00:00À 17 ans, je vais avoir un très très grave accident de voiture avec mon petit copain à l'époque,
00:07où je vais manquer de mourir et où je vais avoir l'avant bras droit arraché.
00:12C'est une belle journée d'été, un dimanche, on allait faire un barbecue,
00:15vraiment rien de prévisible.
00:18Et puis là d'un coup on prend ce virage et on ne comprend pas et la voiture dérape.
00:21Et je vais perdre connaissance directement.
00:23Et là, il va se passer quelques secondes où mon copain va tout de suite sortir de la voiture
00:27et il va me prendre dans ses bras.
00:28Et c'est dans ses bras que je vais me réveiller.
00:30La première chose que je vais sentir, c'est la douleur.
00:33Donc directement, mes yeux vont se poser sur mon bras.
00:37Et là, je me rends compte que je n'en ai plus et il reste juste mon os.
00:40Du sang partout.
00:42Et à ce moment-là, je sens que je vais partir.
00:46J'avais deux solutions.
00:47Soit je perdais la raison, qui me protégeait de ce que je voyais,
00:50ou alors je me coupais tout de suite de mes émotions.
00:53Je bloquais tout pour survivre.
00:55Et c'est cette option que mon corps a choisie, c'est de bloquer tout de suite.
00:58Donc j'ai tout verrouillé.
01:00Et la seule chose qui m'importait, c'était vivre.
01:03Ça a été les 30 minutes les plus longues de ma vie.
01:07Parce qu'au-delà d'avoir mon bras arraché et d'avoir eu une commotion,
01:10j'ai eu une fracture du bassin, du coccyx.
01:13Et j'ai eu une congestion pulmonaire.
01:15Donc le poumon qui s'est décollé et du sang dans le poumon.
01:17Donc je ne savais plus respirer.
01:19Et c'est là où, finalement, je vais dire que dans mon malheur, la chance va commencer.
01:24Les personnes qui nous suivaient en voiture, c'est un médecin qui allait faire de la plongée avec sa femme.
01:29Donc c'est lui qui nous a porté les premiers secours.
01:33Et je me souviens de ce médecin qui disait à mon copain, il faut lui faire un garrot.
01:37Tout de suite, tout de suite, il faut lui faire un garrot parce que je me vidais.
01:40Et sans ce garrot, je serais morte.
01:42De sûr.
01:4330 minutes, c'était hémorragie.
01:44Alors super, on traite un problème, sauf que je ne sais plus respirer.
01:48Je n'arrête pas de dire à ce monsieur, je vais mourir.
01:51Je n'arrive plus à respirer.
01:52Et la chance, il a une bombe d'oxygène dans sa voiture puisqu'il va faire de la plongée.
01:57Donc je vais avoir cette bombe d'oxygène.
01:59Tout ce que je vais me souvenir, c'est que je n'arrête pas de lui répéter, je vais mourir.
02:04Et donc je dois tenir, tenir, tenir jusqu'au moment où on me dit, l'ambiance est là.
02:10Et je me réveille à l'hôpital, comme dans les films.
02:12Et donc je vois ma famille dévastée.
02:16Et moi, quand je me réveille, j'ai un soulagement.
02:22Wow !
02:23J'ai survécu.
02:24Je ne comprends pas pourquoi ils sont dévastés sur le coup.
02:27Parce que moi, je me dis, mais je ne suis pas morte.
02:29C'est le principal, c'est trop bien.
02:32Et bon, évidemment, cette euphorie va se calmer.
02:37Dans ce drame, il y a eu plein de traumatismes.
02:39Et le second traumatisme a été la douleur.
02:42C'est-à-dire que j'ai été opérée une douzaine de fois.
02:45Je n'avais plus de peau du tout.
02:46Donc du coup, j'avais des soins de grand brûlé.
02:50Et j'étais bourrée d'infection.
02:52Donc chaque semaine, on m'ampute-être.
02:54Et puis je ne savais plus me lever, je ne savais plus marcher, puisque j'avais ma fracture du bassin.
02:59Je suis restée trois semaines couchée.
03:01Je n'avais pas imaginé qu'un être humain pouvait souffrir autant, malgré les médicaments.
03:06On dit qu'un mental positif fait 50% de la guérison.
03:10Mais c'était ouf.
03:11Ça veut dire que normalement, on devait me greffer de la peau.
03:14Et bien, tous les jours, chaque fois qu'on enlevait le pansement, ma peau était un petit peu plus loin.
03:20Et en fait, elle a repoussé complètement.
03:22Honnêtement, les infirmières disaient, c'est un truc de fou.
03:26Ça, c'est juste votre mental.
03:28Alors l'arrivée à la maison, j'ai perdu un petit peu mes repères.
03:33Et là, je vais commencer tous les actes du quotidien.
03:37Je vais commencer à m'apercevoir que je ne sais plus rien faire.
03:42Voilà !
03:43Rien, mais rien.
03:44J'étais droitière.
03:45Donc, je ne sais plus écrire.
