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Dans ce témoignage bouleversant, Mossane raconte comment un traumatisme vécu durant son enfance a déclenché une émétophobie, une phobie intense de vomir ou de voir quelqu'un vomir. Après la maladie puis le décès de son père, cette peur irrationnelle a progressivement envahi son quotidien, influençant ses relations, ses sorties, ses études et sa santé mentale. Avec beaucoup de sincérité, elle revient sur les moments les plus difficiles de son parcours et explique comment cette phobie s'est installée au fil des années.

Aujourd'hui, Mossane partage son histoire pour sensibiliser le public aux phobies, aux traumatismes de l'enfance et aux troubles anxieux, mais aussi pour montrer qu'il est possible d'avancer en brisant le silence. Elle évoque les thérapies qu'elle a essayées, les stratégies qui l'ont aidée à reprendre le contrôle de sa vie et l'importance de parler de sa souffrance. Un témoignage inspirant qui permettra à de nombreuses personnes de se sentir comprises et de mieux comprendre ce que vivent celles et ceux confrontés à une phobie invisible.

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Personnes
Transcription
00:00J'étais toujours persuadée qu'il allait s'étouffer et mourir.
00:02En fait, j'étais terrorisée.
00:03Il y a cette association qui s'est faite entre vomir, maladie, mort.
00:08Même moi, après, j'avais super peur de vomir, je retardais le moment le plus possible.
00:12J'avais l'impression d'être en danger tout le temps et que personne ne pouvait m'aider
00:15parce que c'est quelque chose que seul moi comprenais.
00:18Ça a commencé à peu près quand j'avais 5 ans, quand mon père est tombé malade.
00:22Donc on lui a diagnostiqué un emphysème qui est une maladie pulmonaire dégénérative.
00:26Et dans son cas, il n'y avait pas de solution de guérison à part la greffe.
00:31Mais la greffe, c'est extrêmement long avant de pouvoir trouver en tout cas un poumon pour lui.
00:36Donc il n'en a jamais eu.
00:38Et en fait, quand il a commencé à tomber malade,
00:40dès qu'il attrapait un petit peu froid ou qu'il était un petit peu fatigué, il vomissait.
00:45Et ce n'était pas une fois tous les deux mois, c'était vraiment toutes les semaines minimum.
00:50Et je sais qu'au début, je n'avais pas cette phobie.
00:53Je me souviens bien que je n'étais pas stressée de ça.
00:55Et en fait, à force de répétition, ça a commencé vraiment à m'angoisser.
00:58Et je sais que j'allais sous le lit, je me cachais, je me bouchais les oreilles.
01:02Et je disais à ma mère, il va s'étouffer, il va s'étouffer, il va mourir.
01:04Et ma mère me disait, mais non, mais pas du tout.
01:06Mais en fait, moi, j'étais persuadée de ça.
01:08Comme c'était hyper violent et hyper répété et que je l'associe à la maladie,
01:11parce qu'on m'avait bien dit, bon, ton père est malade, il a ça.
01:15Et que j'ai bien vu que ça s'était déclenché avec ça.
01:18Et bien, je faisais l'association.
01:20Et du coup, j'étais toujours persuadée qu'il allait s'étouffer et mourir.
01:23Et à la fin, je me souviens qu'à chaque fois, mon père me disait,
01:26allez, viens, c'est fini.
01:27Et je ne voulais plus l'approcher, en fait.
01:28J'étais terrorisée.
01:29Il y a cette association qui s'est faite entre vomir, maladie, mort.
01:33Même moi, après, j'avais super peur de vomir.
01:36Je retardais le moment le plus possible.
01:38Je respirais.
01:38Je faisais plein de trucs pour ne pas vomir.
01:40Ça s'appelle l'hémétophobie.
01:41Et c'est la peur soit de vomir soi,
01:43soit de voir les autres personnes vomir,
01:45ou de les entendre vomir, soit les deux.
01:47Et moi, dans mon cas, à la base, c'était les deux.
01:49Et en fait, j'ai pas mal lu depuis sur la phobie.
01:53Je me suis renseignée sur quelles pouvaient être les causes.
