Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 19 minutes
Ce mercredi 11 mars, Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur associé à l'IRIS, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur le blocage du détroit d’Ormuz, qui menace l’approvisionnement des pays du Golfe et paralyse le tiers du commerce mondial d’engrais. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Retour dans le détroit d'Hormuz avec ce matin les menaces autour de minages par les Iraniens.
00:05Les Etats-Unis ont annoncé qu'ils avaient détruit 16 bateaux qui étaient en train de déposer des mines.
00:10Images à l'appui. On en parle ce matin avec Sébastien Abyss.
00:13Bonjour, directeur du club Déméter, chercheur associé à l'Iris.
00:16On parle beaucoup du gaz, du pétrole, de ce qui doit sortir du détroit d'Hormuz.
00:20Mais alors s'il n'y a rien qui sort, il n'y a rien qui rentre non plus.
00:23Et là il y a une question notamment autour des questions alimentaires dans les pays du Golfe.
00:28Qu'est-ce qui devrait rentrer aujourd'hui et qui ne peut pas atteindre sa cible, Sébastien ?
00:34Bonjour, tout à fait. En fait, il faut bien comprendre que ce détroit, il y a de l'énergie qui
00:38sort.
00:38Et on va peut-être en parler sur les conséquences aussi sur les prix de l'alimentation en Europe en
00:42cascade.
00:43Mais ne pas oublier que les flux maritimes sont dans les deux sens.
00:46Le détroit d'Hormuz, c'est 0,1% de l'océan mondial. C'est tout petit, c'est très
00:50étroit.
00:51Et en fait, pour les huit États riverains du Golfe Persique, nous avons des grandes dépendances structurelles,
00:56dont l'alimentaire. Ces pays ne produisent quasiment rien, c'est du désert.
00:59Ils n'ont pas d'eau, là aussi, parlons-en un peu.
01:02Mais ils importent beaucoup de céréales. Ce sont des grands consommateurs de céréales.
01:06Ils importent aussi des produits laitiers, des produits animaux.
01:09Bref, ils sont très dépendants du marché mondial. Ils ont différents fournisseurs.
01:12Et évidemment, ces bateaux qui ne rentrent pas comme d'habitude, avec ce détroit bloqué,
01:18peuvent potentiellement menacer ces pays si la crise s'éternise ou s'intensifie.
01:23Sachant qu'évidemment, on peut amener des choses par voie aérienne.
01:27Mais comme toujours, le trafic maritime est toujours plus facile,
01:30parce qu'on met des grands volumes et le coût est beaucoup plus bas que le cargo aérien.
01:35Annalisa ?
01:36Il y a des conséquences sur les engrais aussi, qui ont des effets sur le reste du monde.
01:42En fait, quasiment la totalité de la planète est dépendante des engrais.
01:45Oui, parce qu'en fait, alors là, c'est ce qui sort.
01:47C'est qu'on a besoin d'abord, pétrole et gaz, c'est hyper important pour les productions agricoles dans
01:53le monde.
01:53On a besoin de carburant dans les tracteurs.
01:55On a besoin de pétrole et de gaz pour faire fonctionner un certain nombre de sites industriels
01:59et d'industries agroalimentaires dans le monde.
02:01Donc, tout renchérissement du prix de l'énergie a des conséquences, en fait,
02:05sur la compétitivité de ces acteurs économiques
02:07et sur cette chaîne importante d'activités économiques partout sur la planète.
02:11Évidemment, quand vous êtes en Europe, vous avez en plus une dépendance aux engrais.
02:14Les engrais azotés, notamment, qui sortent principalement du Golfe Persique.
02:17Pour faire des engrais azotés, il faut du gaz.
02:19En gros, on avait un grand fournisseur qui était la Russie et la Biélorussie.
02:23On se passe de ces engrais azotés depuis quatre ans avec l'invasion à grande échelle de l'Ukraine,
02:27les sanctions que l'Europe a mises sur la Russie.
02:30Et donc, on comptait de plus en plus sur les engrais azotés aussi du Golfe Persique,
02:34notamment parce que le Qatar est un grand acteur gazier.
02:37Mais l'Iran fait aussi beaucoup de production d'engrais azotés.
