Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 jours
Bruno revient sur son parcours au sein d'un établissement d'accueil pour jeunes et partage des souvenirs difficiles et troublants qui ont profondément marqué sa vie. Il évoque les conditions de vie de l'époque ainsi que le regard qu'il porte aujourd'hui sur cette période sombre de son enfance.

À travers ce récit personnel, Bruno raconte les défis auxquels il a dû faire face, les épreuves qui l'ont construit et les nombreuses questions qui l'ont accompagné durant des années et qui le hantent toujours aujourd'hui. Son témoignage met en lumière l'impact que certains actes de la part d'adulte peuvent avoir sur le développement d'un enfant et sur son parcours d'adulte.

Avec recul et sincérité, il explique également comment il a progressivement trouvé les ressources nécessaires pour avancer, construire sa famille et reprendre confiance en l'avenir. Un témoignage fort sur la mémoire, la résilience et l'importance de pouvoir raconter son histoire.

Suivez O-Rigines le nouveau média qui s’intéresse à l’histoire des histoires.
Youtube : https://www.youtube.com/channel/UC33B...​
Instagram : https://www.instagram.com/origines.me...​
Twitter : https://twitter.com/Originesmedia

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Il nous a demandé de nous déshabiller, il a commencé à nous faire des photos.
00:03Qu'on était réticents, il nous a montré plein de photos sur son mini-tel d'enfants de notre âge,
00:09nus.
00:09Donc on a fait ce qu'il nous a dit.
00:11Je ne sais pas beaucoup de souvenirs. Alors est-ce que j'ai été...
00:13Est-ce qu'on abusait de moi ? Je n'en sais rien.
00:15Le village de Rionmont se situe à Liévin, dans le Pas-de-Calais.
00:19C'était des enfants qui étaient placés de l'âge de 6 ans jusqu'à...
00:24Avant c'était 21 ans, après c'est passé à 18 ans.
00:26Pour en fin de compte, éduquer, rééduquer, je ne sais pas, des enfants qui étaient dans des familles catastrophiques.
00:34Problème d'alcoolisme, vol...
00:36En fin de compte, on mettait des enfants à Rionmont que les personnes en voulaient aussi bien au niveau tribunal,
00:41foyer et autres.
00:42Donc il n'y a qu'à Rionmont, on pouvait les mettre.
00:44On était une fratrie de 5 enfants. Dominique et moi, on a été placés à Rionmont à la demande de
00:49mon frère, d'amis.
00:50C'est compliqué dans la tête d'un enfant de 5 ans et ni, quoi.
00:52Quand on vous dépose, en fin de compte, vous descendez de la voiture et puis qu'on vous dit que
00:57vous n'allez plus voir vos parents.
00:58Vous avez ça en tête et puis vous avez cette ombre noire gigantesque qui vous paraît gigantesque parce que vous
01:04êtes petit, quoi.
01:05Du père revêt qui arrive.
01:07Ils ont dû appeler mon frère pour que je me calme.
01:10Quand je suis arrivé, moi, pour moi, un curé, je ne savais pas ce que c'était, quoi.
01:13Donc, une église, je ne savais pas ce que c'était non plus.
01:16Au début, vous êtes perdus comme tout le monde, quoi, je présume.
01:18Il y a beaucoup d'enfants.
01:19Vous essayez de trouver votre place là-dedans, mais ce n'est pas facile.
01:22Puis il y a toute une hiérarchie à respecter aussi, quoi.
01:25Vous venez d'arriver, vous êtes le petit dernier, quoi.
01:26L'école, ça a été le démarrage le plus catastrophique pour moi, quoi.
01:30Dans le sens que c'est là où vous apercevez que de l'intérieur comme de l'extérieur, on reste
01:35des cas, quoi.
01:36Moi, c'était mes premières sorties à l'extérieur parce que j'ai à l'école.
01:40Le regard des autres enfants sur nous, on était habillés avec une culotte allemande.
01:44C'était une culotte de cuir, en fin de compte, avec des bretelles, des gaudillots, une chemise à carreaux.
01:49Et voilà, quoi, qu'un rasé est toujours en rang.
01:52Oui, chef. Oui, père.
01:54Du matin au soir.
01:55On était tous habillés pareil.
01:57Pour moi, ce n'était pas encore un uniforme.
