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  • il y a 2 jours
Pendant seize ans, Lili a grandi dans une famille d'accueil où elle a vécu l'impensable. Après une enfance qui semblait normale, sa vie a basculé lorsqu'elle a été emmenée vivre dans une ferme isolée. Très jeune, elle a été forcée de travailler tous les jours, victime de violences physiques, psychologiques et d'humiliations permanentes. Elle raconte aussi les agressions qu'elle a subies durant son enfance, le silence dans lequel elle a été enfermée et les profondes blessures que ces années ont laissées.

Malgré ces traumatismes, Lili a trouvé la force de se reconstruire. Le rugby, les rencontres qu'elle a faites et son immense volonté de s'en sortir lui ont permis de reprendre peu à peu confiance en elle. Après avoir traversé des périodes très sombres, elle a choisi de transformer sa souffrance en combat. Aujourd'hui, elle témoigne pour briser le silence et montrer qu'il est possible de se relever, même après les pires épreuves.

À travers son association, Les Pupilles de Lili, elle vient en aide aux jeunes qui quittent l'aide sociale à l'enfance sans repères ni soutien. Son histoire est celle d'une survivante qui refuse que d'autres vivent le même abandon. Ce témoignage est un message d'espoir, de courage et de résilience destiné à toutes les personnes concernées par les violences faites aux enfants, les familles d'accueil et la reconstruction après un traumatisme.

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Personnes
Transcription
00:00J'ai vécu 16 ans en famille d'accueil où j'ai été violée, esclavagée et maltraitée.
00:06Bonjour, je suis Lily Desilles.
00:08J'ai décidé aujourd'hui de libérer ma parole pour parler de tout ce que j'avais vécu au cours
00:14de mon enfance.
00:15J'ai été élevée dans la même famille d'accueil pendant toute mon enfance.
00:20Quand je suis arrivée à 9 mois, de mes 9 mois à mes 6 ans, j'avais une vie plutôt
00:26normale.
00:26On vivait dans un village, donc j'avais des amis de l'école à côté et j'étais plutôt chouchoutée.
00:34J'avais des cadeaux de Noël, j'avais une vie d'enfant normale.
00:39Et puis ma famille d'accueil a décidé de déménager.
00:43On a souviens son rêve qui était d'acheter une fermette à rénover dans la campagne.
00:49Et ça a été le début du gauchemar.
00:50On habitait en dehors du village, à 4 ou 5 kilomètres du village, dans les champs, entre les champs et
00:58deux agriculteurs.
00:59Et puis là, je suis devenue esclave de cette famille d'accueil.
01:04À 8 ans, 9 ans, je n'avais aucune vie en dehors de l'école.
01:10Je rentrais de l'école, je devais m'habiller en salle, comme disait ma famille d'accueil.
01:15Et puis aller travailler, voilà.
01:19Pour moi, j'allais à la mine.
01:22Alors, ils ont pris des animaux, des moutons, des chevaux, des poules, des canards, des lapins.
01:30Quelle que soit la saison, il fallait que je donne à manger aux animaux.
01:35L'hiver, il fallait casser la glace.
01:38Et même si on avait froid aux mains, il ne fallait pas se plaindre.
01:41Et si on se plaignait, eh bien, là, il y avait les noms d'oiseaux qui fusaient.
01:48J'étais bonne à rien, j'étais une merde, j'étais une saleté.
01:53Je ne réussirais jamais dans ma vie.
01:56Donc, il fallait élever des animaux, s'en occuper.
01:59Et puis après, il fallait les tuer.
02:01Alors, il fallait tenir le poulet, par exemple, pendant que le mari de la famille d'accueil coupait la tête
02:09du poulet ou des canards sur le bio.
02:12Et bien sûr, quand on a 11-12 ans, on n'a pas de force.
02:16Donc, il fallait le canard même mort ou la poule même morte se débat.
02:21Et là, tu as du sang partout.
02:24J'avais des lunettes à l'époque.
02:26Donc, j'avais du sang plein les lunettes.
02:28Tu as une odeur qui se dégage de sang qui est répugnante.
02:33Et tu ne dois rien dire parce que tu sais que sinon, tu vas te faire attraper, tu vas te
02:37faire tabasser.
02:38Ce n'était pas 2-3 poulets.
