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  • il y a 11 heures
Une première Conversation, assez courte (cf Conversation précédente n°78), nous a permis de comprendre le captivant personnage qu’est le colonel Hogard, en replongeant dans sa famille, toute dévouée depuis deux siècles au service et à la gloire de l’Armée française et qui compte une impressionnantes pléiade d’officiers généraux (le portrait qu’il faut de son père est particulièrement touchant) puis de suivre ses premier pas dans sa propre carrière, en découvrant qu’il existe encore aujourd’hui, selon son jugement, de jeunes officiers français parfaitement fidèles à l’esprit comme aux traditions de nos armées.
Dans cette seconde Conversation, nous abordons deux grandes opérations dont il fut un acteur important : d’abord la terrible affaire du Rwanda (1990-1995), dont nous suivons le déroulé enfin reconstitué (en fait, s'en fut rien d‘autre qu'un piège tendu par les services britanniques et états-uniens pour provoquer une guerre civile dont sortiraient victorieuse la minorité tutsie et leur marionnette Paul Kagamé, tout en parvenant à faire croire, par une minutieuse opération de propagande internationale préfabriquée, que la France, très présente jusqu’alors, était responsable des massacres…). Le colonel Hogard nous livre ici des révélations importantes, dont une conversation qu’il eut sur place avec Edouard Baladur, alors premier ministre, et tire de l’épisode des conclusions d’une rare cruauté.
Puis l’opération Kosovo, en 1999 et 2000, dont, versé au Service des Opérations Spéciales, il fut un acteur de premier plan, allant jusqu’à outre passer sa mission dont il comprend vite qu’elle consistait à relayer les intérêts germano-états-uniens, pour prendre sur lui de protéger les derniers Serbes du Kosovo, y compris leurs monastères encerclés par les forces albanaises de l’UCK. Ici interviennent de nouvelles révélations sur une des pages les plus noires de l’histoire contemporaine, si bouleversantes qu’elles ont décidé ce grand soldat à quitter l’Armée française, au sein de laquelle il était pourtant promis aux plus hautes fonctions. Palpitant, et révoltant, de bout en bout...

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Transcription
00:00:24Jacques Augard, je suis très content de vous retrouver.
00:00:27D'ailleurs, nous enregistrons ces émissions l'une après l'autre, dans cette période pascale que nous marquons par quelques
00:00:35fleurs.
00:00:36J'ai fait comme vous, j'ai tombé la cravate. Je ne veux pas avoir l'air overdressed comme disent
00:00:40nos amis britanniques.
00:00:43C'est toujours très élégant, mais moi, c'est vrai que j'ai perdu l'habitude de mettre ma cravate
00:00:47depuis que je suis officiellement en retraite.
00:00:50Sauf dans les grandes occasions, bien sûr, mais quand il y a des cérémonies ou autre.
00:00:55Un militaire n'est jamais en retraite.
00:00:58Il est dans la réserve.
00:00:58C'est un statut officiel, en tout cas.
00:01:00Il est dans la réserve.
00:01:01Alors, justement, les guerres. On a parlé de Djibouti, la Somalie, et peu après, c'est-à-dire en 94...
00:01:10Oui, le Rwanda.
00:01:12Le Rwanda.
00:01:13Là, vous avez fait un livre dont je reparle. L'Europe est morte à Pristina.
00:01:17Non, c'est pas celui-là.
00:01:19C'est les larves de l'honneur, pardon.
00:01:20C'est un peu la même couverture.
00:01:22C'est le même éditeur.
00:01:23C'est le même éditeur.
00:01:23C'était fait exprès au départ.
00:01:25C'est le même éditeur.
00:01:26Hugo Dock.
00:01:27J'attends le grand livre qui récapitule toute votre langue, qui est assez vertigineuse.
00:01:32Et alors là, grande souffrance, parce que le Rwanda, la France t'est fait refaire.
00:01:40En gros, comment dresser le tableau ? Est-ce que nos auditeurs connaissent l'histoire ?
00:01:45D'abord, c'est une période qui est mal connue, qui est méconnue, qui est souvent l'objet d'une
00:01:51grande désinformation.
00:01:54Ce qu'il faut... Pour aborder le Rwanda, il faut lire les bouquins de Bernard Lugand, par exemple,
00:02:01parce qu'il est un vrai spécialiste de la question. Il a vécu là-bas très longtemps.
00:02:05Il y a beaucoup de livres. Il y a un livre de Charles O'Hanna.
00:02:07Oui, de Bonana, oui, qui est très bon aussi, oui.
00:02:10Charles O'Hanna a bien travaillé ses questions.
00:02:11Il y a Péan aussi, qui a beaucoup écrit sur la question.
00:02:15Péan ?
00:02:16Moi, il se trouve qu'en fait...
00:02:16Le général Tozin aussi, qui est très impliqué et très blessé par l'affaire.
00:02:22Il y a beaucoup de choses.
00:02:23Qui a écrit un bouquin aussi.
00:02:25Mais elles disent toutes la même chose.
00:02:26Oui.
00:02:28Ces livres disent toutes la même chose.
00:02:30C'est-à-dire que la France s'est fait refaire, s'est fait accuser d'avoir trempé dans le
00:02:33génocide.
00:02:35D'avoir même aidé le génocide.
00:02:37On raconte n'importe quoi.
00:02:39Alors que c'est exactement tout contraire.
00:02:41La seule faute, peut-être, est d'imposer, pour dresser le tableau et je vous redonne la parole,
00:02:49d'imposer, c'est le discours de la boule de François Mitterrand,
00:02:52la démocratie dans des pays africains qui ne sont pas prêts pour ça.
00:02:59Surtout dans un pays comme le Rwanda, qui est marqué par un fait majeur et qui ne va pas sans
00:03:05tension depuis toujours.
00:03:06Une minorité Tutsi, alors des hommes grands d'ailleurs, parce qu'ils viennent des montagnes.
00:03:13Ils viennent du Nord, avec une mentalité très élitaire, aristocratique.
00:03:24Et puis, 90% ou 85% de la population composée de Hutus, physiquement plus petits, dominés, des bantous,
00:03:38voués à la terre, dans ce pays d'ailleurs magnifique.
00:03:43Il faut dire que c'est d'une beauté, le Rwanda.
00:03:46Oui, des paysages extraordinaires.
00:03:48Il n'y fait pas trop chaud, pour une fois, parce que c'est assez aimé.
00:03:50Oui, c'est en altitude, c'est l'Afrique des Grands Lacs, qui est magnifique, oui.
00:03:54C'est très belle.
00:03:57Et la France promeut la démocratie, mais la démocratie, ça va tout renverser.
00:04:02Parce que les Hutus prennent leur revanche, là.
00:04:06Oui, en fait, le drame, c'est les années 60, où le Rwanda est encore belge, sous le mandat belge.
00:04:16Et l'Église belge, catholique, joue un rôle très actif.
00:04:21C'est la démocratie chrétienne, etc.
00:04:23Donc, l'accession à l'indépendance, il faut que la majorité puisse s'exprimer.
00:04:29Et donc, la majorité, comme vous venez de le dire, elle est Hutu.
00:04:31Et donc, ça ne se fait pas sans heurts, ça ne se fait pas sans mal.
00:04:36Les Tutsis sont chassés, ou pourchassés.
00:04:39Il y a des massacres abominables de Tutsis, à ce moment-là.
00:04:41Oui, oui.
00:04:4259, 60, 61.
00:04:44Et donc, les Tutsis, une partie des Tutsis, quittent et vont se réfugier dans les pays voisins, en particulier en
00:04:50Ouganda.
00:04:51Et en Ouganda, parmi ce flot de réfugiés, il y a un petit garçon qui s'appelle Paul Kagame,
00:04:55qui a deux ans de moins que nous.
00:04:59Et qui va être élevé en Ouganda, finalement...
00:05:05En Ougandais, parce qu'il commence par être officier de l'armée ougandaise.
00:05:09D'abord, il est formé en anglais, il est dans un pays anglophone.
00:05:15Et puis, il devient militaire ougandais, il devient même le chef des services de renseignement militaire ougandais.
00:05:21Et c'est lui qui, en 90, déclenche la guerre contre le Rwanda.
00:05:25Voilà.
00:05:25Parce que le président Mouzeoueni l'encourage...
00:05:28Je veux dire que c'est au nord du Rwanda.
00:05:30C'est au nord-est du Rwanda.
00:05:32Et Mouzeoueni en a un peu assez de ces...
00:05:36Le président ougandais.
00:05:37Le président ougandais, de ces Rwandais qui, finalement, prennent un peu les rênes de l'Ouganda, sans le dire.
00:05:45Et donc, l'encourage à partir vers son pays d'origine, le Rwanda, à la tête d'une rébellion qui
00:05:51s'appelle le FPR.
00:05:52Et de 90 à 93, finalement, c'est l'histoire de cette rébellion militaire.
00:05:58Il y a des accords militaires qui ont été signés entre la France et le Rwanda sous Giscard d'Estaing.
00:06:04Et le président Abiyarimana, président du Rwanda, demande à Mitterrand d'appliquer, en fait, ces accords.
00:06:09Donc la France rentre dans le piège ougandais...
00:06:12Abiyarimana qui est...
00:06:13— Outu. — Outu, oui.
00:06:15Et la France rentre dans ce piège ougandais.
00:06:17— Et un Outu conciliant qui essaie de faire...
00:06:18— Oui, qui est un... Si vous voulez, c'est un régime, on va dire, un peu autocratique, mais c
00:06:23'est pas totalitaire.
00:06:25C'est un régime où il se veut chrétien, il essaye de faire une place aux Tutsis maladroitement, à travers
00:06:34un système de quotas, etc., qui est idiot, en soi.
00:06:38Idiot, mais... Mais oui, c'est idiot.
00:06:41— Il y a une simplicité, fière de vous. J'ai rencontré cet Abiyarimana...
00:06:45— Abiyarimana, oui.
00:06:47— Au sommet franco-africain de... Parce que j'étais à la direction d'Afrique dans ces années 87-88.
00:06:53Il y avait un sommet à Casablanca où François Mitterrand avec... Alors j'étais preneur de notes.
00:07:01Recevait... C'était formidable.
00:07:02— Bien sûr.
00:07:03— Pour le rang de la France, c'était encore formidable.
00:07:06On voyait les chefs d'État défiler devant le sommet franco-africain, s'il vous plaît.
00:07:10Ça n'existe plus.
00:07:12défilé devant le président de la République française avec un peu...
00:07:16— De déférences.
00:07:18— Beaucoup de déférences.
00:07:19— Oui, oui, bien sûr.
00:07:20Ça a bien changé.
00:07:21— Ça a bien changé.
00:07:22— Et justement, cet épisode du Rwanda est un des épisodes qui nous ont disqualifiés
00:07:30en Afrique par une opération de communication parce que...
00:07:32— Oui.
00:07:33— Je vous ai coupé la parole, mais poursuivez sur ce piège dans lequel la France est tombée.
00:07:42— C'est-à-dire qu'en fait, Mitterrand a dit à Abiyarimana, en résumé, je vais vous aider
00:07:48à maintenir la stabilité et les institutions malgré le FPR qui leur faisaient une guerre
00:07:58de guérillas très énergiques.
00:08:00Je vais vous aider militairement, diplomatiquement, etc.
00:08:04Mais en contrepartie, mon cher Abiyarimana, il va falloir évoluer et il va falloir introduire
00:08:09la démocratie réelle dans votre pays.
00:08:11— Et mettre des Tutsis dans votre gouvernement.
00:08:13— Et admettre le multipartisme, ce qui n'était pas encore le cas,
00:08:18c'était encore un système de parti unique et qui faisait finalement le ciment du pays
00:08:23avec tous ses défauts.
00:08:25Et donc le multipartisme est mis en place.
00:08:27Et puis on discute avec la rébellion à ce moment-là.
00:08:31Mitterrand dit qu'il faut discuter avec la rébellion armée.
00:08:34Donc ce sont tous les entretiens qui se déroulent en Tanzanie à ce moment-là, à Rouchard,
00:08:42et qui vont aboutir à des accords improbables en octobre de 1993, qui scellent le départ
00:08:54de l'armée française, l'intégration progressive dans les institutions rwandaises.
00:09:01Alors il y a un bataillon même du FPR rebelle qui est déployé dans Kigali, dans la capitale,
00:09:06avec l'assentiment au terme de ses accords, etc.
00:09:10Mais bien entendu, si on connaît un peu la personnalité de Kagame, c'est simplement le cheval de Troie.
00:09:17Il est rentré en plein cœur du pouvoir Hutu, rwandais, en cours de démocratisation et d'ouverture.
00:09:26Mais en même temps, personne n'y croyait à cette solution au Wanda. On savait qu'on allait vers le
00:09:31drame.
00:09:32Ça, on le savait.
00:09:34Quand même, la France se retire. C'est pour ça qu'il est absurde de penser que la France...
00:09:40Il y a une responsabilité.
00:09:41Justement, on venait de partir. C'est justement parce qu'on était partis.
00:09:43En fait, moi je dirais que la vraie responsabilité, parce que c'est ce que vous venez de suggérer,
00:09:48en fait, la vraie bêtise, c'est d'avoir fait ses accords d'Arusha,
00:09:53et d'avoir considéré que tout allait bien, parce que ça allait aller tout seul.
00:09:58Ben non.
00:09:59Très mauvaise estimation de la réalité,
00:10:03très mauvaise estimation du personnage qu'est Kagame et de son entourage,
00:10:09qui lui, soutenu par les États-Unis...
00:10:11Et c'est ça, et c'est mandataire.
00:10:13Parce que personne ne sait que Kampala, capitale de Wanda,
00:10:18et Museveni, président hougandais,
00:10:20étaient entièrement entre les mains des États-Unis.
00:10:22Bien sûr.
00:10:23Et le FTR aussi par le coché.
00:10:25Bien sûr, bien sûr.
00:10:25Parce qu'il était créé au Wanda.
00:10:27Absolument.
00:10:28Mais on le savait au Quai d'Orsay.
00:10:29Oui.
00:10:30Et quel aveuglement !
00:10:31Et quel aveuglement, parce qu'on a cru...
00:10:34C'est Mitterrand.
00:10:34Est-ce que c'était pour se débarrasser de ce paradras rwandais ?
00:10:38Je ne sais pas.
00:10:39Mais en tout cas, l'erreur, elle est là.
00:10:40Et donc, l'attentat contre l'avion,
00:10:45Kagame a reconnu il y a peu...
00:10:48Que c'était le FPR.
00:10:49Que c'était le FPR.
00:10:50Parce que tout le monde sait.
00:10:50Il faut dire que le président du Burundi,
00:10:54j'oublie son nom...
00:10:56Intaria Mirar.
00:10:58Voilà.
00:10:58Il faut se lever de bonheur pour que...
00:11:00Bon, bref.
00:11:01Et le président...
00:11:04Rwambais.
00:11:05Rwandais.
00:11:05Abiyarimana.
00:11:06Ont été appelés en Ouganda.
00:11:08On ne sait pas très bien pourquoi.
00:11:09Si, c'était toujours encore la mise en oeuvre des accords...
00:11:13Et qu'au départ de Kampala, l'aéroport de Kampala, l'avion explose...
00:11:18En arrivant sur Kigali.
00:11:21L'avion est abattu au-dessus de Kigali.
00:11:24Au Randa.
00:11:25C'était pas en territoire rwandais.
00:11:25Au-dessus de Kigali.
00:11:26Non, c'était au territoire rwandais.
00:11:29Évidemment, les Hutus y voient la marque...
00:11:33du FPR.
00:11:33Et Kagamé finit par mettre...
00:11:35Récemment.
00:11:36Bien des années plus tard.
00:11:36Donc, des décennies plus tard, que c'est le FPR qui fait exploser cet avion.
00:11:42Et c'est le départ d'une guerre civile...
00:11:46De massacre.
00:11:46De massacre.
00:11:47Qui dégénère...
00:11:48D'une férocité stupéfiante.
00:11:50En génocide, parce qu'il y a quand même un génocide...
00:11:52Il faut...
00:11:52Personne pour les arrêter, puisque les Français sont partis.
00:11:54Eh bien, il n'y a plus personne.
00:11:55Il y a l'ONU.
00:11:55Alors, il y a la force de l'ONU, mais qui, comme on le sait partout en Afrique,
00:11:59quand l'ONU intervient, c'est raté, hein, à l'avance.
00:12:04Que ce soit au Congo, des années auparavant, ou au Soudan,
00:12:09où l'ONU est toujours vouée à l'échec.
00:12:12C'est ce qui est terrible.
00:12:13L'ONU militaire est vouée à l'échec.
00:12:15Oui, parce qu'elle n'intervient pas.
00:12:17Elle n'intervient pas.
00:12:18Elle est là.
00:12:18C'est pas dans son mandat.
00:12:19D'ailleurs, le général canadien, Roméo Dallaire, qui commande...
00:12:23Dallaire.
00:12:24Dallaire, qui commande à ce moment-là la MINUAR, la mission des Nations Unies pour le Rwanda,
00:12:30dix jours après le début des massacres,
00:12:33donc on est le 16 avril 1994,
00:12:38demande la réduction de son effectif.
00:12:41Et on passe de 2 000 hommes à 200.
00:12:44Alors, c'est suicidaire.
00:12:45Je veux dire, que peut-on faire avec 200 hommes, quand même 2 000 ne sont pas assez suffisants.
00:12:50Vous voyez ?
00:12:51Oui, c'était pour se laver les mains, en fait.
00:12:53Plus tard, des années plus tard, il y aura la même situation en Iturie,
00:12:57non loin de là, en Iturie, en République démocratique du Congo,
00:13:01où le général espagnol Díaz de Villegas refusera.
00:13:08L'ONU lui dira, il faut diminuer vos effectifs parce qu'il y a danger pour l'ONU.
00:13:12Il refusera.
00:13:13Il dira, si c'est ça, je vous rends mon képi, je m'en vais et je rentre en Espagne
00:13:17et je dis l'incurie de l'ONU.
00:13:20Alors, finalement, il a été autorisé à rester...
00:13:21Pas mal, les Espagnols, hein ?
00:13:22Non, pas mal, oui.
00:13:23Non, mais il faut le dire parce que...
00:13:25Quelle des positions.
00:13:26Autant que Roméo Dallaire, le Canadien, a été au-dessous de tout,
00:13:30autant ce général espagnol, j'ai beaucoup d'estime pour lui.
00:13:33Il a fait son boulot, en fait.
00:13:35Et alors, ça se transforme.
00:13:36Alors, vous allez nous dire en quelles circonstances vous arrivez,
00:13:39mais tout de suite, c'est là où c'est un piège pour la France.
00:13:44Et le pire, c'est que la direction d'Afrique du Quai d'Orsay avait tout anticipé.
00:13:47Ça, je peux en témoigner.
00:13:50Et c'est drôle, cette histoire me poursuit parce qu'ensuite,
00:13:52je la retrouve quand je suis auprès de Boutros-Galli à New York.
00:13:55Qui s'énerve aussi devant la facilité avec la France.
00:13:59Il m'engueule en me disant, mais vous vous rendez compte que votre gouvernement
00:14:02se fait mener par le bout du nez ?
00:14:03Oui.
00:14:03C'est terrible.
00:14:06Bon, et il y a une opération de communication anti-française
00:14:10qui se greffe là-dessus.
00:14:12Immédiate.
00:14:12Préparée entièrement à Washington.
00:14:14Immédiate.
00:14:15Et c'est tout ce qu'en retiendront les Français.
00:14:16Oui.
00:14:17Cette idée que la France a participé au génocide des Hutus.
00:14:23À une espèce d'agenda caché contre…
00:14:25Un million d'or quand même.
00:14:26Oui.
00:14:26À la machette quelquefois.
00:14:28Oui.
00:14:28800 000 morts ou un million de morts.
00:14:30De toute façon, c'est abominable.
00:14:32À la machette, à la grenade, à ce qu'on voudra.
00:14:35Mais c'est abominable.
00:14:36Et moi, j'ai senti cette volonté d'instrumentalisation par le biais des médias anglo-saxons d'emblée.
00:14:45Oui, c'était très…
00:14:46J'arrive…
00:14:46Je vois arriver des flots de journalistes américains, britanniques, australiens, etc.
00:14:52Et je me souviens d'une question qui m'est posée par l'un d'eux.
00:14:56Est-ce que vous n'avez pas honte d'être ici après ce que la France a fait au Rwanda
00:15:00?
00:15:00Alors moi, j'arrive de Djibouti tout neuf, tout frais, tout enthousiaste à l'idée de participer à une mission
00:15:06noble…
00:15:07L'Opération turoquoise.
00:15:08L'Opération turoquoise qui est de s'interposer et de sauver des vies humaines.
00:15:13Qui est mise en place assez tard, en juin.
00:15:15Oui.
00:15:15Pourquoi ? Parce que les États-Unis…
00:15:17On tout bloqué.
00:15:17On tout bloqué à l'ONU.
00:15:19La personne de votre amie Madeleine Albright qui mérite d'être citée pour la postérité.
