- il y a 4 heures
Dans cet entretien, le Commandant Benoît Valadier, officier des Troupes de marine et chevalier de la Légion d’honneur nous présente son livre : « Entre Ciel et Feu » - Histoire du groupement de commandos parachutistes.
Il raconte l’épopée de cette unité d’élite, l’unité « non-spéciale la plus prestigieuse de l’armée française » : infiltrations par saut à haute altitude, traques des djihadistes au Mali et au Niger, missions au contact dans le désert et engagements violents aux quatre coins du globe.
Un témoignage authentique et sans filtre sur le quotidien des commandos parachutistes, « couteau suisse » des forces françaises.
Il raconte l’épopée de cette unité d’élite, l’unité « non-spéciale la plus prestigieuse de l’armée française » : infiltrations par saut à haute altitude, traques des djihadistes au Mali et au Niger, missions au contact dans le désert et engagements violents aux quatre coins du globe.
Un témoignage authentique et sans filtre sur le quotidien des commandos parachutistes, « couteau suisse » des forces françaises.
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00:00– Mon invité du jour est le commandant Benoît Valadier
00:08qui publie chez Mareuil et du Sion, entre ciel et feu,
00:11histoire du groupement de commandos parachutistes.
00:15Il est officier de troupes de marine et a servi au sein,
00:17et sert au sein du 8e RPIMA.
00:20Bonjour, commandant Valadier.
00:21– Bonjour, je me permets d'apporter une précision.
00:24Je ne sers plus au sein du 8e RPIMA,
00:25c'est là que j'y ai passé l'essentiel de mon temps de commandos parachutistes.
00:29Maintenant, je suis à l'état-major du groupement de commandos parachutistes,
00:32qui est basé à Toulouse, à l'état-major de la brigade parachutiste.
00:36– Alors, justement, ces parachutistes, vous expliquez dans votre ouvrage
00:41ce que sont ces groupements de commandos parachutistes
00:44qui sont assez peu connus du grand public.
00:47Alors, est-ce que c'est une armée dans l'armée ?
00:49Le grand public ne connaît pas forcément très bien.
00:51Est-ce que vous pouvez nous expliquer la genèse de ce groupement ?
00:54– Les commandos parachutistes sont nés dans les années 60,
00:57au sein des régiments de la brigade parachutiste.
01:00Il est rapidement apparu le besoin d'avoir une unité d'éclaireur
01:03pour préparer les zones de saut pour le largage du gros des troupes,
01:08donc des régiments de la brigade parachutiste.
01:11Cette unité d'éclaireur est née avec l'apparition de la chute opérationnelle,
01:14c'est-à-dire que ce sont des gens qui vont sauter à haute altitude,
01:17à environ 4000 mètres, pour ensuite dériver sous voile
01:20et s'infiltrer aux abords d'une zone de saut,
01:22qu'ils vont reconnaître et sécuriser pour permettre le largage,
01:25quelques jours plus tard, de centaines de parachutistes
01:28qui eux sauteront à basse hauteur.
01:30Donc ça c'est vraiment la genèse, l'historique de ce groupement,
01:34qui ne s'est pas toujours appelé GCP,
01:35qui s'est appelé CRAP dans un premier temps,
01:38pour Commando de Recherche et d'Action dans la Profondeur,
01:41acronyme, enfin c'était un acronyme,
01:43mais c'est un mot en anglais aussi qui a une signification assez vulgaire,
01:47on s'en est aperçu quelques années plus tard,
01:49et donc il y a eu un changement de nom qui a été effectué.
01:51– Dès la quatrième de couverture, on est intrigué par une formule que vous avez,
01:57vous dites que c'est une unité non spéciale, la plus prestigieuse de l'armée,
02:02quel est ce prestige qui est attaché à ces commandos parachutistes ?
