- il y a 2 jours
Une lutte contre la drogue qui s'est transformée en échec, des forces de l'ordre qui ont perdu le contrôle sur des pans entiers du territoire, et un gouvernement qui fait de la communication avec des opérations poudre aux yeux. C'est ce que nous décrit Jean-Pierre Colombiès dans "La face obscure de la police". Cet ancien policier, passé notamment par les stups de Marseille, lève le voile sur une police démissionnaire, gangrenée par le réseautage et même par l'incompétence.
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00:03Générique
00:05Chers les spectateurs, bonjour.
00:07Dans notre Zoom du jour, nous allons plonger dans les sous-sols de la police
00:11avec un témoignage choc qui vient de l'intérieur avec Jean-Pierre Colombiès.
00:15Jean-Pierre Colombiès, bonjour.
00:16Bonjour.
00:17Alors Jean-Pierre Colombiès, vous êtes un ancien policier.
00:19Vous avez été notamment au Stup de Marseille.
00:21Vous avez passé là une grande partie de votre carrière.
00:2315 ans à Marseille, oui.
00:25Et aujourd'hui, vous nous présentez la face obscure de la police.
00:29aux éditions Max Milot.
00:31Alors, les mots que vous employez ne sont pas tendres.
00:35Mascarade, dérapage, manipulation.
00:38Est-ce qu'en amont, on peut dire que les forces de l'ordre
00:41sont devenues les forces du désordre et pire, ne nous protègent plus ?
00:45Je dirais plutôt que ce sont des forces mises au service de personnalités
00:50qui n'envisagent pas l'ordre, comme nous, nous l'entendons en tant qu'individus,
00:55membre d'une population qui n'a pas les moyens de se défendre par elle-même.
00:57C'est surtout ça le message.
00:59Le message, c'est de dire, ce qu'on vous présente,
01:02ce qu'on vous infuse comme message de propagande politique
01:05ne correspond nullement à la réalité du terrain.
01:08Alors, pour aller encore plus loin, sur ce qui est en train de se passer,
01:12oui, vous avez employé le mot mascarade, il n'est pas trop fort.
01:15Il correspond totalement à ce à quoi on assiste depuis de nombreuses années,
01:19sur des mises en scène de l'action policière et de l'action judiciaire,
01:22qui est très préjudiciable à ce qu'elle devrait être, à ce que devait être l'action de la police,
01:27et même plus globalement de la justice.
01:30En fait, on met en place toute une rhétorique politicienne
01:34qui masque un désengagement global de l'État par rapport à sa mission régalienne de base.
01:40Alors, il faudrait rentrer dans les détails, mais le sujet est très dense,
01:43très dense, parce qu'on voit bien qu'à tous les niveaux,
01:47que ce soit au niveau de l'enseignement, au niveau de la santé publique,
01:50au niveau de la sécurité du quotidien,
01:52l'État s'est désengagé au profit, je dirais, d'entreprises privées,
01:58au profit d'une philosophie qui est à la fois le fruit de l'ultralibéralisme,
02:04c'est-à-dire qu'on n'investit plus dans l'État,
02:05et on veut décaler, on veut décliner,
02:07on veut décaler cette responsabilité à des mécanismes
02:12qui ne sont plus du ressort uniquement de l'État au sens régalien,
02:16c'est-à-dire vers les polices municipales,
02:18qui seront sous l'autorité et la dépendance des communes ou des intercommunalités,
02:22et carrément vers l'emploi de sociétés de sécurité privées,
02:25comme il est indiqué noir sur blanc dans le livre blanc
02:27qui a été co-rédigé par M. Fauvergue,
02:30qui était un ancien directeur de la police nationale,
02:32un ancien chef du RED, mais qui a été, et surtout, au final,
02:37député de Renaissance, ou LREM, je ne sais même plus comment on les appelle.
02:40– Ça change régulièrement, au fur et à mesure des renouvellements électaux, ça change.
02:45– Aujourd'hui c'est Renaissance, mais d'ici la prochaine présentielle sera peut-être…
02:47– Oui, on va dire macroniste, voilà, ça va être plus simple.
02:49On va garder le slogan de base qui est député macroniste,
02:52et qui a co-rédigé le livre blanc,
02:53et dans lequel on voit, avec, je dirais, un alibi rhétorique,
02:57la mise en place, ou du moins le fait de favoriser
03:01l'intrusion des organismes privés dans les dispositifs de sécurisation du quotidien.
03:06C'est pour moi totalement inacceptable.
03:09On est dans le conflit d'intérêts purs.
03:11C'est-à-dire que quelqu'un qui a été directeur de services actifs,
03:14député de l'Assemblée nationale,
03:15a rédigé un document qui favorise les boîtes privées
03:19dans lesquelles il est partie prenante.
03:21Je m'excuse, mais il y a, comme qui dirait,
03:24et bien tout simplement un conflit d'intérêts pur et simple.
03:27– Oui, alors, il y a de l'idéologie et de la faiblesse dans tout ça.
03:31– Oui, mais ça va de pair.
03:32– Ça arrange certaines personnes au placé,
03:35comme ça, on se lave les mains en cas de pépins, c'est…
03:38– Ça va de pair.
03:40L'idéologie, en ce moment, vous savez, moi, j'insiste vraiment là-dessus,
03:43je n'appartiens à aucune famille politique.
03:47Pour moi, ma famille politique, c'est celle de l'opinion publique,
03:49c'est celle du peuple, tout simplement.
03:50Celle dont je fais partie, je fais partie du peuple.
03:52Je ne fais pas partie des grandes élites.
03:54Donc, j'ai besoin d'avoir une police sur laquelle on puisse compter.
03:58J'ai besoin d'avoir une justice qui a les moyens de faire son job.