02:40Et donc, nous avons moins d'engrais azotés aujourd'hui qui peuvent se balader sur la planète,
02:44sauf depuis les États-Unis, qui en font un peu parce que c'est un acteur gazier important.
02:49Et on voit bien que l'économie américaine entre l'Ukraine et le Golfe Persique,
02:55vis-à-vis du besoin européen, c'est vrai que l'économie américaine marque des points.
03:01On voit tout de suite la Russie qui répond, on a du pétrole disponible,
03:05on peut aussi vous enlever les sanctions.
03:06Nous, on en voit, il n'y a pas de problème, même vis-à-vis des Européens.
03:10Est-ce que vous avez calculé à peu près quel impact ça a ?
03:13Combien de jours du détroit d'Hormuz on peut avoir de bloqués ?
03:17Et quel impact ça peut avoir sur les pays, notamment, qui ont besoin de ces engrais ?
03:22Il y a les deux dynamiques, c'est-à-dire, en effet, les flux entrants et les flux sortants.
03:26Ce qui est d'abord à rappeler, c'est le risque sur place.
03:30On a entendu ces dernières heures qu'il y avait peut-être des mines flottantes qui étaient posées.
03:34Bon, là, on bloque définitivement et pour un temps le trafic parce qu'il faut les retrouver.
03:40C'est instable et on l'a, les compagnies d'assurance qui sont déjà ne plus qu'offrir le trafic.
03:45Il faut rappeler, le détroit, il n'est pas techniquement fermé.
03:48Il est juste totalement dissuadé.
03:50Et on a un peu de cas par cas avec, visiblement, quelques bateaux chinois qui sont correctement accompagnés
03:54parce que la Chine, silencieusement, est quand même très présente dans ce dossier.
03:59et notamment pour les besoins énergétiques.
04:01Après, évidemment, on peut avoir aussi, si une attaque touche un tanqueur demain,
04:07une marée noire dans cette zone serait une catastrophe environnementale,
04:09mais aussi sur le dessalement de l'eau de mer,
04:12puisqu'on sait que l'eau potable consommée dans cette région du Golfe Persique,
04:16pour beaucoup, vient aussi du dessalement de l'eau de mer.
04:18Donc ça, il ne faut pas le sous-estimer sur place.
04:20Il y a un porte-conteneur qui a été touché cette nuit.
04:21Et un porte-conteneur qui est touché, on voit bien tous les effets que ça peut faire sur le commerce
04:26maritime mondial.
04:27Mais un pétrolier qui se déverse, c'est terrible pour l'ensemble de la région.
04:30Ah oui, bien sûr, ce serait un vrai sujet sur l'eau potable
04:33qui vient principalement du dessalement de l'eau de mer dans cette zone.
04:37Il faut comprendre que les États du Golfe Persique ont fait leur richesse grâce au pétrole et au gaz,
04:41mais ont leur faiblesse stratégique autour de l'eau et de la nourriture,
04:45si en fait on schématise la situation.
04:47Mais au niveau mondial, par rapport à votre question, évidemment, si cette crise dure et qu'Ormuz est fermée,
04:52il y aura une vraie cascade par rapport à l'énergie.
04:56On sait que les matières premières suivent un peu l'évolution des cours en fonction du pétrole notamment.
05:02Et donc si ce pétrole reste haut ou continue à augmenter indépendamment des déclarations du président des États-Unis,
05:09nous aurons un renchérissement des coûts de production,
05:11que ce soit sur l'activité agricole, une exploitation pour un agriculteur,
05:14ces engrais évidemment, qui suivent aussi ces évolutions de prix, plus l'industrie agroalimentaire.
05:20Et donc quand on sait qu'en Europe, on n'a pas beaucoup d'énergie, vous en parliez précédemment,
05:24et en plus on n'a pas beaucoup d'engrais,
05:26et qu'on a aujourd'hui une compétitivité prise sur le plan agricole et agroalimentaire
05:30qui est très faible, voire très déficiente par rapport à une partie du monde,
05:34on peut avoir deux scénarios, soit un affaiblissement du nombre d'agriculteurs demain en Europe,
05:40déjà ils vieillissent, et un affaiblissement de la compétitivité des entreprises agroalimentaires européennes,
05:46et par ailleurs, le sujet de l'inflation alimentaire qui revient pour les consommateurs,
05:50et donc on sait que le prix à la pompe est un point sensible.