02:06– Je précise qu'elle n'est pas spéciale,
02:08puisque effectivement nous avons en France des forces spéciales,
02:11que sont le 1er Pays-Bas, le 13e RDP,
02:13qui ont des missions en général à portée stratégique,
02:15et le GCP fait partie de ces unités que l'on pourrait qualifier
02:20du second cercle des forces spéciales,
02:22avec certaines similitudes, mais des missions complètement différentes,
02:26des missions à portée, je dirais, davantage tactique.
02:31Et donc la sélection qui entoure cette unité
02:37permet de sélectionner au sein des régiments de la brigade parachutiste
02:42les profils les plus intéressants, les plus performants,
02:46pour les intégrer dans cette section.
02:49– Et justement, vous évoquez cette sélection,
02:51est-ce que vous pouvez nous décrire un peu ce qui est fait
02:53pendant les périodes de sélection ?
02:54Combien de temps ça dure ?
02:55Quels sont les types d'épreuves qu'on doit traverser
02:58pour intégrer ces commandos ?
03:02– Effectivement, et j'en parle dans le livre,
03:05puisque c'est quelque chose qui peut intéresser les jeunes
03:08qui seraient intéressés pour rejoindre cette unité.
03:11Les sélections se passent sur une à deux semaines.
03:14On va rechercher des profils en bonne forme physique.
03:19Donc il y a une bonne batterie de tests physiques,
03:23des choses assez classiques, comme des tractions,
03:26des cordes, des flexions à répéter au maximum.
03:30Une épreuve assez symbolique qui est de courir 30 km
03:33en tenue de combat avec un sac à dos et une arme
03:36pour tester l'endurance et la rusticité des personnes.
03:40Une fois ces tests physiques réussis, les personnes suivent
03:44une semaine de tests sur le terrain où là, on va les mettre
03:47en condition de fatigue très rapidement dans les 24-48 premières heures
03:50pour ensuite les mettre dans le dur, les mettre face à leur faiblesse propre.
03:57Et là, ça va nous permettre de voir ce que les personnes valent vraiment
04:00en situation de fatigue et en situation de stress.
04:04Et là, on va évaluer leurs compétences militaires très basiques,
04:08que ce soit en tir, en topographie, en renseignement, en secourisme.
04:15Le but, c'est vraiment de voir tout ce dont la personne est capable,
04:18mais encore une fois en situation de fatigue,
04:20puisque c'est là que la personne se révèle le plus finement.
04:23Quand on est fatigué, on gère moins bien nos émotions
04:26et on perd patience plus facilement.
04:28– Et alors là, il y a beaucoup de déchets,
04:30parce que vous dites qu'il en reste parfois très peu à la fin.
04:33Il en reste parfois 2 sur 12 ?
04:34– Il en reste parfois 2, il y a des régiments.
04:36Donc les sélections se font au sein des régiments.
04:38Il y a des régiments qui, ça arrive de temps en temps,
04:41n'en sortent aucun.
04:42Ils en reçoivent 15, 20 et puis ils n'en sortent aucun.
04:44– C'est vous qui allez dans les régiments pour faire passer ces épreuves
04:47ou c'est les régiments eux-mêmes qui font passer ces épreuves à leur personnel ?
04:51– Ce sont les régiments eux-mêmes qui font passer les épreuves.
04:54Nous, la brigade, on récupère les stagiaires
04:57qui ont été sélectionnés au sein des régiments
04:58et là, on va leur donner le vernis de base du commando parachutiste
05:02qui est le stage Jetberg, qui lui dure 4 mois
05:04et qui leur apporte tous les savoir-faire techniques basiques
05:09pour être un bon commando.
05:12Donc ces sélections, elles sont vraiment faites dans les régiments
05:14et elles se ressemblent toutes.
05:16Il n'y a pas de grosse différence entre chaque régiment.