04:01Vous voyez, sur la page, enfin, sur la jaquette,
04:04on voit un policier qui est menotté dans le dos.
04:08Ça a une double signification.
04:10Signification, tout simplement.
04:11Alors, la première, c'est que même si vous êtes flic,
04:13vous devez répondre de vos actes en tant que fonctionnaire.
04:17Si vous avez fauté, vous commettez un délit dans le cadre de vos fonctions,
04:20vous devez en rendre compte.
04:21C'est une des rares fonctions où, d'ailleurs, le fait de faire votre boulot
04:25peut vous amener à en répondre devant la justice.
04:28Le policier qui se lève le matin, il met son arme sur le côté, je caricature.
04:31Donc, il risque à la fois de tuer, d'être tué,
04:34et de perdre son boulot parce qu'il aura commis une faute professionnelle.
04:38Et le deuxième symbole, c'est que la police, l'institution police,
04:42de façon plus générale, plus globale,
04:43donc là, on vient d'évoquer la responsabilité individuelle,
04:47qui est constante, qui est rappelée par le code de déontologie
04:50et par le code pénal.
04:51Et puis, ce menottage est en fait le menottage de l'institution police
04:56qui est prisonnière de toute la démagogie politicienne.
05:00Entre la démagogie de gauche, qui considère que, pour certains courants,
05:05en tout cas, dans certains courants,
05:06la police est juste au service de l'État,
05:10du moins dans le cadre de sa protection des gouvernants,
05:13ce qui n'est pas tout à fait faux, d'ailleurs, on pourra y revenir.
05:15Et puis, l'hypocrisie de droite, qui consiste à dire,
05:18nous, vous allez voir, on va montrer les muscles,
05:20on veut une police dure, proactive,
05:22on veut la rigueur dans les décisions judiciaires
05:24et qui, en même temps, réduit le nombre de fonctionnaires sur le terrain,
05:28réduit les budgets, ce qui fait qu'aujourd'hui,
05:30on a une police et une justice qui est dans un état de paupérisation totale.
05:34– Oui, oui, vous avez parlé, on vous évoquait d'ailleurs dans votre livre,
05:38un ancien ministre de l'Intérieur qui a une vingtaine d'années
05:40parlé de nettoyer au Karcher et qui, une fois arrivé à l'Élysée,
05:44a plutôt passé le Karcher dans les effectifs de police.
05:46– Absolument, je vois à peu près de qui vous voulez parler,
05:49quelqu'un qui, maintenant, commence à cumuler et accumuler
05:51les condamnations judiciaires, alors qu'il est bien placé,
05:54maintenant, pour goûter de l'Intérieur sur les arcanes.
05:57Comment ça mieux le connaît ?
05:58– Il rencontre les policiers, maintenant.
05:59– Il rencontre les policiers.
06:00– Il leur sert la main si on arrive en tribunal.
06:01– Oui, mais dans un autre contexte.
06:03Non, c'est un personnage que je n'aime pas beaucoup,
06:05parce que, justement, il a joué de ça.
06:07Il a joué du discours très grégaire, vous allez voir,
06:10montrez nos muscles, il faut une police qui soit une police de la répression,
06:14on arrête de jouer au foot comme si des policiers de quartier
06:16ne faisaient que cela.
06:18Il faudrait y revenir, parce que la suppression des policiers de quartier
06:21a une conséquence, mais catastrophique, sur à la fois la relation
06:25entre la population et la police, mais aussi au niveau du renseignement.
06:29Et ça, c'est fondamental.
06:30On a oublié qu'en supprimant la police de quartier,
06:33la police de proximité, comme on l'appelait,
06:35de façon ainsi caricaturale, parce qu'elle existait avant Chevenement,
06:38cette police.
06:39Chevenement, on n'a pas inventé la police de proximité.
06:41Elle existait au travers d'une institution que tout un chacun connaissait très bien,
06:45c'était les îlotiers, les policiers de quartier,
06:47qui avaient des contacts avec les gardiens d'immeubles, avec la population,
06:50et qui faisaient le lien entre cette population et l'institution d'État.
06:55Dès lors que vous supprimez cet axe, qui pour moi était vital
06:58entre la police et la population, vous perdez, un, le lien,
07:02mais aussi le renseignement, parce que ces petits policiers
07:04qui étaient sur leur scooter connaissaient tout le monde.
07:06Et même les services de renseignement qu'on veut nous faire passer
07:10pour des James Bond à la française, des OSS 117 plutôt,
07:14en fait, allaient se nourrir auprès de ces policiers de quartier
07:17parce qu'ils connaissaient tout le monde.
07:19Et quand vous avez face à vous quelqu'un de renseignement généraux
07:21qui vous dit, tu sais, les frères Kouachi, on les connaissait,
07:25on avait leurs fiches.
07:27Là, vous vous dites, ça veut dire quoi ?
07:30Ça veut dire qu'on les avait identifiés comme étant des individus radicalisés
07:33et au final de tout cela, il n'en est ressorti que des fiches.
07:36On ne les a pas suivis, on ne les a pas surveillés de près,
07:39on ne les a pas cadrés.
07:40Et on voit la catastrophe à laquelle ça nous a menés,
07:43idem pour Mohamed Merah et tant d'autres.
07:45Donc, on a perdu, je dirais, à la fois le lien avec le renseignement de terrain,
07:52l'interprétation et l'exploitation.
07:54Tout ça a disparu.
07:55Alors, vous savez, au travers des communications auxquelles on a droit
07:59très régulièrement, on nous vante le fait d'avoir neutralisé
08:02telle ou telle tentative d'attentat.
08:05Ok, d'accord.
