00:00Bonjour, vous êtes journaliste et écrivain spécialiste de la Russie, je rappelle votre dernier ouvrage
00:04Notre homme à Washington, Trump dans les mains des Russes, c'est aux éditions Grasset.
00:09Il y a une sorte de laboratoire en Arménie pour la Russie aujourd'hui, qu'est-ce qui se joue
00:14exactement ?
00:15Oui c'est la même histoire depuis très longtemps, depuis que M. Poutine est au pouvoir,
00:19il veut vraiment reprendre le contrôle de ce qu'ont été les républiques soviétiques
00:22et ce qu'il appelle l'étranger proche, qui est une manière de dire que c'est sa sphère d
00:27'influence,
00:28privilégiée, la première guerre que M. Poutine a faite à l'extérieur des frontières russes,
00:32avant il y avait la guerre en Tchétchénie, ça c'était interne, c'était en Géorgie, le voisin de l
00:37'Arménie
00:38et c'était pour moi le début de la guerre en Ukraine, en réalité c'est la même chose,
00:41donc c'est vraiment une sorte de guerre post-coloniale où vraiment on essaie de contrôler tout cet espace
00:46et les tensions aujourd'hui autour de l'Arménie qui sont, je crois, beaucoup déclaratoires pour le moment
00:51parce que la Russie n'est probablement pas en mesure d'agir militairement ou autre,
00:55et c'est déjà extrêmement compliqué pour la Russie en Ukraine,
00:59mais ce sont des tensions qui sont liées à cela pour dire aux Arméniens, restez dans notre giron.
01:04Annalisa, il y a deux candidats aujourd'hui avec une influence potentielle sur celui qui est déjà au pouvoir.
01:10Oui, il y a le Premier ministre actuel, Nicole Pachinian, qui est dans les sondages à 32% à peu
01:16près,
01:16et son adversaire qui est Samuel Karapétian, qui est un homme d'affaires russo-arménien,
01:21russo d'origine arménienne, qui est lui plutôt soutenu par la Russie.
01:24Il est crédité de 7% pour l'instant dans les sondages.
01:27On sait que ces sondages ne sont pas toujours fiables puisqu'il n'y a pas énormément de réponses.
01:31Qu'est-ce que vous en pensez ?
01:32Oui, ça c'est vrai. Ce que j'en pense, c'est que si on regarde le long terme,
01:36moi j'avais couvert notamment la révolution de velours qui amène Pachinian au pouvoir,
01:41avec un très fort soutien populaire à l'époque.
01:44À l'époque, je me souviens que les...
01:46Alors c'était assez confidentiel, mais que la Russie travaillait pour essayer d'installer Karapétian,
01:51ou instrumentaliser ce Karapétian pour pouvoir éviter l'arrivée de ce Premier ministre,
01:58ou ce futur Premier ministre à l'époque, comme étant un homme qui n'était pas un homme des Russes
02:02en réalité.
02:02Sans forcément être pro-européen, mais en tout cas c'est quelqu'un dont on sentait qu'il voulait s
02:06'en affranchir
02:07et qu'il allait se débarrasser de toute la classe tenue par les Russes, si je puis dire, en Arménie.
02:13Donc ce sont des sondages qui sont plutôt crédibles, mais bon, on verra effectivement quel est le résultat.
02:19Crédibles parce qu'en fait Pachinian a beaucoup perdu,
02:22notamment du fait de la perte de cette région qui s'appelle le Haut-Karabakh en 2020,
02:26mais chacun a compris que ce n'était pas forcément sa responsabilité
02:30et que c'était largement aussi la position des autres, de ses adversaires d'ailleurs,
02:34qui avait conduit à cette guerre.
02:37Donc il n'est pas tenu pour responsable.
02:38Et puis surtout les Arméniens d'Arménie regardent d'abord leur porte-monnaie
02:41avant de regarder ces questions territoriales qui sont très importantes évidemment.
02:45Et Pachinian est quelqu'un qui a su parler aux Arméniens en leur disant
02:48qu'ils s'occupaient de leur porte-monnaie, de leurs conditions de vie quotidiennes.
02:52Et son opposition est perçue avec raison comme étant extrêmement corrompue.
