire des coups régulièrement,
06:40pas une fois par an seulement.
06:42On se souvient de cette opération très loin, en Sibérie, par exemple.
06:47Avec des drones qui avaient été emmenés par camion.
06:48Absolument.
06:49Qui avaient été installés sur place.
06:50Donc, ils montrent vraiment une capacité comme ça d'aller déstabiliser la Russie.
06:54Ça, ça reste très important.
06:56Mais, bon, voilà, ce n'est pas non plus le quotidien.
06:59Mais ça montre cette capacité de l'Ukraine à résister à la Russie.
07:04Ça montre aussi combien peut être puissante
07:06le fait d'avoir une vraie industrie autour du drone.
07:08Et c'est tout l'enjeu, ou c'est l'essentiel, on va dire,
07:11de l'enjeu de la relation avec les Européens aujourd'hui.
07:14Puisqu'effectivement, même si l'Ukraine est démographiquement, économiquement,
07:19beaucoup plus faible que la Russie, mais elle étonne tout le monde, elle résiste.
07:23Et puis, avec l'Europe derrière qui, elle, est très riche, beaucoup plus riche que la Russie,
07:26on peut imaginer que si une industrie de drones se mettait véritablement en place,
07:33eh bien l'Ukraine serait capable tout à fait de stabiliser le front
07:37et de monter le coût de la guerre pour la Russie.
07:40Ce qui se passe plus ou moins en ce moment.
07:42Merci beaucoup, Régis Chanté, d'être venu ce matin dans la Matinat de l'économie.
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