08:05Donc, ça, en fait, c'est l'autosatisfaction par rapport au résultat d'une police
08:10qui se mesure elle-même, si vous voulez.
08:11– Oui, parce que l'autosatisfaction, nos politiques sont très fortes là-dessus.
08:14– Oui, parce que j'ai parlé de Nicolas Sarkozy et de son Karcher,
08:17mais on pourrait parler…
08:18– C'est lui qui est pour l'enseignement, ce n'est pas moi.
08:19– On pourrait aussi parler, mais je crois que tous nos spectateurs l'ont reconnu.
08:23Ce serait surprenant, d'ailleurs, que personne ne l'ait reconnu.
08:26Non, Brune Retailleau et ses chiffres d'autosatisfaction,
08:31Gérald Darmanin, dès qu'il y a eu une opération de démantèlement
08:34de trafiquants en drogue de saisie, c'est de la poudre aux yeux à chaque fois.
08:37– C'est de la même chose, c'est de la même chose.
08:40Alors là, si vous abordez le sujet des stups, on va en parler, on peut en parler.
08:43– Oui, parce que c'est le plus long chapitre de votre livre.
08:46– Parce que ça recoupe beaucoup de problématiques.
08:48– C'est, voilà, pourquoi nous avons perdu la lutte contre le narcotrafic ?
08:52– J'aurais envie de vous dire que ce n'est presque pas le bon titre.
08:54J'aurais dû écrire pourquoi nous n'avons jamais mené la lutte contre le trafic de stups.
08:59Pour une raison très simple.
09:00– Comme vous racontez dans votre livre, vous avez quand même mené quelques actions
09:03et eu quelques réussites, même si…
09:05– Oui, mais ça n'est que ponctuel, ça n'est qu'épisodique, ça n'est que caricatural,
09:10ça n'est que, vraiment, c'est juste à titre d'exemplaire, d'exemple, pardon.
09:13Mais c'est vraiment écopé de Titanic avec une cuillère à soupe.
09:17Ça n'a aucun sens… Moi, j'ai fait des stups, vous avez dit Marseille, mais pas seulement.
09:20J'ai commencé au stup au Quai des Orfèvres.
09:22Pendant cinq ans, j'ai travaillé au stup au 36.
09:25Les stups étant l'avatar de ce qu'avait été la brigade mondaine.
09:29Et après, j'ai travaillé à Marseille pendant 15 ans.
09:31Brigade des stups, brigade criminelle, BRB, atteinte aux personnes.
09:35Donc, j'ai travaillé dans à peu près, je ne dirais pas tous les secteurs,
09:39mais beaucoup, à part les renseignements généraux.
09:40Bref, donc la délinquance de terrain, je la connais, je la connais bien.
09:44J'y ai travaillé et même si elle a beaucoup évolué, j'ai quand même grandi,
09:48à la fois grandi, parce que je suis marseillais d'origine, dans ces cités
09:52et travaillé dans ces cités.
09:54Donc, cette problématique, je la connais bien.
09:55Donc, tous ces ministres que vous venez de citer,
09:58Darmanin, Retailleau et tant d'autres, Castaner,
10:00vous oubliez Castaner quand même.
10:02On ne peut pas parler des guignotes de l'info sans citer Castaner.
10:07– Il connaissait les deux côtés, lui.
10:09– Oui, mais bon, on va rester bienveillant.
10:13On ne va le citer qu'en tant que ministre de l'Intérieur.
10:16Ça suffit largement à ce niveau-là.
10:17Il a été parmi l'un des plus incompétents, si ce n'est le plus incompétent.
10:21Mais tous ces gens-là nous ont vendus, parce qu'ils avaient ordre de le faire,
10:25une efficacité policière qui n'est que de façade.
10:27– Ceci dit, je crois que Castaner, il n'était pas toujours incompétent.
10:31Quand il s'agissait de traquer les personnes qui ne respectaient pas le confinement,
10:34il était très bon.
10:35En face au trafic de drogue, il était…
10:36– C'est plus facile.
10:37– C'est plus facile, oui.
10:38– C'est beaucoup plus facile.
10:39Plus facile de masquer une population.
10:41Mais là, vous entamez un autre sujet.
10:42– Oui, oui, c'est vrai qu'on s'éloigne du sujet.
10:44– La manipulation des masses.
10:45Moi, je veux bien qu'on y aille sur ce terrain.
10:46– Revenons à ce chapitre très, très important du trafic de drogue.
10:50– Voilà, sur les stups, une chose après l'autre.
10:53Mais ça m'intéresse quand même, la manipulation de l'opinion publique.
10:57La police est au cœur du système.
10:59On annonce et on met en scène surtout, avec la complicité des grands médias,
11:03des opérations.
11:04Et c'est là où il faut que chacun prenne ses responsabilités.
11:07Lorsque vous avez les caméras de toutes les chaînes
11:09qui relatent en direct, quasiment,
11:11des opérations de telle brigade de CRS, CRS-8,
11:14BIS, TER, QUATER, je ne sais trop quoi,
11:16que vous voyez des policiers habillés comme des GI en opération
11:21en Afghanistan ou en Irak,
11:22vous vous dites, enfin quand vous êtes policier en tout cas,
11:25vous vous dites, il se passe un truc qui va…
11:26Ça ne va pas là.
11:27Là, ça ne va pas.
11:28Et on sait tous, tous, les policiers qui ont un embryon d'honnêteté
11:31ne peuvent que vous dire que tout ça, ça n'est que du bidon, du théâtre.
11:36C'est pour amuser la galerie.
11:37Parce que sur le fond, on ne peut pas gagner cette guerre.
11:40Pourquoi ?
11:40Parce que la masse de consommateurs,
11:43la demande est tellement énorme
11:45et la masse de stupéfiants qui déferle
11:47sur l'ensemble de l'Europe, pas que sur la France,
11:50est incontrôlable.
