- il y a 3 heures
Avec son roman "Dans la dignité", François Marchand nous plonge dans un futur proche où l'euthanasie est devenue un geste banal. Un médecin peut toquer à votre porte et vous apporter la piqûre mortelle comme un livreur vous apporte votre pizza. Un formulaire administratif à remplir et vous disparaissez. Pendant ce temps, politiques et grandes entreprises en profitent. Un livre satirique, dont l'humour noir nous dérange et nous fait réfléchir alors que le texte sur ladite "aide à mourir" revient au Sénat.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:03Générique
00:05– Chers téléfrigérateurs, bonjour.
00:07Dans notre Zoom du jour, nous allons parler d'un sujet tristement d'actualité,
00:12celui de l'euthanasie, sujet qui revient au Sénat.
00:16Nous en parlons sous l'angle de l'humour et de la dérision,
00:19aussi surprenant que ça puisse paraître,
00:21mais c'est bien sûr pour nous faire mieux réfléchir.
00:24Nous en parlons avec François Marchand.
00:26François Marchand, bonjour.
00:27– Bonjour.
00:27– François Marchand, vous êtes écrivain, romancier,
00:30et aujourd'hui, vous nous présentez ce roman intitulé « Dans la dignité ».
00:34C'est publié aux éditions Boucher-Chastel.
00:38Alors, vous y mettez en scène un médecin qui vit dans une France
00:44située à peu près à la moitié du XXIe siècle,
00:48sans qu'il y ait de repères spatio-temporels très précis,
00:51au moment où l'euthanasie semble avoir été communément acceptée
00:55par l'ensemble des Français.
00:57– Et ce roman a quelque chose d'effrayant, ce médecin,
01:04il va distribuer ses piqûres comme un livreur irait apporter une pizza à domicile.
01:10Est-ce que vous pensez vraiment que c'est vers ça que la France est en train de tendre ?
01:14– Oui, d'autant que…
01:15– En fait, ça pourrait se passer demain, ce roman.
01:17– Peut-être après-demain, peut-être ?
01:19– Oui, mais il n'y a rien qui… ça pourrait être en 2027.
01:22Et d'ailleurs, non seulement ça va être comme ça,
01:24parce que là, ça aurait pu s'appeler « Aujourd'hui, on tue »,
01:27c'est-à-dire qu'il tue tout le monde tout le temps.
01:29Il y tue vraiment beaucoup de gens, ce médecin,
01:31qui est d'ailleurs très aimable, très gentil.
01:33Mais ça va être bien pire que ça.
01:34En fait, si vous voulez, aujourd'hui, même les romanciers sont dépassés,
01:38donc ça va être pire que ça.
01:40Moi, quand je l'ai écrit, je l'ai écrit à 4 ou 5 ans,
01:42et il y a des choses que je n'ai pas mis dedans,
01:44parce que je me disais, c'est trop bouffon.
01:46Par exemple, le délit d'entrave à l'euthanasie,
01:49je vous dis, ça n'existera jamais.
01:50– Vous ne pouviez pas penser que ça.
01:51– Voilà, et les députés l'ont fait.
01:53Par exemple, qu'on propose d'euthanasie à une jeune fille
01:55qui se fait violer par des migrants clandestins,
01:59ça, je ne pensais pas que ça se pouvait…
02:00– Et puis, je vous dirais, si j'avais mis ça,
02:03je reviendrai s'ennuie, je me souviens.
02:04Ça se fait.
02:05Donc, ce roman, de toute façon, il est même optimiste, en fait.
02:09– Oui, parce qu'en fait, votre médecin,
02:12c'est quelqu'un qui semble avoir une vie un peu plus normale,
02:16il habite dans un appartement en centre-ville,
02:18son épouse est médecin à l'houssière, elle est psychiatre,
02:21et comme vous dites, elle lui envoie des patients,
02:23ils ont une fille qui est une jeune étudiante,
02:27à table, il parle des études de la fille,
02:29il parle de politique, il parle de leur désaccord,
02:32ils ont une vie un peu plus normale,
02:33si ce n'est que le matin, il a tué d'abord une vieille dame,
02:37ensuite une autre, et ensuite un jeune homme ou une jeune fille,
02:42et vraiment, il raconte sa journée,
02:44comme ça pourrait être un avocat qui dit,
02:47j'ai plaidé pour telle ou telle personne,
02:48ou comme un cadre d'entreprise qui raconterait sa journée avec ses collègues.
02:53– Ce qui est frappant, moi ce qui m'a frappé,
02:55c'est qu'on vit vraiment dans une société où la banalité du mal domine,
02:59et en fait c'est quelque chose d'assez,
03:02si on élargit un peu, ce n'est pas le thème du livre,
03:04mais il y a quelque chose qui est frappant,
03:06c'est de voir que les nazis ont perdu militairement,
03:08mais ils ont gagné culturellement,
03:10c'est-à-dire que tout leur programme est réalisé,
03:13eugénisme, euthanasie, technologie, et transhumanisme,
03:16et homme augmenté, et disparition du christianisme,
03:19qui était le projet nazi.
03:20Et là il se fait, quoi, et donc ce que j'essaie de décrire,
03:23en fait c'est un roman, j'essaie de décrire la banalité du mal en fait,
03:27une notion qu'on utilise plutôt pour la guerre mondiale, à raison,
03:30mais il me semble qu'on pourrait l'utiliser aujourd'hui,
03:32il y a vraiment une banalité du mal,
03:34c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'écart entre sa morale et sa pratique,
03:37à ce brave médecin, tout va bien,
03:39par quelques appels quand même, parfois il a des moments, des appels,
03:43un moment où il pourrait effectivement changer complètement d'optique,
03:48mais bon, c'est trop dur pour lui, il retombe sur ses pieds.
03:52– Oui, c'est vrai que la comparaison avec les nazis,
03:54on pense tout de suite par exemple au plan Action T4,
03:57avec l'extermination de toute une population handicapée,
04:01qui nous fait froid dans le dos quand on y pense,
04:03mais en réalité, elle s'est instaurée en fait.
04:06– Oui.
04:07– Quand on entend un médecin qui affirme devant les caméras pour la télévision
04:13que 96% des embryons porteurs de trisomie 21 sont avortés,
04:17il le dit avec fierté, comme c'était un chiffre satisfaisant,
04:21c'est les nazis qui ont réussi.
04:23– Oui, je ne sais pas, c'est très rare,
04:25moi j'ai vu ces dernières années, j'ai dû voir deux trisomiques,
04:28d'ailleurs le médecin en voit un lui,
04:29il voit un trisomique avec son père,
04:31dans un journal public qui est auréolé d'une sorte d'aura aussi naturelle,
04:36enfin une sorte d'alou lumineux qu'il est le seul à voir,
04:39où tout est grisade sauf, et de ces deux êtres émanent de la joie,
04:42et ça le surprend un peu parce que ça a disparu la joie.
04:44Donc là il se pose une question, il se dit,
04:46mais est-ce que la vie c'est un peu plus compliqué
04:47que simplement tourner un bouton on-off ?
04:50Mais c'est un des appels qu'il a, mais qui ne sera pas…
04:53– Et c'est ça, il ne se pose pas beaucoup de questions,
04:57à tel point d'ailleurs qu'il…
05:01– Voilà, j'en reviens sur un passage qu'il faudrait vraiment surligner,
05:09voilà, en tout cas c'est le moment où il y a eu une erreur administrative,
05:12il a administré la piqueur mortelle à la mauvaise personne,
05:16puisque le précédent médecin, j'étais trompé dans le formulaire,
05:20et il se dit, alors là je vous lis,
05:23quel métier difficile, le gérant de pizzeria qui met des capres
05:27au lieu des olives demandées a toujours la ressource
05:29d'accompagner ces excuses d'une offre de pizza gratuite,
05:32cette possibilité était, dans la médecine de fin de vie, exclue.
05:36Ah bah oui mince, la personne qui est morte,
05:37effectivement vous ne pouvez pas la remplacer la personne par une autre,
05:39par exemple, on comprend les tourments qu'a ce pauvre médecin
05:43qui a tué la mauvaise personne, c'est ahurissant,
05:46il finit par comparer ses patients à des parts de pizza,
05:50ou à des aliments de cuisine.
