- il y a 16 heures
Julia partage un témoignage bouleversant et profondément humain sur son enfance entre Mayotte, La Réunion, puis la Suisse. Dans cette interview intime, elle revient sur une jeunesse marquée par l’exil, les violences, le sentiment d’abandon et la reconstruction personnelle. Entre résilience, quête d’identité et besoin de survie, Julia raconte comment une enfant de 5 ans a dû grandir trop vite pour affronter un monde qui ne lui laissait pas le choix. Son histoire met en lumière les réalités invisibles de nombreux enfants mahorais et la force intérieure nécessaire pour transformer la douleur en moteur de vie.
À travers son parcours, Julia évoque aussi le sport, l’architecture, les études, les discriminations scolaires et son arrivée en Suisse où elle découvre enfin la bienveillance, l’amitié et une autre manière d’aimer. Ce récit puissant parle de trauma, de reconstruction émotionnelle, de santé mentale, mais aussi de transmission et d’espoir. Une vidéo inspirante pour toutes les personnes qui cherchent à comprendre comment certaines blessures façonnent une personnalité, et comment il est possible de se reconstruire malgré un passé difficile.
Aujourd’hui, Julia transforme son vécu en engagement à travers Sadaka, une association artistique et éducative destinée aux enfants de Mayotte. Son objectif : offrir aux jeunes en situation de précarité un accès à l’éducation, à l’art contemporain et à de nouveaux moyens d’expression. Entre documentaire, témoignage de vie, résilience féminine, identité culturelle, enfance difficile et engagement humanitaire, cette interview est une immersion sincère dans le parcours d’une femme qui a décidé de faire de sa douleur une force pour aider les autres.
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Youtube : https://www.youtube.com/channel/UC33B...
Instagram : https://www.instagram.com/origines.me...
Twitter : https://twitter.com/Originesmedia
À travers son parcours, Julia évoque aussi le sport, l’architecture, les études, les discriminations scolaires et son arrivée en Suisse où elle découvre enfin la bienveillance, l’amitié et une autre manière d’aimer. Ce récit puissant parle de trauma, de reconstruction émotionnelle, de santé mentale, mais aussi de transmission et d’espoir. Une vidéo inspirante pour toutes les personnes qui cherchent à comprendre comment certaines blessures façonnent une personnalité, et comment il est possible de se reconstruire malgré un passé difficile.
Aujourd’hui, Julia transforme son vécu en engagement à travers Sadaka, une association artistique et éducative destinée aux enfants de Mayotte. Son objectif : offrir aux jeunes en situation de précarité un accès à l’éducation, à l’art contemporain et à de nouveaux moyens d’expression. Entre documentaire, témoignage de vie, résilience féminine, identité culturelle, enfance difficile et engagement humanitaire, cette interview est une immersion sincère dans le parcours d’une femme qui a décidé de faire de sa douleur une force pour aider les autres.
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PersonnesTranscription
00:00Grandir trop vite, c'est avoir 5 ans et prendre une décision d'arrêter d'avoir un accent.
00:06C'est signer ses propres documents parce que ta grand-mère ne comprend rien.
00:10J'ai réclamé à 12 ans de vouloir partir parce que je ne pouvais plus prendre les violences ou les
00:14tortures.
00:15Aujourd'hui, je me pose encore la question de comment est-ce qu'un enfant de 5 ans fait le
00:19choix de partir
00:19et de quitter sa mère à peine le biberon fini.
00:22Pour parler de mon enfance, ça risque d'être un peu difficile aujourd'hui
00:25parce que j'ai occulté pas mal de mon enfance.
00:28Je vais avoir des brides de mon enfance jusqu'à mes 10 ans, peut-être 12 ans à peu près.
00:35Tout ce qui est avant est un peu plus flou.
00:37Je suis née à Mayotte, dans un petit village appelé Cavani.
00:40Nos parents nous ont donné à notre grand-mère et c'est moi qui ai imposé à ma mère le
00:47choix de me laisser partir.