02:00On me donnait ça, je mettais ça, je ne me posais pas de questions.
02:03Après, c'est en allant à l'école qu'on voit les autres enfants qui avaient des shorts.
02:07Mais il y en a qui avaient des pantalons.
02:08Ne serait-ce qu'un petit goûter à 4 heures, quoi.
02:10Nous, on n'avait pas, on ne connaissait pas, quoi.
02:12En fin de compte, vous vouliez le matin, vous faisiez une prière au lever du lit.
02:17Après, vous alliez aux douches, lavage.
02:19Donc, ça se faisait toujours par 20, 30, ça dépendait du groupe, 10, 15, que ça soit pour les douches
02:26ou autres.
02:27Donc, le matin, c'était la douche, après le petit déjeuner, après l'école.
02:31Et tout ça avec des prières entre deux.
02:33Déjà, à la base, vous êtes les enfants du mal.
02:36Ça, vous le comprenez assez rapidement.
02:38Moi, j'ai compris.
02:39Après, les autres, je ne sais pas.
02:40Mais pour moi, oui, j'ai compris assez rapidement.
02:41Et ils ne parlaient pas souvent, quoi.
02:43La plupart du temps, quand ils intervenaient, c'était pour vous en mettre une, quoi.
02:46C'est tous des militaires, à la base.
02:48Donc, question tactique, ils s'y connaissent bien.
02:50Ça pouvait être creuser un trou.
02:53Ça pouvait être porter des pavés dans un sac à dos.
02:57Moi, je n'ai jamais été enfermé, mais il y en a qui ont été enfermés.
03:01Plonger parce que vous avez uriné la nuit dans votre lit, dans une fontaine d'eau glacée.
03:06Il fallait casser la glace avant et on plongeait dedans.
03:08Et après, on vous frottait aux grandes craintes pour vous réchauffer, quoi.
03:12Amen.
03:14Quand je subis les premières violences, en fin de compte, ça a été très dur, quoi.
03:16C'était des coups de pieds, c'était des coups de poing.
03:18Par le P.E.V.
03:19Vous étiez en train de dormir, il arrive de son voyage, il vous réveille.
03:23Boom, boom, boom.
03:23Ben voilà, c'est tout, on se recouche et on pleure, tout seul.
03:28Aller se plaindre.
03:29Aller se plaindre à qui ?
03:30Père E.V.
03:32Aller du 4 heures à côté.
03:33On risquerait d'en avoir un deuxième, quoi.
03:35On ne devait pas se plaindre.
03:36Ça paraît bête.
03:37On voulait de nous qu'on soit des hommes.
03:39Puis après, il y a tout ce côté religieux aussi qui rentre en compte, quoi.
03:43C'est un lavage de cerveau phénoménal, quoi.
03:46Pour moi, toute punition était injuste.
03:47Ça pouvait aller de la ceinture, de la rangère, des poings,
03:51enfin, tout ce qu'ils avaient à disposition, quoi.
03:56Certains avaient des brûleurs de cigarettes sur eux,
03:58et ce qui est là, moi, ça ne m'est pas arrivé, quoi.
04:00Mais il n'y a plus rien qui m'étonne avec eux.
04:02Toute personne qui prenait l'envie de fumer,
04:05les criomons trouvent le moyen, en fin de compte, de les empêcher.
04:08Donc, le seul moyen de les empêcher de fumer,
04:10c'était de leur enlever leurs habits
04:12et de leur faire une croix sur la tête.
04:14Ils vous prenaient la tondeuse, ils vous faisaient une croix sur la tête,
04:17et puis t'as mis, quoi.
04:18Il y a eu plusieurs signalements.
04:19Le seul souci, c'est que Rionmont mettait une pression sur ces personnes.
04:23Alors, c'était des pressions indirectes
04:25pour vanter les bienfaits de Rionmont,
04:28mais bon, leurs tactiques habituelles, quoi.
04:30On n'était pas tout seuls.
04:31On avait 200 garçons qui étaient avec nous,
04:33qui rigolaient, qui pleuraient, et voilà.
04:35Je pense que tout ça, ça m'a aidé à tenir, quoi.
04:37De voir que j'étais pas tout seul, il y avait pire.
04:40Puis ils nous apprennent comme ça, on est appris comme ça.
