00:00J'ai été victime d'un grave accident de la route.
00:02Je prends mon bras gauche, ma jambe droite, ma mobilité à plus de 80%.
00:0665 opérations chirurgicales, un mois de coma.
00:09Les médecins qui vous annoncent que vous n'allez pas au marché,
00:11que vous serez en fauteuil roulant.
00:12Et vous savez que la seconde qui suit, elle peut changer parce que vous pouvez mourir en fait.
00:17Avant mon accident, j'étais beaucoup basé sur le paraître.
00:21Ma moto, elle était de couleur, jaune et noire.
00:23J'étais habillé jaune et noir.
00:24J'étais journaliste reporteur d'images.
00:26J'avais fait un grand concours en Martinique, un peu l'équivalent de la Star Academy,
00:30mais au niveau local.
00:31J'étais assez connu, donc j'avais une vie, on va dire, plutôt sympathique.
00:36Je profite de tout, de tout, des filles, des amis, de tout, de tout, de tout ce qu'il y
00:43a.
00:43On ne pense pas à demain.
00:45Pour moi, en fait, c'était loin d'imaginer que ma vie aurait eu une bascule
00:50et que ça se passe comme ça.
00:51À moto, le plus souvent, on a tendance à...
00:54Au début, on apprend.
00:56À la longue, on croit qu'on maîtrise.
00:59Et il y a juste au moment, on pense qu'on maîtrise.
01:02Et c'est à ce moment-là que c'est le plus dangereux.
01:04On est moins vigilant.
01:05Et j'étais à ce moment-là où je pensais que je maîtrisais tout, tout, tout.
01:10Et non, en fait.
01:11Et cette voiture, elle a surgi devant moi.
01:13Je n'ai pas eu le temps de freiner.
01:14Et automatiquement, j'arrive 15 mètres plus bas.
01:16Je tape dedans de plein fouet.
01:17Je tape à 130 km heure, forcément.
01:19Quand on arrive plus bas, c'est des fractures, c'est des sons, c'est des images.
01:25Et tout va vite.
01:27Tout va vite.
01:28Donc là, il faut...
01:30On essaie de s'accrocher aux peu de choses qui restent, en fait.
01:33Et du coup, j'ai commencé à observer, à essayer de me relever.
01:37Je n'ai pas réussi.
01:38Et les gens qui étaient là, au premier secours, en tout cas, disaient que j'étais en piteux état, qu
01:42'il ne fallait pas que je bouge.
01:43Après un mois de coma, au réveil, je commence à prendre conscience que bon, là, elle a basculé la vie.
01:47Ce n'est pas un rêve.
01:49Ce n'est pas un cauchemar.
01:51Je vois les médecins, je vois la famille autour, je regarde, j'observe tout le monde.
01:55Je comprends à travers le regard que oui, là, la situation, elle est ce qu'elle est.
02:01Il n'y a plus le bras.
02:02Il n'y a plus la jambe.
02:03Les médecins, ils sont pessimistes avec ce qu'il y a.
02:07Il y a une discussion entre la vie et la mort.
02:08Je suis aux urgences.
02:09Donc, on essaie de stabiliser le corps.
02:11On essaie de tout faire, en fait.
02:12Ils essaient de tout faire, en tout cas.
02:13Et moi, je fais ma partie, d'essayer de rester en vie, parce que j'ai mon fils qui a
02:17six mois à ce moment-là.
02:18Il fallait que je m'en sorte pour lui, parce que je voulais lui amener des réponses.
02:21Je l'ai séparé de sa mère.
02:22Je voulais que ce soit moi qui lui dise, voilà, pour telle question que tu te poses me concernant.
02:28Voici les réponses que je peux te donner aujourd'hui.
02:30Il a 16 ans.
02:31C'est un gamin qui est bien construit, qui est bâti dans sa tête et qui me pose des questions
02:34et qui est très complice avec moi.
02:36J'ai eu mes deux filles aussi après l'accident.
02:38Les médecins m'ont prescrit des psychiatres pour voir si vraiment j'avais le bon raisonnement.
02:46Est-ce que j'étais conscient de la situation ? Est-ce que j'étais conscient de ce qui se
02:48passe ?
02:49J'ai accepté ma situation très rapidement.
02:51Ce qui fait que, quand je l'ai acceptée, j'ai su mettre des mots et j'ai su interpréter
02:56le regard de l'autre,
02:57pas négativement sur ma situation, mais positivement.
03:00Et donc, du coup, ce qui me permettait d'amener des réponses aux autres.
03:03J'étais en colère sur ma connerie, moi, en tant que motard et ma responsabilité sur la route.
03:09J'étais en colère de moi de m'être mis dans cette situation.
03:14Je n'étais pas en colère contre le monde autour.
03:15J'étais en colère contre moi.
03:17Et ça, ça m'a beaucoup aidé parce qu'en fait, cette colère-là, c'est une colère saine.