03:47C'est à ce moment-là que va arriver ma colère.
03:48Une des phases très difficiles où, pendant un an, mon objectif va être reprendre mon autonomie.
03:55Je ne veux pas qu'on m'aide.
03:57Tout ce que je veux, c'est y arriver.
03:58M'épiler, me raser, me coiffer, m'attacher les cheveux.
04:03Donc, au début, je mets trois heures pour faire un acte.
04:06Donc, ça va influencer mon comportement.
04:09Je pense que je vais aussi beaucoup rejeter aussi.
04:11Et quand je vais rentrer à l'école, là, ça va être...
04:14Waouh !
04:15Ça va être une autre phase très difficile où, là, je vais comprendre ce que vivent les personnes handicapées avec
04:25le regard des gens.
04:26Tout le monde chuchote.
04:28Tout le monde se retourne.
04:29Tout le monde ne fait que regarder mon bras.
04:33Donc, j'essaie de me forger parce qu'au départ, je suis très victime.
04:35Très, très victime de ce qui m'est arrivé.
04:37Et puis, j'ai d'énormes problèmes physiques puisqu'avec toutes les opérations que j'ai eues, je dors 14
04:43heures.
04:43Enfin, j'ai besoin de 14 heures. Je ne sais plus dormir.
04:46Je fais des cauchemars. J'ai des visions d'horreur tout le temps.
04:49Je vois du sang, je vois des plaies.
04:51Donc, je suis vraiment psychologiquement très, très mal.
04:54Et après, vient bien évidemment les angoisses, les crises de panique.
04:58La peur arrive parce que quand on comprend qu'on peut mourir à tout moment,
05:02eh bien, je suis rentrée dans un cercle de peur.
05:05Ou même, je ne savais même plus traverser pour aller à la boulangerie.
05:10Et je me dis, je ne vais pas y arriver.
05:11Mais encore une fois, je suis bien entourée.
05:13Et c'est là que tout commence.
05:16On m'a dit clairement, Angie, aujourd'hui, tu as le corps d'une femme de 50 ans.
05:21Tu n'auras plus jamais la condition d'une fille de 17 ans.
05:24C'est impossible.
05:25On ne se remet pas de ce que tu as eu.
05:27À ce moment-là, je crois à les médecins parce qu'évidemment, je suis faible de dingue.
05:31Donc, je ne peux pas croire l'inverse.
05:33Ils me disent, voilà, il faudra acter un travail adapté, 4 heures maximum par jour,
05:39avec toutes les choses qui pourront t'aider physiquement.
05:42Mais ils me disent, il faudra peut-être faire un sport.
05:44Ça va peut-être t'aider.
05:45Et c'est là que je vais pousser la première fois, donc à mes 18 ans,
05:49les portes d'une école de danse à Charleroi qui s'appelait Modino.
05:52Mes premiers cours étaient pendant longtemps une catastrophe monumentale
05:56parce que je n'ai plus aucune mémoire.
05:58Avec le choc post-traumatique, je ne retiens rien.
06:00Je n'ai plus du tout d'équilibre et je n'ai aucune psychomotricité.
06:05Mais il y a un truc, il y a une énergie dans mon ventre.
06:10En fait, je vais comprendre que ça va devenir ma plus grande thérapie
06:14et ma plus belle histoire.
06:15C'est-à-dire, la danse va me permettre de pouvoir exprimer plein de choses
06:19que je ne pouvais pas dire à personne.
06:21Ça va me sauver, ça va me défiger,
06:23ça va me permettre de me réapproprier mon nouveau corps,
06:27de l'accepter et ensuite de l'assumer.
06:30Voilà, à ce moment-là, je suis élève, je prends des cours de danse,
06:32ça me fait kiffer de ouf.
06:34Mais je vais quand même me poser cette question de
06:35maintenant, qu'est-ce que je vais faire de ma vie ?
06:37Parce que je pars toujours dans cette idée que les médecins m'ont dit
06:40« tu ne pourras faire qu'un travail adapté, etc. »
06:44et jamais un métier sportif.
06:46Jamais.
06:47Donc, je me dis, vu que je commence évidemment beaucoup de thérapie sur moi-même,
06:52ce qui a été pour moi ce que toujours,
06:54je continuerai à faire des thérapies toute ma vie.
06:57Je trouve ça génial.
06:59J'adore ça.
07:00J'adore me remettre en question.
07:02J'adore.
07:02Et donc là, je vais développer ma deuxième passion
07:04et je vais me lancer dans la psychologie.
07:06Ça va être une passion pour moi de comprendre l'être humain.
07:09Et là, il faut savoir qu'à ce moment-là,
07:12donc voilà, ça fait des années que je suis en couple,
07:14je suis en ménage,
07:15j'ai ouvert mon petit cabinet de sophrologie,
07:17sauf qu'à l'intérieur de moi,
07:19qu'est-ce que je m'ennuie ?
07:21Oh !
07:22Et là, je vais regarder ce trill dancer.