05:20Il y a des tests qui sont adaptés
05:23parce qu'au sein de la brigade parachutiste,
05:24nous avons par exemple un régiment de la Légion étrangère,
05:27le deuxième REP,
05:28qui forcément sera peut-être plus tolérant sur certains tests théoriques
05:33puisque les candidats non francophones vont avoir du mal à réaliser ces tests
05:36là où dans d'autres régiments, on sera moins tolérant sur ces points-là.
05:42Alors il est pas mal question dans votre ouvrage du Sahel
05:47mais avant cette page africaine, vous faites un détour par l'Afghanistan
05:53pour ce que vous appelez la naissance sanglante des cobras en 2011.
05:57Est-ce que vous pouvez revenir sur cette naissance sanglante ?
06:00Bien sûr, c'est effectivement un épisode fondateur.
06:03Alors fondateur pour le mot cobra
06:05puisque l'indicatif de la section qui a été lourdement touché sur ce mandat-là
06:13était cobra avec un C comme commando
06:15puisqu'à l'armée, on utilise des indicatifs radio
06:17pour éviter de révéler l'identité réelle de la personne ou de l'unité.
06:23Et deuxièmement, moment fondateur
06:25puisque les commandos parachutistes ont perdu de nombreux soldats
06:31durant ce mandat en 2011.
06:32Ce qui s'est passé, c'était une mission de sécurisation
06:36qu'ils avaient en juillet 2011
06:37de sécurisation d'une réunion de notables afghans
06:40qu'on appelle une choura
06:41et un kamikaze s'est fait exploser à proximité de leur poste
06:45ce qui a tué cinq soldats français
06:47et qui en a blessé cinq autres très durement.
06:51Le témoignage est très incarné
06:56puisque les gens qui témoignent dans ce chapitre
07:00sont des gens qui, pour l'un d'entre eux, étaient dans le trou de combat.
07:03Donc s'est retrouvé blessé avec ce carnage autour de lui.
07:08– Des morceaux de corps sur eux ?
07:10– Des morceaux de corps sur eux,
07:12c'est écrit dans le livre, des munitions qui explosent de partout
07:15puisque le feu par sympathie fait exploser tout ce qu'il y a
07:19en matière sensible sur les gens.
07:22Donc moment très difficile
07:24et moment très difficile qui s'est répété en septembre de la même année
07:28avec un officier, le lieutenant Tholi,
07:30qui avait remplacé le lieutenant Gauvin qui est mort lui en juillet.
07:34Et donc le lieutenant Tholi est lui mort en septembre
07:35lors d'un accrochage très violent
07:40où il y a eu un mort et de nombreux blessés.
07:43Donc c'est un moment fort, un moment fondateur.
07:48Et donc je tenais à entamer le livre avec cet épisode.
07:53L'épisode que je n'ai pas connu, je tiens à le préciser,
07:56le livre est quand même essentiellement fait à base de témoignages
07:59que j'ai recueillis auprès de mes sous-officiers
08:01ou de mes militaires du rang
08:02pour avoir quelque chose d'incarné et de sensible.
08:06– Ce témoignage, je te comprends, c'est 2011 en Afghanistan.
08:08– Exactement.
08:09– Et avant, vous évoquiez également d'autres combats au Koweït,
08:13dans les Balkans ou encore en Irak, au Kurdistan irakien,
08:16notamment, est-ce que, mais le plus gros des témoignages,
08:22des explications, en fait, sont des petits récits de combat
08:24où on a vraiment l'impression, pour que les téléspectateurs
08:27se mettent vraiment ça en tête,
08:28qu'on a vraiment l'impression d'être sur le terrain de guerre,
08:32c'est assez prenant.
08:33Et vous revenez pas mal sur la France au Sahel.
08:37Est-ce que vous pouvez revenir pour nos téléspectateurs
08:40sur ce que sont les opérations Serval puis Barkhane
08:44qui se sont succédées au Sahel ?
08:46Parce qu'on en parle encore régulièrement,
08:48mais sans trop savoir, qu'est-ce que Serval, qu'est-ce que Barkhane,
08:50à quoi ça sert ?