05:52On sait aussi que le citoyen en Europe, il est hypersensible à l'inflation alimentaire,
05:56parce qu'encore une fois, c'est une dépense du quotidien.
05:59Annalisa, à part l'Europe, quelles sont à votre avis les zones les plus impactées
06:02par cette fermeture du détroit d'Hormuz ?
06:04Bon, de très loin, la Chine, on l'évoquait, la Chine a besoin du pétrole iranien,
06:08mais plus largement du pétrole et du gaz qui viennent de cet espace,
06:11donc la Chine n'est pas absente, contrairement à ce que l'on peut penser depuis 10-15 jours,
06:15elle s'active en coulisses, d'autant qu'elle avait quand même rabiboché les Iraniens, les Saoudiens,
06:19il y a trois ans, donc la diplomatie chinoise est beaucoup plus présente qu'avant,
06:22et son économie et ses besoins énergétiques proviennent de cet espace-là,
06:26donc bien sûr, la Chine, l'Inde a besoin d'engrais qui proviennent aussi de cet espace-là,
06:31et l'Inde exporte aussi, par exemple, beaucoup de produits sucriers, du riz dans cet espace-là,
06:37donc l'Inde a ne pas sous-estimer, bref, les nations asiatiques, surtout pas sous-estimer cela,
06:42et puis je voudrais quand même ajouter le fait qu'il y a un effet géographique en cascade aussi,
06:48pour le coup, parce que ce trafic maritime à Hormuz qui est bloqué dissuade aussi encore beaucoup
06:53le passage en mer rouge, parce qu'il y a toujours le risque outil qui est réactivé,
06:57et il y a quand même moins de trafic depuis deux ans à Suez, au canal de Suez,
07:02qui permet de passer de mer rouge à mer Méditerranée,
07:05moins de passage à Suez, c'est moins de revenus pour l'Égypte,
07:08le canal de Suez est payant, contrairement au Détroit où on passe gratuitement,
07:12à Hormuz on passe gratuitement,
07:14Suez est payant, c'est le poste principal de revenus de l'État égyptien,
07:19l'économie égyptienne n'est pas en forme olympique depuis des années,
07:22moins de trafic maritime, moins de passage à Suez,
07:25c'est moins de revenus pour l'Égypte, et l'Égypte qui doit faire des réformes parfois structurelles,
07:29comme par exemple les subventions alimentaires qui sont rabotées depuis quelques années.
07:32Mais vous ne pensez pas qu'il pourrait y avoir plus de passage à Suez,
07:35justement avec des bateaux qui partiraient de l'autre côté de l'Arabie saoudite,
07:38et qui remontraient ou redescendraient ?
07:41Ce qu'on observe sur le temps long, et c'est là où il faut regarder un peu le temps
07:44long,
07:44c'est que maintenant depuis deux ans, deux ans et demi,
07:46avec cette crise au Moyen-Orient qui s'intensifie, avec ses à-coups,
07:49ces risques de passage à Bab el-Mandeb,
07:51avec le Yémen et la milice outil pro-iranienne,
07:54nous avons un trafic à Suez qui a quand même diminué,
07:56et donc nous avons quand même de nombreuses compagnies maritimes mondiales
07:59qui aujourd'hui considèrent que passer par Bonne Espérance au sud de l'Afrique,
08:02finalement c'est dérisquer un peu les choses.
08:04Évidemment, c'est plus long, c'est plus cher,
08:06ça dépense plus en énergie,
08:08mais si vous voulez, à partir du moment où les risques géopolitiques aujourd'hui sont nombreux,
08:12et en plus on a des incertitudes sur la situation,
08:15parce qu'on peut prendre un missile, un drone,
08:17ou qu'il y a des mines flottantes dans ces espaces,
08:19évidemment, ça dissuade les acteurs économiques.
08:21Merci beaucoup Sébastien Abyss d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations