Kamel livre un témoignage bouleversant sur son parcours hors du commun. Entre une enfance marquée par la violence, la délinquance, une condamnation pour complicité de vol à main armée et plusieurs années de prison, il raconte sans détour les erreurs qui ont façonné sa vie. Dans cette interview sincère, il revient sur son incarcération, le déclic qui a changé sa vision du monde et le long chemin qui l'a conduit vers la reconstruction.
Passionné par les sciences, Kamel a poursuivi ses études malgré les obstacles, jusqu'à devenir enseignant après avoir obtenu l'effacement de son casier judiciaire. Aujourd'hui, il partage son histoire pour sensibiliser les jeunes, transmettre un message d'espoir et prouver qu'il est possible de reprendre le contrôle de son destin. Son parcours exceptionnel est une véritable leçon de résilience, de persévérance et de seconde chance.
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Passionné par les sciences, Kamel a poursuivi ses études malgré les obstacles, jusqu'à devenir enseignant après avoir obtenu l'effacement de son casier judiciaire. Aujourd'hui, il partage son histoire pour sensibiliser les jeunes, transmettre un message d'espoir et prouver qu'il est possible de reprendre le contrôle de son destin. Son parcours exceptionnel est une véritable leçon de résilience, de persévérance et de seconde chance.
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AmusantTranscription
00:00J'ai été condamné pour complicité de vol à m'armée en mode organisé.
00:04Sincèrement, la prison, elle a vraiment joué son rôle.
00:07Le cliché à 100%, ça m'a choqué.
00:10Et c'est vrai que là, ça m'a quand même rendu service d'avoir connu la violence avant.
00:15Il ne faut pas du tout être gentil.
00:17Il faut être très mauvais, il faut être agressif.
00:20C'est la réalité de la prison.
00:20Mon parcours de vie, c'est celui d'un enfant ici de l'immigration,
00:24arrivé en France,
00:25et donc a fini comme pas mal de gens dans un quartier.
00:30Moi, dans mon enfance, j'ai connu plutôt une famille avec des frères et sœurs très soudés,
00:35mais des parents avec lesquels il y avait énormément, on va dire, énormément de problèmes.
00:40Donc des problèmes de violence, de maltraitance, etc.
00:43Des choses, on va dire, assez compliquées.
00:45Donc moi, j'étais dans une famille ultra violente.
00:47C'est vrai que ça aide à comprendre la suite.
00:49C'est un peu ce qui a forgé mon parcours.
00:51Parce que moi, je suis plus dans cette théorie de « on est né innocent ».
00:57Donc à partir de là, ce que je suis devenu, c'est à fortiori lié au milieu social ou à
01:02ma famille, etc.
01:03Une fois l'âge de l'adolescence, les choses changent un peu et le bourroux ne devient pas victime.
01:10Les parents un peu compliqués deviennent un peu moins parce que nous, on grandit,
01:15on prend taille, on prend l'assurance, etc.
01:17Voilà, à partir de l'adolescence, il n'y a plus trop de problèmes de famille.
01:21Mais je pense que les séquelles, elles étaient là.
01:23Le comportement violent, etc., il était là.
01:27Alors, je ne suis pas psy, mais j'avais un excès d'envie de vivre.
01:30Ce n'est pas de ça, mais d'excès d'envie de vivre ou d'envie de croquer le monde,
01:35etc.
01:35Ça s'est traduit par la délinquance, donc la violence.
01:39Quand j'ai commencé les délits et la délinquance, c'était plutôt, franchement, à la fin du collège.
01:44Dans mon quartier, je n'étais pas le plus jeune.
01:47J'ai même commencé tard.
01:48Au bout d'un moment, crescendo, crescendo, vol, trafic de drogue, violence, violence aggravée.
01:55Et toujours la justice qui est là pour me recadrer, sans jamais m'incarcérer.
01:58Et le fait de voler, de trafiquer, de faire tout et n'importe quoi, c'était un moyen d'accéder
02:05à une forme de liberté.
02:07Parce que moi, dans le contexte, à cet âge-là, même si je faisais des petites bêtises,
02:12quand ça fait un smith par mois et qu'on est comme moi, on aime bien vivre simplement,
02:17ça nous fait des voyages, ça nous fait du temps libre, etc.
02:21On m'a privé dans mon enfance de beaucoup de choses, comme beaucoup.
02:24Et mon moyen à moi de traduire ça ou de répondre à ça, c'était, vas-y, vie à fond.
02:30Moi, il y a beaucoup de choses que j'avais du mal à entendre.