00:49Ça lui a pris à peu près deux semaines avant de céder.
00:51D'après ce qu'elle m'a dit, elle m'a même dit que j'avais fait la grève de
00:54la faim pour vouloir, pour être, pour partir
00:57et qu'elle ne comprenait pas pourquoi.
00:59Mais l'histoire autour de ce départ est encore floue aujourd'hui.
01:03Je sais que c'était un besoin pour moi de partir.
01:06Mais faire ce choix à l'âge de 5 ans, c'est qu'il y a forcément un agent extérieur
01:11qui a dû me pousser à faire ce choix.
01:14Mais aujourd'hui, je me pose encore la question de comment est-ce qu'un enfant de 5 ans fait
01:17le choix de partir et de quitter sa mère à peine le biberon fini.
01:20Arrivée à La Réunion, tu dois tout reconstruire.
01:23Tu dois apprendre le créole, apprendre le français parce que à 5 ans, tu parles français, mais ce n'est
01:29pas non plus ta langue maternelle
01:31parce que nous, on parle encore maorais, swahili.
01:33Et voilà, tu te retrouves dans une maison avec beaucoup de gens que tu ne connais pas,
01:37qui tu dois donner ta vie parce que tu es un enfant.
01:41Et au final, tu te rends compte que ce n'est pas possible, que c'est chacun pour soi et
01:45Dieu pour tous à la maison.
01:46Et que même à 5 ans, tu dois penser comme un enfant de 15 ans déjà, se lever et te
01:51défendre, quoi qu'il va dire.
01:53Et là, tu te dis, qu'est-ce qui se passe ? Et tu habites dans un bidonville.
01:57Et on dormait tous ensemble.
02:00Et ma place là-bas, ça a été une place assez difficile parce que j'ai été très mal acceptée,
02:06bizarrement.
02:07J'étais l'avant-dernière de la fratrie, on va dire, mais je n'ai pas été acceptée pendant très
02:11longtemps.
02:11J'ai eu un cousin, par exemple, un jour qui m'a coursé à travers tout l'appartement.
02:16Ça, c'est une fois arrivé dans le HLM au quartier Titan.
02:19Il m'a coursé après à travers tout l'appartement jusqu'à arriver dans ma chambre.
02:23Et comme j'ai eu la chance de pouvoir fermer la clé, il a traversé toute la porte avec son
02:28point jusqu'à arriver de l'autre côté.
02:31Après, j'ai passé le restant de mes années avec un trou béant dans ma porte.
02:35Il y avait aussi le mari de ma grand-mère qui était là, qui était quelqu'un de très, que
02:42j'ai senti vraiment très mauvais.
02:43Qui a fait choisir à l'âge de 17 ans à ma grand-mère, qui lui a demandé de faire
02:48un choix entre moi et lui.
02:49En fait, tu grandis dans un environnement où tu n'es ni vu, ni entendu, ni aimé à rien.
02:57Et ma grand-mère était juste dépassée.
02:59Elle a fait du mieux qu'elle pouvait.
03:00Elle ne parlait pas un mot français, ni même créole.
03:03Et nous, à la maison, on ne parlait que ça.
03:04Français, créole, français, créole.
03:06Et non, elle a été formidable.
03:08Je ne la blâme absolument pas.
03:10Elle a été juste débordée parce qu'il y en avait beaucoup trop.
03:12J'étais toute seule et j'étais la fille de ma mère.
03:14Qui n'était apparemment pas non plus la femme la plus appréciée de la famille.
03:18Donc, on récupère le bagage émotionnel, le passif de sa mère, alors qu'on est juste une enfant.
03:24Je me souviens avoir porté une couche, qu'elle était sale et que personne ne l'avait changée pendant des
03:28heures.
03:29Jusqu'à m'en brûler les fesses.
03:30J'ai réclamé à 12 ans de vouloir partir parce que je ne pouvais plus prendre les violences ou les
03:35tortures.
03:36Donc, je voulais partir et la refuser.