01:56Et j'ai vu que justement, dans la majorité des cas,
01:59ça s'est déclenché suite à un traumatisme
02:01ou à une situation désagréable répétée qui crée le traumatisme.
02:05Et je me souviens très bien qu'à l'époque, je n'en parlais pas.
02:07Donc c'était ça, le pire, c'était de le garder pour moi
02:09parce que t'es petit, donc comme c'est quelque chose qui t'insécurise,
02:13le fait d'avoir personne pour te rassurer parce que t'as honte,
02:15tu trouves que c'est bizarre, donc t'oses pas le dire.
02:17Bah t'es vraiment enfermée dans ta solitude.
02:19Je me disais, c'est hyper bizarre.
02:21Je voyais bien que les autres n'avaient pas peur de ça.
02:23Donc je sentais bien qu'il y avait une différence
02:24et que c'était hyper bizarre que moi, j'ai peur de quelque chose d'aussi commun en fait.
02:28Et ensuite, parce que j'avais peur aussi des réactions des autres.
02:32Donc par exemple, je me souviens quand j'étais au collège,
02:35pour la première fois, j'en ai parlé.
02:36Bon, alors après, ma mère savait que j'avais cette phobie.
02:39J'en ai parlé à une copine.
02:40Et là, ça a été horrible parce qu'en fait, elle a appelé son frère.
02:43Elle a dit, attends, Mossane, elle a la phobie du vomi.
02:45Montre-lui la vidéo de machin bidule.
02:47Et moi, j'ai dit, ah non, non, non, non, non, surtout pas, surtout pas.
02:49Et en fait, elle m'a montré et je n'arrivais pas à me cacher et tout.
02:52Donc force à voir la vidéo, j'y pensais en boucle pendant un mois.
02:55C'est-à-dire que j'avais la scène qui repassait, qui repassait en boucle.
02:58Au point que j'avais des petits épisodes comme ça dépressifs,
03:01alors que j'étais vraiment, j'ai toujours été quelqu'un de solaire.
03:04Mais c'est très compliqué de ne pas être pris au sérieux
03:05parce que pour une personne qui a une phobie, c'est tellement sérieux en fait.
03:09C'est tellement quelque chose qui provoque des états de terreur intense
03:13que c'est vrai que c'est difficile d'expliquer aux gens.
03:16Et en même temps, je comprends les gens parce que tant que tu ne vis pas ça,
03:19c'est compliqué de te figurer que quand il y a quelqu'un qui vomit,
03:22la personne tombe en dépression.
03:24Donc c'est vrai que c'est très frustrant.
03:26C'est vraiment surtout un sentiment de frustration
03:28où tu te dis, les gens ne comprennent pas.
03:30Et c'est vrai que j'ai un peu une stratégie étrange.
03:33C'est que quand maintenant je dis que j'ai cette phobie,
03:36je me sens obligée toujours de préciser, mais ça vient d'un traumatisme de l'enfance.
03:39Je me sens obligée de le préciser, comme ça je me dis, on ne se moque pas de moi.
03:41Parce que je sais que si je dis, ah j'ai la phobie du vomi,
03:44les réactions les plus communes, ça va être le dégoût.
03:48Genre, ouais, moi aussi ça me dégoûte.
03:49Ou, ah, mais attends, mais ça doit être l'horreur.
03:52Comment tu fais quand tu vomis et comment tu fais quand nanana ?
03:54Et donc du coup, tu sens que la personne, ça la fait rire.
03:57Et aussi, quand tu as une phobie, tu as l'impression que tu attires ça.
04:00Parce que justement, tu observes beaucoup.
04:01Tu es tout le temps en alerte.
04:03Donc tu regardes partout.
04:05S'il y a quelqu'un qui se penche pour faire ses lacets,
04:07qui se penche pour regarder un plan, tu as une espèce de sursaut,
04:09tu te dis, oula, il va vomir, oula.
04:10Et tu es tout le temps en alerte.
04:12Donc moi, les gens qui vomissent dans la rue, j'en vois tout le temps.
04:14Ça m'arrive aussi dans les transports, que ce soit comme par hasard la personne en face de moi.