08:51– La différence est assez simple.
08:53Donc Serval a commencé en janvier 2013
08:56et était une opération d'urgence,
08:59avec des forces françaises déployées d'urgence au Mali,
09:02essentiellement.
09:02Et cette opération a couru jusqu'en 2014.
09:06En 2014, elle a changé de nom.
09:08Elle est passée opération Barkhane,
09:10avec une vision plus régionale,
09:13puisqu'elle englobait ce qu'on appelle les pays du G5 Sahel.
09:18Donc Mali, Niger, Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie.
09:23Donc c'était une opération beaucoup plus régionale,
09:25avec des partenaires régionaux qui étaient fournis par les Nations Unies.
09:30Il y avait des bataillons sénégalais, béninois,
09:32qui opéraient également au Mali.
09:35Le changement de nom, très concrètement,
09:37n'a rien changé pour les soldats sur le terrain.
09:40On a changé de scratch sur l'épaule du jour au lendemain,
09:43mais très concrètement, ça n'a pas changé grand-chose.
09:46Le théâtre d'opération principale pour les forces conventionnelles
09:48restait essentiellement le Mali,
09:50et de manière très épisodique, le nord du Niger.
09:54– Et alors, dans ces parties-là, vous parlez beaucoup du GATT,
09:58ce sont les groupes armés terroristes.
10:01Alors que ces pays demandaient l'appui de la France,
10:04quel a été le bilan justement de Serval,
10:06donc puis de Barkhane, son prolongement ?
10:09Quel a été le bilan de ces opérations pour la France
10:11et pour le groupement de commandos parachutistes ?
10:14– Pour la France, le bilan de l'opération Serval,
10:17à mon sens, il a atteint très rapidement, avant fin 2013,
10:21le ratissage qui a été fait dans l'adrard des Ifogas
10:23par la force Serval qui a été déployée sur les 5 premiers mois de cette opération,
10:29donc le premier semestre 2013, a vraiment ratissé tout le massif
10:34pour y neutraliser, y tuer la plupart des personnes,
10:39des terroristes qui étaient réfugiés,
10:41et démanteler une partie des plots logistiques.
10:43Dans les années qui ont suivi, il y a eu de nombreux accrochages également,
10:47beaucoup de démantèlement de ce qu'on appelle de plots logistiques,
10:50puisque le nord du Mali est un vaste supermarché
10:54où vous trouvez tout type d'armement,
10:57et vraiment caché dans des endroits assez improbables,
11:00et ça peut être de l'armement, mais aussi du carburant,
11:02c'est un espace qui, aux yeux d'un Européen,
11:06est très difficile à cerner et à comprendre,
11:09puisque nous n'avons pas nos repères dans cet espace.
11:12Donc à mon sens, le bilan pour la France,
11:13il est rapidement atteint en termes de guerre
11:16et pour contenir les groupes terroristes.
11:19Après, on est plus dans une phase de stabilisation
11:21et d'accompagnement de l'armée malienne
11:23pour l'aider à reprendre pleinement possession
11:25et une pleine souveraineté de son pays.
11:29Le bilan plus spécifique au GCP,
11:32que je décris à la fin du livre,
11:34c'est près de 200 djihadistes qui ont été tués directement,
11:41beaucoup d'autres tués également par bombardement,
11:45tir d'avion,
11:46et puis énormément d'armements récupérés à chaque fois
11:49sur les différents accrochages.
11:52Un peu d'argent, beaucoup d'argent.
11:53En France, CFA ?
11:54Oui, mais en euros, ça fait finalement assez peu,
11:56puisqu'on reste…
11:56Ça fait peu, oui.
11:57Quand vous parlez en France, en CFA,
11:59effectivement, on parle en millions,
12:01alors que ce ne sont que quelques dizaines, milliers d'euros.
12:04Oui, et alors justement, vous parlez du G5 Sahel.
