00:00Retour dans le détroit d'Hormuz avec ce matin les menaces autour de minages par les Iraniens.
00:05Les Etats-Unis ont annoncé qu'ils avaient détruit 16 bateaux qui étaient en train de déposer des mines.
00:10Images à l'appui. On en parle ce matin avec Sébastien Abyss.
00:13Bonjour, directeur du club Déméter, chercheur associé à l'Iris.
00:16On parle beaucoup du gaz, du pétrole, de ce qui doit sortir du détroit d'Hormuz.
00:20Mais alors s'il n'y a rien qui sort, il n'y a rien qui rentre non plus.
00:23Et là il y a une question notamment autour des questions alimentaires dans les pays du Golfe.
00:28Qu'est-ce qui devrait rentrer aujourd'hui et qui ne peut pas atteindre sa cible, Sébastien ?
00:34Bonjour, tout à fait. En fait, il faut bien comprendre que ce détroit, il y a de l'énergie qui
00:38sort.
00:38Et on va peut-être en parler sur les conséquences aussi sur les prix de l'alimentation en Europe en
00:42cascade.
00:43Mais ne pas oublier que les flux maritimes sont dans les deux sens.
00:46Le détroit d'Hormuz, c'est 0,1% de l'océan mondial. C'est tout petit, c'est très
00:50étroit.
00:51Et en fait, pour les huit États riverains du Golfe Persique, nous avons des grandes dépendances structurelles,
00:56dont l'alimentaire. Ces pays ne produisent quasiment rien, c'est du désert.
00:59Ils n'ont pas d'eau, là aussi, parlons-en un peu.
01:02Mais ils importent beaucoup de céréales. Ce sont des grands consommateurs de céréales.
01:06Ils importent aussi des produits laitiers, des produits animaux.
01:09Bref, ils sont très dépendants du marché mondial. Ils ont différents fournisseurs.
01:12Et évidemment, ces bateaux qui ne rentrent pas comme d'habitude, avec ce détroit bloqué,
01:18peuvent potentiellement menacer ces pays si la crise s'éternise ou s'intensifie.
01:23Sachant qu'évidemment, on peut amener des choses par voie aérienne.
01:27Mais comme toujours, le trafic maritime est toujours plus facile,
01:30parce qu'on met des grands volumes et le coût est beaucoup plus bas que le cargo aérien.
01:35Annalisa ?
01:36Il y a des conséquences sur les engrais aussi, qui ont des effets sur le reste du monde.
01:42En fait, quasiment la totalité de la planète est dépendante des engrais.
01:45Oui, parce qu'en fait, alors là, c'est ce qui sort.
01:47C'est qu'on a besoin d'abord, pétrole et gaz, c'est hyper important pour les productions agricoles dans
01:53le monde.
01:53On a besoin de carburant dans les tracteurs.
01:55On a besoin de pétrole et de gaz pour faire fonctionner un certain nombre de sites industriels
01:59et d'industries agroalimentaires dans le monde.
02:01Donc, tout renchérissement du prix de l'énergie a des conséquences, en fait,
02:05sur la compétitivité de ces acteurs économiques
02:07et sur cette chaîne importante d'activités économiques partout sur la planète.
02:11Évidemment, quand vous êtes en Europe, vous avez en plus une dépendance aux engrais.
02:14Les engrais azotés, notamment, qui sortent principalement du Golfe Persique.
02:17Pour faire des engrais azotés, il faut du gaz.
02:19En gros, on avait un grand fournisseur qui était la Russie et la Biélorussie.
02:23On se passe de ces engrais azotés depuis quatre ans avec l'invasion à grande échelle de l'Ukraine,
02:27les sanctions que l'Europe a mises sur la Russie.
02:30Et donc, on comptait de plus en plus sur les engrais azotés aussi du Golfe Persique,
02:34notamment parce que le Qatar est un grand acteur gazier.
02:37Mais l'Iran fait aussi beaucoup de production d'engrais azotés.
02:40Et donc, nous avons moins d'engrais azotés aujourd'hui qui peuvent se balader sur la planète,
02:44sauf depuis les États-Unis, qui en font un peu parce que c'est un acteur gazier important.