04:18Donc il y a aussi une part de hasard, mais qui fait que j'ai...
04:22Ça m'est souvent arrivé de me dire, mais j'ai pas de chance.
04:24C'est une phobie, c'est sûr, qui est contraignante.
04:27Et qui modifie pas mal le mode de vie.
04:31Parce que c'est une problématique qui intervient à plein de moments.
04:35Quand j'étais au collège, quand mes parents se sont séparés,
04:38donc comme j'étais extrêmement proche de mon père, justement, j'étais super triste.
04:43Et je sais que la seule chose qui m'a fait relativiser la séparation,
04:47c'est de me dire, allez, tu ne seras plus confrontée au vomi.
04:49Comme je le voyais souffrir et que ça me rendait mal,
04:52je me suis dit, au moins, tu le verras que pour les bons moments.
04:54Et tu n'auras plus à subir ce stress.
04:57Malheureusement, quand j'ai eu 13 ans, mon père est décédé.
04:59Et en fait, quelques mois après, ma mère est tombée malade.
05:02Et elle a eu une méningite.
05:04Donc là, c'était, je pense, la pire période de ma vie.
05:07Parce que je venais de perdre mon père.
05:09Et que tout le monde me faisait comprendre que j'allais perdre ma mère.
05:11Donc quand je disais qu'elle avait une méningite, on me disait, ah.
05:14Et je sais qu'à ce moment-là, j'étais seule avec ma mère et mon petit frère de 2
05:18ans.
05:18Et je me disais, comment je vais faire ?
05:21Parce que je voyais qu'elle était très mal.
05:22Et je voyais que justement, pour la première fois, elle avait la nausée, etc.
05:26Et rien que là, c'était handicapant.
05:28Parce qu'elle ne pouvait plus rien faire.
05:30Elle était trop malade à ce moment-là.
05:31Et en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'elle était allongée dans ma chambre.
05:34Moi, j'étais dans le salon.
05:35Et j'en étais à un stade où j'avais tellement peur d'avoir à m'occuper d'elle quand
05:39elle vomit.
05:39Que je lui avais dit, si ça ne va pas, tu m'envoies un SMS.
05:43Et je vois ce que je peux faire.
05:45Parce que je ne pouvais pas y aller et être confrontée.
05:47J'avais trop peur.
05:47Donc rien que là, c'était hyper embêtant.
05:49Parce que je ne pouvais pas être 100% là pour ma mère.
05:51Et je culpabilisais énormément.
05:53Je me disais, mais tu es une fille indigne en fait.
05:55Ta mère, elle est en train de vomir dans la chambre.
05:57Tu ne fais rien.
05:58Tu lui dis de t'envoyer un texto.
05:59C'était horrible.
06:00Et au final, j'avais appelé une voisine.
06:02Et du coup, je lui avais dit, ma mère n'est vraiment pas bien.
06:06Je ne sais pas ce qu'elle a.
06:07Je pense qu'il faut l'emmener aux urgences.
06:09Et finalement, on a compris que c'était une méningite.
06:11Et je pense que là, à nouveau, je me suis dit, ah là là, vomi, maladie, mort.
06:15Donc par chance, elle a survécu parce que c'était une méningite virale.
06:19Mais je sais que ça a été un palier en plus dans ma phobie.
06:22Parce qu'à nouveau, je me suis dit, danger.
06:24Et après ça, c'est vrai qu'au quotidien, ça conditionne d'une certaine manière.
06:30Parce que quand je suis arrivée au lycée et que ce n'était que des soirées où tout le monde
06:34se bourre,
06:35où tout le monde vomit, c'était vomilande.
06:37Donc là, je me suis retrouvée dans une position où je me suis dit, il faut que tu parles.
06:40Donc je l'ai dit à mes meilleurs amis, qui ne sont pas du tout moqués,
06:44qui m'ont dit, ah bah oui, je comprends, etc.
06:47Et en fait, je me suis dit, dis-le.
06:48Parce que comme ça, les gens en soirée vont faire un peu plus attention.
06:52Ils vont soit boire moins, soit boire comme des trous.
06:55Mais en tout cas, ils vont s'arranger pour ne pas vomir devant toi.