03:21Parce que c'est une colère qui te permet de prendre tes responsabilités et de pouvoir aller de l'avant.
03:25Et c'est ce que j'ai fait, en fait.
03:27Je prends mes responsabilités sur le fait d'avoir acheté ma moto,
03:30de rouler aussi vite sur une route qui est réglementée à 90 km heure.
03:33Donc, je crois qu'en fait, il y a deux victimes, il y a deux personnes dans un accident.
03:38Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est de comprendre qu'il n'y avait pas une réelle intention de
03:44vouloir poser l'accident.
03:46Je ne pense pas que ça soit facile pour lui.
03:47Ça n'a pas été facile pour moi.
03:48Il fallait tous les deux se reconstruire.
03:51Moi, je pense que j'ai fait le choix de me reconstruire comme ça parce que c'était important pour
03:54moi.
03:54Et puis, c'était une question de vie ou de mort parce qu'on peut rester en vie et déprimé.
03:59Ça n'a pas été mon choix.
04:00J'ai fait le choix rapide de vouloir découvrir exactement l'accident et comment j'allais gérer la suite.
04:06D'ailleurs, les psys qui me suivaient ont vite compris que j'avais cette niac-là et qu'il fallait
04:11me laisser aller par là.
04:13Et là, c'est à ce moment-là que je commence à dire que je ferai des campagnes sécurité volontaires.
04:17Je commence déjà à programmer la suite.
04:20Et je crois que c'est cette anticipation-là qui a fait que les médecins se sont dit, bon, là,
04:25peut-être qu'ils ont peut-être chargé trop en mon film.
04:28Mais quoi que ce soit, parce que je suis un peu trop positif.
04:30C'est un combat constant.
04:32Se battre tout le temps parce que, bon, il y a une plaie qui ne guérit pas.
04:35Il y a l'escarre qui se fait sous les fesses.
04:36Il faut soigner.
04:37Il y a cette plaie au bras qui ne guérit pas vite.
04:39Il y a des antibiotiques à prendre et que vous avez envie de dormir.
04:43Mais bon, ben, là, les douleurs vous réveillent.
04:45Deux ans d'hôpital où vous avez des blessures ouvertes.
04:48Vous avez le dos qui a été opéré à la colonne vertébrale parce que j'ai été vraiment cassé.
04:54La colonne vertébrale brisée en deux.
04:55Les médecins qui vous annoncent que vous n'allez pas remarcher, que vous serez en fauteuil roulant.
04:59Et vous savez, parallèlement à ça, que la seconde qui suit, elle peut changer parce que vous pouvez mourir, en
05:05fait.
05:05Donc, en fait, vous découvrez ce monde-là.
05:07Il y avait 300 patients.
05:08J'étais hospitalisé en Martinique.
05:10Ensuite, il a fallu que j'aille à Bordeaux me faire soigner, à la Tour de Gacy.
05:15Donc, arrivé à la Tour de Gacy, il y avait 300 patients.
05:18Vous comprenez aussi que l'handicap est universel, qu'il n'a pas de frontière et que ça peut arriver
05:23à n'importe qui.
05:24Et puis là, on réapprend à vivre avec sa situation.
05:26C'est un monde qui n'a pas les mêmes préoccupations, qui n'a pas les mêmes envies, qui a
05:33juste envie de vivre, en fait.
05:34Le partage est important.
05:36On s'encourage entre nous.
05:37On parle fauteuil roulant.
05:39On parle de la nouvelle prothèse.
05:41On parle des nouvelles prothèses.
05:43On parle des nouvelles technologies.
05:44Là, on est dans un autre monde.
05:45On est dans un monde qui est plus basé sur l'être que le paraître.
05:49Et qui est basé vraiment sur ce que vous comprenez dans l'esprit et ce que vous allez faire, en
05:55fait, plus tard.
05:56J'ai remarqué qu'on était tous des enfants gâtés.
05:58En tout cas, moi, j'étais très un enfant très gâté.
06:00J'avais trop de choix.
06:01Donc, il me permettait de me plaindre sur mes situations.
06:04Après mon accident, je n'avais pas le choix.
06:05Je n'avais pas le choix.
06:07Il fallait que je me lève.
06:08Il fallait que je me batte.
06:09Il fallait que je fasse parce que personne ne pouvait le faire à ma place.
06:12Personne n'était à ma place.
06:13Et puis, vous n'êtes pas tout seul parce que vous voyez un autre mec.
06:16Une anecdote.
06:16Quand je suis arrivé à Bordeaux, à la tour de Gassi, un enfant, il avait 5-6 ans.
06:21Il arrive, il n'avait pas les jambes.
06:23Et il me dit, sans bras, sans jambes, sans souci.
06:26Quand vous avez un gamin comme ça qui vous sauve ça, il est dans la censure avec vous.
06:30Vous regardez, vous dites, là, vous êtes dans un autre monde, en fait.