12:07Aujourd'hui, on a l'AES,
12:08donc c'est le Burkina Faso, le Mali et le Niger,
12:11qui sont maintenant plus sous la coupe sécuritaire russe, on va dire,
12:15et ça se passe aujourd'hui plutôt mal.
12:17Là, on est aujourd'hui en mai 2026,
12:22et ça se passe assez mal.
12:23Pourquoi ça se passe mal aujourd'hui ?
12:26Pourquoi ça tourne mal, d'un point de vue sécuritaire,
12:29dans ces États ?
12:31La présence de la France, je pense,
12:33c'était très bénéfique pour ces États,
12:34puisque la France était liée historiquement à cette région du monde,
12:39et était appréciée d'une bonne partie de la population.
12:43Je me souviens, en 2013,
12:44quand on remontait de Bamako jusqu'à Gao,
12:47dans les villages, il y avait des drapeaux français,
12:49« Vive la France »,
12:50ça avait un air de libération qui était assez sympathique.
12:56Ces pays ont fait le choix de travailler avec la Russie,
12:59et effectivement, le résultat est un peu plus compliqué.
13:03– Mais militairement, comme vous explique,
13:05les Russes n'arrivent pas là où la France a réussi.
13:07La France, qui a une armée plus petite,
13:09très professionnelle, mais plus petite,
13:11est parvenue à des résultats assez efficaces tout de même,
13:15là où les Russes, qui eux, sont plutôt déployés,
13:18en plus sur plusieurs théâtres d'opérations,
13:19parce qu'ils sont en Ukraine,
13:20ils ont quand même fait des opérations en Syrie,
13:23pourquoi eux n'y arrivent pas ?
13:24– Je ne sais pas s'il y a des soldats russes,
13:27vraiment, au Mali, je crois qu'il n'y a que des mercenaires.
13:29– De chez Africa Corp, donc ex-Wagner, oui.
13:32– Et donc, je pense que déjà là,
13:33on a un élément d'explication,
13:39puisque je pense que quand on est mercenaire,
13:41on sert des intérêts très précis,
13:42alors que quand on est militaire,
13:44opérant sous un drapeau national,
13:46on sert un idéal,
13:48et on représente une nation plus directement.
13:51Donc, je pense que l'implication sur le terrain
13:53et le respect des populations, par exemple,
13:55n'est pas du tout le même.
13:57– Et une dernière question sur ce sujet,
14:00qui est peut-être un peu plus politique,
14:01ou en tout cas, qui enlève peut-être plus du pronostic,
14:05pensez-vous que la France sera amenée
14:06à être appelée en renfort dans ces régions,
14:10dans les années à venir ?
14:11– Je ne sais pas, je n'ai pas de boule de cristal,
14:14mais ça ne serait pas étonnant.
14:17Ça ne serait pas étonnant,
14:18parce qu'il y avait quand même une histoire très forte
14:22de plusieurs dizaines, voire pour certains pays,
14:25centaines d'années,
14:26entre la France et certains pays d'Afrique.
14:28Donc, ça ne serait pas étonnant que la France y retourne.
14:31Pour le moment, la France a fait le choix
14:32de se retirer pour bonne partie de l'Afrique,
14:36mais elle reste en mesure d'apporter son soutien
14:39à tout moment aux pays qui en auraient besoin.
14:43– Alors, on revient plus précisément au livre.
14:46Alors, au milieu de l'ouvrage, il y a un album photo
14:50que j'ai commencé à lire quand j'ai fini la moitié du livre.
14:52Je me suis dit, il faut que j'attende,
14:53parce que généralement, on se jette sur les photos.
14:54– Vous avez été raisonnable, oui.
14:55– Il y a beaucoup de personnes qui…
14:56– Oui, généralement, on le prend directement.
14:58Et moi, généralement, je me fixe cette règle
14:59et je l'ai respectée cette fois-ci, en tout cas.