00:15:24Oui.
00:15:24Parce que c'est quand même une sacrée sorcière.
00:15:27Non mais il faut dire des choses.
00:15:28Elle ressemble à Soros.
00:15:29Elle ressemble à Soros.
00:15:30Oui, c'est Soros féminin.
00:15:31On se demande s'il n'y a pas un lien de parenté qui est caché.
00:15:33Non, elle me détestait.
00:15:34Un jour, elle avait pris ma pochette dans un ascenseur de l'ONU.
00:15:38En disant « Old French aristocratic guy ».
00:15:41Enfin, je ne sais pas.
00:15:42Elle détestait les Français, cette femme.
00:15:44Elle détestait les Français.
00:15:45Elle était tchèque d'origine.
00:15:46Elle n'était pas que les Français.
00:15:47D'ailleurs, oui, juive tchèque.
00:15:50Elle détestait les Serbes alors qu'elle doit tout aux Serbes.
00:15:54Parce qu'elle a été récupérée jeune en Serbie.
00:15:58C'est ce qui lui a sauvé la vie.
00:16:00Et pourtant, elle en voulait après terriblement aux Serbes.
00:16:03Elle capte tous les haineux de l'univers.
00:16:05C'est assez extraordinaire.
00:16:07Cette femme était une femme redoutable.
00:16:09Et à l'ONU, elle s'est opposée.
00:16:12Elle s'est opposée à l'envoi immédiat de nouvelles troupes françaises.
00:16:16Et au moyen américain dont nous avions besoin
00:16:20parce que nous n'avions pas de transports stratégiques aériens.
00:16:22Et oui, déjà.
00:16:23Et donc, il a fallu qu'on appelle les Russes et les Ukrainiens
00:16:26pour avoir les Antonov 24, etc.
00:16:29Et pouvoir transporter la force.
00:16:30On n'avait plus de Transal à ce moment-là ?
00:16:32On avait des Transal, mais vous savez,
00:16:34un Transal, vous transportez deux Jeeps ou trois Jeeps et 10 bonhommes,
00:16:39alors qu'en Antonov 24, vous mettiez 10 automitrailleuses et 160 bonhommes.
00:16:48Il faut coûter en deux le budget des affaires sociales
00:16:51et puis renforcer les budgets militaires, décidément.
00:16:54Oui, mais c'est un problème qu'on a toujours.
00:16:56On n'a toujours pas les moyens de production stratégiques, si vous voulez, qu'il faut.
00:17:00Alors quand même, turquoise, du bout des lèvres, l'ONU envoie une mission,
00:17:04alors en effet multipartite, mais avec une grosse composante française,
00:17:09et juin 1994, et vous arrivez à ce moment-là au Rwanda
00:17:13à la tête d'une des trois composantes du détachement français,
00:17:18celui de la Légion étrangère pour le coup.
00:17:20Oui.
00:17:21Et que faites-vous là ?
00:17:22Auquel est rattaché le détachement tchadien,
00:17:25puisque nous avions donc intégré des unités africaines,
00:17:28et moi j'avais les tchadiens.
00:17:29D'accord.
00:17:30Et là, qu'est-ce qu'on fait ?
00:17:31Moi j'ai un secteur qui va correspondre en gros à la préfecture de Siongogu,
00:17:36dans le sud-ouest du Rwanda, adossé à ce qui est le Zahir,
00:17:41ce qui est aujourd'hui la République démocratique du Congo,
00:17:44et au Burundi au sud.
00:17:47Et cette zone va être transformée avec la préfecture du Nord,
00:17:52qui est à Kibouye, et la préfecture de Jikongoro,
00:17:55qui est tenue au début par les forces spéciales françaises.
00:17:57Ces trois préfectures vont former, réunis,
00:18:00ce qu'on a appelé la zone humanitaire sûre,
00:18:02c'est-à-dire une zone où on interdit l'entrée des belligérants,
00:18:09où on désarme les forces Hutus, qui fuient d'ailleurs le pays,
00:18:16puisqu'à ce moment-là le pays est en train de tomber aux mains du FPR,
00:18:19et où on interdit au FPR de rentrer pour suivre les autres,
00:18:23et les extrémiser, c'est-à-dire.
00:18:26Mais il y a des cadavres partout.
00:18:27Il y a des cadavres partout.
00:18:28Il y a dans mon secteur à moi...
00:18:30Il y a des sépultures quand même ?
00:18:30Pardon ?
00:18:33Il y a des sépultures, mais il y a beaucoup de charniers,
00:18:36des sépultures de fortune avec un coup de chaux par-dessus des fosses communes.
00:18:42C'est-à-dire une atmosphère lugubre ?
00:18:43Lugubre.
00:18:45Dans mon secteur, il y a un camp,
00:18:48traité humanitairement par la Croix-Rouge internationale,
00:18:51qui est le camp de Niyarushichi,
00:18:52où il y a déjà quelques milliers de rescapés,
00:18:56tout de suite du génocide.
00:18:59Et nous, on arrive là-dedans, projeté...
00:19:01Il y a encore un État au tout, mais qui est déliquescent,
00:19:04qui est en train de tomber.
00:19:06Il y a un grand gigantesque désordre
00:19:10qui est en train de se mettre en place,
00:19:12je pense avec des conséquences humanitaires graves,
00:19:16comme les usines d'épuration d'eau qui s'arrêtent de fonctionner,
00:19:22donc des épidémies de choléra qui démarrent.
00:19:25Non, pas saboter, abandonner, en fait.
00:19:27Défaut de moyens, défaut d'administration, tout s'effondre.
00:19:31Et l'ancien régime, par vagues successives aux Haïrs, à côté, etc.
00:19:38Et nous, on se retrouve face à une situation où il faut tout gérer à la fois.
00:19:41Il faut gérer la sécurité, il faut gérer l'aspect militaire de cette sécurité,
00:19:46ou l'aspect policier de cette sécurité.
00:19:48Moi, j'ai rouvert à la prison de Sangougou, qui avait été désaffecté, abandonné.
00:19:54J'y ai attrapé, d'ailleurs, des quantités de puces, parce qu'il a fallu qu'après,
00:19:59avec mes officiers, avec lesquels on l'a visité, il a fallu se dépolluer.
00:20:04C'était désaffecté.
00:20:05Ah non, c'était assez dantesque, en fait, comme situation.
00:20:09Et on a rétabli l'ordre comme on pouvait, avec les moyens dont on disposait, qui n'étaient pas illimités.
00:20:16Et puis, on a remis en route les unités d'épuration des eaux,
00:20:20on a remis en route des dispensaires à défaut d'hôpitaux,
00:20:26on a remis en route les usines électriques, etc.
00:20:29On a fait tout ça pendant deux mois.
00:20:32Mais trop court, parce que finalement, cette mission s'arrête.
00:20:34Elle était limitée à deux mois.
00:20:35Le mandat n'est pas renouvelé.
00:20:36Elle était limitée par l'ONU à deux mois.
00:20:38C'était dans le contrat initial.
00:20:39Je n'ai pas très bien compris pourquoi la France acceptait que le mandat s'arrête à ce moment-là.
00:20:43Alors, c'était la cohabitation.
00:20:44Il faut dire que le ministre des Affaires étrangères Juppé,
00:20:46Premier ministre Balladur, président de la République encore Mitterrand.
00:20:51Et ils n'étaient pas d'accord entre eux.
00:20:52Non. Et alors, moi, je pense que, dans mon esprit,
00:20:59j'en ai parlé avec Balladur plus tard.
00:21:01Je pense qu'il avait l'idée que c'était une manière pour la France de sortir proprement du dossier
00:21:08rwandais.
00:21:09C'est-à-dire, vous voyez, on a volé au secours de ce pays déchiré par la guerre civile,
00:21:18et par les massacres et par le génocide.
00:21:21Et on a voulu le faire dès le mois d'avril.
00:21:24L'ONU nous en a... Enfin, l'ONU, les Américains derrière, nous en ont empêché jusqu'au mois de juin.
00:21:29On a réussi à faire quelque chose de juin à août.
00:21:32On n'est pas là-bas pour des arrières-pensées, comme nos ennemis le disent, de rester dans la région,
00:21:39etc.
00:21:39D'ailleurs, on a accepté de partir le 22 août.
00:21:42Et on partira le 22 août.
00:21:44Et moi, je me souviens, j'ai eu une visite à mon PC.
00:21:48Je lui explique tout ce que je suis en train de faire, etc.
00:21:51Et il me dit au Mont-Colonel...
00:21:54Qui, oui ?
00:21:55Le Balladur.
00:21:58Mont-Colonel...
00:21:58Ah, vous le voyez à ce moment-là ?
00:21:59Oui. N'en faites pas trop.
00:22:01Il est à Matignon ?
00:22:02Non, il est à Matignon.
00:22:03Il est Premier ministre en fonction.
00:22:04Il vient nous voir sur le terrain.
00:22:05Ah, voilà, voilà.
00:22:06Flanqué de François Léotard.
00:22:08Et de Juppé.
00:22:09Et de Juppé.
00:22:11Il n'y a pas Juppé.
00:22:13Il est ministre des Affaires étrangères.
00:22:14Oui, mais il n'est pas dans la délégation.
00:22:17Il y a Michel Roussin dans la délégation.
00:22:19Il y a Lucette Michaud-Chevry qui est là.
00:22:22Enfin bon, etc.
00:22:23Et moi, je les reçois tous parce que c'est...
00:22:27Je les ai même reçus à déjeuner, si je puis dire.
00:22:30Et on parle de ça.
00:22:31Et je vois qu'il me dit, ne vous impliquez pas trop, quand même, dans cette mission.
00:22:36Parce que...
00:22:37Ça, c'est un éveuglement majeur.
00:22:39Oui.
00:22:39Parce que j'avance un peu, pardon, il faudrait entrer dans les détails.
00:22:44Oui.
00:22:44Qui sont dans les larmes de l'honneur.
00:22:46Bien sûr.
00:22:50Le FPR poursuit ses exactions, de sa même façon, à l'est du Mwanda.
00:22:55Il glisse vers le Kivu.
00:22:57Oui, oui.
00:22:58Pénètre dans la partie orientale de l'immense Congo, qui s'appelle la région du Kivu.
00:23:03Très riche.
00:23:04Oui.
00:23:04Et on en est à la situation d'aujourd'hui.
00:23:07Très convoité.
00:23:07Et on en est à la situation d'aujourd'hui.
00:23:08Qui est épouvantable.
00:23:09Une guerre épouvantable qui se poursuit encore aujourd'hui.
00:23:12Avec certainement la guerre la plus meurtrière de la période dont on ne parle pas.