02:40C'était 15, 20, 30 poulets.
02:42Et ensuite, il fallait les plumer, il fallait les vider.
02:46Si je me plaignais, de suite, voilà, elle me prenait comme ça, là, les petits cheveux, là, où elle me
02:54tabassait avec ses claquettes l'été.
02:57Ou pire, elle me rabaissait.
03:00En fait, les mots sont des armes.
03:02Et ça, c'est très, très, très difficile.
03:04C'est quelque chose qui m'a coûté beaucoup dans ma vie.
03:08Je me souviens d'une fois où elle m'a dit, mais tu sais, tu vas te mettre toute nue,
03:12je vais te prendre en photo.
03:13Et quand elles seront développées, les photos, tu verras que tu es grosse.
03:17Donc, elle l'a fait.
03:18Et elle a fait développer les photos.
03:20Mes amis sous le nez en me disant, tu vois, tu es grosse, c'est toi.
03:24Regarde bien cette photo, c'est toi.
03:26Tu es grosse.
03:26Et puis, je me disais, tu as de la chance, tu es en famille d'accueil.
03:31Tu as toujours été dans la même famille d'accueil.
03:33Tu n'es pas en foyer.
03:34Tu n'es pas baladé de foyer en foyer.
03:36Je n'avais pas de raison de me plaindre.
03:39Et puis, peut-être que c'était ça la vie, finalement.
03:42À partir du moment où elle m'a montré cette photo, je suis tombée dans la boulimie.
03:46Donc, je vomissais tous mes repas pendant dix ans.
03:50Ensuite, j'ai grandi.
03:51J'ai demandé à être à l'internat parce que j'étais déjà en dépression, je pense, à partir de
03:59mes 14 ans.
04:01Un jour, je suis rentrée quelques mois après de l'internat.
04:07Je me suis allongée sur mon lit.
04:08Son mari, quand il est décédé, il avait un matelas à mémoire de forme.
04:12Et je me suis rendue compte qu'elle m'avait mis ce matelas à mémoire de forme.
04:16Et que je dormais sur le lit où était resté un mort pendant trois jours.
04:22C'est des choses qui marquent ma vie, qui laissent de gros traumatismes.
04:28À côté de ça, il y avait un enfant à elle qui était resté encore à la maison.
04:34Et puis, un enfant également qui était de la DAS.
04:39Et les deux ont abusé de moi, entre mes 8 ans et mes 12 ans.
04:44Voilà, c'était on joue au papa et à la maman, t'inquiète pas.
04:48C'est notre secret. C'était de la masturbation, des fellations, des attouchements.
04:54Il fallait que je me tais parce que déjà, c'était un secret.
04:58Et puis, parce que je ne sais pas si j'avais honte à l'époque ou pas.
05:03Mais je pense plus que j'avais peur.
05:06Cette femme de ma famille d'accueil était un bourreau que je craignais.
05:11Et qui était toujours dans une violence extrême de par ses mots et de par ses gestes.
05:16Et c'était des mots salopes, des connes, saletés, bonnes à rien, connasses.
05:27Des mots atroces que j'ai entendus toute ma vie.
05:32Enfin, toute ma vie auprès de cette famille d'accueil.
05:36Jusqu'à mes 16 ans, en tout cas.
05:40Je n'avais pas le droit de sortir.
05:41La seule chose qui nous autorisait à faire, parce que la DAS le demandait, qu'il y ait des activités,
05:47c'était de la musique.
05:49En grandissant, j'ai voulu changer de famille d'accueil.
05:52Et je me suis rendu compte ce qu'était la vraie vie d'adolescent, en fait.
05:57Après mon bac, je suis partie à Dijon.
05:59Et quand je suis arrivée à Dijon, eh bien, j'ai de suite eu cette envie de m'inscrire dans
06:06un club.
06:07Chose que j'ai faite.
06:09Et le rugby m'a un peu sauvée la vie.
06:12Parce que, bon, avant ça, il s'était passé un ou deux ans où j'avais essayé de faire la
06:18fac.
06:19J'ai fait une fac d'histoire.
06:20Mais je n'étais pas assidue, j'étais perdue.
06:23En fait, j'avais été tellement bridée que quand je suis arrivée toute seule à Dijon, j'ai un peu
06:31pété un câble.