05:53– On va vers ça, on va vers une sorte de transformation de l'humain en choses,
05:59– Et le tout de façon très déguisée,
06:02parce qu'il pratique non pas des euthanasies ou des suicides assistés,
06:08mais il pratique des traitements de fin de vie,
06:11et à chaque fois vous avez inventé ce sigle pour le roman,
06:13des TFV, comme ça on ne sait pas trop ce que c'est la TFV,
06:16d'ailleurs c'est ce que nos parlementaires veulent faire,
06:19on n'emploie pas les mots euthanasie ou suicides assistés,
06:22enfin on les emploie, les mots existent,
06:24mais on les évite le plus possible pour parler d'aide à mourir,
06:30aide à mourir, aide à médicale à mourir,
06:31on met un voile sur la réalité, on essaie de la cacher le plus possible,
06:36comme ça, ça permet d'éviter de savoir de quoi on parle.
06:38– Oui, c'est ce qu'on appelle le féminisme administratif,
06:41l'État est très fort pour ça,
06:42et puis ils vont placer la fin de vie dans ce qu'ils appellent le parcours de soins,
06:47après tout, pourquoi pas, c'est la fin du parcours de soins, après tout,
06:50c'est même une solution assez économique pour l'État, pour l'assurance maladie,
06:55donc effectivement l'euthanasie, dans ce livre, c'est un peu tabou,
06:58il y a quelques patients qui continuent à dire euthanasie,
07:01mais le médecin les rabrou, il leur dit,
07:02non, je ne suis quand même pas un assassin, moi, ce n'est pas l'euthanasie,
07:05c'est de la traitement de soins de vie.
07:06– Il y a un autre passage où il dit aussi,
07:09ça c'est l'euthanasie, c'est pour les animaux,
07:11pour vous, les êtres humains, on a l'ETFV, voilà.
07:13– Oui, c'est ça, c'est ça.
07:14D'ailleurs il est embêté à un moment donné,
07:15parce qu'il y a un moment donné où il est entre le patient qu'il doit traiter,
07:19qu'il doit donc zigouiller, et lui-même,
07:21il y a le chien du patient qui est un bouvier bernois,
07:23et c'est un chien énorme un bouvier bernois,
07:25et donc il a très très peur de piquer le chien par erreur,
07:28là ce serait vraiment une catastrophe pour sa morale.
07:30Par contre, buter le maître, ça ne pose pas de problème.
07:32D'ailleurs le bouvier bernois, lui, grogne, il sent qu'il y a quelque chose qui se passe,
07:36et donc il faut circonvenir le bouvier bernois pour buter le maître,
07:39mais surtout pas buter le bouvier bernois, ça c'est…
07:42– Et de quoi notre cher médecin a peur ?
07:45Il a peur peut-être des problèmes administratifs qu'il pourrait avoir à son service,
07:49parce qu'il aurait mal fait son acte médical,
07:52ou une bavure, ça peut être réglé à ça pour lui.
07:55– S'il bute le bouvier bernois, il peut avoir effectivement des ennuis quand même,
07:57à juste titre d'ailleurs, c'est un très beau chien, le bouvier bernois,
08:00donc il n'y a pas de raison d'euthanasier,
08:01mais à un moment donné, à notre époque, vous citiez un autre passage
08:05où effectivement il exécute par erreur une mauvaise personne,
08:08mais il ne sera pas condamné parce qu'il faudra que la personne
08:11ou la famille de la personne qui est morte prouve que c'est un préjudice d'être morte,
08:18plutôt que d'être en vie, ce qui n'est pas évident dans l'époque où nous vivons.
08:21Parce qu'il y a des gens qui demandent le TFV, enfin donc l'euthanasie,
08:24et à qui on la refuse, alors ils portent plainte aussi,
08:26enfin bon, ça va être très compliqué le droit, ça va être très très compliqué.
08:30– Voilà, je reviens à ce que vous disiez tout à l'heure,
08:32vous disiez, vous l'avez écrit à peu près 4-5 ans,
08:35et vous n'imaginez pas les débats parlementaires qui allaient suivre,
08:39comme par exemple le délit d'entrave,
08:41ça par exemple, ça va être totalement impossible à gérer, même juridiquement.
08:47– Oui, ça par exemple, délit d'entrave,
08:48si on l'avait mis dans un roman il y a 2-3 ans,
08:50tout le monde aurait dit, c'est une farce, et en fait ça va se produire.
08:54Et délit d'entrave, ça va se…
08:55Là, il y a une femme dans ce roman qui interpelle le médecin,
09:00ce brave médecin, au moment où il va buter son mari,
09:04et elle lui dit, bon, si vous le tuez, je vous tue aussi.
09:06Donc là, il rebrousse chemin.
09:08Elle pourrait être condamnée pour délit d'entrave, en effet.
09:11Alors délit d'entrave, je ne sais pas comment ça va se faire,
09:15mais je pense que ça va être extensif.
09:18Et l'imagination de l'État est sans limite, c'est ça qui est extraordinaire.
09:22Là, par exemple, quand vous allez passer cette émission,
09:25je pense qu'il y aura un bandeau, comme on a parlé des trisomiques,
09:28il y aura un bandeau de l'État qui va apparaître, service public.
09:31N'oublions pas que les femmes ont le droit de choisir d'avorter, etc.
09:35– Tout à fait, on l'a déjà eu des…
09:36– Ah ouais, on l'aura, donc on…
09:38– Vous pouvez le mettre à l'avance, comme ça, ça fera des économies aussi de service.
09:41– Mais d'ailleurs, on l'a eu,
09:43où je crois que l'expression avortement est employée une,
09:47j'ai bien une seule fois,
09:48pour des émissions qui traitaient de l'euthanasie,
09:50mais vraiment, on a l'impression qu'ils sont très attachés à ce sujet.
09:51– Alors j'ai fait mieux, moi,
09:52parce que je passais sur audio courtoisie il n'y a pas longtemps,
09:54le mot avortement, je crois, n'a jamais été prononcé,
09:57mais on a évoqué les trisomiques,
09:58le fait qu'ils aient fait l'objet d'un diagnostic prénatal assez sévère,
10:02ça a lié quand même l'avertissement du parti,
10:06l'avertissement de Moscou, attention,
10:08bref, cette émission est dangereuse.
10:13– Donc je pense qu'ils en feront une lecture assez extraordinaire.
10:18De toute façon, le processus,
10:19alors puisqu'on a parlé de l'avortement,
10:21vu que le mot a été cité, on peut y aller,
10:23mais le processus d'adoption de l'euthanasie,
10:25un peu le même que celui de l'avortement,
10:27c'est-à-dire qu'en fait, on part toujours de l'exception.
10:30Par exemple, pour l'avortement,
10:32je ne sais pas moi, une jeune fille qui se fait violer atrocement à 15 ans,
10:35bien sûr que vous n'allez pas lui dire de garder l'enfant,
10:37il y a toujours des exceptions,
10:38on est tous d'accord là-dessus,
10:39sauf vraiment des fanatiques,
10:42et c'est pareil pour l'euthanasie,
10:44il y a toujours des exceptions,
10:45je ne sais pas si vous mourrez d'un cancer du poumon
10:46et que vous étouffez de votre sang,
10:48bon voilà, c'est peut-être pas mal qu'il y ait un médecin qui vous aide un peu.
10:50Mais ça, c'est des exceptions justement,
10:52et ils en font la règle à chaque fois.
10:54Alors que la grande majorité, dans le grand jument des cas,
10:57par exemple, l'agonie n'est pas douloureuse en fait,
11:01elle se fait assez paisiblement, vous vous déshydratez,
11:03et donc c'est le moment pour la famille de se rapprocher du mourant,
11:08et il se passe des choses qui ne se passeront pas ailleurs.
11:10Et donc c'est toujours le même système,
11:11prendre une exception, et puis en dire,
11:13voilà, on va régler ça, parce que c'est intolérant.
11:16Et je pense qu'il y a des points communs, effectivement,
11:19entre la loi sur l'euthanasie aujourd'hui
11:20et la loi sur l'avortement de 1974.
11:22– Parce que quand on regarde le texte de 1974,
11:24il est vraiment très très restrictif,
11:27et élargi progressivement avec le pied dans la porte.
11:29Et cette image du pied dans la porte,
11:30elle a été assumée par un des grands promoteurs de l'euthanasie,
11:33Jean-Louis Touraine,
11:36qui disait lui-même,
11:38peut-être deux ans avant l'arrivée de la loi Falorni,
11:41je ne vous apprends rien en disant que dans le premier texte de loi,
11:43il n'y aura pas les mineurs,
11:45il n'y aura pas les malades psychiatriques,
11:47mais on ira progressivement,
11:49une loi après une autre,
11:50d'année en année,
11:51une fois qu'on a remis le pied dans la porte,
11:53et je cite, le pied dans la porte.
11:55– Et vous citiez les mineurs, c'est juste…
11:57Moi, je sais qu'une des raisons pour lesquelles j'ai écrit ce roman,
11:59c'était deux choses,
12:00c'était il y a cinq ou six ans,
12:02une jeune fille néerlandaise qui s'est fait euthanasier
12:04parce qu'elle était en dépression,
12:07j'ai trouvé ça sans qu'il y ait de réaction particulière,
12:09et la deuxième chose,
12:10je suis tombé sur un formulaire du gouvernement belge,
12:14un formulaire spécial d'euthanasie pour les mineurs,
12:16parce que pour les mineurs, évidemment, c'est important,
12:17donc on coche plus de casques que pour les majeurs,
12:20et là, le formulaire d'euthanasie pour les mineurs,
12:22là, vous avez vraiment…
12:24c'est vraiment la réification totale,
12:25c'est la transformation de l'homme en chose,
12:27c'est-à-dire, je ne vois pas comment on peut plus loin dans l'horreur que ça,
12:30c'est vraiment la bureaucratie au service de la mort,
12:34et donc il y aura ça, bien sûr, en France,
12:36l'euthanasie pour les mineurs, c'est inévitable, c'est inévitable.
12:39– Les voisins belges se sont déjà mis.
12:43– Oui, oui, alors je pense qu'il y aura des mouvements dans les deux sens,
12:46d'ailleurs, il y aura peut-être à l'avenir,
12:47si la Belgique est en avance, toujours là-dessus,
12:49peut-être des Belges qui vont fuir la Belgique pour ne pas se faire piquer,
12:52je ne sais pas, tout est possible.
12:53– Là, voilà, dans votre monde, il y a tout un chapitre
12:55où vous montrez le mouvement inverse,
12:57c'est que le TAV, traitement de fin de vie,
13:01donc euthanasie déguisée, est encore trop restrictif en France,
13:04allons en Belgique, on a des trains complets vers la Belgique,
13:09parce que là-bas, on se fait piquer plus rapidement,
13:12et vous en profitez, alors là, on aborde encore un autre sujet,
13:18c'est la question de la part de marché qui est derrière tout ça,
13:21vous montrez les compagnies ferroviaires qui trouvent une astuce
13:24pour rentabiliser leur trajet, parce qu'il n'y en a qui ne prennent qu'un billet,
13:27allez, allez, allez, mince, alors c'est pas…
13:30Comment faire pour rentabiliser ça ?
13:33Alors du coup, ils ont un supplément pour apporter les urnes…
13:36La famille paye un endroit pour mettre l'urne, parce qu'elle est encombrée avec l'urne,
13:41parce que le package, ça va être des packages, vous avez tout compris,
13:44avec le train, train, crémation, enfin oui, piqûre, crémation,
13:49et puis on vous donne l'urne deux jours plus tard, c'est ça,
13:52et oui, oui, donc c'est un gros problème, ce problème de flux,
13:55mais enfin gageons que les polytechniciens qui, à la tête de la CNCF,
13:59pourront régler ça, au mieux, au mieux pour leurs intérêts.
14:02– En fait, c'est ça, vous montrez un monde où tout le monde finit par y trouver son compte,
14:08l'État se débarque de malades qui coûtent trop cher,
14:12les acteurs privés trouvent moyen de faire leurs petites affaires,
14:16leurs petits commerces comme ça, avec des petites astuces commerciales,
14:20en fait c'est ça, c'est la facilité, et en fait c'est le plus fragile qui trinque.
14:24– Oui, oui, et il y aura probablement un commerce aussi, des moyens de buter les gens,
14:28parce que l'humanité est très inventive là-dedans, dans le moyen de buter les gens,
14:33alors si vous donnez ça à l'État, là par exemple dans mon roman,
14:37c'est plutôt des piqûres, de potassium, des choses comme ça,
14:43mais il y a des systèmes d'inhalation d'azote qui sont en train de se développer,
14:47et donc d'ailleurs le médecin se pose une question dans les listes,
14:49est-ce que ce ne serait pas mieux l'inhalation d'azote ?
