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  • il y a 6 jours
Ce vendredi 5 juin, Régis Genté, journaliste et écrivain spécialiste de la Russie, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils parlent des élections législatives en Arménie et de la question de désinformation. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Bonjour, vous êtes journaliste et écrivain spécialiste de la Russie, je rappelle votre dernier ouvrage
00:04Notre homme à Washington, Trump dans les mains des Russes, c'est aux éditions Grasset.
00:09Il y a une sorte de laboratoire en Arménie pour la Russie aujourd'hui, qu'est-ce qui se joue
00:14exactement ?
00:15Oui c'est la même histoire depuis très longtemps, depuis que M. Poutine est au pouvoir,
00:19il veut vraiment reprendre le contrôle de ce qu'ont été les républiques soviétiques
00:22et ce qu'il appelle l'étranger proche, qui est une manière de dire que c'est sa sphère d
00:27'influence,
00:28privilégiée, la première guerre que M. Poutine a faite à l'extérieur des frontières russes,
00:32avant il y avait la guerre en Tchétchénie, ça c'était interne, c'était en Géorgie, le voisin de l
00:37'Arménie
00:38et c'était pour moi le début de la guerre en Ukraine, en réalité c'est la même chose,
00:41donc c'est vraiment une sorte de guerre post-coloniale où vraiment on essaie de contrôler tout cet espace
00:46et les tensions aujourd'hui autour de l'Arménie qui sont, je crois, beaucoup déclaratoires pour le moment
00:51parce que la Russie n'est probablement pas en mesure d'agir militairement ou autre,
00:55et c'est déjà extrêmement compliqué pour la Russie en Ukraine,
00:59mais ce sont des tensions qui sont liées à cela pour dire aux Arméniens, restez dans notre giron.
01:04Annalisa, il y a deux candidats aujourd'hui avec une influence potentielle sur celui qui est déjà au pouvoir.
01:10Oui, il y a le Premier ministre actuel, Nicole Pachinian, qui est dans les sondages à 32% à peu
01:16près,
01:16et son adversaire qui est Samuel Karapétian, qui est un homme d'affaires russo-arménien,
01:21russo d'origine arménienne, qui est lui plutôt soutenu par la Russie.
01:24Il est crédité de 7% pour l'instant dans les sondages.
01:27On sait que ces sondages ne sont pas toujours fiables puisqu'il n'y a pas énormément de réponses.
01:31Qu'est-ce que vous en pensez ?
01:32Oui, ça c'est vrai. Ce que j'en pense, c'est que si on regarde le long terme,
01:36moi j'avais couvert notamment la révolution de velours qui amène Pachinian au pouvoir,
01:41avec un très fort soutien populaire à l'époque.
01:44À l'époque, je me souviens que les...
01:46Alors c'était assez confidentiel, mais que la Russie travaillait pour essayer d'installer Karapétian,
01:51ou instrumentaliser ce Karapétian pour pouvoir éviter l'arrivée de ce Premier ministre,
01:58ou ce futur Premier ministre à l'époque, comme étant un homme qui n'était pas un homme des Russes
02:02en réalité.
02:02Sans forcément être pro-européen, mais en tout cas c'est quelqu'un dont on sentait qu'il voulait s
02:06'en affranchir
02:07et qu'il allait se débarrasser de toute la classe tenue par les Russes, si je puis dire, en Arménie.
02:13Donc ce sont des sondages qui sont plutôt crédibles, mais bon, on verra effectivement quel est le résultat.
02:19Crédibles parce qu'en fait Pachinian a beaucoup perdu,
02:22notamment du fait de la perte de cette région qui s'appelle le Haut-Karabakh en 2020,
02:26mais chacun a compris que ce n'était pas forcément sa responsabilité
02:30et que c'était largement aussi la position des autres, de ses adversaires d'ailleurs,
02:34qui avait conduit à cette guerre.
02:37Donc il n'est pas tenu pour responsable.
02:38Et puis surtout les Arméniens d'Arménie regardent d'abord leur porte-monnaie
02:41avant de regarder ces questions territoriales qui sont très importantes évidemment.
02:45Et Pachinian est quelqu'un qui a su parler aux Arméniens en leur disant
02:48qu'ils s'occupaient de leur porte-monnaie, de leurs conditions de vie quotidiennes.
02:52Et son opposition est perçue avec raison comme étant extrêmement corrompue.
02:57Et donc la perte qu'il a pu avoir, lui, n'a pas profité l'adversaire.
03:01Donc je pense que ces sondages sont plutôt fiables.
03:03Mais encore une fois, effectivement, dans un pays comme ça, ce n'est pas évident à croire.
03:07Et quand on dit que Pachinian est pro-Trump, c'est une bonne évaluation ou pas ?
03:12Non, ce n'est pas vrai.
03:14C'est quelqu'un de pragmatique évidemment à ce stade.
03:17Trump, ça permet d'avoir un contrepoids de la Russie.
03:19Parce qu'on est vraiment dans un contexte post-colonial.
03:22Donc la Russie est très puissante.
03:23On sait ce qu'elle fait à ses voisins, à ses soi-disant frères.
03:28L'Arménie en est un très bon exemple.
03:30La Géorgie voisine en est un autre.
03:33Donc Trump a déboulé dans ce jeu, si j'ose dire, il y a quelques mois, l'été dernier,
03:38en faisant signer un accord de paix au sujet de cette question du Haut-Karabakh.
03:43Donc région reprise en 2020 et 2023 par l'Azerbaïdjan,
03:47alors qu'elle était de facto contrôlée par les Arméniens, disons.
03:52Il y a une histoire de corridor qui doit être tracée au sud du pays.
03:57Les Russes, en 2020, s'étaient arrangés pour en être un peu les maîtres d'œuvre.
04:02Et Trump est arrivé dans le jeu en disant, mais moi je peux le contrôler.
04:05Et ça a arrangé un peu tout le monde.
04:07Ça permettait de sortir les Russes du jeu.
04:09Donc c'est du jeu géopolitique, comme souvent dans le Caucase du Sud,
04:13qui est une petite région, mais très stratégique.
04:15Et comme, pour reprendre votre mot, c'est un laboratoire.
04:18C'est un vrai laboratoire géopolitique qui vaut toujours le coup de suivre,
04:21parce qu'on voit les acteurs du moment s'y placer en général.
04:25Avec des pressions économiques en fait.
04:28Parce que la Russie dit, si vous allez vers l'Union Européenne,
04:31je vous préviens, moi je romps mes liens économiques.
04:34Exactement, et c'est ce qu'elle fait tout le temps.
04:35Les Géorgiens, les Biélorusses, les Moldaves savent très bien
04:39que dès qu'il y a des tensions d'ordre géopolitique,
04:41on bannit les vins, le lait ou les produits agricoles.
04:45Et c'est exactement ce qui est en train de se passer en Arménie aujourd'hui.
04:48Annalisa ?
04:48Là, les Européens ont répondu aux pressions de la Russie.
04:51La Russie qui a imposé des restrictions sur les importations arméniennes.
04:54Les Européens ont répondu avec un plan d'aide économique
04:57qui est en préparation de 50 millions d'euros
04:59pour aider les Arméniens à faire face.
05:01Est-ce que c'est la bonne stratégie de la part des Européens ?
05:03Oui, sans doute. 50 millions, c'est vraiment très peu,
05:06même si l'Arménie est un petit pays de moins de 3 millions d'habitants.
05:10Mais pourquoi pas, oui, à condition d'être conséquent.
05:13Et surtout, c'est au niveau sécuritaire.
05:15On peut soutenir l'Arménie, et c'est ce que la France fait notamment.
05:20Mais derrière, il faut vraiment être sûr qu'on pourra les aider.
05:22Si à un moment donné, il y avait une déstabilisation,
05:25ce ne sera pas suffisant.
05:27Donc, l'Europe est présente.
05:29Il y a une volonté d'aider l'Arménie,
05:30de la percevoir comme un pays plutôt démocratique
05:33et qui, donc, doit être tiré du côté de l'Ouest, si j'ose dire.
05:38Mais j'ai l'impression que c'est plutôt velléitaire
05:41et de l'ordre de la déclaration, si je puis dire,
05:44plutôt que de la réalité des actes sur le terrain.
05:48Merci beaucoup, Résigeant.
05:49T'es venu ce matin dans la matinale de l'économie.
05:51Merci beaucoup, Résigeant.
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