02:49Et on voit bien que l'économie américaine entre l'Ukraine et le Golfe Persique,
02:55vis-à-vis du besoin européen, c'est vrai que l'économie américaine marque des points.
03:01On voit tout de suite la Russie qui répond, on a du pétrole disponible,
03:05on peut aussi vous enlever les sanctions.
03:06Nous, on en voit, il n'y a pas de problème, même vis-à-vis des Européens.
03:10Est-ce que vous avez calculé à peu près quel impact ça a ?
03:13Combien de jours du détroit d'Hormuz on peut avoir de bloqués ?
03:17Et quel impact ça peut avoir sur les pays, notamment, qui ont besoin de ces engrais ?
03:22Il y a les deux dynamiques, c'est-à-dire, en effet, les flux entrants et les flux sortants.
03:26Ce qui est d'abord à rappeler, c'est le risque sur place.
03:30On a entendu ces dernières heures qu'il y avait peut-être des mines flottantes qui étaient posées.
03:34Bon, là, on bloque définitivement et pour un temps le trafic parce qu'il faut les retrouver.
03:40C'est instable et on l'a, les compagnies d'assurance qui sont déjà ne plus qu'offrir le trafic.
03:45Il faut rappeler, le détroit, il n'est pas techniquement fermé.
03:48Il est juste totalement dissuadé.
03:50Et on a un peu de cas par cas avec, visiblement, quelques bateaux chinois qui sont correctement accompagnés
03:54parce que la Chine, silencieusement, est quand même très présente dans ce dossier.
03:59et notamment pour les besoins énergétiques.
04:01Après, évidemment, on peut avoir aussi, si une attaque touche un tanqueur demain,
04:07une marée noire dans cette zone serait une catastrophe environnementale,
04:09mais aussi sur le dessalement de l'eau de mer,
04:12puisqu'on sait que l'eau potable consommée dans cette région du Golfe Persique,
04:16pour beaucoup, vient aussi du dessalement de l'eau de mer.
04:18Donc ça, il ne faut pas le sous-estimer sur place.
04:20Il y a un porte-conteneur qui a été touché cette nuit.
04:21Et un porte-conteneur qui est touché, on voit bien tous les effets que ça peut faire sur le commerce
04:26maritime mondial.
04:27Mais un pétrolier qui se déverse, c'est terrible pour l'ensemble de la région.
04:30Ah oui, bien sûr, ce serait un vrai sujet sur l'eau potable
04:33qui vient principalement du dessalement de l'eau de mer dans cette zone.
04:37Il faut comprendre que les États du Golfe Persique ont fait leur richesse grâce au pétrole et au gaz,
04:41mais ont leur faiblesse stratégique autour de l'eau et de la nourriture,
04:45si en fait on schématise la situation.
04:47Mais au niveau mondial, par rapport à votre question, évidemment, si cette crise dure et qu'Ormuz est fermée,
04:52il y aura une vraie cascade par rapport à l'énergie.
04:56On sait que les matières premières suivent un peu l'évolution des cours en fonction du pétrole notamment.
05:02Et donc si ce pétrole reste haut ou continue à augmenter indépendamment des déclarations du président des États-Unis,
05:09nous aurons un renchérissement des coûts de production,
05:11que ce soit sur l'activité agricole, une exploitation pour un agriculteur,
05:14ces engrais évidemment, qui suivent aussi ces évolutions de prix, plus l'industrie agroalimentaire.
05:20Et donc quand on sait qu'en Europe, on n'a pas beaucoup d'énergie, vous en parliez précédemment,
05:24et en plus on n'a pas beaucoup d'engrais,
05:26et qu'on a aujourd'hui une compétitivité prise sur le plan agricole et agroalimentaire
05:30qui est très faible, voire très déficiente par rapport à une partie du monde,
05:34on peut avoir deux scénarios, soit un affaiblissement du nombre d'agriculteurs demain en Europe,
05:40déjà ils vieillissent, et un affaiblissement de la compétitivité des entreprises agroalimentaires européennes,
05:46et par ailleurs, le sujet de l'inflation alimentaire qui revient pour les consommateurs,
05:50et donc on sait que le prix à la pompe est un point sensible.
05:52On sait aussi que le citoyen en Europe, il est hypersensible à l'inflation alimentaire,
05:56parce qu'encore une fois, c'est une dépense du quotidien.
05:59Annalisa, à part l'Europe, quelles sont à votre avis les zones les plus impactées
06:02par cette fermeture du détroit d'Hormuz ?
06:04Bon, de très loin, la Chine, on l'évoquait, la Chine a besoin du pétrole iranien,
06:08mais plus largement du pétrole et du gaz qui viennent de cet espace,
06:11donc la Chine n'est pas absente, contrairement à ce que l'on peut penser depuis 10-15 jours,
06:15elle s'active en coulisses, d'autant qu'elle avait quand même rabiboché les Iraniens, les Saoudiens,
06:19il y a trois ans, donc la diplomatie chinoise est beaucoup plus présente qu'avant,
06:22et son économie et ses besoins énergétiques proviennent de cet espace-là,
06:26donc bien sûr, la Chine, l'Inde a besoin d'engrais qui proviennent aussi de cet espace-là,
06:31et l'Inde exporte aussi, par exemple, beaucoup de produits sucriers, du riz dans cet espace-là,
06:37donc l'Inde a ne pas sous-estimer, bref, les nations asiatiques, surtout pas sous-estimer cela,
06:42et puis je voudrais quand même ajouter le fait qu'il y a un effet géographique en cascade aussi,
06:48pour le coup, parce que ce trafic maritime à Hormuz qui est bloqué dissuade aussi encore beaucoup
06:53le passage en mer rouge, parce qu'il y a toujours le risque outil qui est réactivé,
06:57et il y a quand même moins de trafic depuis deux ans à Suez, au canal de Suez,
07:02qui permet de passer de mer rouge à mer Méditerranée,
07:05moins de passage à Suez, c'est moins de revenus pour l'Égypte,
07:08le canal de Suez est payant, contrairement au Détroit où on passe gratuitement,
07:12à Hormuz on passe gratuitement,
07:14Suez est payant, c'est le poste principal de revenus de l'État égyptien,
07:19l'économie égyptienne n'est pas en forme olympique depuis des années,
07:22moins de trafic maritime, moins de passage à Suez,
07:25c'est moins de revenus pour l'Égypte, et l'Égypte qui doit faire des réformes parfois structurelles,
07:29comme par exemple les subventions alimentaires qui sont rabotées depuis quelques années.
07:32Mais vous ne pensez pas qu'il pourrait y avoir plus de passage à Suez,
07:35justement avec des bateaux qui partiraient de l'autre côté de l'Arabie saoudite,
07:38et qui remontraient ou redescendraient ?
07:41Ce qu'on observe sur le temps long, et c'est là où il faut regarder un peu le temps
07:44long,
07:44c'est que maintenant depuis deux ans, deux ans et demi,
07:46avec cette crise au Moyen-Orient qui s'intensifie, avec ses à-coups,
07:49ces risques de passage à Bab el-Mandeb,
07:51avec le Yémen et la milice outil pro-iranienne,
07:54nous avons un trafic à Suez qui a quand même diminué,
07:56et donc nous avons quand même de nombreuses compagnies maritimes mondiales
07:59qui aujourd'hui considèrent que passer par Bonne Espérance au sud de l'Afrique,
08:02finalement c'est dérisquer un peu les choses.
08:04Évidemment, c'est plus long, c'est plus cher,
08:06ça dépense plus en énergie,
08:08mais si vous voulez, à partir du moment où les risques géopolitiques aujourd'hui sont nombreux,
08:12et en plus on a des incertitudes sur la situation,
08:15parce qu'on peut prendre un missile, un drone,
08:17ou qu'il y a des mines flottantes dans ces espaces,
08:19évidemment, ça dissuade les acteurs économiques.
08:21Merci beaucoup Sébastien Abyss d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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