03:38Si ta mère ne te manque pas, je ne vois pas qui d'autre peut te manquer.
03:41Donc, le concept de manquer à quelqu'un ou que quelqu'un puisse me manquer, je ne connais pas réellement
03:49ce concept-là.
03:51Même encore aujourd'hui, c'est quelque chose qui me perturbe parce que les gens vont me dire
03:55« Ah, tu nous manques, ta joie de vivre me manque, moi je vais être là ».
03:58Moi aussi, mais sans réellement le penser.
04:00Ta présence, c'est cool, mais si tu n'es pas là, ce n'est pas la fin du monde.
04:04Ce que je vivais à la maison, je pouvais le reproduire à l'extérieur, mais pas contre les gens gratuitement.
04:09Il y avait beaucoup de bagarres à l'école.
04:12J'avais un sens de la justice qui était assez poussé.
04:15Je ne supportais pas de voir quelqu'un agresser, quelqu'un de plus faible que lui.
04:19Donc, j'y allais, je n'y allais pas mollo.
04:21C'était toujours chaotique, je me battais souvent en sortant de l'école.
04:25Par rapport à mon enfance, j'ai dû développer un peu cette espèce de complexe, du super-héros à vouloir
04:33toujours aider l'autre
04:34parce que personne ne l'a fait pour moi et être ce que j'aurais aimé qu'on soit pour
04:38moi.
04:38Mon rapport à ma propre identité est flou aujourd'hui parce que je me modifie constamment.
04:44J'évolue, en tout cas constamment, et que je fais encore pas mal de mimétisme.
04:49C'est assez fou, encore il n'y a pas longtemps, j'étais avec une jeune caméraman qui me disait
04:54« T'es un peu une exception de mon analyse, c'est que t'as appris à manger avec une
04:59fourchette et un couteau d'une façon très très bien,
05:02alors que personne ne te l'a appris. »
05:04C'est-à-dire que nous, à la maison, culturellement, soit on mange avec les mains, soit on mange avec
05:07une cuillère.
05:08Avec une main, la droite, mais soit on mange avec une cuillère.
05:11Et malgré tout, j'ai des règles aujourd'hui de façon de manger qui sont très métropolitaines, très françaises.
05:18Pas de coude à table, les couverts, c'est dans l'autre sens.
05:24On plie son torchon, son mouchoir de table.
05:29On ne l'écrase pas, on ne plie pas sa salade à table.
05:32En fait, j'ai plein de petits trucs comme ça, mais c'est parce que c'est du mimétisme.
05:36Ce n'est pas des choses que j'ai apprises chez moi ou dans l'enfance, où quelqu'un m
05:39'a appris, mais c'est en regardant les autres.
05:41Et elle me disait « D'accord, donc toi, t'apprends constamment des autres. »
05:44Je pense que je me suis perdue, mais dans cette perte de mon identité, de cet enfant de 5 ans,
05:50je pense que c'était pour le mieux, parce qu'elle n'aurait pas pu survivre à ce qu'il
05:55attendait.
05:56Par la suite, on a été relogés de notre petit bidonville, je crois que j'avais 7 ans peut-être,
06:01parce que j'ai arrêté l'école coranique à cet âge-là.
06:03On a emménagé dans un HLM, on a été relogés, parce qu'ils allaient raser le bidonville.
06:07Donc on s'est déplacés vers le quartier où j'ai passé toute ma vie, pratiquement jusqu'à mes 17
06:13ans.
06:14Mon échappatoire, c'était le sport. C'était beaucoup de sport au tout début.
06:18J'ai commencé à l'athlétisme très très tôt. J'ai toujours été une amoureuse du sport.
06:23Et puis j'ai fait aussi du handball. J'ai essayé de faire tout type de sport,
06:26et à chaque fois, ce n'était pas assez pour essayer de m'apaiser.
06:30Et pareil, ça se voyait que, même dans le sport, je fais les championnats de La Réunion,
06:34j'ai essayé de faire les championnats inter-heel entre Madagascar, Maurice et La Réunion, Mayotte.