04:43Il n'y a toujours plus...
04:43T'as pas à pleurer, il y a toujours pire que toi.
04:45T'as faim, c'est pas grave.
04:47Ma première agression sexuelle a été commise à 11 ans.
04:50Je rentrais à Rionmont tranquillement par le bois
04:52et j'ai quelqu'un qui m'a sauté dessus
04:55en m'abrassant dans mon cou,
04:57en me disant, écoute, ton frère,
04:58il sera pas éternel à Rionmont.
05:01Donc voilà, alors le fait que ça soit
05:03un ancien devenu stagiaire, frère et tout ça,
05:07qui me... voilà.
05:09C'est ce qui m'a peut-être marqué le plus dans tout ça, quoi.
05:11Je présume que cette personne-là avait une raison de le faire,
05:15sinon je vois pas pourquoi.
05:17Mais laquelle, je connais pas.
05:18J'en ai parlé à personne.
05:19Parler, ça aurait servi à rien.
05:21Ça aurait été parole contre parole.
05:23Même devant un juge, on m'aurait dit,
05:24ouais, mais lui, qui croire ?
05:26Un éducateur bien placé,
05:28qui aime un pauvre garçon,
05:30qui... donc la balance est déjà établie.
05:33Mes premières agressions avec Philippe Penault,
05:35se sont passées à la ferme,
05:37au village d'Enfanderie-aux-Monts.
05:38Ça s'est passé là où on mettait le foin.
05:40Philippe Penault m'a rejoint à un moment
05:42où j'allais nourrir le cheval.
05:44Il a fermé les trappes,
05:45et là, il a commencé à venir sur moi,
05:47à m'embrasser.
05:49Du coup, j'ai réussi à me faufiler
05:51dans les ballots de paille,
05:52essayer là entre deux.
05:53Au début, c'était pas violent.
05:55Après, il m'a commencé à demander à le fou,
05:57et il était tout de suite.
05:58Donc, ça a duré une fois, deux fois,
06:01trois fois, quatre fois,
06:02jusqu'au moment où j'ai été.
06:06Alors, suite à ça,
06:08est-ce que j'en ai parlé ?
06:10Non.
06:11Parler à qui ?
06:12Donc, on fait ce qu'on peut.
06:13On essaie de se trouver son petit coin tranquille,
06:15et puis pleurer.
06:16Essayer de grandir avec ça.
06:17Je pensais que Rionmont l'aurait sanctionné,
06:20comme il se doit,
06:21au moins dénoncé au niveau de la justice.
06:25Et quand j'ai rencontré Ixel,
06:27je me suis aperçu que ce monsieur courait toujours,
06:30qu'il avait réussi à être prêtre,
06:31qu'il continuait à s'occuper d'enfants.
06:33Et là, j'ai dit, non, pas possible, quoi.
06:35C'est pour ça que je suis là aujourd'hui, quoi.
06:37C'est pour dire stop à tout ça, quoi.
06:39Et je ne suis pas le seul.
06:40Je parle de moi, on pense intéressant à moi,
06:41mais il y a combien de personnes
06:43qui ont subi la même chose ?
06:45Il y a eu des centaines et des centaines d'enfants
06:47qui sont passés au village de Rionmont.
06:50Et si j'ai subi,
06:51il y a dû y avoir beaucoup de personnes
06:53qui ont subi aussi, quoi.
06:54Deux ans après l'agression sexuelle
06:57que j'ai subie,
06:58j'étais à Beaumanoir,
07:00qui est le secteur des grands,
07:03qui commence à travailler,
07:04tout ce qui s'en suit.
07:05Et j'ai entendu parler d'une personne
07:07qui voulait récupérer deux garçons de Rionmont
07:10pour aller chez lui à Paris,
07:12passer un week-end.
07:14Donc on est partis en train jusqu'à Paris,
07:16on est arrivés Gare du Nord.
07:17Ce monsieur habitait pas loin de la gare,
07:19parce qu'on y a été à pied.
07:20On est rentrés dans sa fiole,
07:23il nous a demandé de nous déshabiller,
07:24de nous mettre à l'aise et tout ça.
07:26Et après, il nous a demandé de nous aligner,
07:30moi et mon copain,
07:32sur le mur,
07:33tout nu.
07:34Il a commencé à nous faire des photos.
