- il y a 3 mois
Mardi 23 juin 2026, retrouvez Vincent Chailley (Directeur des Investissements, Groupe H2O AM) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:10Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique, le thème ce soir
00:13c'est à nouveau celui de l'IA, l'IA comme source d'une nouvelle inflation peut-être pour nos
00:20économies, pour les banques centrales, pour les marchés également, on va en parler avec Vincent Chayet, le directeur des investissements
00:26d'âge de zoo, asset management à mes côtés en plateau.
00:29Vincent bonsoir et bienvenue, merci beaucoup d'être là, on va parler du thème de l'IA mais de manière
00:33un peu plus globale, qu'est-ce que la perspective de réouverture d'Hormuz qui semble être une hypothèse moins
00:39fragile, plus solide aujourd'hui même si on n'est jamais à un revirement près dans ce genre de négociations
00:46mais le marché achète cette idée, est-ce que vous aussi et qu'est-ce que ça ouvre ou qu
00:51'est-ce que ça réouvre comme perspective notamment en termes d'équilibre macro,
00:56comment est-ce qu'on découvre ou comment est-ce qu'on redécouvre le monde à l'issue de cette
01:00crise iranienne Vincent ?
01:01C'est une bonne nouvelle évidemment, c'est une bonne nouvelle pour tout le monde, pour le consommateur que nous
01:06sommes, simplement c'est quand même, ça ne sera pas si simple et rapide de revenir à la situation d
01:11'avant crise, il ne faut pas se tromper, l'accord c'est quand même encore un peu compliqué d'arriver
01:15à ces conclusions,
01:16il y aura beaucoup de réserves à reconstruire, c'est quand même entre 700 et 1000 millions de barils qui
01:24ont été reprises dans les réserves et qu'il va falloir reconstruire et donc racheter dans le marché
01:281000 millions ça fait un milliard, c'est ça ?
01:30Ouais, et puis alors un baril c'est gros je crois, et donc ça il faudra les racheter dans le
01:36marché et ça va forcément un peu faire un plancher sur les prix, donc ça sera difficile de revenir à
01:40la situation initiale,
01:42et puis le trafic, même chose, le trafic c'est assez long, on réétablir le trafic, les bateaux, ça prend
01:45du temps, etc, de les transporter,
01:47donc finalement la retombée du prix du baril prendra quand même un peu de temps, on a une pression à
01:53la pompe qui va durer encore quelques temps,
01:56c'est encore quelques mois, même si l'accord semble assez solide.
02:01Mais on voit quand même de ce point de vue là un choc énergétique qu'on va traverser, c'est
02:06ça l'idée quand même ?
02:07Oui, quand même, oui, bien sûr, du strict point de vue de l'énergie, le choc inflationniste maintenant il va
02:12revenir dans l'autre sens,
02:13on va voir les chiffres, la contribution de l'énergie à l'inflation se calmer un peu bien sûr.
02:18Bon, et c'est là où on en vient à parler de l'IA, si effectivement ce choc énergétique dans
02:22les indices d'inflation commence à s'effacer,
02:25à disparaître au cours des prochains mois et prochains trimestres,
02:27il y a peut-être un phénomène nouveau qui en revanche va monter et tendre encore un peu plus les
02:33prix,
02:33tout ce qui se passe autour de l'IA, c'est-à-dire avant d'être massivement déflationniste,
02:38une source de gains de productivité majeure, on a d'abord un phénomène inflationniste lié à l'IA.
02:43Mais exactement, oui, c'est vrai qu'à terme, c'est une excellente nouvelle pour tout le monde,
02:47c'est de la productivité, c'est de la croissance sans inflation,
02:50le jour où cette révolution se met vraiment en place, en attendant, il faut investir,
02:53c'est des investissements considérables, des centaines de milliards,
02:56là c'est plus des millions, là c'est des milliards des entreprises américaines qui investissent,
03:00400 l'an dernier, 807 années, 1000 l'an prochain,
03:03donc ce sont des montants considérables qui mettent la pression sur les prix,
03:06notamment les prix des composants, et ça aussi, ça crée de l'inflation.