06:39Et quand il s'agissait d'aller faire le championnat de France, à ce moment-là, je pouvais m'auto
06:43-détruire.
06:44C'est là qu'en fait, le passif un peu néfaste revenait faire surface,
06:48et m'auto-détruisait directement. C'est que je faisais toujours quelque chose de bizarre,
06:54tellement que le club me disait, tu ne partiras pas faire le championnat de France,
06:57malgré les stades que tu as, tu restes où tu es.
07:01J'étais une enfant très turbulente, bavarde, dissipée, qui choisissait ses matières.
07:07Quel conseil de discipline, blam et tout ça. C'était un assez intense renvoi quotidien.
07:12C'était du « Mademoiselle Dakar ». Et là, tu sais que c'est…
07:16Encore aujourd'hui, quand quelqu'un m'appelle « Mademoiselle Dakar » ou « Madame Dakar », je sursaute.
07:21C'est même quand on m'appelle Julia, je suis un peu tétanisée.
07:25Je me dis « Quelle bêtise j'ai fait encore ! »
07:27Et en fait, non, ce prof m'a sauvé la vie parce qu'il s'est battu.
07:31Et quand tu as le principal adjoint qui te regarde dans les yeux,
07:34qui te dit, même avec 15 de moyenne, « Tu n'iras pas en général, tu iras en CAP. »
07:38Et là, tu te dis « Pourquoi ? » Et tu sens l'injustice et tu sens les larmes monter
07:42et tu ne comprends pas en fait ce qui se passe.
07:45En fait, tu finis par comprendre quand ton prof prend la parole pour te défendre en disant
07:48« C'est inadmissible qu'une étudiante qui ait fait autant de progrès et qui a quand même 15 de
07:53moyenne
07:53que vous l'envoyez en CAP. » C'est en fait gâcher sa vie.
07:57C'est là que tu comprends qu'il y a des gens qui, quand ils tendent à la mauvaise,
08:00ils tendent à la mauvaise. C'est assez dingue.
08:02Et toi, tu es spectatrice de tout ça et tu laisses ta vie entre les mains de personnes qui ne
08:07te connaissent pas.
08:08Et j'ai essayé de prendre ma défense et au final, ils ont trouvé un compromis et c'était le
08:13bac pro.
08:13Ce que j'ai très mal vécu aussi, mais au final, je me suis dit « C'est peut-être
08:16un mal pour un bien. »
08:18Et dans tous mes souhaits de devenir architecte, avocate ou encore faire médecine,
08:24j'irai en bac pro en technicien d'études du bâtiment et assistant architecte avec option art appliqué.
08:30Ce qui est assez drôle, c'est que les gens peuvent penser qu'en faisant beaucoup de bêtises,
08:35c'est pour avoir l'attention de ma famille. Sauf qu'en fait, mon carnet de vie scolaire, c'était
08:39moi qui l'avais.
08:40Je le signais moi-même. D'ailleurs, je me suis fait taper sur les doigts sur ça.
08:44Faux visage de faux. J'ai repris la signature de ma grand-mère.
08:47Et parfois aussi, c'était pour tout choix scolaire.
08:51C'est-à-dire que dans mon cheminement scolaire, que ce soit le stage de peinture qui m'a aidée
08:56à trouver mon premier amour,
08:58qui est l'architecture, à ma sortie de sport ou à mon premier signature poste brevet,
09:07c'était moi. Derrière tout ça, c'est moi qui ai fait tous mes choix sans en parler à personne
09:11à la maison.
09:12Et en fait, j'ai passé une vie finalement de solitude. Je pense que c'est par choix aujourd'hui.
09:17Parce que j'avais juste l'impression d'être dans une famille d'accueil.
09:20Et qu'est-ce que cette famille pouvait m'apporter à part juste me nourrir ?
09:23Bah rien. Donc le reste, ça dépendait que de moi. Jusqu'à encore mes 25 ans, j'étais très fermée
09:29au monde.