15:02Et alors, c'est un album photo qui est assez impressionnant,
15:04qui n'est pas à mettre forcément dans les mains
15:06de jeunes enfants.
15:07Alors, on voit quelque chose d'assez beau,
15:10on voit un hélicoptère en vol, un peu comme dans un film.
15:12Et c'est marqué en dessous, vol sans siège et porte ouverte.
15:16Donc, est-ce que vous volez vraiment comme ça,
15:19avec les portes ouvertes et les personnes, les pieds dans le vent ?
15:22– C'est ça.
15:23Donc, c'est ce qu'on appelle le vol en soute lisse.
15:25C'est propre aux unités un petit peu spécialisées et spéciales.
15:30On gagne énormément de temps en faisant comme ça.
15:33Et donc, on est quand même rattaché à l'hélicoptère.
15:36Il y a une ligne de vie qui est fixée dans l'hélicoptère.
15:38Nous avons, nous, un ceinturon avec une longe de sécurité
15:42et on est attaché sur cette ligne de vie.
15:46Ça nous permet de gagner du temps au moment de débarquer
15:49et d'embarquer dans l'hélicoptère,
15:50puisque contrairement à un soldat classique
15:53qui, lui, devra s'asseoir sur des sièges dans l'hélicoptère
15:55et être vérifié pour que chacun ait bien sa ceinture,
15:58nous pouvons débarquer et embarquer très rapidement.
16:01Et ça offre aussi…
16:02Les deux portes sont ouvertes.
16:04Donc, vous avez, s'il n'y a pas d'armes de bord sur l'hélicoptère,
16:08vous avez quand même quatre personnes qui sont assises de part et d'autre
16:10avec leurs armes.
16:11Et donc, si les choses venaient à mal tourner,
16:13ça apporte une puissance de feu supplémentaire à l'hélicoptère,
16:17notamment sur les phases de posée et de décollage.
16:20Et alors, parmi ces photos, il y a aussi des photos assez heureuses pour les paras.
16:26C'est le démantèlement de camps de djihadistes
16:28où on voit des djihadistes avec leurs drapeaux.
16:30Il y a des images plus…
16:31On voit des parachutistes avec les drapeaux des organisations terroristes.
16:36On voit qu'ils ont remporté des batailles.
16:39Il y a des images plus tristes, plus dures, surtout avec des cadavres.
16:43On voit des cadavres par terre, probablement des cadavres de civils,
16:46d'ailleurs, sur certaines photos.
16:47Alors, on ne peut imaginer que ça marque à vie,
16:49qu'il y a des conséquences psychologiques, physiques,
16:53comme on a parlé longtemps,
16:54du syndrome de la guerre du Golfe pour les Américains.
16:59C'est beaucoup relayé dans les séries américaines sur la guerre
17:02ou dans des films d'Hollywood a beaucoup…
17:06C'est un phénomène dont Hollywood a beaucoup parlé.
17:08On en parle moins en France.
17:09Est-ce qu'il y a des problèmes de retour en France
17:12pour les militaires qui ont servi là-bas
17:14et qui ont vu des choses parfois abominables
17:17dans des villages où il y a eu des massacres par des djihadistes et tout ça ?
17:20Avant de répondre à votre question, je précise pour ces photos.
17:23Ce sont les rues de Bangui, capitale de la Centrafrique,
17:27début décembre 2013, lors du début de l'opération Sangharis.
17:32Donc, effectivement, ce sont des civils.
17:34Il m'a paru important de partager certaines photos
17:37en mettant des photos quand même, je dirais, entre guillemets, propres,
17:43pour que les gens réalisent aussi les horreurs,
17:46et c'est l'objet de votre question,
17:47les horreurs que voient les militaires sur le terrain,
17:50ce qui peut expliquer certaines difficultés à se remettre de ces opérations,
17:54puisque la barbarie humaine est vraiment sans limite dans certains cas.