14:50– Oui, donc on peut supposer que Gilead, Pfizer et tous les labos vont se mettre là-dessus,
14:55parce que c'est un marché finalement extraordinaire ça,
14:57ça va remplacer le vaccin Covid, vu que là en ce moment ils sont un petit peu en creux,
15:03donc moi je prévois un grand avenir aux méthodes d'extermination des gens,
15:08en plus ce sera légal, ce sera magnifique,
15:11il y aura une autorisation de l'HAS, l'autorité de santé qui va examiner ça,
15:15par exemple l'inhalation d'azote, est-ce qu'il y a vraiment une valeur ajoutée
15:18dans le service aux patients, et ça va se passer comme ça je pense,
15:22on a hâte d'être en 2100 quoi.
15:25– Et il y a un moment où vous avez vos personnages principaux
15:30qui sont interpellés par le Belge, c'est dans le cas de relac qu'il parle de l'azote,
15:33c'est par une condamnation à mort aux États-Unis,
15:37dans un état où la peine de mort est légale,
15:38et il semble plus choqué par la peine de mort d'un criminel,
15:43après un procès, que par des malades, des souffrants qui sont tués,
15:51parce que leur seule faute c'est de souffrir.
15:54– Oui, on vit dans un monde un peu délirant,
15:57parce qu'effectivement il y a cette contradiction,
15:59beaucoup de gens sont contre la peine de mort,
16:01mais très favorables à l'euthanasie,
16:03alors qu'après tout les gens qu'on pique avec l'euthanasie n'ont rien fait,
16:06après on peut être contre la peine de mort aussi,
16:07c'est plutôt juste, mais normalement on devrait être contre l'euthanasie.
16:10– J'ai vu parmi les députés qui ont voté contre l'euthanasie,
16:16il y a un grand nombre de députés qui farouchement posaient l'euthanasie,
16:19et qui a voté sans état d'âme la constitutionisation du droit à l'avortement.
16:26– Oui, très très bien sûr, très très bien.
16:28– Il explique d'ailleurs, enfin il explique, non il ne l'explique pas, mais voilà.
16:30Donc en fait on est face à un monde qui délire à plein tube en fait,
16:35il n'y a plus de… Muray avait raison, il n'y a plus besoin de prendre de la drogue,
16:38le monde extérieur est une hallucination en fait, c'est devenu une hallucination.
16:42Donc inutile de prendre de l'héroïne désormais, tout est délirant.
16:45– C'est une question, on peut même aller plus loin,
16:47dès l'abolition de la peine de mort en 80 ou 82,
16:51la plupart des députés qui avaient voté pour l'abolition
16:53étaient ceux qui avaient voté pour la légalisation de l'avortement.
16:56Si on peut, ça quand même très très surprenant.
16:59– C'est-à-dire qu'il faudrait qu'ils s'expliquent sur ce qu'ils entendent par la vie,
17:02qu'est-ce que c'est que la vie pour eux,
17:03parce que c'est une question quand même qui se pose.
17:06Le docteur lui, il se pose à un moment donné la question sur la vie quand même.
17:09Deux ou trois fois, il dit la vie, est-ce que ce n'est pas un peu plus compliqué que
17:12ça ?
17:12Mais bon, après il reboute.
17:13– Alors exemple, il y a un passage,
17:15alors faut-il aller trop vers la fin du roman,
17:19mais il y a un passage où, suite à un quiproquo,
17:22il pense que c'est un être cher pour lui,
17:26qui pourrait demander cette euthanasie.
17:28Sa fille, sa fille de 19 ans,
17:30suite à un quiproquo, il pense que c'est elle
17:32qui pourrait être piquée par un collègue, un confrère médecin.
17:36Et alors là, mais qu'est-ce qui se passe dans sa tête, en fait ?
17:39Même dans votre descriptif des pensées du personnage,
17:44on a du mal à s'y retrouver, on a l'impression que c'est le flou dans ses pensées.
17:47– En fait, j'avais titré cette troisième partie,
17:48« On éteint et on rallume ».
17:49– On éteint et on rallume.
17:50– Comme les ordinateurs, on éteint et on rallume pour que ça remarche.
17:52Et en fait, c'est ce qu'il fait dans tout le livre, le docteur Combe.
17:57Il éteint et on rallume.
17:58En fait, c'est parce qu'il a un confrère, effectivement,
17:59qui sent à sa porte et qui vient pour buter une jeune fille qui a le même âge.
18:03– Une jeune fille de 17 ans, du nom d'Eux, attendez, alors elle ne retrouve plus.
18:06Alors évidemment, quiproquo, elle a vu que lui a mis 17 ans chez lui.
18:11Donc là, je vous lis.