00:23:18Il y a une très bonne émission d'Omerta, il faut dire, sur le sujet.
00:23:22Je la mentionne fraternellement.
00:23:24Oui, oui.
00:23:25Ils ont fait un numéro excellent.
00:23:26Oui.
00:23:27À la fin de l'été dernier, Omerta, sur cette guerre du Congo.
00:23:31Parce que c'est devenu la guerre du Congo.
00:23:33Et oui.
00:23:33Et c'est la raison pour laquelle Kagame aujourd'hui est sanctionné par les Américains.
00:23:37Il vient de faire...
00:23:39J'ai découvert cette vidéo internet, c'est formidable.
00:23:43J'ai découvert cette vidéo aujourd'hui où il dit à Trump d'aller en enfer.
00:23:50Aller en enfer.
00:23:51Mais à l'origine...
00:23:52Attendez, mon colonel, je vous coupe.
00:23:53Oui.
00:23:53Parce que Kagame est l'homme des États-Unis.
00:23:57Oui, bien sûr.
00:23:57On voit bien que l'opération consiste à virer la France avec une opération de communication,
00:24:03de culpabilisation de la France.
00:24:05Dingue.
00:24:06Diabolisation de la France.
00:24:07Diabolisation de la France.
00:24:07Diabolisation de la France.
00:24:08Diabolisation de la France.
00:24:08Reprise par la presse française.
00:24:11Oui.
00:24:11C'est un certain Smith, d'ailleurs, qui est le correspondant de Libération.
00:24:15Il y a un certain Saint-Exupéry.
00:24:15Il y a un certain Saint-Exupéry.
00:24:19Qui, pour le Figaro, est terrible.
00:24:21Il est redoutable.
00:24:22Redoutable.
00:24:22Il reprend le narratif américain.
00:24:25Oui, complètement.
00:24:25Etats-unien.
00:24:26Etats-unien, oui.
00:24:28Il n'est pas le seul, mais...
00:24:29Qui camoufle l'opération états-unienne, consistant alors à virer la France des Grands Lacs.
00:24:35Oui.
00:24:36Et justement, le gros morceau, le bijou de la couronne de la francophonie, c'est le Congo.
00:24:41Oui.
00:24:43Kinshasa.
00:24:43Oui.
00:24:44Ex-Zahir.
00:24:44Des richesses fabuleuses de l'Est.
00:24:45Des richesses fabuleuses sur lesquelles il faut mettre la main.
00:24:49Exactement.
00:24:49Et les États-Unis, via le RPR, s'installent.
00:24:51Et ce qui a été fait, et ce qui est en cours aujourd'hui...
00:24:54C'était la thèse de Boutros-Ghali, d'ailleurs.
00:24:55Mais elle est...
00:24:56C'est madame O'Brien, machin chouette.
00:24:58C'est parce que j'étais le petit assistant de Boutros-Ghali qu'elle détestait.
00:25:02Parce que lui, il avait tout compris.
00:25:03Il avait raison.
00:25:05Mais impoussant.
00:25:06La suite l'a montré clairement.
00:25:08Donc ça, c'est un vrai drame.
00:25:09Et moi, à l'époque, ça me permet de comprendre, de commencer à comprendre que le monde a changé.
00:25:14En 1994, on est cinq ans après la chute du mur de Berlin.
00:25:18On est trois ans après l'effondrement de l'Union soviétique.
00:25:21Et il y a une recomposition qui démarre.
00:25:24Une recomposition géopolitique qui démarre.
00:25:26Affreuse.
00:25:27Et dont la France est la victime.
00:25:28Et dont la France est la victime, la première victime.
00:25:30Alors, c'est pour ça que cinq ans après, on va essayer de ne plus être du côté des victimes.
00:25:35Mais alors, on va être du côté des salauds au Kosovo.
00:25:38Vous voyez ?
00:25:38Et ça, c'est le drame que j'ai vécu, moi, que j'ai compris, moi, à ce moment-là.
00:25:44Et c'est pour ça qu'aujourd'hui...
00:25:46Blessé.
00:25:47Je suis blessé de ça.
00:25:48Ah oui !
00:25:49Et blessé, humilié, révolté, indigné, enfin...
00:25:56Et c'est pour ça que cinq ans plus tard, le Kosovo, là où on est le bon élève, on
00:26:03est manipulé et on est content d'être manipulé.
00:26:05Et on s'affilie à l'OTAN.
00:26:06Et on s'affilie à l'OTAN et aux Allemands.
00:26:11Ne quittons pas le Rwanda sans dire que l'affaire connaît un épisode plus récent, épouvantable pour moi,
00:26:23quand Kouchner, toujours lui, au nom de la France, va présenter ses excuses pour des crimes que la France n
00:26:32'a pas commis,
00:26:32mais à laquelle sont imputés des crimes.
00:26:36Et Kouchner, grand copain d'un habitué de Davos pour le Kagame,
00:26:43qui lui a du sens sur les mains et des proportions stupéfiantes,
00:26:51et qui va jusqu'à mettre dans son cabinet, dans son ministère, des Américains, des États-Unis,
00:27:02dont une dame, j'oublie le nom toujours parce que je n'ai pas tellement la mémoire de ces noms
00:27:08compliqués,
00:27:10qui est un peu états-unienne et un peu rwandaise,
00:27:15qui est ministre de l'Éducation et qui, comme ministre de l'Éducation, fait raser des écoles françaises.
00:27:21— Ah oui, oui. On abandonne le français.
00:27:25— Abandonne le français.
00:27:26— On passe à l'anglais.
00:27:27— Et pour récompense, votre cher ami le président Macron...
00:27:32— Donne la francophonie.
00:27:33— L'a fait nommer présidente de l'Organisation internationale de la francophonie.
00:27:38— La francophonie. Louise Mouchikiwabo.
00:27:39— Merci. Louise Mouchikiwabo.
00:27:43— Qui est récompensée de son action militante et violente contre les écoles françaises, contre le français,
00:27:50en étant, mais c'est bravo, j'entends...
00:27:52— Et cette femme...
00:27:52— Présidente de l'Organisation de la francophonie.
00:27:55Il a même fallu mettre à l'écart une Canadienne.
00:27:58— Oui, une Canadienne, oui.
00:27:59— Le Canada un peu...
00:28:00— Oui, qui n'était pas parfaite, mais...
00:28:02— Le Canada un peu rechigné, mais, bien entendu, le Premier ministre canadien, l'ineffable...
00:28:08— Oui, Trudeau.
00:28:09— Trudeau.
00:28:11— Bon, alors, vous faisiez tout seul une transition vers le Kosovo.
00:28:16C'est déjà blessé que vous arrivez au Kosovo, quelques années plus tard.
00:28:20— Cinq ans plus tard.
00:28:20— On saute sur quelques années au cours desquelles vous êtes en poste en France.
00:28:24— Je suis à la Légion étrangère et ensuite aux opérations spéciales.
00:28:27— En métropole, alors.
00:28:28— Oui, en métropole.
00:28:28— Vous avez voulu entrer aux opérations spéciales.
00:28:32Ça me titillait depuis longtemps, en fait.
00:28:35Parce que les opérations spéciales, c'est un concept très intéressant.
00:28:39C'est de petits volumes d'hommes résolus, extrêmement bien formés, extrêmement bien dotés de tout ce dont habituellement les
00:28:49armées françaises manquent, d'ailleurs.
00:28:51Et là, il y a tout sur étagères et avec des gens extraordinaires, des gens de la même qualité humaine,
00:28:58mais avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de moyens.
00:29:02Et c'est toujours, en principe, des interventions sur des sujets stratégiques.
00:29:11— C'est excitant.
00:29:11Et c'est comme ça que vous partez au Kosovo en 1999.
00:29:14D'abord, tracer le tableau, parce que pendant que se déroule le drame dont nous parlons en Afrique,
00:29:21il y en a un autre drame qui est l'éclatement de la Lugoslavie au bon soin de l'Allemagne,
00:29:26à peine réunifié.
00:29:27Le ministre des Affaires étrangères, un certain Gensher, en fait sa grande affaire avec Clinton, le président des États-Unis
00:29:37à ce moment-là.
00:29:38Faire sauter ce pays fait un peu de briquet de broc.
00:29:43Exploser la Lugoslavie.
00:29:44— Exploser la Lugoslavie.
00:29:44— Et avec un ciment serbe majeur qui arrange beaucoup la France.
00:29:49— Oui, pour des raisons historiques.
00:29:51— Parce que c'est ce que vous rappelle votre père, les liens entre la France et le...
00:29:54Ils sont dans votre livre sur le Bristina.
00:29:57Ils sont permanents au fil des siècles.
00:30:00Même une reine française en Serbie.
00:30:02— Oui, Hélène d'Anjou.
00:30:03— Hélène d'Anjou.
00:30:04Il y a beaucoup de choses, beaucoup de liens.
00:30:07Les Serbes nous sont très utiles pendant la guerre parce qu'ils arrêtent des divisions allemandes.
00:30:11Ils se combattent à merveille.
00:30:13Il y a Vyailovitch.
00:30:15— Sans oublier 14-18 parce que notre fusion, elle s'est faite beaucoup pendant la guerre de 14-18.
00:30:24Et on a beaucoup, beaucoup, beaucoup de souvenirs communs de combat.
00:30:30Quand je parle de mon grand-oncle Jacques Seguin, tué au combat avec ses frères serbes, ses frères d'armes
00:30:37serbes,
00:30:38contre les positions germano-bulgares. Germano-bulgares.
00:30:41— Il faut rappeler tout ça parce que ça, c'est l'histoire.
00:30:44Donc l'Allemand est présent dans la région depuis très longtemps et c'est l'ennemi historique des Serbes.
00:30:49Et encore aujourd'hui, car l'Allemagne persécute aujourd'hui la Serbie
00:30:54et persécute la République serbe de Bosnie de manière absolument honteuse.
00:31:02Et c'est actuel.
00:31:03— Elle se revanche contre les Serbes qui ont toujours été...
00:31:05— Avec, bien entendu, Mme von der Leyen à Bruxelles qui se charge de donner la petite touche européenne à
00:31:11tout ça.
00:31:11— Là, donc le droit, la France et l'Allemagne ont des intérêts exactement contradictoires.
00:31:15— Exactement contraires.
00:31:16— Notre intérêt, nous, c'est de faire la liaison avec le monde orthodoxe.
00:31:20C'est pour ça que la Yougoslavie et la Serbie et le Kosovo, cœur de la Serbie, c'est un
00:31:25nœud...
00:31:25— Bien sûr.
00:31:26— ...qu'a voulu contre les États-Unis.
00:31:28Ça finit par une immense base américaine qui est certainement la plus grande de toute l'Europe actuellement.
00:31:32C'était le but de guerre états-unien, c'est de couper ce lien entre les...
00:31:38Géographiquement, entre le monde latin et le monde orthodoxe.
00:31:40— Oui, oui, oui.
00:31:41— Alors, comment arrivez-vous d'abord en détachement de reconnaissance au Kosovo ?
00:31:48Parce que je pense que tout le monde connaît cette affaire. Inutile de rappeler.
00:31:53— Non, mais j'ai décrit ça.
00:31:55— C'est une province de la Serbie qui est envahie par les Albanais musulmans...
00:32:00— Depuis les années... Depuis la Deuxième Guerre mondiale, en fait.
00:32:03— Depuis les 15 années 40.
00:32:05— Et avec un facteur démographique que Vladimir Volkoff avait mis en lumière avec beaucoup de brio,
00:32:12il parlait du... en disant la disproportion démographique s'est faite très rapidement entre des familles orthodoxes au moyen comté,
00:32:24qui avaient été des familles nombreuses autrefois, mais qui étaient pauvres.
00:32:28et donc où on avait deux ou trois enfants, et des familles albanaises musulmanes où un homme avait trois femmes
00:32:37et six, sept enfants par femme.
00:32:41En trois générations, c'est réglé. C'est réglé. C'est ce qui est en train de nous arriver aujourd
00:32:46'hui, à nous, ici en France.
00:32:47— Ils ont été submergés comme nous le sommes. — Voilà. Les Serbes ont été submergés au Kosovo par cette
00:32:54poussée démographique albanaise.
00:33:00Et donc Milosevic... — Président serbe. — Président serbe.
00:33:07— Et de la Yougoslavie. — Et de la Yougoslavie.
00:33:08— Et de la Yougoslavie. Mais Serbe est président de la République fédérale de la Yougoslavie.
00:33:13Réduite petit à petit à sa presque simple expression, parce que c'était la Serbie Monténégro à la fin,
00:33:19et avant que le Monténégro ne s'en sépare et rejoigne l'OTAN, parce que c'est aussi... c'est
00:33:24un plan, tout ça, qui est bien organisé.
00:33:26— Contre la Serbie.
00:33:27— Et la France. — Alors que les Monténégrins sont serbes, bien sûr.
00:33:33Et finalement, cette situation, elle a évidemment amené Milosevic à prendre des mesures contre la guérilla albanaise
00:33:45qui surgit au début des années 90, qui atteint son apogée en 95-96.
00:33:51À l'époque, les États-Unis mettent l'UCCA sur la liste des organisations terroristes.
00:33:58vont l'en retirer un petit peu plus tard, parce que Madeleine Albright, toujours elle, s'occupe de son protégé,
00:34:04de son chouchou...
00:34:05— Qui est le secrétaire d'État de Clinton. — De Clinton, oui.
00:34:09— Donc ministre des Affaires étrangères des États-Unis, de Clinton, se prend Hashim Tachi,
00:34:16le criminel de guerre avéré qui est aujourd'hui sous les verrous et...
00:34:19— Et qui, à l'époque, était chef de l'UCCA. — Qui, à l'époque, était le chef de
00:34:23l'UCCA.
00:34:25Devenue alliée et proxy des États-Unis, après avoir été sur la liste des organisations terroristes...
00:34:32— Pour virer les derniers serbes.
00:34:33— Pour virer les derniers serbes. Et c'est le summum de l'organisation entre la mafia, le terrorisme et
00:34:41la politique états-unienne.
00:34:43— C'est un peu comme l'Ukraine, parce que le Kosovo, c'était un perso...
00:34:45— Ah, mais c'est, à mon avis, c'est la répétition... — Les serbes comme l'Ukraine était le
00:34:49berceau de la Russie.
00:34:49— Oui. C'est la répétition en petit de l'Ukraine, de ce qui va venir en Ukraine à partir
00:34:54de 2014, et non pas 2022,
00:34:56comme les gens le disent bêtement, parce que les affaires en Ukraine ont commencé en...
00:35:00même avant 2014, mais surtout en 2014. Et donc voilà. Et donc...
00:35:06Et la France, là-dedans, alors, pour cette fois, se range, rêve de rentrer dans l'OTAN.
00:35:12On a reçu notre premier bon point, en quelque sorte, avec l'Extraction Force commandée par le général Valentin en
00:35:23Macédoine
00:35:24dès 1998. Extraction Force pour la KVM, la Kosovo Verification Mission, qui est en fait truffée d'agents étrangers,
00:35:38américains, allemands, britanniques, dont on va laisser la moitié au Kosovo pour conseiller du CECA
00:35:44quand on va retirer officiellement la KVM. Ceci en début d'année, en tout début d'année 1999.
00:35:50Je suis sur place. Et j'ai la mission de protéger le repli de la KVM. Et je peux vous
00:35:58dire que je tombe dénu en voyant tout ça.
00:36:01Je me dis, mais on est en pleine instrumentalisation. Et la France est complètement inféodée à des alliés qui ne
00:36:11nous ont jamais aimés.
00:36:12Vous passez sur un épisode. On passe sur beaucoup d'épisodes. C'est la dislocation de la Yougoslavie. On ne
00:36:17peut pas revenir là-dessus.
00:36:18Vous l'avez mentionné dans l'Europe. C'est morte à Pristina. Mais c'est marqué à la fin par
00:36:25le bombardement de Belgrade en mars 1999,
00:36:28qui fait perdre pied à la Serbie, à Milosevic, qui sera ensuite traîné dans un tribunal à la condition affreuse.
00:36:38Et dont le seul tort est d'avoir essayé de garder le Kosovo, c'est-à-dire de refouler du
00:36:44CECA.
00:36:44Oui, de garder intègre les frontières de son pays et l'intégralité territoriale et la souveraineté de son pays. C
00:36:53'est ça son tort, en fait.
00:36:54Et la France a participé au bombardement de Belgrade qui a duré 2-3 semaines.
00:36:58Le bombardement de Belgrade et de toute la Serbie. On a détruit des infrastructures en nombre et on n'a
00:37:03pas contribué à permettre le relèvement de ce pays aujourd'hui,
00:37:07qui se relève difficilement maintenant, près de 30 ans après. Mais il faut rappeler aussi les négociations de Rambouillet,
00:37:16qui sont des pseudo-négociations, qui sont faites pour échouer, comme les négociations d'Oman aujourd'hui entre l'Iran
00:37:23et les États-Unis,
00:37:24parce que le scénario est toujours le même. Et ces négociations de Rambouillet sont faites pour échouer,
00:37:29et elles vont bien sûr échouer sous un prétexte fallacieux, qui est le pseudo-massacre de Ratchak,
00:37:37village du nord du Kosovo, où on va découvrir des corps réhabillés en civil de Kosovars, albanais,
00:37:46qui en fait ne sont pas de gentils paysans, mais sont des combattants de l'UCEK qui ont été tués
00:37:54en combat régulier.
00:37:55Si je puis dire, et dont on va faire un montage un peu à la méthode de Timi Shohara, quelques
00:37:59années avant, etc.,
00:38:01on est redoutable pour ça.
00:38:02Et ça, ce sera...
00:38:04Je ne sais pas si tout le monde s'en souvient.
00:38:05Ça consiste à extraire des corps, et à les aligner, et en disant, voilà, il y a un génocide, un
00:38:11massacre, etc.
00:38:12Exactement, exactement.
00:38:13C'est une opération médiatique qui marche toujours.
00:38:15Plus c'est gros, plus ça marche, en fait.
00:38:16Plus c'est gros, plus ça marche.
00:38:17Mais les gens sont convaincus que ce qu'ils voient, enfin, ce qu'on leur montre, est la vérité.
00:38:21Vous voyez, c'était à la télévision, donc c'est vrai.
00:38:23C'est terrible.
00:38:24C'est terrible, mais c'est comme ça.
00:38:25Et donc ça, c'est vraiment toute l'histoire de cette affaire, enfin, de cette affaire du Kosovo,
00:38:31qui va être arrachée par la force à la Serbie,
00:38:33qui en 2008 va devenir soi-disant indépendant,
00:38:37alors qu'il est sous perfusion de l'Union européenne,
00:38:40où les anciens chefs britanniques et américains,
00:38:44le général Wesley Clark, Madeleine Albright, le général Sir Michael Jackson, etc.,
00:38:50vont faire de juteuses affaires, quand même, à titre personnel et civil, des années après,
00:38:58parce qu'ils ont eu les meilleurs contacts avec Achim Tatchi et toutes ces demandes.
00:39:02– Et ils les ont défendus.
00:39:03– Ils les ont défendus.
00:39:03– Ils les ont défendus.
00:39:05Et d'ailleurs, Achim Tatchi va, à ce moment-là, faire la tournée des capitales européennes
00:39:09pour distribuer ces décorations kosovars,
00:39:12à Alain Juppé, à Bernard Kouchner, à Bernard-Henri Lévy,
00:39:17– Alors, ce sont des envahisseurs musulmans.
00:39:19– À Nicolas Sarkozy, etc., etc., oui, bien sûr.
00:39:24– Et comment on peut jouer à contre soi-même ?
00:39:27– Alors, aujourd'hui, plus personne n'en parle,
00:39:29parce qu'on n'a plus envie d'être ami d'Achim Tatchi,
00:39:31qui est en prison et qui va se ramasser, je l'espère,
00:39:34un paquet d'années de prison pour ses crimes de guerre
00:39:36et ses crimes contre l'humanité.
00:39:38Tous ces gens-là ont oublié qu'ils ont été décorés à Paris ou à Pristina.
00:39:46– Pristina étant la capitale, il faut dire, du...
00:39:48– De la province du Kosovo, de la soi-disant république de Kosovo.
00:39:52– Pas reconnue par tout le monde, d'ailleurs.
00:39:53– Non reconnue par de plus en plus de pays, d'ailleurs, qui retirent leur reconnaissance.
00:39:59– L'Espagne n'a jamais reconnue pas.
00:40:01– Non, l'Espagne n'a jamais reconnue.
00:40:02– Le Vatican non plus.
00:40:02– Non plus, la Slovaquie non plus, le Vatican non plus.
00:40:07– Toujours les mêmes, la Hongrie.
00:40:08– La Hongrie, c'est une bonne question, je ne voudrais pas dire bêtise.
00:40:14– Je ne crois pas, je crois que la Hongrie n'a pas reconnue le Kosovo.
00:40:15– Oui, je pense aussi.
00:40:17– Et alors, mon cher Jacques, il y a une question qui se pose,
00:40:23et que vous avez posée à votre père, vous le saviez tout ça,
00:40:26mais vous rejoignez quand même, vous acceptez cette mission,
00:40:30et vous allez quand même au Kosovo.