07:25Et là, ça va être au moins un déclic.
07:28Et je me dis, oh !
07:30Je veux cette vie.
07:31Je vais commencer à rêver.
07:33Et là, je vais commencer à changer plein de choses.
07:35Et vu la thérapie continue,
07:37tout ce que je n'osais pas m'avouer,
07:39c'est-à-dire aujourd'hui, Angelina,
07:40tu n'aimes plus d'un amour amoureux de ton petit copain
07:43et tu n'es pas là où tu devrais être.
07:45Moi, je voulais bouger, voyager.
07:47Je vais dire, OK, je vais tout plaquer.
07:50Et là, je vais partir à Los Angeles deux mois pour danser.
07:53Et là, en fait, je vais me rendre compte.
07:55Je vais me rendre compte que je suis capable de danser tous les jours.
07:57Mon handicap m'apprend à patienter,
08:01à persévérer et à me prouver qu'à force, ça va.
08:05Je peux dépasser ça.
08:07Jusqu'où je vais pouvoir aller ?
08:09Et c'est ça qui me motive de où ?
08:12Je vais vraiment réaliser que les limites sont celles qu'on s'impose.
08:16Et ça, c'est vraiment quelque chose que je vais me dire.
08:19Mais en fait, tout est possible.
08:21Et puis, quelques années après,
08:23je comprends vraiment que la danse va être ma vie.
08:26Je suis une grande rêveuse.
08:28Je pense qu'il faut rêver.
08:30Il faut garder cette âme-là d'enfant.
08:33On le perd quand on devient adulte.
08:34Et puis, je vais entendre parler de ce casting.
08:38Je n'ai jamais fait de casting de ma vie.
08:39J'entends parler de ce casting qui va se faire à Paris
08:42pour faire la tournée de Black M.
08:44Je me dis oui, pourquoi pas.
08:46Ok, j'y vais.
08:46Je vais voir une file.
08:50Je crois qu'il y a plus de 150 nanas.
08:52Et il en prend quatre.
08:54Je sais que quoi qu'il arrive, un physique comme le mien,
08:56il n'y en a pas.
08:58Donc, finalement, c'est peut-être un plus.
09:00Ça se passe bien.
09:01Premier tour, je suis présélectionnée.
09:04Donc, je me dis trop bien.
09:04Et là, on voit Black arriver avec toute son équipe.
09:07Donc, je vois Black et tout.
09:08Je commence la choré, tout pas déterminé.
09:11Et je vois qu'il me regarde et qu'il parle tout de suite.
09:14Et là, je me dis c'est foutu.
09:15Je ne sais pas pourquoi.
09:16Je me dis c'est foutu.
09:17Et là, il me repêche.
09:18Ma, ma, ma.
09:19Et là, on passe du coup un par un.
09:21C'est une improvisation.
09:23Et ce qui a fait ma force par rapport aux autres,
09:26c'est qu'il y en a beaucoup qui jouaient sur la féminité.
09:28Moi, quand je danse le hip-hop, je ne suis pas très féminine en soi.
09:31Je suis un garçon manqué.
09:33Je kiffe ça.
09:33Le soir même, j'ai reçu un message comme quoi j'étais prise pour la tournée
09:38et que c'était parti pour un an.
09:40Donc, ça a changé toute ma vie.
09:42Ça a été une expérience incroyable.
09:46Et surtout, je vais me retrouver sur scène.
09:48Et je vais me rendre compte que le public de Black, c'est trois quarts des adolescents.
09:53Je vais commencer à recevoir un tas de messages me disant
09:56« Waouh, Angie, tu nous prouves que tout est possible.
10:00Merci.
10:00Et je vais recevoir des doses d'amour, d'inspire, etc. »
10:05Savoir que j'ai inspiré quelqu'un, que j'ai aidé une personne à faire de la danse
10:08ou à oser, assumer.
10:10J'ai des gens qui m'ont dit « Angie, grâce à toi, je ne porte plus de prothèse. »
10:13« Ah non, ça, ça n'a pas de prix, c'est trop bien ! »
10:18Et je pense aujourd'hui que tout le monde peut y arriver.
10:21En fait, tout le monde a la vie finalement qu'il croit mériter.
10:25Et ça, c'est hyper important.
10:26Aujourd'hui, je me suis rendu compte que je pouvais avoir n'importe quelle vie.
10:30Je peux être qui je veux être.
10:32Je peux me raconter n'importe quelle histoire.
10:35Et ça, c'est de la magie.
10:36Et on a aujourd'hui le pouvoir de changer nos croyances.
10:39Même si on a été traumatisé enfant, même si on a été maltraité,
10:43même si on a vécu des choses très dures,
10:45aujourd'hui, on a le pouvoir de changer tout ça.
10:47Quand on travaille sur soi, on évolue, on change de regard.
10:50Et c'est vrai qu'avec les années,
10:52ce qui nous semblait tellement primordial avant,
10:56aujourd'hui, nous paraît beaucoup moins important.