18:12« Le docteur Combe se surprenait à ne rien éprouver de particulier.
18:15Les choses de la vie étaient extérieures depuis longtemps
18:17et s'apparentaient à un phénomène naturel
18:20contre lequel il aurait été déplacé de s'insurger.
18:23Il restait muet toutefois.
18:25Bien plus tard, il se souvint de son état d'esprit à cet instant.
18:28C'était comme s'il n'existait pas.
18:30Juste après, le quiproquo était dissipé, en fait, c'était la voisine.
18:33Bon, et puis alors, là, aucune importance pour lui.
18:35Mais il y a eu comme le flou artistique dans sa tête,
18:38quand même le fait qu'on parle de sa fille, quand même.
18:40– Oui, oui.
18:40– Enfin, on pouvait parler de sa fille.
18:41– Je crois que le gros problème, c'est d'arriver aujourd'hui
18:43à distinguer la vie de la mort, en fait.
18:45C'est notre problème.
18:45C'est-à-dire qu'on arrive à un phénomène de différenciation tel,
18:49généralisé, qu'en fait, même la différence entre la vie et la mort
18:51devient très, très ténue.
18:54Et je crois que c'est son problème, c'est qu'il n'y a plus de…
18:58On a plus ce qu'avaient nos ancêtres, c'est-à-dire des grandes joies,
19:00des grandes souffrances.
19:02La vie et la mort, c'était très séparé.
19:04Aujourd'hui, c'est devenu…
19:06On ne sait même pas pourquoi les gens se font…
19:07Et d'ailleurs, à l'avenir, ils ne sauront même pas pourquoi ils se font piquer.
19:09C'est-à-dire qu'il n'y aura même pas de raison, à la fin.
19:11C'est-à-dire, la lassitude de vivre sera-t-elle ?
19:16L'absence totale…
19:17Si vous voyez, on a eu vraiment ça, je pense, la grande répétition,
19:22ça a été le Covid, vraiment avec cette sorte de mise sous cloche,
19:26sans raison, avec la piqûre en plus, qui préfigure la piqûre fatale,
19:30puisqu'on nous explique à l'époque que la piqûre, ce n'était pas grave.
19:32Bon, si ce n'est pas grave la piqûre, pourquoi pas une piqûre d'euthanasie ?
19:35Si ce n'est pas grave, en principe, c'est ça que l'on nous a dit à l'époque,
19:37ce n'est pas grave en principe la piqûre.
19:39Donc, pourquoi ne pas piquer les gens pour les buter ?
19:41Et je crois qu'on arrive à un moment donné où il n'y a plus de différences,
19:45vivre ou mourir, après tout, pourquoi vivre, pourquoi mourir aujourd'hui ?
19:50Je crois que c'est ce qui va se passer.
19:52Enfin, c'est la proposition qui nous est faite, en tout cas.
19:54– Surtout, c'est une proposition qui sera acceptée dans la passivité, finalement.
20:00Parce que, encore, pour parler du Covid, il y avait ce qui était sidérant,
20:03c'était un manque de réflexion de la part des gens.
20:06Vous voyez, les personnes ont dit, il faut mettre le masque pour se produire du Covid.
20:09Beaucoup de personnes disent avoir vu des conducteurs dans leur voiture,
20:15qui étaient seuls dans leur voiture, sans aucun passager, et qui avaient leur masque.
20:19J'ai un jour, un samedi matin, en descendant de mon immeuble,
20:23dans un quartier très résidentiel, où il y avait, samedi à 8h du matin,
20:26personne dans les rues.
20:28Je l'avoue, j'étais un délinquant, je mettais mon masque seulement sous le menton,
20:32parce que, bon, je n'aurais pas trop utilisé le mettre au-dessus du nez,
20:35vu que je n'y avais vraiment personne, que je risquais de faire peur à personne.
20:39J'ai vu, sur le trottoir d'en face, une dame qui me faisait des grands signes,
20:41avec des signes d'inquiétude et tout, parce qu'elle voulait que je mette mon masque.
20:45Oui, c'est ça, je pense que c'est ce qui va se passer.
20:46Il n'y avait personne sur mon trottoir, donc.
20:48Oui, je pense qu'à l'avenir, par exemple, cette émission ne sera plus possible, par exemple.
20:51Ce sera peut-être qualifié de délit d'entrave au libre choix des individus pour l'euthanasie.