11:52Incontrôlable.
11:54Ceux qui gouvernent actuellement l'Europe et le monde
11:56ont voulu un espace de circulation des biens et des personnes
12:01totalement libéré, décloisonné.
12:04On veut que les biens, les personnes, les produits
12:06circulent avec le moindre entrave possible.
12:08Il faut que le business fonctionne.
12:10Donc vous avez des bateaux, des portes-contenaires
12:11qui arrivent avec des milliers de conteneurs.
12:13Comment voulez-vous contrôler ces milliers de conteneurs
12:16qui arrivent au Havre, à Anvers, à Rotterdam ?
12:18C'est juste impossible.
12:20Et quand vous avez des États comme les Pays-Bas
12:22qui laissent purement et simplement passer
12:25des tonnes et des tonnes de cocaïne
12:27au motif que ça ne concerne pas le trafic local,
12:31vous avez perdu.
12:31Et vous le savez.
12:33Dans les années 80, j'ai travaillé avec le premier officier de liaison
12:36qui avait été muté aux Pays-Bas.
12:38C'est un garçon qui était un copain.
12:39Je travaillais avec lui au 36.
12:40C'était le premier officier détaché là-bas.
12:43Il était bilingue.
12:43Ça tombait bien.
12:44Quand il revenait de cette mission,
12:46quand il revenait revoir sa famille,
12:48donc il passait au 36, au Quai des Enfants,
12:50il nous faisait part de son désarroi total.
12:53Je disais, mais ces gens-là,
12:54ce fiche éperdument du trafic.
12:56Donc ça rentrait et ça circulait par tonnes.
12:58Je parle des années 80.
13:00Je ne parle pas de 2025.
13:02Des années 80.
13:04Donc l'engagement, ou plutôt le désengagement,
13:06parce qu'il fallait ne rien dire à l'époque,
13:07surtout ne pas se fâcher avec les Pays-Bas,
13:09ni la Belgique, par où ça transitait.
13:12Donc on ne disait rien, on laissait faire.
13:13Mais on laissait faire aussi parce que nous vivons
13:16dans une société qui aujourd'hui se définit
13:19par l'individualisme et l'ultra-performance.
13:22Nous devons, vous devez, nous devons tous ensemble
13:25d'être performatifs.
13:28Or, cette volonté, cette demande de ceux
13:31qui dirigent l'économie, avec un grand E,
13:33dans à peu près tous les secteurs,
13:35veulent des individus qui soient ultra performants.
13:38Donc quelque part, c'est une incitation,
13:41ce qui existait déjà avant-guerre,
13:42à prendre des produits qui soient ultra stimulants.
13:45Pervitine pour les Allemands,
13:46qui ensuite a été décliné chez les Américains
13:49avec des produits, mais c'est la même chose,
13:50ce sont des produits qui s'apparentent
13:52aux effets de la cocaïne.
13:53Donc tout ça existait déjà avant-guerre.
13:55Et on a eu de cesse que de les employer.
13:57Pendant la Seconde Guerre mondiale,
13:58c'était suremployé, et ainsi de suite.
14:01Mais pareil pour le cannabis,
14:02c'est pareil pour les produits qui sont,
14:04je dirais, plus apaisants,
14:05parce qu'à un moment donné,
14:06il faut retrouver de la sérénité.
14:09Or, quand vous vivez dans un monde
14:10qui est ultra individualiste, ultra performatif,
14:14de fait, mécaniquement, vous prenez les produits.
14:16Et ce n'est pas les quelques brigades de stupéfiants
14:17qui existent de droite et de gauche
14:19qui y peuvent quoi que ce soit.
14:21Vous avez des équilibres financiers colossaux
14:24à travers le monde.
14:25Vous avez des parties de continents
14:27qui vivent grâce à ça.
14:28Le continent sud-américain,
14:30une partie du Maghreb,
14:32au Moyen-Orient,
14:33en Asie du Sud-Est,
14:35tous ces pays-là,
14:36tous ces continents ou sous-continents
14:38produisent du produit stupéfiant.
14:40Nous-mêmes, la France,
14:41avons produit de l'opium en Asie.
14:43Les Anglais ont fait la guerre
14:45à la Chine pour importer de l'opium
14:47au milieu du XIXe siècle
14:48et ainsi de suite.
14:50Et ça n'arrête pas.
14:50Et on ne peut pas y faire grand-chose
14:53en termes répressifs, s'entendent.
14:55Après, si l'on veut prendre un petit peu plus de recul
14:58et éviter d'avoir, je dirais,
15:01une population sous perfusion
15:03des produits stupéfiants,
15:05donc une population sous addiction,
15:08eh bien, il faut aussi associer la santé publique.
15:11Pourquoi, lorsque vous avez des conférences
15:13par les ministres,
15:14du moins suite à des grands faits divers
15:15ou des grandes opérations,
15:16vous entendez qui comme perroquet ?
15:18Ministre de l'Intérieur,
15:19ministre de la Justice.
15:20– Et pas le ministre de la Santé.
15:21– Merci.
15:21Et ça, je n'ai eu de cesse que de le répéter.
15:23Où est le ministre de la Santé ?
15:25Qu'est-ce qu'il fait ?
15:25Ça ne le concerne pas ?
15:26On parle d'addiction,
15:28on parle de problèmes de santé ?
15:30Pas de bénéficiaire.
15:30– Sur la question, par exemple,
15:32de la légalisation du cannabis,
15:34les seuls arguments qui reviennent
15:36à la bouche des promoteurs,
15:37c'est que ça permettra de couper
15:39l'herbe sous le pied des narcotrafiquants.