06:32C'est-à-dire que j'ai découvert ce que c'était de sortir, de boire, de fumer.
06:38Et bon, c'était un peu la déchéance.
06:40J'ai réussi à rester équilibrée et dans le droit chemin.
06:44Parce que je pense qu'avec tous les sévices que j'ai subis, j'aurais pu finir dans la rue.
06:49J'aurais pu finir prostituée.
06:51Ou je ne sais quoi.
06:53Mais j'aurais pu finir mal.
06:55J'ai eu cette petite force de caractère, je ne sais pas d'où ça sort, qui m'a permis
07:00de rester en vie jusque-là.
07:02Aujourd'hui, si je témoigne, c'est justement parce que je ne veux plus être spectatrice de tout ça.
07:09Et je veux vraiment aider et accompagner les jeunes qui ont été dans ma situation.
07:14Et qui se retrouvent à 18 ans ou 20 ans lâchés dans la nature.
07:18Ça, c'est pas normal.
07:19Il n'y a personne qui s'en occupe.
07:21L'État ne réagit pas par rapport à ça.
07:23On est les oubliés de la société.
07:25Et c'est pas bien.
07:27Moi, malgré tout, j'ai toujours essayé de travailler.
07:31J'ai 16 ans, j'ai passé le BAFA.
07:32Alors là, c'est la ZU qui m'a payé le BAFA.
07:35Ensuite, comme je vous disais tout à l'heure, j'ai eu cette chance de rentrer au club de rugby
07:41Les Gazelles de Dijon.
07:43Là, j'ai rencontré des gens extraordinaires.
07:46J'ai rencontré ma meilleure amie.
07:48J'avais un président qui était très, très gentil avec moi.
07:52Il m'a permis de m'inscrire dans une formation BPJ Sport Collectif.
07:58Je suis devenue éducateur sportif, entraîneur.
08:01Je faisais l'administratif du club.
08:03Ça, ça m'a sauvée.
08:04À partir de ce moment-là, je n'ai plus été boulimique.
08:08Dans le rugby, il y a de tous les gabarits.
08:10Et donc, tout le monde est accepté comme il est.
08:12Et ça, ça a été très important pour moi de voir que j'avais le droit d'être différente.
08:17Et puis, je pense que j'en avais besoin.
08:19C'est un sport où il faut avoir la niac, où j'avais besoin d'évacuer toute cette colère,
08:24toute cette pression que j'avais eue sur les épaules pendant des années.
08:28Le rugby, ça m'a vraiment permis d'évacuer.
08:30J'ai eu un défaut qui m'a suivie pendant longtemps, c'est que je n'ai jamais parlé.
08:36Je suis quelqu'un de très souriante, très sociable, qui est très à l'écoute des autres,
08:42mais je ne parle pas de moi.
08:44Plus tard, ça me portera préjudice.
08:46Puis après, je suis partie un an en Guadeloupe et je suis rentrée un an après à Montpellier.
08:52J'ai rencontré le père de ma fille.
08:55J'ai repris les études.
08:56En revanche, je n'avais pas encore soigné mes blessures et pas assez parlé.
09:04Toute cette accumulation de choses a fait que j'ai eu envie de baisser les bras.
09:09Il n'y a pas si longtemps que ça, j'ai eu envie de mourir parce que je m'avais
09:13marre d'être en survie.
09:14Tout ce que j'essayais de construire, se consumait en même temps avec ce feu de colère.
09:21Et ça n'allait pas, quoi.
09:23Ça n'allait pas dans ma tête et ça n'allait pas dans ma vie.
09:26J'étais toujours dans cette colère contre ma génitrice, contre cette famille d'accueil, contre la vie.
09:33Parce que moi, je n'ai rien demandé.
09:35Je n'ai pas demandé à ce qu'on me mette au monde pour vivre ça.
09:39Alors, j'ai été réanimée, heureusement.
09:42J'ai été soutenue, très très soutenue.
09:45Et aujourd'hui, je me sens enfin prête à passer le relais, à tendre la main à d'autres enfants.
09:51Donc, j'ai créé une association qui s'appelle Les Pupilles de Lili.
09:55Ça consiste à venir en aide aux 18-20 ans qui sortent de l'AZE.