06:34C'est un monde qui, tu n'as pas le choix.
06:36Tu n'as pas le choix, tu dois te battre, tu dois aller de l'avant.
06:38Et puis, quand vous comprenez que, en fait, se plaindre ne changera rien,
06:43à ce moment-là, on est dans autre chose.
06:45Il faut savoir que quand on est en rééducation, on a tout plein de monde,
06:47tout plein de personnes en fauteuil roulant autour de soi.
06:50Et quand on sort du centre de rééducation, là, on est souvent seul.
06:53Il n'y a que des valides autour de nous.
06:54Donc là, il faut réaménager la maison, il faut réaménager la chambre,
06:58il faut réaménager le lit, il faut réaménager la salle de bain,
07:00il faut grandir les pièces, il faut peut-être vendre la maison qu'on a
07:03pour réadapter une autre maison.
07:05C'est tout un monde qui change.
07:07Et ce monde-là, en fait, il évolue en fonction de vous,
07:10en fonction de vos capacités, en fonction de ce que vous allez vouloir faire,
07:13et en tout cas, ce que vous pouvez faire.
07:15Il faut s'occuper des problèmes du quotidien.
07:16Il y a le garçon qui est là, il s'en occupe.
07:18Il faut le voir, il faut lui amener des choses.
07:20Donc en fait, en réalité, on n'est pas beaucoup de temps pour pleurer.
07:23On n'arrive pas à être quelqu'un de positif ou de super résilient du jour au lendemain.
07:29C'est des petites batailles, des petites, petites batailles
07:31qui font que vous devenez quelqu'un de résilient,
07:35vous devenez quelqu'un de fort, vous devenez quelqu'un de positif.
07:39Qu'est-ce que vous pensez de vous ?
07:41Est-ce que vous êtes quelqu'un de fini ?
07:43Ou est-ce que vous êtes quelqu'un qui débute quelque chose ?
07:45Est-ce que vous avez une histoire ou est-ce que vous n'avez pas d'histoire ?
07:48Est-ce qu'il vous est arrivé quelque chose dans votre vie ?
07:51Ou est-ce qu'il ne vous est rien arrivé ?
07:52Moi, il m'est arrivé des choses dans ma vie,
07:54il m'est arrivé une histoire et c'est ce qui est intéressant.
07:57C'est qu'aujourd'hui, je peux raconter quelque chose à quelqu'un
07:59en lui expliquant pourquoi ma vie allait comme ça
08:02et aujourd'hui aider d'autres personnes.
08:04Moi, je trouve ça extraordinaire.
08:05C'est une question de mental et de pensée.
08:07c'est les sélections de pensées que vous faites
08:10et je crois que les plus grandes batailles se font dans les pensées.
08:12Donc, en réalité, moi, je soigne soigneusement mes pensées le matin
08:15et en fin de journée.
08:17Si j'ai décidé d'être heureux aujourd'hui,
08:19je serais heureux toute la journée.
08:20Et à la fin de la journée, je suis dans la gratitude
08:22parce que j'ai réussi ça.
08:23Je ne sais pas comment définir ma vie,
08:26si ce n'est que je suis content du résultat qu'il y a aujourd'hui.
08:31Je fais des campagnes de sécurité routière.
08:33Je suis chef d'entreprise.
08:35Je suis écrivain.
08:36Je sors mon livre très bientôt.
08:38Et puis, papa au foyer.
08:39Papa à temps plein aussi.
08:41J'apprécie le temps.
08:42J'apprécie les gens.
08:43Je suis dans la gratitude constamment
08:44parce que je sais ce que ça a été de marcher
08:47et de ne plus remarcher.
08:48J'essaie de faire la fierté de mon pays.
08:50J'essaie de faire la fierté de mes amis.
08:51J'essaie d'être la fierté des gens que je rencontre.
08:54Et j'essaie de donner toujours le meilleur de moi-même dans ma situation.
08:57C'est important pour moi de faire de la prévention routière
08:59parce que je suis crédible, enfin.
09:00J'ai eu mon accident de moto.
09:02J'ai eu cet accident-là.
09:04Et quand je parle, je parle de quelque chose de vrai.
09:06Les gens, ils le voient.
09:08Ils perçoivent réellement que là, ce n'est pas du blog ce qu'ils racontent.
09:11Je prends plaisir à partager mon histoire
09:14parce que je sais qu'elle peut aider beaucoup de personnes.
09:16Je vois dans leurs yeux que ça les aide à relativiser leur vie.
09:23Et ça fait un choc.
09:23Ça a un impact.
09:25Reste dans l'instant
09:26parce que c'est là où tu as le pouvoir.
09:28Le plus grand pouvoir, c'est maintenant.
09:30Et que tu peux changer les choses.
09:32Si j'arrive à le faire, tu peux le faire.
09:34Et c'est ça qui est beau.
09:35Donc, j'ai mon plaisir à faire ça.
09:36ORIGIN
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