02:57Et donc la perte qu'il a pu avoir, lui, n'a pas profité l'adversaire.
03:01Donc je pense que ces sondages sont plutôt fiables.
03:03Mais encore une fois, effectivement, dans un pays comme ça, ce n'est pas évident à croire.
03:07Et quand on dit que Pachinian est pro-Trump, c'est une bonne évaluation ou pas ?
03:12Non, ce n'est pas vrai.
03:14C'est quelqu'un de pragmatique évidemment à ce stade.
03:17Trump, ça permet d'avoir un contrepoids de la Russie.
03:19Parce qu'on est vraiment dans un contexte post-colonial.
03:22Donc la Russie est très puissante.
03:23On sait ce qu'elle fait à ses voisins, à ses soi-disant frères.
03:28L'Arménie en est un très bon exemple.
03:30La Géorgie voisine en est un autre.
03:33Donc Trump a déboulé dans ce jeu, si j'ose dire, il y a quelques mois, l'été dernier,
03:38en faisant signer un accord de paix au sujet de cette question du Haut-Karabakh.
03:43Donc région reprise en 2020 et 2023 par l'Azerbaïdjan,
03:47alors qu'elle était de facto contrôlée par les Arméniens, disons.
03:52Il y a une histoire de corridor qui doit être tracée au sud du pays.
03:57Les Russes, en 2020, s'étaient arrangés pour en être un peu les maîtres d'œuvre.
04:02Et Trump est arrivé dans le jeu en disant, mais moi je peux le contrôler.
04:05Et ça a arrangé un peu tout le monde.
04:07Ça permettait de sortir les Russes du jeu.
04:09Donc c'est du jeu géopolitique, comme souvent dans le Caucase du Sud,
04:13qui est une petite région, mais très stratégique.
04:15Et comme, pour reprendre votre mot, c'est un laboratoire.
04:18C'est un vrai laboratoire géopolitique qui vaut toujours le coup de suivre,
04:21parce qu'on voit les acteurs du moment s'y placer en général.
04:25Avec des pressions économiques en fait.
04:28Parce que la Russie dit, si vous allez vers l'Union Européenne,
04:31je vous préviens, moi je romps mes liens économiques.
04:34Exactement, et c'est ce qu'elle fait tout le temps.
04:35Les Géorgiens, les Biélorusses, les Moldaves savent très bien
04:39que dès qu'il y a des tensions d'ordre géopolitique,
04:41on bannit les vins, le lait ou les produits agricoles.
04:45Et c'est exactement ce qui est en train de se passer en Arménie aujourd'hui.
04:48Annalisa ?
04:48Là, les Européens ont répondu aux pressions de la Russie.
04:51La Russie qui a imposé des restrictions sur les importations arméniennes.
04:54Les Européens ont répondu avec un plan d'aide économique
04:57qui est en préparation de 50 millions d'euros
04:59pour aider les Arméniens à faire face.
05:01Est-ce que c'est la bonne stratégie de la part des Européens ?
05:03Oui, sans doute. 50 millions, c'est vraiment très peu,
05:06même si l'Arménie est un petit pays de moins de 3 millions d'habitants.
05:10Mais pourquoi pas, oui, à condition d'être conséquent.
05:13Et surtout, c'est au niveau sécuritaire.
05:15On peut soutenir l'Arménie, et c'est ce que la France fait notamment.
05:20Mais derrière, il faut vraiment être sûr qu'on pourra les aider.
05:22Si à un moment donné, il y avait une déstabilisation,
05:25ce ne sera pas suffisant.
05:27Donc, l'Europe est présente.
05:29Il y a une volonté d'aider l'Arménie,
05:30de la percevoir comme un pays plutôt démocratique
05:33et qui, donc, doit être tiré du côté de l'Ouest, si j'ose dire.
05:38Mais j'ai l'impression que c'est plutôt velléitaire
05:41et de l'ordre de la déclaration, si je puis dire,
05:44plutôt que de la réalité des actes sur le terrain.
05:48Merci beaucoup, Résigeant.
05:49T'es venu ce matin dans la matinale de l'économie.
05:51Merci beaucoup, Résigeant.
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