02:33Ah, c'est impossible, ça, ça, mais non, c'est pas la même vision.
02:36J'avais, ouais, peut-être une forme de gourmandise de la vie.
02:39Au bout d'un moment, ben voilà, en fait, ce qui m'est arrivé, moi, dans ma vie,
02:41c'est que je me suis retrouvé à un moment, à la faculté, passionné de biochimie.
02:46Et puis, je sais pas pourquoi j'avais, on peut dire, un W.
02:50Si tu veux, au bout du bout, ben je vais, oui, on peut dire que je vais à la fac
02:54et qu'au quartier, ben je parle de la fac.
02:57Et franchement, ça étonne.
02:59Et puis, c'est kiffant.
03:01Moi, j'ai plus des retours des jeunes de mon quartier
03:03qui me regardaient comme un martien.
03:05Et puis, c'est hyper flatteur pour mon égo.
03:06On me disait, ah, quand même, même si t'es un peu là, au quartier, etc.
03:09Oh, c'est quoi ce délire de biochimie, etc.
03:12Donc, franchement, c'était plutôt bien.
03:13Moi, je le cachais pas.
03:15C'était plus à la fac où je devais un peu cacher les choses.
03:19En tout cas, je me vantais pas de ce que je faisais en dehors de la fac.
03:24Mais c'est vrai que j'étais plus une autre personne.
03:26J'étais le camel étudiant.
03:27C'est vraiment une espèce de dissociation, en fait.
03:30Rien n'est noir ou blanc.
03:31C'est deux parties de moi.
03:31Il y a une partie de moi qui, à la fac, est épanouie et qui aime bien.
03:34Et puis, il y a une autre partie de moi qui est peut-être un peu paumée,
03:37un peu violent, un peu égarée.
03:39Et qui, le soir, quand j'ai pas de cannes,
03:41je me prends pour ce que je suis pas.
03:45Pour un grand voyou et tout.
03:46Alors que j'avais l'impression d'être plus moi-même quand je faisais les deux.
03:52C'est-à-dire que moi, j'ai cette espèce de vision de la vie où on dit on veut
03:55tout.
03:56Mais la preuve, par exemple, il faut le faire.
03:58Il faut aller au bout.
03:59Et moi, au début, j'étais quand même bien dans le fait de faire les deux.
04:03Le fait de tordre un peu le monde, le fait de me dire je fais quelque chose alors que socialement,
04:09c'est pas possible.
04:10On me le disait, on me le faisait comprendre.
04:12Et moi, j'arrivais.
04:13Mon parcours était atypique.
04:15Je m'en rendais compte.
04:16Donc, j'avais envie de rester dans cette espèce de double monde, etc.
04:20Mais c'était un rêve.
04:21C'était pas possible.
04:22Et donc, tout ça, ça s'est arrêté à un moment où je suis passé en cours d'assise pour
04:25une affaire criminelle.
04:27SRPJ est venu pour me chercher, en fait, pour une affaire de voilà, en mode organisée.
04:33Donc, à ce moment-là, moi, j'avais mes examens de biologie.
04:36Ils sont venus m'arrêter après mes examens.
04:38Et en fait, ça aussi, c'est peut-être un signe.
04:42Le directeur de la SRPJ, il a appelé la fac pour demander où j'étais.
04:46Et la fac a dit que j'avais des examens.
04:50Et ils ont décidé avec le juge d'attendre quelques jours, donc la fin de mes examens, pour m'arrêter.
04:54Au bout du bout de la procédure, j'ai été condamné pour complicité de vol à marmé en mode organisée.
05:01Quelques années après, je suis passé en cours d'assise.
05:04Au final, j'ai été condamné à quatre années de réclusion criminelle.
05:07Entre-temps, j'avais poursuivi mes études, etc.
05:10Quand j'étais incarcéré, un des premiers trucs auxquels j'ai pensé et tout ça, c'était un peu vulgaire.
05:16Mais c'était genre, c'est comme avec mon père.
05:19Il faut être méchant, dur et tout ça.
05:22Pour dire la vérité, c'était un délit où je remerciais ma famille de m'avoir maltraitée.
05:26En fait, le fait d'avoir connu la violence, je m'en suis hyper bien sorti.
05:29Je me disais, ah ok, c'est moins pire que chez moi quand même.
05:32C'est bête, mais si tu n'as jamais connu ça, c'est compliqué en prison.
05:36Il fallait que je trouve des moyens de m'en sortir.
05:37Et c'est vrai que là, ça m'a quand même rendu service d'avoir connu la violence avant.