06:57Mais ça a conditionné ça.
06:59Parce qu'en soirée, je profite de la soirée.
07:01Mais il y a toujours des moments où je me dis, oula, celui-là, il a l'air bourré.
07:04J'envoie un kit YouTube, je ne suis pas sereine.
07:05Je me dis, oula, je vais changer de pièce.
07:07Donc il y a quand même ce côté où, même en soirée, je profite, je suis à fond.
07:10Et passé un certain stade où je sens que tout le monde commence à être bourré,
07:13là, je change d'ambiance.
07:14Et là, je commence à me dire, oula, psychose.
07:16Donc là, c'était crise d'angoisse.
07:17Un peu, j'étais au niveau des crises d'angoisse.
07:19Et maintenant, à force d'en parler, c'est atténué.
07:23Maintenant, j'ai toujours peur.
07:25Donc ça me fait en fait comme un sursaut.
07:27C'est exactement comme quand quelqu'un vient vous faire peur.
07:29Donc vous sursautez, vous dites, oh là là, tu m'as fait peur.
07:32Bon, bah moi, ça me fait exactement cette sensation.
07:34Je stresse.
07:34Et maintenant, j'arrive à me contrôler.
07:36Donc j'essaye au maximum de me rationaliser.
07:38Même si ce qui est très dur avec une phobie, c'est que c'est pas rationnel.
07:41C'est comme les gens qui ont une phobie des insectes.
07:43C'est pas de la peur, en fait.
07:44C'est pas de la peur, pas du dégoût.
07:46C'est au-delà.
07:46Donc en fait, il y a beau y avoir quelqu'un qui te dit,
07:49oh bah c'est pas la petite bête qui va manger la grosse.
07:51Bah tu le sais déjà, en fait, que c'est pas la petite bête qui va manger la grosse.
07:53Mais c'est pas ce qui te rassure.
07:54C'est irrationnel, en fait.
07:55Il y a eu plusieurs moments où je me suis dit, mais comment tu vas faire ?
07:59Parce que je me disais, eh bien un jour tu vas avoir des enfants.
08:01Comment ça va se passer ?
08:02Enfin, si l'école t'appelle pour te dire, bah votre enfant a vomi.
08:06Et que je réponds, ah d'accord.
08:08Que j'y vais pas.
08:09Enfin, je me mettais des scénarios où je me disais,
08:11mais à un moment donné, il va falloir la résoudre cette phobie.
08:14Parce que ça va être handicapant plus tard, quoi.
08:16Déjà que c'est contraignant aujourd'hui.
08:18Et je sais qu'à un moment, j'ai tenté une thérapie comportementale et cognitive.
08:22Parce qu'on m'a dit que c'était une des meilleures solutions pour régler une phobie.
08:25Mais je suis très mal tombée.
08:26Donc je suis tombée sur un psy qui me comparait à tous ses patients.
08:29Quand je suis arrivée, dès la première séance, il m'a dit,
08:32alors j'ai avec moi 10 images.
08:33Vous allez noter votre peur de 1 à 10.
08:35Donc déjà, moi, voir des images, c'était pas possible.
08:37Donc j'ai dit, ah, mais comment ça ?
08:40Enfin, moi, je peux pas voir d'images.
08:41Donc il a dit, ok.
08:42Il a posé les photos.
08:43Il m'a dit, bah maintenant, on va passer aux vidéos.
08:45Donc je me suis dit, mais je peux pas voir des photos.
08:47À quel moment il pense que je vais pouvoir voir une vidéo ?
08:49Et j'ai dit, ah, mais moi, je ne peux pas regarder dès le début.
08:51C'est-à-dire que s'il y a quelqu'un qui vomit, je peux juste pas regarder.
08:53Et là, il a croisé les bras.
08:54Il m'a dit, c'est plus grave que ce que je pensais.
08:57Donc là, j'ai dit, ah, il me dit, ah, vous êtes vraiment hermétique.
08:59Vous êtes plus hermétique que mes patients.
09:01J'ai rarement vu ça.
09:02Donc là, la solution que je vois de loin la plus évidente, c'est la psychiatrie.