15:42Si ça devient légal.
15:43C'est qu'il faut.
15:43– D'abord, un, ils ont d'autres sources de revenus,
15:45donc ils ne seront pas mis à sec par ça.
15:49Et deux, on oublie que c'est un problème
15:51de santé publique, le cannabis.
15:53– Complètement.
15:53Et là où vous voyez que ceux qui disent ça,
15:56en fait, emploient cet argument
15:57sans trop savoir de quoi ils parlent,
15:59parce qu'ils n'ont pas grand-chose en portefeuille.
16:01Ils n'ont pas grand-chose dans leur besace
16:02pour faire des propositions intelligentes.
16:04Moi, j'ai connu les années 80
16:06avec le sida et l'héroïne,
16:07qui se consommaient par intraveineuse.
16:09Donc, je dirais, un massacre
16:11au niveau des toxico-lambda
16:14et puis aussi de ceux qui étaient contaminés
16:15parce qu'ils fréquentaient des toxico-mâles.
16:17Et on a jugulé ça comment ?
16:19Eh bien, avec tout simplement des produits de substitution.
16:21Subutex, etc.
16:22Voilà.
16:23On a donné la cam.
16:25Il faut le dire,
16:26on a donné la cam aux consommateurs
16:28via des visites médicales.
16:30Et ils avaient leurs produits par ordonnance.
16:32Alors, après, on a dit,
16:32ah oui, mais ils sont encore plus sous addiction qu'avant.
16:35Oui, peut-être.
16:37Mais le problème, ou du moins l'avantage,
16:38c'est qu'ils n'avaient plus à agresser
16:40pour se produire l'argent nécessaire
16:42à leur consommation.
16:43Alors, s'il faut être hypocrite
16:44au point de délivrer des produits stupéfiants
16:47par ordonnance
16:48et faire en sorte qu'ils ne soient
16:49plus du tout nuisibles au niveau de la société
16:51et des gens qui n'ont rien demandé,
16:52moi, je suis d'accord.
16:53Je suis d'accord.
16:54Mais attention,
16:55quand on vous parle de libéralisation
16:58du cannabis, par exemple,
17:00tout va dépendre du taux de THC,
17:02c'est-à-dire de l'effet,
17:03la capacité d'effet du produit consommé.
17:06Si vous vendez ce produit
17:07dans des coffee shops
17:09ou je ne sais trop quel point de vente,
17:11mais que le taux de THC est moins important
17:13que celui qu'on peut trouver dans la rue,
17:15mécaniquement,
17:16ceux qui consomment
17:16retourneront malgré tout dans la rue.
17:18Donc, il faut le cadrer.
17:20Il ne faut pas juste dire,
17:21allez, on libéralise,
17:22on se débarrasse du problème
17:23et au revoir, monsieur, dame.
17:25Il faut que ce soit véritablement...
17:27On en revient à la santé publique.
17:29On en revient à un suivi médical
17:31et pas simplement
17:31à des battleurs de la sécurité
17:33comme Retailleau, Darmanin
17:35ou tant d'autres.
17:36Tant d'autres.
17:36Il n'y a pas qu'eux.
17:37Ça fait plus de 20 ans
17:38qu'on a une sorte de circus
17:41de la communication.
17:43Mais Sarkozy a complètement
17:45tué le job, d'ailleurs,
17:46à ce niveau-là.
17:47Il n'y a pas de proposition
17:48dans ce qu'il a fait.
17:49Rien. Zéro.
17:50À part dire,
17:50on va montrer les muscles,
17:51vous allez voir,
17:52on va vous débarrasser
17:53de cette racaille.
17:55Racaille, zéro.
17:56Il n'a rien débarrassé du tout.
17:57Par contre,
17:58il a radicalisé
17:59la relation
18:00entre ces cités-là,
18:02l'institution police
18:03et de fait,
18:04la population.
18:05Quand vous cassez
18:06l'influence de la police
18:06vis-à-vis de la population
18:08des quartiers dits difficiles,
18:10vous mettez
18:11l'ensemble
18:12de la population civile
18:13en danger.
18:14Alors, précisément,
18:15ces fameux quartiers
18:17difficiles ou sensibles,
18:18d'ailleurs,
18:18vous le dites,
18:19vous n'aimez pas
18:19ces termes,
18:21vous dites que
18:22ces quartiers
18:23sont vraiment
18:25totalement des États
18:26dans l'État.
18:28vous récusez
18:28l'expression
18:29zone de non-droit,
18:30vous dites
18:30il y a un droit,
18:31c'est juste
18:31un autre droit.
18:32Ce n'est pas le même,
18:33tout à fait.
18:33Et là,
18:34j'en reviens
18:35à un auteur
18:36que j'ai découvert
18:37avec beaucoup d'intérêt
18:39qui est Marcel Mauss,
18:40qui est ethnologue
18:41et de fait
18:44tout autant sociologue,
18:46qui décrit,
18:47qui a fait un essai
18:48sur le don,
18:48mais au-delà de ça,
18:49qui décrit
18:50ce qu'il appelle
18:50le fait social total.
18:52Concrètement,
18:52qu'est-ce que ça signifie ?
18:54Vous avez des quartiers,
18:55je connais ces quartiers,
18:56j'ai grandi dans ces quartiers.
18:58Ces quartiers,
18:58tout à coup,
18:59voient au fil des années
19:00disparaître la poste.
19:02Enfin,
19:02les impôts,
19:02ils n'avaient pas nécessairement
19:03dans certains quartiers,
19:04mais du moins,
19:04tout ce qui de près
19:05ou de loin
19:07faisait le trait d'union
19:08entre des populations,
19:10des quartiers populaires,
19:11souvent de grande précarité,
19:13et l'État.