05:42Il n'y a pas de débat.
05:43On ne souhaite à personne d'aller en prison.
05:45Par contre, quand on y est, il ne faut pas du tout être méchant.
05:50Il ne faut pas du tout être gentil.
05:51Il faut être très mauvais, il faut être agressif.
05:55C'est la réalité de la prison, il faut être fou.
05:58Sincèrement, la prison, elle a vraiment joué son rôle.
06:01Le cliché à 100%, ça m'a choqué.
06:03Ça m'a fait réévaluer les choses directement.
06:06Peut-être une forme d'intelligence, sans être prétentieux,
06:08mais j'ai compris directement la prison enfermée.
06:12Tu ne peux pas être dehors, tu ne peux pas faire la java,
06:14tu ne peux pas rigoler, tu ne peux rien faire.
06:16Sois pas teubé.
06:17Excusez-moi, sois pas teubé.
06:18Comment tu fais ?
06:19Et donc là, il y a un déclic.
06:20Mais comme je dis, un déclic, ce n'est pas à changer d'un coup.
06:23Ça change après petit à petit.
06:24Mais le premier déclic, c'est celui-là.
06:25Après le deuxième, la peine finale qui était lourde.
06:28Puis le fait que moi, avec mon ex-compagne,
06:30j'avais un enfant à naître, etc.
06:33Après, il y a plein de choses qui viennent.
06:35Et c'est du bon sens.
06:36Moi, j'aime bien vivre, etc.
06:38Et je ne savais pas qu'on pouvait bien vivre
06:40sans être un voleur, sans être...
06:43On pouvait faire d'autres choses.
06:45Devenir professeur, investir son argent là ou là.
06:49Après avoir payé, il ne faut pas avoir honte
06:51de vouloir une nouvelle vie plus belle, cette fois.
06:54Et donc, j'ai décidé, c'est un peu ouf,
06:56mais j'ai décidé de m'inscrire dans un nouveau master.
06:59Je n'avais que bac plus 4.
07:00Je me suis inscrit dans un nouveau master
07:01pour ne pas lâcher les études.
07:02Et la faculté des sciences d'enjeu a validé.
07:05Et donc, j'étais incarcéré pour une affaire criminelle,
07:09étudiant en dispense d'assiduité
07:10parce qu'il n'y avait pas à distance,
07:12donc ils ont bricolé pour moi.
07:13Et j'étais boursier.
07:14J'étais en promenade, j'étais boursier
07:16et je révisais mon master, etc.
07:18Donc, de fil en aiguille,
07:20grâce au soutien de l'université,
07:21j'ai réussi à sortir de prison.
07:23J'étais en liberté conditionnelle.
07:24Donc, je devais encore rendre des comptes à la justice.
07:27J'ai fait effacer mon casier judiciaire
07:30après beaucoup de travail
07:31et grâce notamment à la faculté des sciences d'Angers.
07:33Il y a eu le soutien de la fac
07:34et pour moi, c'est pour deux raisons.
07:36D'abord, c'est parce que j'ai été les chercher
07:38et que j'étais bonne élève.
07:39Il y a plein de gens
07:40qui n'ont peut-être pas osé
07:41aller voir des enseignants-chercheurs
07:43pour leur dire
07:43« S'il te plaît, t'as vu, je passe en cours d'assises.
07:46S'il te plaît, aide-moi. »
07:48Ah ben non, c'est compliqué de dire ça.
07:49Moi, je l'ai fait.
07:50J'ai passé mon coco
07:51et je suis devenu représentant de l'éducation nationale
07:54en liberté conditionnelle.
07:55J'ai poussé quand même la résilience à son paroxysme.
07:58Passer d'une affaire criminelle
08:00à représentant de l'éducation nationale
08:01alors que notre peine n'est pas finie,
08:03ça se résume en une phrase.
08:04J'allais voir ma SPIP,
08:05service d'insertion et de probation.
08:08Elle me demande comment ça va, ta réinsertion.
08:10Je dis « Ça va, mes élèves, ça va bien. »
08:11Je suis prof.
08:12J'ai voulu être prof en lycée professionnel.
08:14C'était un choix de ma part.
08:15Donc ce public-là, je le connais un peu,
08:17sans prétention aucune.
08:19Et je m'entendais très bien avec eux.
08:21J'estime quand même que j'étais un bon pédagogue.
08:24J'avais une très bonne relation avec mes élèves
08:25et puis ils m'ont parfois écrit sur les réseaux
08:28pour me remercier, etc.