07:36Qu'on était réticents,
07:37il nous a montré plein de photos
07:39sur son mini-tel,
07:40plein de photos d'enfants,
07:41de notre âge,
07:43nus.
07:44Donc on a fait ce qu'il nous a dit.
07:46Le lendemain,
07:47je n'ai pas beaucoup de souvenirs,
07:49le seul souvenir que j'ai,
07:50c'est quand je suis arrivé à Rionmont,
07:52en fin de compte.
07:52Mais le fait que je me réveille comme ça
07:54à Rionmont,
07:56n'ayant très peu d'idées
07:57de souvenirs
07:58de ce qui s'était passé,
07:59la soirée,
08:02alors est-ce que j'ai été drogué,
08:03est-ce qu'on m'a mis,
08:04je ne sais pas,
08:05je ne peux pas,
08:06est-ce qu'on abusait de moi,
08:08je n'en sais rien.
08:08J'ai le souvenir des enfants
08:09qui viennent me voir en disant
08:11Bruno,
08:11il faut que tu ailles voir le Père E.V.
08:13Sinon,
08:13c'est nous qui allons
08:14aller te balancer.
08:15J'ai été voir le Père E.V.
08:17Je demandais
08:17de me recevoir en confession.
08:19Et j'ai annoncé
08:20qu'on avait fait des photos
08:23de l'oeil et sorti en pur axe.
08:24En fin de compte,
08:25vous êtes responsable de tout.
08:26C'est ça qui est dramatique
08:27dans l'histoire.
08:28Vous êtes des enfants
08:29et vous êtes responsable de tout.
08:30Je suis sorti de Rionmont
08:31parce que je me suis battu
08:32avec Jean-Paul Hargouache,
08:33qui est le nouveau directeur actuel.
08:35Je suis parti rapidement,
08:37sans juge,
08:37sans rien,
08:39direction douée.
08:40Vous vous retrouvez
08:40dans un foyer
08:42que vous ne connaissez pas,
08:43c'est un foyer d'accueil.
08:44On m'a viré de Rionmont
08:45comme j'y suis arrivé,
08:46avec rien.
08:47Je me suis senti très mal.
08:50Dans le sens que
08:52j'ai été préparé
08:53à beaucoup de choses,
08:54mais pas à la séparation
08:55de mon frère.
08:56J'ai pleuré mon frère.
08:57Je me suis retrouvé
08:59avec mes affaires
08:59toutes simples,
09:00comme ça,
09:00devant une grande porte,
09:01à attendre qu'on ouvre la porte.
09:03Et voilà.
09:04Puis après,
09:05on se dit,
09:06il n'y a rien,
09:07il faut aller acheter
09:07son dentifrice,
09:09sa serviette,
09:10son gant de toilette.
09:11Alors,
09:12ça a été beaucoup de pas
09:13dans la ville de Douai
09:14pour essayer
09:14de trouver un magasin.
09:16Quand on a dû trouver
09:17le magasin,
09:17d'avoir peur de rentrer dedans,
09:19je me suis retrouvé perdu
09:20comme le premier jour
09:21de mon arrivée.
09:22Après,
09:22j'ai été à la Bouée des Jeunes,
09:24à Saint-Lenoble.
09:25Là,
09:25comment ça s'est passé ?
09:26Ça ne s'est pas bien passé.
09:28Quand je suis arrivé,
09:29j'étais un peu plus révolté.
09:31J'ai commencé
09:32par essayer
09:33de savoir
09:33qui était le plus fort du foyer.
09:35Et puis,
09:35c'était parti.
09:37En espérant
09:37qu'il vous fasse bien sur la...
09:39Peut-être
09:40parce que je n'avais pas
09:41le courage,
09:41je dirais,
09:42de me mettre une balle dans la tête.
09:44Donc,
09:44les coups,
09:45j'ai déjà pensé
09:46un peu plus d'une fois.
09:48Il y a longtemps
09:49que je voulais en parler
09:50quelque part
09:50parce que c'est en moi
09:51depuis rayonnement.
09:53Le tout,
09:54c'est que je trouve
09:54une bonne personne
09:55à pouvoir écouter
09:57parce que c'est lourd.
09:58Ça ne se fait pas
09:59en cinq minutes.
10:00Donc,
10:00j'ai commencé
10:01avec un médecin.