18:01Effectivement, les gens qui sont confrontés à ce genre de vision,
18:04et c'était le cas au Rwanda en 1994 aussi,
18:07où les soldats français ont vu bon nombre de charniers,
18:11les gens ont plus de mal à se remettre de ce type d'image,
18:16et la rencontre avec les cadraves est beaucoup plus dure
18:20qu'un combat à proprement parler.
18:23Les États-Unis ont effectivement connu ça pour le golfe,
18:25ils l'avaient connu au préalable avec leurs vétérans de la guerre du Vietnam,
18:30et la France a pris ce problème à bras-le-corps depuis, je dirais,
18:33les années 2010, c'est-à-dire la période dure en Afghanistan,
18:37avec la gestion du syndrome de stress post-traumatique.
18:41Donc c'est quelque chose qui est vraiment pris très au sérieux maintenant,
18:45et on comprend bien qu'il y a des gens qui ont des problèmes à gérer,
18:49le rapport à la mort, le rapport à la barbarie,
18:52puisque les cadavres sont parfois des femmes ou des enfants,
18:56et donc ça, il y a un accompagnement sur le temps très long
18:59pour que les personnes puissent se reconstruire,
19:00et pour éviter que certaines n'aillent jusqu'à se donner la mort,
19:05puisque c'est une des conséquences dramatiques qui peut arriver
19:09pour des gens qui n'arrivent pas à digérer tout ça.
19:12– Alors dans chaque chapitre, il y a une petite citation au début,
19:16tantôt un chant, tantôt une citation de Bijard, chez Sterton,
19:20et on voit bien qu'il faut, quand on est militaire,
19:23probablement aussi quand on est officier, quand on a la charge d'homme,
19:27il faut être un peu philosophe,
19:29parce qu'évidemment c'est des guerres qu'on ne choisit pas,
19:31on voit des atrocités comme vous le décrivez,
19:34on se bat pour des choses qui ne sont pas toujours justes,
19:37ou en tout cas qui ne sont pas perçues comme justes par le grand public,
19:40mais qu'on essaie de faire avec justesse.
19:42Est-ce que vous, dans votre carrière militaire,
19:45vous vous êtes déjà fixé des limites,
19:47vous vous êtes dit, ça je ne pourrais pas me battre à tel endroit,
19:50je ne pourrais pas faire telle chose ?
19:52– Pour le moment, je n'ai pas encore eu ce cas de conscience,
19:57heureusement, ce qui prouve que les décisions politiques
20:02sont quand même en phase avec le reste de la société,
20:06je n'ai pas eu de cas de conscience à me poser dans ces domaines bien particuliers,
20:12j'ai toujours eu l'impression de me battre pour des justes causes,
20:18justes causes qui parfois sont très terre à terre,
20:22puisque quand on est soldat déployé sur le terrain,
20:25parfois on se bat, comme nos anciens d'Indochine,
20:28pour le copain qui est dans le trou d'à côté,
20:30quand on est immergé au sein des populations en Afrique ou en Afghanistan,
20:35et qu'on voit le sort qui est réservé à ces femmes afghanes,
20:39ou la population qui souffre,
20:40en fait la cause juste, on la palpe réellement.
20:44– Et alors, une dernière question un peu plus légère,
20:50on voit bien les paras, on voit des types assez aguerris, tout ça,
20:54vous, vous êtes officier, vous faites une carrière assez longue,
20:57mais les soldats du rang qui sont parachutistes,
21:00souvent leur carrière va être finie vers 40, 45 ans,
21:02parce qu'ils ne pourront plus sauter,
21:04qu'est-ce qu'ils font après ?
21:05Qu'est-ce que fait un parachutiste ?
21:06Quelqu'un qui a été, d'une certaine manière, un héros de guerre,
21:09qui sautait en parachute 100, 150 fois par an,
21:12il va faire quoi ? Il va faire gardien de sécurité ?
21:16Qu'est-ce qui se passe après ?