03:10On a pris dans l'inflation le choc des tarifs l'an dernier jusqu'au début de cette année,
03:14ensuite ce choc pétrolier, on a ce choc sur les composants informatiques qui vient s'ajouter,
03:19chacun séparément, ça passe, ensemble, c'est quand même un choc assez sévère,
03:23et puis il ne faut pas se tromper, sur ce choc de l'IA,
03:27c'est déjà plus gros que le pétrole dans la contribution de l'inflation,
03:31et c'est quand même un peu là pour rester, à l'inverse du pétrole,
03:34parce que ces boîtes, ces programmes d'investissement sur plusieurs années,
03:38elles ne vont pas s'arrêter demain, donc la pression sur la mémoire,
03:40les stockages, les semi-conducteurs, elle va durer.
03:43Quand on fait des x3, x5, x8 sur ces composants-là, même s'ils ne sont pas très gros dans
03:48le panier de la consommation,
03:51ça a quand même, à la fin, vu les multiplicateurs, un impact assez sérieux.
03:54Il faut écouter Tim Cook, parce qu'à la fin de la journée, l'iPhone va coûter peut-être 250
03:58dollars plus cher.
03:59Exactement, c'est ça.
04:00Donc on se rend bien compte sur un objet du quotidien, on va le dire comme ça,
04:04mis bout à bout, composant après composant, on arrive sur un prix de 1000-1200 dollars à 250 dollars de
04:10plus.
04:10Exactement, et ça, pour le consommateur, les consommateurs qui nous sommes,
04:13et en particulier le consommateur américain, qui est vraiment le plus exposé à ce triple choc d'inflation,
04:19après le prix à la pompe, dont il est déjà gros consommateur,
04:23et qui a pris les 30-40% de hausse,
04:24là, il prend la hausse des prix des téléphones, des iPhones,
04:29c'est très sérieux pour son pouvoir d'achat, on a quand même des rythmes.
04:32Mine de rien, on est sur le mois de mai, on est à plus de 8% d'inflation.
04:37Annualisée.
04:37Annualisée, alors évidemment c'est sur un mois, c'est annualisé.
04:39Sur la marque du mois de mai, annualisée, on est sur un mois de mai.
04:41Il ne faut pas se raconter d'histoire, c'est juste un mois.
04:43Mais enfin, quand on a des salaires qui augmentent en même temps de 3-3,5%,
04:48et qu'on se dit que ça pourrait durer encore quelques mois,
04:51avec cette pression, le baril du pétrole qui ne redescend pas si vite,
04:53les composants qu'il faut acheter encore pendant plusieurs trimestres,
04:58peut-être plusieurs années pour ces sociétés-là,
05:00la pression sur le consommateur, elle ne va pas s'arrêter demain.
05:02C'est quand même une pression qu'on n'a pas vue historiquement en dehors des récessions.
05:07Donc c'est un choc assez sérieux pour le consommateur américain.
05:10On n'en parle plus du consommateur, Vincent.
05:12Non mais parce que tous les regards sont focalisés sur l'IA,
05:16que l'IA génère peut-être la moitié de la croissance américaine aujourd'hui,
05:20que l'IA génère des effets de richesse monstrueux,
05:23c'est plusieurs milliers de millionnaires et multimillionnaires d'un coup,
05:26quand une entreprise comme SpaceX s'introduit en bourse.
05:31Les salariés de Samsung ou de SKNX ne sont pas loin d'être aussi millionnaires
05:35avec les primes qui leur ont été versées.
05:37Donc on ne voit que ça.
05:38On a l'impression que finalement, le consommateur américain,
05:41pour lui, tout va bien.
05:42Vous dites que la situation est quand même beaucoup plus compliquée,
05:45en tout cas mérite un peu plus de finesse d'analyse,
05:47que simplement ce gros smile.
05:49Oui, tout à l'heure, vous discutez de l'exceptionnalisme américain.
05:52Oui, c'est vrai qu'il ne nous a jamais vraiment quitté, cet exceptionnalisme,
05:53cette capacité incroyable des États-Unis à entraîner leur propre modèle,
05:57dans lequel les marchés jouent un rôle considérable.
05:59Et tant qu'on a les marchés, on a la confiance.
06:01Tant qu'on a la confiance, on consomme plus qu'ailleurs.
06:03C'est ce qu'on voit depuis le choc de ce printemps,
06:06où c'est le seul pays au monde où le consommateur a consommé, a consommé,
06:09et même pas autant de plus qu'avant.