19:15Or,
19:15la nature a horreur du vide.
19:17Lorsque ces quartiers
19:17sont livrés
19:18à eux-mêmes,
19:19ou du moins lorsqu'ils n'ont plus
19:20de relais vers l'extérieur,
19:21eh bien,
19:21ils recréent
19:22ce que Marcel Mauss
19:23appelle le fait social total,
19:25c'est-à-dire qu'ils recréent
19:25un espace
19:26qu'ils s'attribuent,
19:27qu'ils s'approprient,
19:28et où vont régner
19:30des règles
19:31qui leur sont propres,
19:32règles sociales,
19:33religieuses et religieuses.
19:34Pourquoi ?
19:35Parce que, de fait,
19:35c'est là où on a orienté
19:37les populations émigrées.
19:39Mais quand vous êtes émigré
19:40dans un pays étranger,
19:41dans un pays qui n'est pas le vôtre,
19:42vous allez où,
19:42plus naturellement ?
19:44Vers là où résident
19:45vos co-religionnaires.
19:48Parce qu'ils parlent
19:49la même langue,
19:50ils ont les mêmes valeurs,
19:50la même religion,
19:51c'est logique.
19:52Et puis, c'est là où
19:53on ne paye pas cher les loyers.
19:54Donc, on y est logé
19:55pour pas très cher,
19:56on est regroupé,
19:58puis finalement,
19:58petit à petit,
19:59se crée une économie locale
20:00via le trafic de stupes.
20:02Donc, l'État peut
20:03se désengager tranquillement,
20:04on laisse vivoter ses quartiers,
20:06d'où l'hypocrisie absolue
20:07totale de lutter
20:08contre les trafics,
20:09en envoyant de temps en temps
20:10des compagnies de CRS
20:11avec des caméras derrière.
20:13Et puis, là,
20:14il se crée une forme de société
20:16si on élargit le problème
20:17au niveau d'une ville,
20:18ce que moi,
20:18j'appellerais un petit peu
20:19le phénomène des cercles
20:20ou des bulles.
20:22C'est-à-dire que vous allez avoir
20:23ces espaces de vie
20:25qui ont des règles propres,
20:27qui vont côtoyer
20:27d'autres cercles
20:28qui ont les leurs.
20:30Si vous allez à Marseille,
20:30c'est caractéristique,
20:32vous avez des sortes
20:33de bunkers à riches,
20:34ou du moins à population aisée,
20:36où vous n'entrez pas.
20:37Parce qu'il y a
20:38des systèmes de gardiennage,
20:40des sociétés privées
20:40qui gardent les accès
20:42et qui font que ces espaces
20:44peuvent côtoyer
20:45d'assez près
20:46ceux dont je viens
20:47de parler précédemment,
20:48des quartiers peuples,
20:48mais ne se côtoient
20:50mais ne se mélangent pas.
20:52Ils communiquent très peu.
20:53Et c'est une catastrophe.
20:55Parce que c'est l'aboutissement
20:56de tout ça.
20:57C'est une société
20:58où nous évoluons
20:59communauté,
21:00aujourd'hui,
21:01proche d'autres communautés,
21:03mais peut-être un jour,
21:04on le voit déjà,
21:05communauté contre communauté.
21:07Et là,
21:08on n'est pas encore
21:08dans les prémices
21:11d'une guerre civile,
21:12mais pas loin.
21:14– Mais toutes ces questions
21:15autour de ces quartiers
21:16où vous avez des communautés
21:18qui se mettent à part,
21:21pensez-vous qu'avec
21:22l'élection présidentielle
21:23à venir dans quelques mois,
21:24ça sera au cœur
21:25de la campagne ?
21:25– Oui,
21:27mais parce qu'on va avoir
21:27droit au concours lépine
21:30des propositions farfelues.
21:32Là,
21:32on le voit déjà
21:33au niveau des élections municipales,
21:34on a eu droit à celui
21:35qui a embauché
21:36le plus de policiers municipaux
21:37que l'autre.
21:39– C'est pitoyable,
21:42pitoyable,
21:42parce que là,
21:42c'est un sujet
21:43qui me tient à cœur.
21:44Moi,
21:44je suis contre
21:44les polices municipales.
21:46Enfin,
21:47on va moduler le propos.
21:48Je ne suis pas contre
21:49les polices municipales,
21:50je suis contre
21:51le remplacement
21:52de la police municipale
21:53par la police municipale.
21:54– De la police nationale
21:55par la police municipale,
21:56vous voulez dire ?
21:57– Oui,
21:57c'est dit quoi ?
21:58– Vous avez dit
21:58la police municipale
21:59par la police municipale,
22:00mais ce n'est pas grave.
22:02– C'est le remplacement
22:03de la police nationale
22:04par la police municipale.
22:05Donc,
22:05c'est ça que je ne veux pas.
22:07Pourquoi ?
22:08Parce que déjà,
22:09un,
22:09il y a énormément
22:10d'interrogations
22:10quant à la qualité
22:11des personnels recrues,
22:12ce qui ne veut pas dire
22:13que tous les policiers
22:15municipaux sont nuls.
22:16Ce n'est pas du tout
22:16ce que je veux dire.
22:17Je ne veux pas caricaturer
22:18le propos.
22:18Il y a des gens
22:18qui font leur boulot
22:19qui ont envie de le faire.
22:21Mais ce n'est pas
22:22une règle absolue
22:23et surtout,
22:23elle n'est pas égale
22:24sur l'ensemble du territoire.
22:25Vous allez avoir
22:26des polices municipales
22:27comme à Nice,
22:28on va prendre au hasard Nice.
22:29Est-ce que le mode
22:31de fonctionnement,
22:32la philosophie d'emploi
22:33de la police municipale
22:35sera la même
22:35qu'à Saint-Denis ?