00:40:34Et là, vous arrivez, en ne comprenant pas tout de suite,
00:40:37si je comprends bien, qu'on vous fait jouer un rôle très...
00:40:40– Si, si, je comprends.
00:40:42Je vais vous dire, je comprends assez vite.
00:40:43En réalité, mon rôle n'est pas facile.
00:40:47Quand j'arrive au Kosovo, je suis d'abord chargé de négocier
00:40:50les conditions d'entrée au Kosovo de la brigade française,
00:40:53commandée par mon cousin Bruno Cluch.
00:40:56Et je me retrouve face à des officiers...
00:40:58– Un autre général de votre parentèle.
00:41:00– Voilà.
00:41:00Et je me retrouve face à des officiers serbes,
00:41:05qui me regardent avec un air plutôt froid et hostile,
00:41:10et je suis chargé de négocier avec eux les conditions d'entrée
00:41:13des troupes françaises, d'abord de mon groupement,
00:41:15parce que je vais rentrer avec une quinzaine de jours d'avance
00:41:21en Serbie, dans cette province du Kosovo.
00:41:25Et donc, je vois bien qu'ils sont fermés.
00:41:28Et on est dans un brouhaha gigantesque,
00:41:30parce qu'il y a les Allemands, les Anglais,
00:41:32les Espagnols, les Italiens,
00:41:34dans une auberge sur la frontière,
00:41:36le poste qui s'appelle Général Djankovic,
00:41:40le poste sud frontière de la Serbie,
00:41:43Kosovo et de la Macédoine.
00:41:46Et je leur dis, écoutez, il y a un brouhaha,
00:41:48on ne savait même pas où se poser,
00:41:50poser des cartes calmement et discuter entre nous.
00:41:53Je vous propose de nous retrouver au calme, ailleurs,
00:41:57d'ici une heure ou deux, en fonction de...
00:42:00Ah ben, c'est très bien, me disent-ils.
00:42:04Alors, on pourrait se retrouver à tel point sur la carte
00:42:08dans deux heures ou dans une heure, je ne sais plus.
00:42:11Et je leur dis, ben, il n'y a pas de problème,
00:42:12et on fait ça.
00:42:13Donc, je récupère un hélico,
00:42:16et à l'ordite, j'arrive sur cette position,
00:42:20tenue par l'armée serbe,
00:42:21position sur une hauteur,
00:42:24parce que c'est vraiment un château fort, le Kosovo,
00:42:26par rapport à la plaine de Macédoine derrière.
00:42:28Oui, c'est la montagne.
00:42:29C'est la montagne.
00:42:30Et je vois une position extrêmement bien tenue militairement,
00:42:34avec un dispositif bien armé et impeccablement tenu.
00:42:39Et je me pose, et je me pose en me disant,
00:42:41c'est toujours des moments un peu intenses,
00:42:44parce qu'on se dit, qu'est-ce qui va se passer ?
00:42:45Est-ce qu'il ne va pas y avoir une rafale qui part
00:42:47de manière un peu intempestive ?
00:42:50Et non, tout se passe bien, et je me pose.
00:42:51Et là, je suis accueilli par les mêmes officiers que j'avais quittés deux heures avant,
00:42:58qui avaient fait la route tout simplement en véhicule.
00:43:02Et là, ils ont récupéré un officier, un major, un commandant,
00:43:09un grand type, parlant français, pour faciliter les discussions.
00:43:14Moi, j'ai moi-même un interprète.
00:43:15Et quelle nationalité ?
00:43:16Serbe, un major serbe de l'armée serbe,
00:43:19mais parlant français parfaitement, pour faciliter les contacts.
00:43:22Et moi, j'ai aussi un interprète,
00:43:25qui est un caporal-chef du commando-parachutiste numéro 10 de l'armée de l'air,
00:43:31qui est d'origine croate,
00:43:33mais qui parle serbe parfaitement,
00:43:35et qui est mon interprète.
00:43:38Et là, ce commandant, on dit en français,
00:43:40« Bienvenue sur la terre serbe du Kosovo et Metoshi. »
00:43:45Et je lui réponds,
00:43:47« Je n'en doute pas une minute, quelque chose comme ça. »
00:43:53Ça dégèle.
00:43:54Et il me regarde,
00:43:56et je dis, je voudrais vous dire,
00:43:58avant de commencer notre réunion technique,
00:44:01parce qu'on va se pencher sur les cartes,
00:44:02on va discuter des timings, des horaires, etc.
00:44:05Je voudrais vous dire que je ne viens pas en ennemi.
00:44:08Je viens ici en soldat,
00:44:10qui est chargé par son pays,
00:44:13d'exécuter une mission.
00:44:14Je ne vous dirai pas si elle me plaît ou elle ne me plaît pas.
00:44:17Mais je me souviens parfaitement,
00:44:20et on s'en souvient dans ma famille,
00:44:22que j'ai un grand-oncle,
00:44:24dont le corps n'a jamais été retrouvé,
00:44:26qui s'est transformé en poussière
00:44:28dans ses collines,
00:44:30en 1916.
00:44:31Et ça traduit l'amitié franco-serbe
00:44:35qu'on a toujours maintenue
00:44:36dans ma famille jusqu'à présent.
00:44:38Il faut citer ici le nom du général
00:44:40Franché-des-Prés,
00:44:41qui a été adulé en serbe.
00:44:44Franché-des-Prés,
00:44:46l'amiral Geprat,
00:44:47je veux dire,
00:44:48il y a des avenues de Belbrade
00:44:50qui portent tous ces noms-là,
00:44:52avenues de l'armée d'Orient, etc.
00:44:54Franché-des-Prés,
00:44:55général Tranié,
00:44:57général Sarai,
00:44:58même qui n'étaient pas forcément
00:44:59de la même qualité
00:45:02que Franché-des-Prés,
00:45:03mais ils ont gardé tout ça.
00:45:05Et là, je vois ces officiers
00:45:09me regarder,
00:45:11se détendre,
00:45:12se concerter entre eux.
00:45:15Mon interprète
00:45:16n'ose pas trop me traduire
00:45:17au mot à mot,
00:45:18ce qu'il se dit à la face de moi.
00:45:19Mais l'ambiance se détend.
00:45:21Et on y va,
00:45:23on se retrouve dans une salle
00:45:24avec des tables
00:45:25pour étaler nos cartes,
00:45:27etc.
00:45:29Et je conviens
00:45:30de l'entrée
00:45:33de mon dispositif,
00:45:34des moyens aériens,
00:45:35des moyens routiers,
00:45:37et de la brigade française
00:45:39qui est derrière,
00:45:39parce qu'il y a une brigade française
00:45:42du secteur.
00:45:43Le but,
00:45:44je répète toujours,
00:45:45j'espère qu'on nous comprend bien,
00:45:46c'est de protéger
00:45:47les Serbes
00:45:48que les fameux Albanais
00:45:50veulent massacrer.
00:45:51Alors, pas du tout.
00:45:52Pas du tout.
00:45:52Le but,
00:45:53c'est de protéger
00:45:54les pauvres Albanais
00:45:55que les méchants Serbes
00:45:58martyrisent depuis
00:45:59quelques mois,
00:46:00pour ne pas dire
00:46:01quelques années.
00:46:02Non, mais votre but.
00:46:03Ah, mais mon but à moi,
00:46:05c'est
00:46:07de me débrouiller
00:46:08avec tout ça.
00:46:10C'est-à-dire,
00:46:11évidemment...
00:46:11Mais vous en arrivez
00:46:12à protéger des Albanais.
00:46:14À protéger des Serbes.
00:46:16En fait,
00:46:17dans un premier temps,
00:46:18je suis déployé
00:46:19dans le sud du Kosovo,
00:46:20autour de Gnilane,
00:46:22où on intervient
00:46:23sur plusieurs exactions
00:46:25commises par l'UCK,
00:46:27par les Albanais
00:46:28qui redressent la tête,
00:46:29puisqu'ils voient arriver
00:46:30les troupes de l'OTAN
00:46:31et qui savent que l'OTAN
00:46:32est leur allié
00:46:34face aux méchants Serbes.
00:46:35Et donc,
00:46:36il y a quelques incidents déjà,
00:46:38quelques échauffourés.
00:46:41Bon,
00:46:42et probablement,
00:46:43dans la tête des gens du CK,
00:46:45ils commencent à se dire
00:46:45les Français ne sont pas
00:46:46comme les Allemands.
00:46:49Mais bon,
00:46:49et on me donne
00:46:50mon secteur de responsabilité,
00:46:52qui est le secteur
00:46:53toujours aujourd'hui
00:46:54de la France,
00:46:54enfin,
00:46:54qui était toujours
00:46:55celui de la France
00:46:56jusqu'à maintenant,
00:46:57qui est la pointe nord
00:46:59du Kosovo,
00:46:59si vous voulez,
00:47:02qui part de la rivière Ibar,
00:47:04de la ville de Kosovska,
00:47:05Mitrovica,
00:47:06et qui monte jusqu'à
00:47:08la pointe extrême
00:47:11qui permet de rentrer
00:47:12en service central.
00:47:13Mais vous vous mettez
00:47:14à protéger,
00:47:15par exemple,
00:47:17un monastère,
00:47:17une supérieure
00:47:19vient de vous voir.
00:47:19Oui,
00:47:20à peine arrivé
00:47:20à Kosovska-Mitrovica,
00:47:22qui va être
00:47:22le chef-lieu,
00:47:23si je puis dire,
00:47:24du secteur français,
00:47:27on s'installe,
00:47:29on jette un dispositif,
00:47:30mais moi,
00:47:30je commande un groupement
00:47:31qui fait de force spéciale,
00:47:33qui fait 150 hommes,
00:47:34qui sont divisés
00:47:35en équipes de 6,
00:47:36qui sont déjà
00:47:37au travail sur le terrain
00:47:37pour faire des repérages
00:47:39du renseignement,
00:47:40etc.
00:47:41Et je vois arriver
00:47:42une religieuse serbe,
00:47:46une petite dame
00:47:50en tenue religieuse
00:47:55très dynamique,
00:47:56très volumile,
00:47:58et qui me dit
00:47:59je reviens de Proustina
00:48:00où j'ai rencontré
00:48:00les officiers
00:48:01de l'état-major américain,
00:48:03de l'état-major britannique,
00:48:04du général Jackson,
00:48:05j'ai été conduite,
00:48:08je voulais leur signaler
00:48:11que nous sommes
00:48:12sans nouvelles
00:48:12depuis 3 jours
00:48:14dans nos monastères
00:48:15qui est le monastère
00:48:15de Devitch,
00:48:16en pleine Drenitsa,
00:48:17Drenitsa,
00:48:17c'est le fief historique
00:48:18de l'UCK,
00:48:21et nous sommes très inquiets
00:48:22parce qu'il n'y a plus
00:48:23de liaison téléphonique,
00:48:24il n'y a plus moyen
00:48:25d'y aller,
00:48:26on est,
00:48:27et je pense que
00:48:28le pire est arrivé.