09:07Et il m'a dit, et peut-être que la solution est médicamenteuse.
09:09Et alors là, je me suis dit, oulala.
09:11Mais pour me donner bonne conscience, là encore, ce processus de culpabilité,
09:14je me suis dit, je vais faire une séance avec une psychiatre et je vais voir ce qu'elle va
09:17me dire.
09:18Donc j'ai passé 50 minutes à parler.
09:20Et au terme des 50 minutes, elle m'a dit, bon, c'est pas si grave.
09:22Alors j'ai dit, c'est pas si grave, mais c'est quand même contraignant.
09:24Elle me dit, oui, mais bon, vous avez des stratégies d'évitement tout à fait bonnes.
09:29Donc vous arrivez à vivre avec.
09:30J'ai dit, oui, mais un jour, j'aurai des enfants.
09:32Comment ça va se passer ?
09:33Et elle m'a dit, on n'en est pas là.
09:35On n'en est pas là, donc réfléchissez à votre phobie et revenez me voir.
09:39Ça fera 60 euros.
09:40Et vraiment, c'était expérience pourrie à souhait,
09:42où je me suis dit, bon, tu ne pourras jamais guérir cette phobie,
09:45parce que si tu tombes sur des gens comme ça.
09:47Et c'est vrai qu'après ça, j'ai laissé tomber,
09:49alors que pourtant, je pense qu'il y a plein de solutions possibles.
09:52Déjà de tomber sur une personne plus compétente en thérapie comportementale et cognitive,
09:56parce qu'apparemment, c'est prouvé que ça marche.
09:58Et ça consiste en fait en plein de petits exercices
10:00où on confronte petit à petit à la phobie.
10:04Mais c'est vraiment très progressif.
10:05Mais c'est vrai que là, j'avais mis plein d'argent là-dedans,
10:07ça m'avait découragée.
10:08Donc là, je me suis dit, bon, Mossane, essaie de faire un truc toute seule.
10:11En en parlant, avec une copine qui est en médecine,
10:14qui m'avait dit, mais si tu veux, moi, je te passe mes cours
10:16pour que tu vois que ce n'est pas forcément associé à quelque chose de négatif,
10:18que c'est un mécanisme de défense du corps,
10:20que c'est positif aussi, nanana.
10:21Et une autre copine qui m'avait dit, mais fais-toi des petits exercices.
10:24Toi qui adore les films, qui a toute une collection de DVD,
10:27tu connais par cœur les films que tu as,
10:29et bien tu sais exactement quand est-ce que ça va avoir lieu.
10:31Donc de temps en temps, t'essaies de t'y confronter, etc.
10:34Et c'est vrai que maintenant, je fais pas mal ça.
10:35Je fais des petits exercices comme ça, toute seule, et ça va beaucoup mieux.
10:39Une fois, j'avais une situation complètement ridicule,
10:41où je regardais un film, donc j'étais chez moi,
10:43et en fait, j'ai anticipé qu'il allait y avoir une scène de vomi,
10:46donc j'ai fait pause.
10:47Et en fait, je me suis dit, mais t'es bête, pourquoi t'as fait pause ?
10:50Maintenant, c'est foutu, t'as la grosse image de vomi sur ton écran,
10:53comment tu vas faire ?
10:54Alors là, c'était la panique, j'étais là, comment faire ?
10:56Est-ce que j'appelle mon frère pour me dire que nanana ?
10:59Donc j'en étais là, et je me suis dit, bon, Mossane,
11:03allez, affronte ta phobie, de toute façon, tu as commencé à voir la scène,
11:07donc tu as déjà vu, donc c'est pas si grave, donc tout va bien,
11:11et voilà, et t'essaies de te rationaliser, et du coup, j'ai regardé,
11:13j'étais pas bien, mais j'ai regardé, et voilà.
11:16Avant, j'aurais jamais pu, alors j'aurais appelé toute ma famille en disant,
11:18tu peux prendre mon ordi pour passer la scène, et pour nanana.