10:02Là,
10:02c'était au moment
10:03que j'étais
10:05dans la...
10:08Tout ce qu'on veut.
10:10Je fréquentais
10:10pas mal de choses
10:11et directement,
10:13ce n'était pas ma voix
10:14non plus.
10:15Il fallait que je me sorte
10:15de ça
10:16et j'ai commencé
10:16à rencontrer
10:17le docteur De Beaumis
10:18qui a pris du temps.
10:20Beaucoup de temps.
10:21Je l'en remercie d'ailleurs.
10:22On pouvait aller le voir
10:23à n'importe quel moment.
10:25J'avais son portable,
10:26je l'appelais,
10:27je lui disais,
10:27Alain,
10:28ça,
10:28je ne vais pas bien,
10:29je ne vais pas venir.
10:3040 clients ou pas,
10:31Bruno,
10:31viens.
10:31les gens râlaient
10:32parce qu'ils attendaient,
10:33je comprends quoi.
10:34Lui,
10:34il ouvrait la porte,
10:35il disait,
10:36écoutez-moi,
10:36mon confrère,
10:37il est en face.
10:38Allez le voir
10:38si vous êtes pressé.
10:40J'ai commencé
10:40à essayer de faire
10:41une vie de famille,
10:42les enfants qui sont arrivés,
10:43donc les premiers tracas quoi.
10:45Parce que faire des enfants,
10:48c'est,
10:48comme je dis,
10:48c'est bien,
10:49c'est rapide,
10:50mais bon,
10:52c'est plein d'inquiétudes
10:53de votre part,
10:54de ma part à moi
10:55parce que,
10:55est-ce que je vais devenir
10:57comme ces...
10:58Comment je vais pouvoir
10:59les éduquer
11:00après tout ça ?
11:01C'est...
11:02C'est...
11:03Donc,
11:05en partie grâce à mon épouse,
11:07j'ai gardé le cap
11:09à essayer de devenir
11:11une personne de votre monde,
11:12à essayer de faire
11:13le mieux possible,
11:14même si ce n'était pas gagné.
11:15Il y a un moment donné,
11:16quand vous faites le point
11:17sur vous-même,
11:18vous avez deux possibilités
11:19qui se présentaient à moi.
11:21C'est soit que j'allais en prison,
11:22soit que vous essayez
11:23de rentrer dans votre vie,
11:25aller au travail,
11:27essayer de trouver
11:27soi-disant
11:28un semblant de salaire
11:29pour vivre,
11:30payer ses factures
11:31qui vous paraît
11:32tout à fait normales,
11:33mais que pour moi...
11:34Ben,
11:35j'ai quand même choisi
11:36de créer une famille
11:37et essayer de grandir aussi,
11:40quoi.
11:40Et après,
11:40ben,
11:41quand vous avez vos enfants
11:43et que vous vieillissez aussi,
11:45vous voyez les erreurs
11:45que vous avez faites.
11:46mon premier,
11:47il y a bien été esquinté
11:48par mon histoire.
11:50Je t'embrasse.
11:51Pour les autres,
11:52ça a été un peu plus difficile,
11:53mais je me suis détaché.
11:54Je les ai laissés plus
11:55sous la coupelle de maman.
11:57Il y avait moins de dangers
11:58par là, quoi.
11:59Pas sexuel ou quoi qu'est-ce,
12:01mais par rapport à mes idées,
12:02ma façon de penser.
12:04Pour moi,
12:04rien n'est grave.
12:05Le tout,
12:05c'est de pouvoir avoir confiance
12:06à la personne
12:07et d'en parler.
12:08Des coups,
12:09je peux remettre
12:10autant que je veux.
12:11C'est facile, quoi.
12:12Mais ça ne résout pas
12:13les problèmes, quoi.
12:14Donc,
12:15dans les anciens de Riaumont,
12:16il y a les personnes
12:17qui s'en sortent
12:18sans trop de dégâts.
12:20Ils arrivent,
12:21dès la sortie de Riaumont,
12:23à trouver un travail,
12:24à logement.
12:26Et voilà.
12:27Après,
12:27vous avez ceux
12:28qui ont plus de mal,
12:29c'est-à-dire
12:30au niveau papier,
12:33administratif
12:33et tout ce qui s'en suit.