09:30J'étais beaucoup dans ma tête. J'étais très inaccessible d'une façon où j'avais beaucoup de mal à
09:35ce qu'on me touche.
09:35Même me prendre la main. J'avais une amie qui souvent, quand elle marchait, elle prenait le petit doigt.
09:39Ça la rassurait et je lui tapais tout le temps la main en me disant « t'es dans mon
09:43espace, ne me touche pas ».
09:44En fait, j'étais vraiment très distante avec les autres.
09:47C'est peut-être la peur de perdre les autres ou que ce moment disparaisse au final, ou que cette
09:53personne disparaisse de ma vie
09:54et que je me retrouve en fait avec toutes ces émotions et tous ces sentiments-là sans la personne.
10:00Peut-être liée aussi aux nombreuses personnes que j'ai perdues dans ma vie, dont une de mes très chères
10:04amies qui est décédée à l'âge de 13 ans.
10:06Voilà, c'est tout ce genre de choses où t'as l'impression d'avoir des gens pour toujours avec
10:10toi et au final, bah non.
10:11Et en fait, tout a changé quand je suis arrivée en Suisse, il y a trois ans, pour valider mon
10:17master dans ce studio qui s'appelle Big Game Design.
10:21Et là, j'arrive dans un environnement où, voilà, on est dix dans le studio, on a trois boss.
10:27Et l'histoire commence et qui est assez drôle, c'est un belge, un français, un suisse, ce qui est
10:31assez drôle.
10:32Et je me retrouve dans une équipe de jeunes où mes deux boss, ils ont à peu près mon âge.
10:37Et là, je me dis, ok, bon, t'as encore pas mal de travail.
10:40Et je me lis d'amitié avec eux et surtout avec Lionel, qui est le jour de mon anniversaire où
10:45il m'arrive quelque chose émotionnellement,
10:48avec mon ancien petit ami où j'ai rompu avec lui le jour de mon anniversaire.
10:54On se retrouve tous les deux et c'est la première personne qui vient ouvertement me faire un câlin.
10:58Et ma première réaction a été, et au final, je me suis laissée portée par ce moment.
11:04Et il m'a dit, mais c'est quand ton anniversaire ?
11:06Je me dis, bah c'est aujourd'hui.
11:07Il me dit, ok, demain je te prépare quelque chose.
11:09Et le lendemain, il me prépare tout un anniversaire avec ses amis à lui.
11:13Et à partir de là, on fait un dîner, on discute avec tout le monde, on rigole.
11:18Et il me sort une phrase qui est assez intéressante, qui m'a dit, t'as beaucoup de lumière en
11:22toi.
11:22Je vois énormément de lumière en toi, il faut pas que tu t'abandonnes à cette morceur qui est là,
11:27à cette rage au final.
11:28T'es tellement généreuse, t'as tellement de bienveillance en toi, envers les autres,
11:31que je comprends pas pourquoi, en fait, tu mets autant de freins aux autres.
11:35Et j'accepte ces mots, et ça a fait juste un switch dans mon cerveau.
11:40C'est là que j'ai commencé à comprendre que ma plus grande qualité, au final, c'était la gentillesse,
11:45et le fait de fédérer les gens ensemble.
11:47Au final, on est tous devenus amis, et à chaque fois, même si j'habite plus à Lausanne,
11:51Lausanne, aujourd'hui, c'est la maison, quoi.
11:53C'est quand je rentre, je lui ai rentré.
11:54Et c'est ça qui est beau, c'est qu'ils ont réussi à montrer que l'amour, je l
11:59'avais déjà en moi,
12:00et que la première façon de le faire, et que je le faisais pas avant, c'était de le donner
12:05avant de le recevoir.
12:06Et à partir du moment où je les ai laissés à venir dans ma vie,
12:09c'est comme ça que j'ai compris que la gentillesse, c'était important pour moi,
12:14et que j'avais beaucoup à donner aux autres.