11:20Je me suis rendue compte que le fait de libérer la parole,
11:23le fait d'en parler, avait fait bouger beaucoup de choses par rapport à ma phobie,
11:27et que ça allait beaucoup mieux depuis que j'avais parlé,
11:30que ça n'a rien à voir avec quand j'étais petite,
11:32ou d'ailleurs, je me suis rappelée récemment que je faisais un cauchemar récurrent
11:35dans lequel, en fait, je voulais parler,
11:37mais chaque fois que je voulais parler, ma bouche se remplissait d'une pâte,
11:40et j'enlevais la pâte, et après, je recommençais à parler,
11:43et hop, ça se re-remplissait.
11:44Et ça, rétrospectivement à nouveau, je me suis dit,
11:47mais en fait, c'est hyper symbolique, c'est vraiment le fait de...
11:50Je veux parler, mais je ne peux pas, en fait.
11:51Mais je sais que quand j'en parlais pas, j'étais terrorisée,
11:55j'étais déprimée, parce que je me sentais insécurisée,
11:58j'avais l'impression d'être en danger tout le temps,
12:00et que personne ne pouvait m'aider,
12:01parce que c'est quelque chose que seul moi comprenais,
12:03donc je me disais, il n'y a personne, en fait, qui peut comprendre,
12:06et il n'y a personne qui peut t'aider.
12:07Donc c'est horrible, en fait, comme sentiment de se dire,
12:09je suis toute seule dans mon stress irrationnel,
12:12et en fait, ce sentiment de solitude,
12:14d'être dans une bulle où tu te sens nul,
12:16où tu as l'impression que c'est ridicule,
12:18où tu es tout seul, c'est le pire.
12:19Et je sais qu'à partir du moment où j'ai parlé,
12:21c'était beaucoup mieux pour ma phobie,
12:24tu as un soutien, en fait,
12:25tu as des gens qui comprennent,
12:26qui te prennent au sérieux,
12:28et qui, du coup, sont là pour t'aider à avancer dans cette phobie,
12:31qui te donnent des conseils,
12:32qui te disent, ah, j'ai lu ça,
12:33ah, j'ai vu qu'un tel avait la même phobie que toi.
12:35Je me suis dit, ah, ça fait plaisir,
12:37ça faisait trop plaisir de me dire,
12:39ah, mais tu n'es pas le seul ovni qui a peur de ça, en fait.
12:42Donc je me suis dit,
12:43le fait de témoigner,
12:44c'est déjà la continuité de ce processus
12:47de libération de la parole pour toi,
12:48et ça peut aider des gens.
12:50Je me suis dit, ça peut déjà aider
12:52les personnes qui n'ont pas de phobie
12:54à comprendre ce que c'est qu'une phobie,
12:55à comprendre que c'est ni de la peur,
12:57ni du dégoût,
12:58que c'est au-delà,
12:59que c'est vraiment une peur viscérale et irrationnelle.
13:02Donc ça, c'était important pour moi
13:03d'aider les personnes qui ne comprennent pas
13:05à juste titre,
13:06parce qu'elles ne le vivent pas.
13:07Et aussi, j'ai pensé aux personnes
13:09qui peuvent avoir des phobies,
13:11quelles qu'elles soient,
13:11même des phobies ridicules.
13:12J'ai vu que Louane était bananaphobe,
13:14donc pareil, je me dis,
13:15ça doit être quoi sa vie
13:16quand elle dit qu'elle est bananaphobe.
13:17Donc je me dis,
13:18en parler aussi,
13:19ça peut faire du bien à d'autres personnes
13:21qui sont dans la même situation que toi,
13:22qui peut-être n'en parlent pas,
13:23qui peut-être gardent ça pour elles
13:25et passent leur vie
13:26à être dans des stratégies d'évitement
13:28et être tout seul là-dedans,
13:29dans cette espèce de stress.
13:31Donc je me dis,
13:31ça peut aussi libérer d'autres personnes
13:33qui peuvent peut-être se dire,
13:35bon ben, il faut que j'en parle,
13:36il faut que je me fasse aider.
13:37Et ça, c'était aussi important pour moi,
13:38cette idée de pouvoir aider
13:41des personnes à relativiser.
13:42Orgine
13:45Sous-titrage Société Radio-Canada
13:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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