08:30Parce que j'ai réussi à devenir enseignant,
08:33à faire ce que j'aimais.
08:34Et puis, oui, j'étais un enseignant atypique,
08:37mais qui arrivait à transmettre le savoir.
08:40Je pense que ça montre que...
08:42Ça ne veut pas dire que tout est possible,
08:44mais que beaucoup de choses sont possibles dans la vie.
08:46On peut se dire qu'il y a une bonne étoile
08:49ou ce que vous voulez...
08:50Enfin, on peut se dire qu'il y a de la chance, etc.
08:53La réalité, c'est que...
08:55Je peux prendre un exemple
08:56pour avoir le soutien de l'université.
08:59Il y a peut-être, par exemple,
09:00dix profs qui n'ont pas du tout voulu m'aider
09:02pour un qui a voulu.
09:03Pour mes études, c'est l'exemple type.
09:05Dix études de la chance, etc.
09:07J'ai quand même passé dix années
09:08pour avoir Bac plus 5.
09:10Donc, il y a quand même du travail.
09:12J'ai des collègues à moi.
09:14Ils sont devenus profs à 23 ans, je crois.
09:17Parce qu'ils ont bien travaillé.
09:19Pour moi, alors, ce n'est pas très modeste,
09:20mais je pense que c'est une mentale,
09:23une vision du monde qui n'est pas réductrice.
09:26Comment dire ?
09:26Il y a des gens qui grèvent vite le mot
09:28« ce n'est pas possible » dans plein de choses.
09:31Du coup, ils n'essayent pas.
09:33Puis, il y a aussi ce...
09:34Moi, je n'ai pas le tabou de louper.
09:37Moi, j'ai plein de gens autour de moi
09:38qui ont ce tabou.
09:39Et des fois, moi, pour dire,
09:41j'ai déjà essayé des choses
09:43dont je savais perti la boxe ne marcherait pas.
09:46Mais je sais, le plaisir d'essayer,
09:49de se confronter à des choses
09:51du coup, là, impossible,
09:53c'est marrant.
09:54Au bout d'un moment, j'ai quitté l'Éducation Nationale
09:55parce que, pour moi,
09:57pas mal d'y faire,
09:58mais j'ai ouvert la porte aux jeunes et moins jeunes.
10:01Je leur ai montré ce qu'on peut faire.
10:03Moi, j'ai aussi ma vie.
10:04Ma vie ne s'arrête pas à ça.
10:05J'ai voulu faire d'autres choses,
10:08voyager, etc.
10:09Et ce que je fais aujourd'hui,
10:11pour les jeunes notamment,
10:13c'est que je fais quelques interventions
10:15quand on m'invite, etc.,
10:16pour sensibiliser.
10:17Parce que moi, je suis un fervent défenseur
10:19du « la preuve par l'exemple ».
10:21C'est une phrase de Anthony Bourbon,
10:23pour ne pas qu'on me dise que je spoil les gens.
10:25Voilà, la preuve par l'exemple.
10:27Quand je vais voir des gens,
10:28moi, j'ai la prétention,
10:30je le dis clairement,
10:31j'ai la prétention de dire
10:31que j'ai quand même mon parcours
10:33à changer des vies.
10:34Il y a des gens qui m'ont fait des retours
10:36et qui m'ont dit qu'ils avaient changé de vie,
10:38qu'ils avaient pris une formation,
10:39qu'ils étaient devenus VTC,
10:40qu'ils avaient fait effacer leur casier
10:42grâce à moi,
10:43grâce à mon parcours.
10:44Je ne suis peut-être pas le seul,
10:45mais j'ai peut-être fait partie
10:46de ces gens qui les ont aidés.
10:48Et certains m'ont remercié, moi.
10:49Peut-être que ce n'est pas que moi.
10:50Peut-être que c'est à force
10:51de voir plein de gens réussir.
10:53Mais voilà, ça flatte mon égo.
10:56Moi, il y a des parcours
10:56qui m'ont inspiré.
10:57J'ai essayé d'inspirer les jeunes.
10:59Mais aujourd'hui,
11:00tu te doutes bien
11:01que j'ai un projet
11:03de développement audiovisuel.
11:05Le seul truc que je peux te dire
11:06de factuel,
11:06c'est qu'il y a un an,
11:08j'étais en entretien avec Netflix
11:10et que du coup, de là,
11:11pas mal de choses se sont déployées,
11:13mais je ne veux pas me porter l'œil.
11:23Sous-titrage Société Radio-Canada
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