06:11Donc, on voit bien cette force extraordinaire,
06:14simplement, ça devient un peu plus spéculatif.
06:17C'est-à-dire que là, le consommateur américain est obligé de taper dans son épargne.
06:22Quand l'inflation monte plus vite que ses revenus, il faut qu'il réduise son épargne.
06:26Il est obligé de miser sur la bourse.
06:27Il est obligé de croire que son patrimoine va continuer à augmenter avec les marchés financiers.
06:34Alors, tant que ça fonctionne, évidemment, pas de problème.
06:35Le calcul est bon.
06:36Il en a beaucoup, il est très investi.
06:38Mais évidemment, ça dépend du fil de la bourse,
06:43qui se trouve de surcroît être un fil de plus en plus fin,
06:45parce qu'aujourd'hui, ce n'est même plus la bourse.
06:47C'est un thème très particulier de l'intelligence artificielle.
06:50Donc, aux États-Unis, aujourd'hui, tout repose un peu là-dessus.
06:52Qu'est-ce que, du point de vue de la réserve fédérale américaine,
06:55comment cette situation peut-elle résonner, Vincent ?
06:59Je rajoute, du point de vue de la Fed,
07:02dirigée par son nouveau président, Kevin Walsh,
07:04que le monde des investisseurs est en train d'apprendre à connaître.
07:08On le connaissait déjà.
07:09Il a un historique, Kevin Walsh.
07:10Mais on découvre le Kevin Walsh de 2026,
07:13le Kevin Walsh président de la Fed.
07:15Est-ce que c'est à la Fed, justement, de se montrer vigilante ?
07:18Est-ce que c'est le message qu'il a voulu faire passer
07:20lors de sa première communication ?
07:22Ou est-ce qu'il y a, dans le marché,
07:24des stabilisateurs automatiques
07:26qui permettent de réguler ce genre de cycle
07:28d'investissement historique, gigantesque ?
07:31Ben oui, je dirais, on va voir.
07:32On va voir.
07:33Il a un job pas facile, là,
07:35parce qu'effectivement, il y a un dilemme assez sérieux
07:37où il y a une partie importante de l'économie qui ralentit,
07:39une autre qui, au contraire, accélère.
07:41Il est un peu pris entre les deux.
07:43J'ai envie de dire que
07:45si le marché et le consommateur ne font pas le job,
07:48il sera obligé de le faire lui.
07:50Donc, soit on a un consommateur américain
07:52qui se dit, après tout, j'ai quand même une grosse pression,
07:55je réduis un peu ma consommation,
07:56comme ça a été le cas dans le monde entier, partout,
07:58avec ce qui se passe aujourd'hui.
08:02Soit, à l'américaine, il ne le fait pas.
08:04Peut-être que le marché le fera.
08:05Peut-être que ce sera le marché qui dira,
08:07écoute, bon, là, quand même, ça devient très cher,
08:10un peu plus risqué.
08:10Il faut que j'attache une forme de prime de risque,
08:12en gros, à ce qui se passe.
08:13Mais si on n'a ni l'un ni l'autre,
08:16à la fin, la réserve fédérale sera bien obligée
08:18de faire le boulot et de monter les taux.
08:20La réponse, vous l'attendez à quel horizon de temps, Vincent ?
08:24Ça se joue quoi ?
08:26Dans les mois qui viennent,
08:26ça se joue sur plusieurs trimestres ?
08:28Ça peut se jouer dans les deux années ?
08:30La réserve fédérale, elle va se donner le temps d'observer.
08:32Cette inflation dont on parle,
08:34qui va être un peu plus...
08:35Redescendre peut-être un peu moins vite,
08:37un peu moins fort,
08:39pour revenir au niveau d'avant-crise.
08:40Ça va prendre un peu plus de temps.
08:41La réserve fédérale va observer ça, évidemment.
08:44Elle va se donner le temps,
08:45elle ne montrera pas les tours de main.
08:46Mais enfin, la fenêtre,
08:47c'est que d'ici probablement 4-6 mois,
08:51là, il faudra dresser un diagnostic.