12:34Parce que le problème
12:35de Riaumont,
12:35c'est qu'on nous apprend
12:36à être catholiques,
12:37mais pas républicains.
12:38Ouais, pas républicains.
12:39Je ne sais pas
12:40si c'est le mot juste,
12:41quoi, mais voilà, quoi.
12:42Et moi,
12:43je suis de cette génération-là,
12:45que la religion,
12:46j'ai baigné dedans
12:47quand j'étais petit, quoi,
12:48en latin,
12:48tout ce qu'on veut, quoi.
12:50Et votre monde à vous,
12:51je n'y étais pas préparé du tout.
12:53Donc, c'était hyper violent, quoi.
12:54Ça amène à toutes ces dérives.
12:56Donc, il y a les...
12:57Il y a la...
12:58Il y en a eu beaucoup.
12:59Je crois qu'il n'y a personne
13:00qui se sort de Riaumont-Dame, quoi.
13:02Puis après,
13:03il y a ceux
13:03qui ont craqué
13:04et qui s'en...
13:07J'ai du mal à le dire.
13:08Parce que...
13:10Je me suis battu
13:11trop longtemps avec ça, quoi.
13:12Il y a ceux
13:13qui sont partis
13:13trop tôt.
13:14Parce qu'ils n'avaient pas trouvé
13:16la force,
13:17les moyens,
13:17la personne
13:18qui pouvait les écouter
13:19et qu'ils ont préféré
13:20mettre fin à leur jeu, quoi.
13:22Et ça,
13:23il doit y en avoir
13:24quelques-uns aussi, quoi.
13:25Mon amertume est partie
13:27au fur et à mesure
13:28que j'ai fait
13:28la rencontre d'Ikshen,
13:29qui a écrit le livre.
13:31Elle m'a accompagné
13:31pendant deux ans.
13:32Là aussi,
13:33c'était pas une masse à faire, quoi.
13:34Parce que, bah...
13:36Moi, j'avais la peur
13:37du journaliste.
13:38Et très vite,
13:39je pense que j'ai vu
13:41que j'étais avec quelqu'un
13:42où je pouvais faire confiance
13:43pour refaire cette démarche.
13:45Et je savais
13:46qu'en faisant ce livre,
13:48bah...
13:48j'y mettais un terme
13:49à ma vie
13:50de tout ce qui m'était arrivé, quoi.
13:51J'allais pouvoir mettre des mots.
13:53Parce que ça a l'air de rien,
13:54mais ce livre,
13:55pour moi,
13:55il a été révélateur.
13:56Pas spécialement
13:58sur les agressions,
13:59mais sur mon enfance.
14:00Puis beaucoup d'amertume,
14:02surtout par rapport
14:02à toutes les personnes
14:04victimes de Rionmont,
14:05qui continuent
14:05à témoigner à ce jour, quoi.
14:07C'est ce qui me désole le plus, quoi.
14:08Parce que...
14:09Pfff...
14:09Et ça, c'est le plus dur.
14:10S'il y a pu avoir
14:11une omerta comme ça
14:12depuis des années,
14:13ça continue encore.
14:15C'est...
14:18Depuis 2014,
14:19il y a eu 11 personnes,
14:22laïques et prêtres,
14:23qui ont été mis en examen.
14:25Moi, suite à mes plaintes,
14:27je n'ai pas eu de nouvelles
14:28ni de la justice,
14:29ni de personnes.
14:30Et puis bon,
14:30il y a prescription.
14:31Donc je ne me fais pas
14:32trop d'illusions non plus, quoi.
14:33Pour moi,
14:34c'est important
14:34de prendre la parole
14:35pour tous les anciens
14:36de Rionmont,
14:36en fin de compte,
14:37qui ont subi des actes.
14:39Après, de la violence,
14:40tout le monde sait
14:40qu'il y en a eu, quoi.
14:41Donc, mais...
14:42Tout ce qui est actes,
14:44il ne devait pas être
14:45aussi répandu
14:46que les actes violents.
14:47Donc pour toutes
14:48ces personnes-là,
14:48je leur dis que
14:49tout est possible, quoi.
14:51Le fait d'en parler...
14:52Alors ça a été long.
14:53Très long.
14:54Mais voilà,
14:55j'en suis content, quoi.
Commentaires

Recommandations