22:36Je ne crois pas.
22:37Probablement pas.
22:38On est d'accord.
22:39Donc,
22:39il est absolument anormal
22:41par contre
22:42qu'un concitoyen
22:42qu'il vive à Saint-Denis
22:43ou qu'il vive à Nice
22:45n'ait pas droit
22:46à une police
22:47qui fonctionne
22:48selon les mêmes
22:49règles d'emploi.
22:50Et c'est ça
22:50l'importance,
22:51la priorité
22:52d'une police nationale.
22:53C'est à ça
22:54que répondait
22:55la police nationale
22:56jusqu'à sous-jour,
22:57jusqu'à maintenant.
22:58C'est-à-dire que
22:58où que vous soyez
22:59sur l'ensemble
22:59du territoire national,
23:01Besançon,
23:01Grenoble,
23:02Brest,
23:03Cherbourg,
23:04Montpellier,
23:04Perpignan,
23:05je ne sais trop où,
23:06vous aviez
23:07le même système
23:08de fonctionnement
23:09de la police nationale.
23:10C'est peut-être
23:11Jacobin comme principe,
23:12c'est très centralisateur
23:13comme esprit
23:15de relation
23:16entre le pouvoir politique
23:17et la base.
23:18Mais c'était la garantie
23:19d'avoir
23:20une même philosophie
23:21d'emploi.
23:22Je ne dis pas
23:22que c'est parfait,
23:23je ne dis pas
23:23que tous les policiers
23:24nationaux
23:25sont des gens
23:27absolument au-dessus
23:27de la normale,
23:28ce n'est pas ça
23:28du tout le problème.
23:29Mais par contre,
23:30vous avez une grande
23:30inconnue quant à la qualité
23:32des personnels
23:32et surtout à la,
23:33je dirais,
23:34la philosophie d'emploi
23:35de ces personnels
23:36sur un territoire donné.
23:37Et qu'on le veuille ou pas,
23:38moi j'ai eu à discuter
23:39avec des policiers,
23:40des anciens policiers
23:41municipaux,
23:42c'était clair,
23:43ils obéissaient
23:44à leur maire.
23:46Ce maire-là
23:46devenait vraiment
23:47le chef d'orchestre
23:48de l'emploi
23:49des polices municipales.
23:50Alors quand vous avez
23:51un maire élu
23:51à 55% des voix,
23:54il va donc,
23:54vous me l'accorderez,
23:56donner pour instruction
23:57à sa police municipale,
23:59une règle d'emploi.
24:00Et d'ailleurs,
24:02M. Bakayoko à Saint-Denis
24:03l'a dit.
24:04Désormais,
24:04il va falloir se plier
24:05à ce que moi,
24:07je veux,
24:07comme politique
24:09sécuritaire
24:09sur mon territoire.
24:11Mais les 48% autres
24:12qui n'ont pas voté pour lui,
24:13est-ce qu'ils vont
24:14se satisfaire de ça ?
24:15Est-ce que quelqu'un
24:16s'est préoccupé
24:16de savoir
24:17si les 48% restants,
24:19c'est pas rien 48%.
24:21est-ce qu'on leur a posé
24:22la question de savoir
24:23s'ils étaient contents,
24:24par exemple,
24:24qu'on désarme
24:25la police municipale ?
24:26Parce que dans le même temps,
24:27on réduit la police nationale
24:28comme peau de chagrin.
24:30Et quand vous discutez,
24:31là, vous avez un rôle
24:32à jouer, vous aussi.
24:33Quand vous allez avoir,
24:33si vous avez,
24:34très certainement,
24:35vous aurez en face de vous
24:36des gens du pouvoir
24:38Renaissance,
24:38pour les citer,
24:40par exemple,
24:40qui vont vous dire,
24:40ah oui, mais non,
24:41nous, on a renforcé
24:42la police nationale.
24:43Il faudra leur demander
24:44concrètement comment,
24:44expliquez-moi.
24:45Ils vont vous dire,
24:46ah ben, on a créé
24:47des commissariats.
24:48Ah, et comment vous avez
24:49créé des commissariats ?
24:50Est-ce que ce ne serait pas
24:51par hasard,
24:52en en supprimant deux,
24:53ce qui se passe à Marseille ?
24:54J'ai croisé un jour
24:55une élue de Renaissance
24:57sur un autre plateau
24:58qui me dit,
24:58ah, ce qu'on fait sur Marseille,
25:00c'est formidable.
25:01Je dis,
25:01des retours que j'ai du terrain,
25:02non, c'est pas formidable du tout.
25:04On a créé un commissariat.
25:05Ah, mais c'est peut-être pas
25:06parce que vous en avez
25:07supprimé deux autres,
25:08et là, oups,
25:09vous avez un silence gêné.
25:10Oui, c'est ça, la réalité.
25:12Donc, on en revient
25:14au discours politique
25:15totalement fallacieux
25:16qui n'a qu'un seul but,
25:17c'est promouvoir celui
25:18qui le tient.
25:20Et alors,
25:21quitte à être dans la manipulation,
25:23dans les chiffres,
25:24dans les statistiques,
25:26cette guerre des statistiques,
25:27d'ailleurs,
25:27vous le dites dans votre livre,
25:29qui a parfois plombé,
25:30entravé votre action,
25:31qui a parfois fait échouer
25:34même des arrestations.
25:35Et qui plombe,
25:36qui plombe encore.
25:37C'est un cancer.
25:39Sarkozy,
25:39avec sa politique du chiffre
25:40et du résultat,
25:41a complètement biaisé
25:42l'action policière.
25:43Il faut rendre à César
25:44ce qui est à César.