21:17Quelle est la suite pour les parachutistes ?
21:19Quelle est la vie d'après ?
21:20– Les parachutistes peuvent quand même,
21:23s'ils ne progressent pas en grade,
21:24ils peuvent quand même faire une vingtaine d'années dans l'institution.
21:28Certains vont, surtout chez les commandos
21:31qui recrutent le haut du panier dans les régiments,
21:34c'est des gens qui, en général, ont les capacités
21:36pour passer des concours sous-officiers ou officiers,
21:38ce qui allonge leur durée possible de service.
21:41Ils peuvent monter jusqu'à près de 30 ans de service assez facilement.
21:46Donc, il y a ces possibilités d'évolution en interne.
21:48Et sinon, ceux qui quittent assez tôt, au bout de 15, 20 ans,
21:52on les retrouve dans des métiers assez surprenants parfois.
21:56Il y en a effectivement, le cliché, c'est les sociétés militaires privées,
22:00par exemple, où certains peuvent basculer.
22:03Mais il y en a qui vont faire des métiers très manuels
22:05pour se reconnecter avec quelque chose de très concret.
22:10Donc, j'ai des exemples de personnes qui sont parties se mettre au verre
22:15pour faire du fromage de chèvre.
22:17Des personnes qui travaillent dans le bois.
22:21Donc, c'est toujours des métiers très connectés à la nature.
22:25Et certains ont des projets très clairs.
22:27Ils savent très bien, j'arrête et je vais faire ce métier-là.
22:32C'est des gens, les gens que j'ai la chance de commander,
22:35ce sont des gens qui ont quand même de la suite dans les idées.
22:38Et en général, ils ont déjà un plan de sortie
22:43et des idées très claires sur ce qu'ils vont faire après.
22:45Pour ceux qui n'ont pas les idées claires là-dessus,
22:50l'armée a des dispositifs d'accompagnement
22:52où elle forme les gens, puisqu'effectivement,
22:55être tireur d'élite, c'est quelque chose
22:56qui n'est pas facilement transposable dans le civil.
22:59Donc, l'armée va les former à d'autres métiers
23:01et puis les aider à effectuer ce passage du monde militaire
23:05vers le monde civil.
23:06– Et une dernière question plus personnelle.
23:08Vous avez écrit ce livre témoignage
23:10qui est vraiment passionnant, qui se lit très rapidement en fait.
23:15chapitre par chapitre, ça va assez vite.
23:17Est-ce que ça vous a donné envie d'en écrire un autre ?
23:19Et si oui, qu'est-ce que vous allez écrire la prochaine fois
23:21que vous nous présenterez ?
23:22– Est-ce que je vais écrire un autre projet de livre ?
23:25– Oui, oui, oui.
23:27– Ça m'a donné envie, effectivement.
23:29La deuxième partie du livre, c'est-à-dire le cœur des opérations,
23:32m'a donné envie, ce style très narratif.
23:34Le fait de pouvoir faire parler les gens
23:36en recueillant les témoignages m'a vraiment plu.
23:39Et je pense que, oui, je vais attendre de finir la promotion
23:45de cet ouvrage, voire dès, parce que je découvre un nouvel univers.
23:48C'est une aventure complète que m'offre ma reuille édition
23:52en acceptant de le publier.
23:53Et j'espère pouvoir en écrire un autre d'ici deux ou trois ans.
23:58Et sur un sujet militaire aussi, j'ai déjà une idée très précise
24:03et des sollicitations sur ce domaine.
24:05– Vous viendrez nous le présenter.
24:07– Avec grand plaisir.
24:08– Merci beaucoup.
24:09Je répète, Benoît Valadie, Entre ciel et feu,
24:11histoire du groupement de commandos parachutistes
24:14chez Mareuil Édition.
24:15– Sous-titrage Société Radio-Canada
24:17– Sous-titrage Société Radio-Canada
24:19– Sous-titrage Société Radio-Canada
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