00:48:30Alors elle me dit
00:48:30je viens de voir
00:48:31un drapeau français,
00:48:33ce drapeau français
00:48:34c'était un drapeau
00:48:35que j'avais emprunté
00:48:36à la mairie de Taverny
00:48:38en quittant le,
00:48:40parce qu'on avait oublié,
00:48:41il n'y a pas de drapeau français
00:48:42dans la rue française,
00:48:42il nous faut un drapeau français
00:48:44quand même
00:48:44pour pouvoir matérialiser
00:48:46notre présence.
00:48:47Et donc j'avais emmené
00:48:48ce drapeau
00:48:50que j'ai remercié
00:48:51après le maire de Taverny
00:48:52d'avoir fait un prêt
00:48:55involontaire
00:48:57sur le moment
00:48:58et on avait mis ce drapeau
00:48:59dans le bâtiment
00:49:00que l'armée yougoslave
00:49:02nous avait dit
00:49:03d'occuper
00:49:04qui m'allait bien
00:49:05parce qu'il était
00:49:06au sud de Libar
00:49:07en zone albanaise
00:49:08mais tout près
00:49:09de la cathédrale orthodoxe
00:49:11qui était
00:49:11en zone albanaise
00:49:13et tout près des ponts
00:49:15sur Libar
00:49:16qui passaient
00:49:17en zone serbe
00:49:18de la ville.
00:49:19Donc j'étais vraiment
00:49:20à la poignée des avantages
00:49:21et c'était pratique.
00:49:22Et on avait trouvé
00:49:24c'était un ancien foyer militaire
00:49:26qui correspondait
00:49:27parfaitement
00:49:27à ce qu'on était
00:49:29comme effectif
00:49:29avec la possibilité
00:49:31de monter nos antennes
00:49:32et d'avoir nos véhicules.
00:49:35– Mais enfin vous arrivez quand même
00:49:35à aller chercher
00:49:36excuse-moi
00:49:37je coupe un peu
00:49:38à travers champ
00:49:38si on peut dire.
00:49:39– Non, non mais bien sûr.
00:49:39– Vous allez quand même
00:49:40dans ce monastère
00:49:42alors que vous n'étiez pas fait pour ça.
00:49:44– Non, non, non.
00:49:44– Vous renversez votre fonction.
00:49:46– Non, pas du tout.
00:49:47– Et là vous découvrez
00:49:48que les bonnes sœurs orthodoxes
00:49:50ont été malmenées.
00:49:51– Très malmenées.
00:49:53Ce monastère a été victime
00:49:55d'exactions
00:50:00vraiment répugnantes.
00:50:02Et donc si vous voulez
00:50:02moi j'ai avec moi
00:50:04des gens qui ne sont pas
00:50:06des par contre
00:50:06d'habitués
00:50:08de sacristie
00:50:09ou de
00:50:09c'est des commandos marines
00:50:11du commando Hubert
00:50:12c'est des commandos
00:50:12du premier régiment
00:50:13parachutiste
00:50:14d'infanterie marine
00:50:15c'est des vrais soldats.
00:50:16Enfin bon
00:50:17et ce qu'ils vont voir
00:50:19sur le terrain
00:50:20va les bouleverser
00:50:22et les faire basculer
00:50:23dans une position
00:50:24anti
00:50:25– Autant.
00:50:26– Autant.
00:50:28Albanaises,
00:50:28UCK
00:50:29ils sont révoltés
00:50:30parce qu'ils vont sur le terrain
00:50:31et ils se disent
00:50:31mais en fait
00:50:32on est venu aider les méchants
00:50:33contre les gentils quoi.
00:50:35Inversion totale
00:50:38du scénario.
00:50:39Et donc
00:50:40c'est ce qui va
00:50:41faire
00:50:43le quotidien
00:50:44de notre action
00:50:46pendant
00:50:46les 15 jours
00:50:47ou 3 semaines
00:50:48où on reste sur place.
00:50:49– La mission est courte.
00:50:50– La mission est très courte
00:50:51parce que
00:50:51d'évoluer aux forces spéciales
00:50:52donc c'est toujours très court.
00:50:53Je vois arriver moi
00:50:54la brigade commandée
00:50:55par mon cousin
00:50:57je lui transmets
00:50:59tout ce que j'ai pu
00:51:00aventurier sur le terrain
00:51:01y compris
00:51:02les mauvais contacts
00:51:03que j'ai établis
00:51:04avec la rébellion
00:51:05albanaise
00:51:06parce que
00:51:07premier incident
00:51:08de ce monastère
00:51:09de Dévitch
00:51:10qui fait
00:51:11quelques morts
00:51:12et quelques blessés
00:51:13chez
00:51:14les Albanais
00:51:15de l'UCEK
00:51:16compte rendu immédiat
00:51:17au général
00:51:18Kelsch
00:51:18à Paris
00:51:19qui est mon
00:51:19chef d'état-major
00:51:20des armées
00:51:21qui me dit
00:51:22ben regarde
00:51:23vous ne vous faites pas
00:51:23avec le dos
00:51:24de la cuillère
00:51:25– Ah mais enfin
00:51:25il ne vous désavoue pas.
00:51:26– Non il ne me désavoue pas
00:51:27c'était quelqu'un de très bien
00:51:28le général Kelsch
00:51:29un officier
00:51:30je lui ai dit
00:51:31mon général
00:51:31j'ai agi en conscience
00:51:33j'ai agi en conscience
00:51:35c'est ce que j'ai appris
00:51:36tout petit chez moi
00:51:37et dans les écoles militaires
00:51:39il n'y a rien d'héroïque
00:51:41dans tout ça
00:51:41j'ai fait mon devoir
00:51:45et donc voilà
00:51:46et ce qui fait que
00:51:50un certain nombre d'incidents
00:51:52du même type
00:51:53suivent
00:51:53dans les jours
00:51:54qui pratiquement
00:51:55il n'y en avait un
00:51:55tous les jours
00:51:56et au bout d'un moment
00:51:57je me dis
00:51:58c'est fichu
00:52:00je ne vais pas changer
00:52:01le cours de l'histoire
00:52:02j'ai fait ce que je pouvais
00:52:03pour limiter les dégâts
00:52:06mais il faut qu'on s'en aille
00:52:08parce que je vais avoir
00:52:08des problèmes
00:52:09même avec mes gars
00:52:10que je ne vais pas arriver
00:52:11à pouvoir tenir
00:52:13éternellement
00:52:13face à tout ça
00:52:14ils étaient
00:52:16dans un état d'esprit
00:52:18extrêmement
00:52:20voilà
00:52:21alors j'ai
00:52:22j'ai dit
00:52:24à l'état-major
00:52:26à Paris
00:52:26et puis à mon cousin
00:52:27j'ai dit
00:52:27il faut vous déployer
00:52:29rapidement dans la zone
00:52:30avec vos unités
00:52:31conventionnelles
00:52:32et qu'ils peuvent tenir
00:52:33etc
00:52:33j'ai passé en compte
00:52:35quand même la protection
00:52:37des monastères
00:52:38et en particulier
00:52:39ce monastère de Dévitch
00:52:40où je m'étais
00:52:41je m'étais impliqué
00:52:43tout de suite
00:52:44vous recevrez plus tard
00:52:45des hommages d'ailleurs
00:52:46oui
00:52:46mais plus tard
00:52:47ça me vaudra
00:52:48une reconnaissance
00:52:50très touchante
00:52:51de l'église
00:52:52orthodoxe serbe
00:52:53qui a demandé pour moi
00:52:54la décoration
00:52:56suprême des serbes
00:52:57qui est l'ordre de Saint-Savar
00:52:58et puis je les collectionne depuis
00:53:00parce qu'il y a toujours
00:53:01des occasions
00:53:02de me rajouter
00:53:03des gentilles
00:53:04l'épuration ethnique
00:53:05se poursuit
00:53:06hélas
00:53:08il n'y a plus que
00:53:09quelques dizaines de milliers
00:53:10de serbes
00:53:11de Kosovo
00:53:12qui vivent dans des conditions
00:53:13un peu rentables
00:53:14qui vivent un enfer
00:53:15qui vivent un enfer
00:53:16personne ne veut rien
00:53:16plus ou moins protégés
00:53:17plus ou moins protégés
00:53:18par ceux qui restent
00:53:20de la CAFOR
00:53:20de la CAFOR
00:53:21oui
00:53:22mais c'est vrai que c'est
00:53:23c'est un vrai problème
00:53:25comme quoi l'ONU
00:53:25sera quelque chose quand même
00:53:26au moins protéger
00:53:28les monastères
00:53:29alors c'est pas l'ONU
00:53:30parce que c'est
00:53:31c'est un
00:53:32c'est la CAFOR
00:53:33elle est otanienne
00:53:35et l'OTAN a évolué
00:53:37il n'y a pas un mandat
00:53:37de l'ONU
00:53:38alors il y a un mandat
00:53:40de l'ONU
00:53:40il y a une résolution
00:53:41de l'ONU
00:53:42qui n'est pas respectée
00:53:43qui est violée
00:53:43tous les jours
00:53:44ne serait-ce que par la CAFOR
00:53:46cette résolution
00:53:47de l'ONU
00:53:47c'est la résolution
00:53:481244
00:53:49qui dit que le Kosovo
00:53:50est éternellement
00:53:52serbe
00:53:54et voilà
00:53:55elle figure d'ailleurs
00:53:56en annexe
00:53:56oui je l'ai mise exprès
00:53:58parce que
00:53:59elle stipule très bien
00:54:00la situation
00:54:01qui est celle de 99
00:54:02où on dit
00:54:03la communauté internationale
00:54:04va intervenir au Kosovo
00:54:06pour rétablir la paix
00:54:08rétablir le calme
00:54:08rétablir la stabilité
00:54:09etc
00:54:10ça durera ce que ça durera
00:54:11mais
00:54:12la vocation du Kosovo
00:54:14est de rester
00:54:14une province serbe
00:54:15alors il faut dire que
00:54:17d'abord la république serbe
00:54:20continue à revendiquer
00:54:22évidemment
00:54:22le Kosovo
00:54:23oui
00:54:24elle n'est pas du tout
00:54:26alignée sur l'OTAN
00:54:27non
00:54:27le peuple serbe
00:54:28continue à résister
00:54:29les serbes
00:54:30l'OTAN
00:54:31il ne faut pas leur en parler
00:54:32si vous voulez