21:00Puisque là, on critique l'euthanasie, quand même, donc ce n'est pas bon.
21:02Ou alors, il faudrait un modérateur, il faudrait quelqu'un qui soit pour, je ne sais pas.
21:05Mais en tout cas, ce ne sera plus possible d'ici 10 ou 15 ans.
21:07Je pense que c'est ce qui va se passer, comme ça s'est passé pour le Covid,
21:10où ça a été une dictature, quand même.
21:11C'est une dictature sanitaire, clair, enfin, sans état d'âme.
21:14Pour l'euthanasie, ça va être ça, c'est-à-dire qu'il y aura une propagande acharnée.
21:19Et puis, j'en profite pour écrire maintenant,
21:23parce que je ne sais pas si dans 5 ans, ce sera encore possible.
21:25Je ne sais pas pourquoi il y a un éditeur qui a accepté de publier ça, d'ailleurs.
21:27Mais voilà, comme quoi il y a quand même des bonnes surprises.
21:30– La loi n'est pas encore adoptée, donc pas de délit d'entraper un seul.
21:34Il se dit, c'est le dernier moment, on peut en profiter.
21:39Peut-être les derniers moments avant la légalisation de cette figure fatale.
21:45– Alors, pas sûr, parce que les lignes ont quand même un peu bougé.
21:48J'ai vu, vous savez, deux mois avant,
21:52par exemple, la chef de groupe communiste au Sénat avait voté contre.
21:54– Oui, c'est un débat qui dépasse totalement les clés entre droite et gauche.
22:00Ça, effectivement, j'avais vu, mais enfin, même 10 ans plus tôt,
22:04Nathalie Arthaud, candidate communiste révolutionnaire,
22:08s'était positionnée contre l'euthanasie.
22:10Elle l'avait évoqué lors de la présidentielle de 2012,
22:12elle a dit, j'y suis contre.
22:13Alors, pas forcément pour les considérations éthiques ou morales,
22:18mais simplement pour les considérations pratiques,
22:21c'est la porte ouverte à des neveux véreux
22:22qui voudraient débrancher leur oncle pour l'héritage.
22:24– C'est exact, d'ailleurs.
22:26– Elle a tout à fait raison.
22:26– Très, très bonne raison.
22:27– C'est un argument parmi d'autres,
22:28c'est pas forcément le premier argument que l'on pense,
22:30mais c'est un argument parmi d'autres.
22:32– Oui, donc non, c'est un débat qui, droite, gauche, croyant, athée,
22:37enfin, vraiment, le débat transcende, en fait, toutes les convictions.
22:43– Donc, il faut garder l'espoir,
22:43parce que là, c'est en train d'un tout petit peu de se modifier le rapport.
22:47Le rapport de France se magnifie légèrement,
22:48peut-être que ce ne sera pas suffisant.
22:49– C'est vrai qu'on a vu la deuxième lecture à l'Assemblée,
22:52il y a eu beaucoup moins d'abstention, un certain nombre de députés
22:54avaient voté blanc lors de la première lecture,
22:57lors de la deuxième lecture,
22:59ils ont été beaucoup à passer au vote contre,
23:01du blanc vers le vote contre,
23:03ils se sont dit, bon, c'est quoi ce travail ?
23:05Ils ont dû dire, mais c'est quoi ce travail ?
23:07Vers quoi on va ?
23:09– Donc, gardons l'espérance.
23:10– Allons voir l'attitude des sénateurs dans les jours qui viennent.
23:13– Voilà.
23:14– Bon.
23:15Et nous verrons bien pour la suite,
23:17espérons en tout cas que ce sera plus rose, on va dire.
23:21– Espérons que ça reste une distopie fantaisiste,
23:25c'est tout ce que je souhaite.
23:26– Espérons que les sénateurs, pendant les débats,
23:28ont eu le temps de lire votre livre,
23:29parce qu'il est plein de bonnes réflexions.
23:31– Je ne l'aurais pas envoyé, mais oui.
23:33– Il est plein de...
23:34Merci beaucoup François Marchand.
23:35– Merci beaucoup.
23:36– Chers spectateurs, je vous rappelle dans la dignité
23:38aux éditions Boucher-Chassel,
23:39et vous vous trouvez sur la boutique en ligne.
23:41Voilà, très bonne journée à vous et très bonne semaine.
23:45– Sous-titrage ST' 501
Commentaires