09:59Parce qu'il faut savoir que le plus gros pourcentage des 18-20 ans qui sont dans la rue aujourd
10:04'hui,
10:04ce sont des enfants qui sortent de l'AZE.
10:07Et ce qui est tout à fait normal puisqu'on les laisse dans la nature.
10:11Et donc, la plupart ne peuvent que tourner mal.
10:14Je le comprends.
10:15Aujourd'hui, j'ai envie de tendre la main.
10:18Je ne peux pas être spectatrice de ça.
10:20Avec tout ce que j'ai vécu, je ne peux pas rester les bras croisés,
10:25rester bien au chaud chez moi et ne rien faire.
10:28Je veux aider ces enfants.
10:30Alors, peut-être que je n'en aiderai qu'un, deux, trois, quatre, cinq, pas plus.
10:35Mais je veux les aider à s'inscrire dans un projet professionnel,
10:39à s'inscrire dans un schéma familial.
10:41C'est-à-dire que je vais faire appel à des familles qui ont envie d'être parrain et marraine
10:47de ces enfants
10:48pour les accompagner, pour leur apporter cette sécurité, ce réconfort, cet amour, cette bienveillance.
10:56dont tout être humain a besoin et qu'on n'a pas forcément quand on est à la DAS.
11:03Alors, bien sûr, il y a des familles d'accueil qui sont très bien
11:06et qui continuent, même après la majorité de l'enfant, à s'en occuper.
11:11Mais aujourd'hui, moi, avec ce que j'ai vécu, je suis obligée de mener ce combat
11:17qui est contre ces mauvaises familles d'accueil et pour ces enfants qui ont subi tout cela.
11:24J'ai vraiment, vraiment besoin de leur tendre la main
11:27parce que j'aurais aimé qu'on le fasse pour moi
11:29et de leur dire qu'aujourd'hui, tu n'es plus seule.
11:32J'aurais aimé entendre ça un jour, qu'on me tende la main et qu'on me dise
11:37« T'inquiète pas, ça va aller. Maintenant, tu n'es plus seule. »
11:41J'ai une famille qui, même aujourd'hui, moi, à 35 ans, j'aimerais avoir un père et une mère
11:48qui me prennent dans leurs bras et qui me disent qu'ils m'aiment et sur qui je peux compter
11:52et qui me réconfortent et qui pensent toutes mes blessures.
11:56Voilà, j'ai réussi à me reconstruire seule, mais c'est tellement difficile
12:02et ça prend tellement de temps.
12:05Il faut qu'on se réveille et qu'on constate qu'il y a quelque chose
12:11qui ne tourne pas rond dans le système.
12:13C'est du passé, je fais petit à petit le deuil de tout ça
12:18et maintenant, mon combat, ça va être de me battre
12:20pour ceux qui ont vécu la même chose ou non,
12:24mais en tout cas, qui se retrouvent dans la nature à 18 ans
12:27et qui ne savent pas par où commencer.
12:29Parce qu'à 18 ans, on a encore un gamin,
12:32on ne sait pas ce qu'on veut faire, on ne sait pas comment faire.
12:35Et quand on n'a pas de parents derrière, c'est encore plus dur.
12:38Et moi, je ne veux pas laisser ça comme ça.
12:41J'ai une page Instagram, une page Facebook, une page Twitter.
12:46Bien sûr, n'hésitez pas.
12:49Si vous vous retrouvez dans mon témoignage,
12:51je serai là pour vous aider, pour vous accompagner.
12:54Si vous avez envie de vous en sortir aussi,
12:57parce qu'il y a une question de volonté,
12:59moi, je me suis battue pour m'en sortir
13:01parce que ça se passe aussi là-dedans
13:05et que je l'ai voulu très fort.
13:08C'est encore difficile aujourd'hui pour moi,
13:10j'ai encore plein de difficultés,
13:12mais j'avance petit à petit, de manière positive.
13:15J'essaie d'être la meilleure mère du monde
13:17et la meilleure personne, la meilleure version de moi-même.
13:20Et si aujourd'hui, je peux vous tendre la main
13:22pour que vous ayez confiance en vous
13:25et que vous sachiez que quelqu'un a confiance en vous
13:30et croit en vous,
13:32alors je veux le faire
13:33avec cette association des Pupilles de Ligne.
13:36Pupilles de Ligne.
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