25:45Il a cassé le job.
25:46Lui-même l'a dit.
25:47J'ai cassé le job.
25:48Et alors,
25:48pour finir,
25:50comme vous le dites d'ailleurs,
25:51et que vous prenez bien le soin
25:52de le rappeler
25:53à la fin de votre ouvrage,
25:54la police,
25:55elle est bien sûr nécessaire
25:56pour tout État.
25:57Donc,
25:58quelle perspective,
26:00quelles évolutions
26:01peut-on attendre ?
26:02Il n'y a pas de baguette magique,
26:04il n'y a pas de recette miracle.
26:05Il faut,
26:06si on veut,
26:07je dirais,
26:08faire en sorte
26:08que les choses aillent mieux
26:10pour l'avenir,
26:11mais c'est mettre tout à plat.
26:13Pas tout supprimer.
26:14Il n'y a pas de société
26:14sans police.
26:15Il ne faut pas être idéologue.
26:17Mais il faut tout mettre à plat.
26:19Et pour moi,
26:20ça ne passera pas
26:21par des candidats,
26:22quels qu'ils soient.
26:23Là, je n'en vois pas,
26:23on va être clair.
26:24Si vous me posez la question
26:25de savoir quel serait
26:25le meilleur candidat
26:26pour 2027,
26:28je vous répondrai
26:28avec beaucoup de cynisme.
26:30Aucun.
26:31Aucun,
26:31parce que
26:32ce que ça nécessiterait
26:34serait une prise en compte
26:35mais globale du problème.
26:37Et pas simplement
26:37des petits artifices,
26:39des petites pantomimes locales
26:41avec des opérations
26:42très ponctuelles
26:43et je veux dire
26:44en fonction de l'air du temps.
26:45Non,
26:46il faut mettre les choses
26:46à plat
26:47et revoir l'ensemble
26:49je dirais vraiment
26:50de la politique pénale.
26:51La police toute seule,
26:52c'est rien.
26:53Ça fonctionne également
26:53avec la justice.
26:55Or,
26:55on a cassé ce lien.
26:56On a cassé
26:57l'outil judiciaire
26:58à la fois
26:59sous les coups
27:00de boutoir
27:01d'un Sarkozy
27:02et ça n'a venu
27:03de cesse
27:04y compris avec
27:06François Mitterrand.
27:07L'absus malheureux.
27:08François Hollande,
27:09le pire bien évidemment
27:10avec Emmanuel Macron
27:12qui n'y connaît strictement rien.
27:13C'est pas qu'il y connaît rien,
27:14c'est que ça ne l'intéresse pas.
27:15Ça ne l'intéresse pas.
27:16Et puis,
27:17alors,
27:17celui qui sera derrière,
27:18écoutez,
27:18on va avoir une bonne vingtaine
27:20de candidats
27:21qui ne vont pas manquer
27:22de se faire connaître.
27:23Pour l'instant,
27:24on va te passer à 30
27:25d'ici quelques jours.
27:26Je suis assez pessimiste
27:28de ce point de vue-là
27:28parce que je n'entends rien.
27:30Je n'entends que des propositions
27:33purement politiciennes,
27:33si vous voyez ce que je veux dire.
27:35C'est-à-dire
27:35qui ne sont pas construites,
27:36qui n'ont pas de vision.
27:38C'est juste vraiment
27:38du coup par coup
27:39et à très court terme.
27:41Voilà.
27:42Espérons qu'après,
27:43sur le long terme,
27:44quelques pistes
27:47vont être explorées.
27:49Il faut avoir le courage
27:49de les mettre sur la table.
27:51Le problème,
27:51il est là.
27:53Vraiment,
27:53c'est le maître mot
27:54de tout ça,
27:55c'est le courage.
27:56Or, le courage,
27:57on l'a vu se déliter
27:58au fur et à mesure
27:58des renouvellements politiques.
28:00Il n'y a pas de vraies réformes
28:02qui sont proposées.
28:03Il y a des réformettes
28:04comme si,
28:04comme ça,
28:05en entant qu'il faudrait refaire
28:06tel système,
28:07telle brigade.
28:09C'est vraiment de l'a-coup,
28:11mais ça n'est pas le fruit
28:13d'une réflexion
28:13sur le long terme.
28:15Loin de là.
28:15Très loin de là.
28:16Juste sur la forme
28:17et on évite d'aller vraiment
28:18où dans le fond.
28:18Complètement,
28:19totalement.
28:19En tout cas,
28:20merci Jean-Pierre Conviès
28:21d'avoir vraiment abordé
28:21le fond des problèmes
28:23dans votre ouvrage.
28:25Il y en a beaucoup.
28:26J'essaie d'aborder
28:27beaucoup de thèmes.
28:28Vous savez,
28:28c'est une ouverture,
28:29c'est un acte militant ce livre.
28:31Mais pas militant pour ma cause.
28:32Je ne représente rien
28:33si ce n'est moi.
28:34Mais c'est un acte militant
28:36dans le sens où j'invite
28:37ceux qui vont le lire
28:38à élargir leur capacité d'analyse
28:41en lisant d'autres bouquins
28:42d'ailleurs auxquels je fais référence
28:44qui sont cités dans le livre
28:45et qui sont des auteurs sociologues,
28:47ethnologues,
28:49philologues aussi
28:49comme Victor Klamperer.
28:51C'est des gens dont la lecture
28:52est très nourrissante.
28:54Merci à vous Jean-Pierre Conviès.
28:55Chers téléspectateurs,
28:56je vous rappelle
28:57la face obscure de la police
28:58aux éditions Max Mulot.
28:59Vous pouvez le trouver
29:00sur la boutique en ligne.
29:02Et je vous souhaite
29:03une bonne journée.
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