12:16Et il y a un an et demi de ça, si ce n'est deux ans, Covid, vers tout le
12:21monde, ça tombe.
12:22Et je me suis isolée toute seule dans mon petit appartement à Paris pendant un mois et demi, deux mois.
12:28Et ce temps passé seule m'a fait beaucoup de bien,
12:31parce que ça m'a permis d'aller voir ce qui était important pour moi.
12:34Et c'est là que Sadaka est née.
12:36Et du coup, je décide de me lancer pour créer cette association en 1901,
12:41et qui a pour but de donner accès à l'éducation à travers l'art contemporain et les arts appliqués
12:47aux enfants de Mayotte.
12:48Il faut savoir que ce nom représente, je sais qu'il y a une petite partie où on pense à
12:52Dakar,
12:53mais en fait, ça veut dire en Swahili, en arabe et en hébreu,
12:56faire le don de soi à l'autre, l'aumône et la charité.
12:59Et l'idée, c'est de demander à des artistes du monde entier de venir nous rejoindre sur des résidences
13:05d'artistes.
13:06Pour le moment, on commence avec des résidences nomades.
13:08Et l'idée, c'est de créer des thématiques autour de l'art.
13:12Ça peut être plusieurs formes d'art.
13:13On peut avoir de la danse, on a eu du stand-up déjà,
13:16on peut avoir de l'art sonore, de l'art visuel,
13:19photographie, illustration, peinture, du design, de l'architecture.
13:23Et par exemple, là, avec Sadaka, on part trois semaines avec trois artistes
13:29sur une résidence nomade tournée autour de la thématique des mémoires de forme.
13:33Donc l'idée, avec ce petit trio de photographes, de designers et de sculpteurs,
13:41l'idée, c'est d'essayer d'aider les enfants à interpréter leur propre notion d'identité,
13:47à s'oublier et aussi à essayer de comprendre qu'il y a d'autres moyens d'expression.
13:51Il faut savoir qu'en fait, à Mayotte, aujourd'hui, on a plus de 5 000 enfants dans les rues.
13:55On a une grosse hausse de la violence, du chômage.
13:58Je crois plus de 30 % de chômage.
14:00Il y a seulement 279 000 habitants, 5 000 enfants dans les rues.
14:04Donc on comprend un peu le niveau de proportion, est-ce que c'est énorme ?
14:07Et en fait, ce qui fait aujourd'hui du 101e département
14:10et du dernier département français, le plus grand orphelinat de France à ciel ouvert.
14:14En fait, on se dit, c'est la France.
14:16On a un orphelinat à ciel ouvert en France.
14:18On a des enfants dans les rues non scolarisés.
14:20Et encore plus de 5 000 en France.
14:22Et les Français ne sont pas au courant.
14:24Et moi, mon rôle en tant que maoureuse et en tant que jeune fille des îles,
14:27d'aider à répondre de façon pérenne à cette problématique.
14:32Et je suis venue avec cette idée de résidence qui se développera dans le futur
14:37en résidence sédentaire où on s'implantera sur l'île et dans d'autres îles françaises aussi.
14:42C'est important pour moi parce que je m'identifie à ces enfants.
14:48J'ai eu cette enfance où tu n'es ni vu ni entendu, où tu es violenté par la vie,
14:54par les gens, partout.
14:56Et au final, ce qui te reste, c'est la rage.
14:58Et personne d'autre ne t'explique comment tu peux t'exprimer autrement.
15:02Et vu qu'ils n'ont pas accès à l'école, où certains sont en décrochage scolaire,
15:06en fait, tu penses que tu ne seras jamais entendu.
15:08Et le seul moyen de vouloir être entendu, c'est par la violence et faire du bruit.
15:12Et moi, je veux leur montrer que c'est OK.
15:14Si moi, je l'ai fait et qu'aujourd'hui, j'ai un master, pourquoi pas vous ?
15:18Ce n'est pas parce que vous êtes dans la rue que ça y est, votre vie s'arrête là.
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