08:53Parce que là, on saura si l'euphorie continue
08:56et que l'économie risque la surchauffe,
08:59ou au contraire,
09:00le consommateur est un peu rentré dans le rang,
09:02les marchés se sont calmés,
09:04et là, évidemment,
09:04ils n'auront pas à intervenir.
09:06Mais de manière paradoxale,
09:08je ne sais pas si c'est votre sentiment
09:10ou l'analyse que vous faites,
09:11il y a plus de résilience peut-être
09:14dans l'économie européenne aujourd'hui,
09:16quand bien même le rythme de croissance
09:18est très mou, très médiocre,
09:20que dans une économie américaine
09:21telle qu'elle est structurée
09:22au moment où on se parle.
09:24Oui, alors après,
09:25ça part aussi du fait
09:26que quand on n'a pas de croissance
09:28tellement au départ,
09:29on part de pas très haut.
09:30On ne peut pas tomber très bas, quoi.
09:32Voilà.
09:32Mais il y a un peu de ça.
09:34C'est vrai qu'en Europe,
09:35on a une réserve d'épargne considérable
09:36qui permet d'absorber ce type de choc.
09:38Simplement, c'est aussi la force
09:40de nos faiblesses,
09:41la faiblesse de nos forces.
09:42C'est-à-dire que ça protège des chocs,
09:43mais ça veut aussi dire
09:44que l'épargne européenne,
09:46elle est complètement congelée,
09:48et sclérosée, en fait.
09:49Elle ne travaille pas.
09:50Donc, elle nous protège,
09:52mais en même temps,
09:52elle n'apporte pas
09:53de financement de l'économie,
09:54d'investissement.
09:56Donc, toute l'innovation
09:57et la croissance qui va avec
09:58que les Américains savent si bien faire,
10:00c'est-à-dire faire travailler
10:01cette épargne
10:01pour entraîner l'économie.
10:03Voilà.
10:04L'exception américaine,
10:05elle est là.
10:06Aujourd'hui,
10:07elle atteint peut-être une zone
10:08qui commence à être excessive.
10:11Ils augmentent l'effet de levier
10:13qui est derrière.
10:13C'est en ce sens
10:14que ça devient un peu plus risqué,
10:15spéculatif.
10:17Mais c'est vrai
10:17que pour l'instant,
10:18ça fonctionne.
10:18Tant que la confiance est là,
10:19ça tient.
10:21Ce fil de l'IA,
10:22tant qu'il tient,
10:23effectivement,
10:24on peut avoir
10:25une économie américaine
10:25qui entretient le modèle
10:27quelque temps.
10:27Avec un risque quand même
10:29à un moment
10:29que cette partie
10:30la plus fragile
10:31des consommateurs,
10:32parce qu'on a beaucoup
10:32décréé aussi
10:33cette économie en cas.
10:35L'économie américaine
10:35a toujours été en cas,
10:36mais c'est un cas
10:37qui s'est visiblement encore
10:39exacerbé
10:39de manière spectaculaire.
10:42pour le dire simplement,
10:43la consommation des 1%
10:45à un moment
10:45ne suffira plus peut-être
10:46à tenir le reste
10:47de l'économie
10:49et du marché.
10:49C'est un peu le risque.
10:50Le fil est de plus en plus fin.
10:51Et donc,
10:52effectivement,
10:52ça devient toujours
10:53un petit peu plus risqué
10:54de faire tenir l'économie
10:55sur une partie
10:56qui est de plus en plus
10:57spéculative
10:57et de plus en plus petite.
10:58Voilà ce qui se présente
11:00aux Etats-Unis aujourd'hui.
11:01Bon,
11:02à chaque investisseur
11:03d'en apprécier le risque.
11:04Mais enfin,
11:04ce risque,
11:05il augmente.
11:05Il faut avoir conscience
11:07de ce risque aujourd'hui
11:08quand on investit
11:09sur le marché américain.
11:10Merci beaucoup à Vincent.
11:11Vincent Chayet
11:11qui était avec nous
11:12pour parler de ce phénomène
11:13des high inflation,
11:14l'inflation générée
11:16par ce cycle
11:16d'investissement historique
11:18tourné vers
11:19l'intelligence artificielle.
11:20Vincent Chayet,
11:21le directeur des investissements
11:22d'H2O Asset Management
11:23avec nous
11:24dans ce dernier quart d'heure
11:25de Smart Bourse
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