00:54:32l'OTAN les a bombardés
00:54:34a tué
00:54:35a tué des enfants
00:54:36les a bombardés
00:54:37à l'uranium appauvri
00:54:38nous avons fait beaucoup de goût
00:54:39c'est quand même dingue
00:54:40que la France participe
00:54:42au bombardement
00:54:43d'une capitale européenne
00:54:44sur ordre américain
00:54:45bien sûr
00:54:46et bon malgré
00:54:47je vais vous dire quelque chose
00:54:47de plus encore
00:54:48c'est que
00:54:49c'est complètement dingue
00:54:50et ce qui est complètement dingue
00:54:51c'est que les serbes
00:54:52n'en veulent même pas à la France
00:54:54oui
00:54:54parce qu'ils continuent
00:54:56pour leur grande majorité
00:54:59à nous donner leur affection
00:55:00et leur confiance
00:55:01il y a eu des gens comme vous
00:55:02qui ont montré
00:55:02qu'il y avait encore une autre France
00:55:04j'espère
00:55:05j'espère
00:55:05j'espère
00:55:06parce que si
00:55:07si ça a servi à ça
00:55:08à maintenir un lien
00:55:10d'amitié
00:55:10et de confiance
00:55:11avec les serbes
00:55:12j'en suis
00:55:12j'en suis honoré
00:55:13et quand vous rentrez
00:55:14fin juin 99
00:55:18sur une idée de Védrine
00:55:19parait-il
00:55:21arrive un administrateur général
00:55:23oui
00:55:25du Kosovo
00:55:26alors sous mandat de l'ONU
00:55:28cette fois-ci
00:55:28oui
00:55:29et de l'UE
00:55:30et de l'UE
00:55:32qui est Bernard Kouchner
00:55:33oui
00:55:34qui se comporte
00:55:36et bien qui prend partie
00:55:37qui prend partie
00:55:38comme il l'a toujours fait
00:55:39pour les Kosovars
00:55:40pour les musulmans
00:55:41contre les orthodoxes
00:55:43contre les serbes
00:55:44c'est évident
00:55:45et qui couvre
00:55:46beaucoup de choses
00:55:47terribles
00:55:47d'ailleurs
00:55:48oui
00:55:48je pense que
00:55:49je l'ai dit ailleurs
00:55:50mais je le redis aujourd'hui
00:55:51je pense qu'il a vraiment couvert
00:55:53le trafic
00:55:54le trafic d'organes
00:55:56des enlèvements
00:55:57parce qu'il y a eu
00:55:58beaucoup d'enlèvements
00:55:59et moi j'ai
00:56:00j'ai eu à dire
00:56:02de serbes
00:56:02il faut dire
00:56:02oui
00:56:03de serbes
00:56:04de roms aussi
00:56:05et de gorani
00:56:07ces serbes
00:56:08convertis à l'islam
00:56:09mais qui sont serbes
00:56:09et qui tiennent à leur servitude
00:56:11si je puis dire
00:56:12pour employer un mot
00:56:13à la mode
00:56:14chez Ségolène
00:56:15et quelques autres
00:56:18moi j'ai été
00:56:19alerté en fonction
00:56:20là-bas
00:56:21d'un certain nombre
00:56:21d'enlèvements
00:56:22et en particulier
00:56:23d'enlèvements
00:56:23de jeunes gens
00:56:24entre 15
00:56:26et 40 ans
00:56:28si vous voulez
00:56:30dont on ne savait pas
00:56:31ce qu'ils devenaient
00:56:31et il y a eu
00:56:32des rumeurs
00:56:33quand j'étais encore là-bas
00:56:35selon lesquelles
00:56:36ils étaient
00:56:37enlevés
00:56:38ramenés
00:56:40prisonniers
00:56:40et cette fameuse maison jaune
00:56:42alors la fameuse maison jaune
00:56:43elle est en Albanie
00:56:44mais il y a eu
00:56:48j'étais présent sur place
00:56:50la remontée d'informations
00:56:51selon laquelle
00:56:52il y avait une maison
00:56:54en zone albanaise
00:56:56de Mitrovica
00:56:57de la ville
00:56:57pas très loin
00:56:58de notre PC
00:56:59où étaient stockés
00:57:00un certain nombre
00:57:01de ces prisonniers
00:57:02donc j'ai monté
00:57:03tout de suite
00:57:04une opération
00:57:05cette opération
00:57:06a été éventée
00:57:07et quand nous sommes arrivés
00:57:10éventés
00:57:12à cause d'un
00:57:13français
00:57:14oui
00:57:14à cause d'un français
00:57:15et quand nous sommes arrivés
00:57:18nous sommes tombés
00:57:19sur cette maison
00:57:19qui appartenait
00:57:20à celui
00:57:21qui est devenu
00:57:21le maire
00:57:22albanais
00:57:23de Mitrovica
00:57:25lors de l'indépendance
00:57:28c'est pour vous dire
00:57:30et cette maison
00:57:33le sous-sol
00:57:34était une prison
00:57:35c'était évident
00:57:36il y avait
00:57:36elle venait d'être évacuée
00:57:38mais c'est pire
00:57:39allons-y
00:57:39dites le fin fond
00:57:41de l'affaire
00:57:41mais
00:57:42c'est qu'on soupçonne
00:57:44que ces serbes
00:57:47aient été gardés prisonniers
00:57:49et exécutés
00:57:50à mesure
00:57:51que se présentaient
00:57:53des acheteurs
00:57:55d'organes
00:57:57transportés
00:57:58dans cette fameuse
00:58:00maison jaune
00:58:01en Albanie
00:58:02parce que l'Albanie
00:58:04est voisine
00:58:04et opérés
00:58:07à ce moment-là
00:58:08par des médecins
00:58:09des chirurgiens
00:58:10albanais
00:58:12et il y en a un
00:58:13qui est repenti
00:58:14d'ailleurs
00:58:14un est repenti
00:58:15et a parlé
00:58:16a écrit un livre
00:58:17etc.
00:58:18et il est protégé
00:58:18actuellement
00:58:19il est protégé
00:58:20il vit à Belgrade
00:58:21il est sous anonymat
00:58:23et protégé
00:58:23par la police serbe
00:58:25vous savez
00:58:25l'affaire
00:58:26l'affaire
00:58:27Epstein
00:58:28c'est une affaire mafia
00:58:29c'est une affaire comme ça
00:58:30c'est une mafia parmi d'autres
00:58:30oui mais avec
00:58:32probablement
00:58:33l'organisation
00:58:34d'un service
00:58:36étranger
00:58:36bien
00:58:37bien organisé
00:58:38derrière
00:58:38qui permet
00:58:40après
00:58:40d'étendre
00:58:42son influence
00:58:42l'influence
00:58:43de ce pays
00:58:43sur le reste du monde
00:58:45alors il y a un député
00:58:47suisse de droite
00:58:48un certain
00:58:48Dick Marty
00:58:50qui quelques années plus tard
00:58:52confirmant ce qu'aura dit
00:58:55une présidente du tribunal
00:58:56Carla Delponté
00:58:58qui
00:58:59on a peut reprocher
00:59:00beaucoup de choses
00:59:01mais qui atteste
00:59:01que c'est vrai
00:59:03et qui va même très loin
00:59:05parce qu'il dit
00:59:06que le gouverneur
00:59:07en question
00:59:08Kouchner
00:59:10alors Kouchner
00:59:11Bernard Kouchner
00:59:12je dis ça
00:59:12parce que c'est toute une tribu
00:59:14l'ambassadeur Kouchner
00:59:15c'est la même famille
00:59:17qui vient de Lettonie
00:59:19bref
00:59:20et Jared Kouchner
00:59:21etc
00:59:22c'est
00:59:22bon
00:59:23la graphie est différente
00:59:25parce qu'il y a ceux
00:59:25qui sont venus en France
00:59:26franciser
00:59:27Kouchner
00:59:27et Kouchner
00:59:28bon
00:59:29qui sont aux Etats-Unis
00:59:33que le goleiter
00:59:34comme on l'a dit quelquefois
00:59:35c'est comme ça que les serbes l'appellent
00:59:37les serbes l'appellent
00:59:39le gouverneur
00:59:40qui a administré
00:59:41jusqu'en février 2021
00:59:43jusqu'à ce que
00:59:442001
00:59:45jusqu'à ce que Jospin
00:59:46l'appelle au gouvernement
00:59:47pendant un an et demi
00:59:48il a administré le Kosovo
00:59:49et soi-disant
00:59:51enfin
00:59:51c'est ce que dit Marty
00:59:53il a couvert
00:59:54ces actions
00:59:56contre les serbes en général
00:59:57et en particulier
00:59:58contre ceux
00:59:58dont on prélevait les organes
00:59:59c'est extrêmement grave
01:00:00moi j'ai eu
01:00:03un jour
01:00:04la visite privée
01:00:05d'un magistrat français
01:00:08qui
01:00:08d'un haut magistrat français
01:00:10qui m'a dit
01:00:11je suis
01:00:12je voudrais savoir
01:00:13si vous êtes disponible
01:00:14pour témoigner
01:00:15devant cette juridiction
01:00:18spéciale pour le Kosovo
01:00:20sur ces affaires
01:00:21d'enlèvement
01:00:21de disparition
01:00:23il est venu me voir
01:00:24incognito
01:00:25à titre privé
01:00:26pour savoir
01:00:26si j'étais disposé
01:00:27à
01:00:28voilà
01:00:28et je lui ai dit
01:00:29bien entendu
01:00:30pourquoi ?
01:00:31pourquoi m'a dit
01:00:32de vous voir ?
01:00:33il m'a dit
01:00:34on a des difficultés
01:00:35avec les témoignages
01:00:36tous les témoins
01:00:37que nous enregistrons
01:00:38officiellement
01:00:39en particulier
01:00:40les témoins locaux
01:00:41disparaissent
01:00:42les uns après les autres
01:00:43de maladies
01:00:44d'accidents
01:00:45ou disparaissent
01:00:46purement et simplement
01:00:47dans la nature
01:00:49et on pense que
01:00:51certains ont intérêt
01:00:52à les faire disparaître
01:00:53voilà
01:00:54et il me dit
01:00:55est-ce que vous
01:00:57témoigneriez ?
01:00:57c'est terrible
01:00:58oui c'est terrible
01:00:58et je lui dis
01:00:59bien sûr je témoignerai
01:01:00bien sûr
01:01:01si vous m'appelez
01:01:02je témoignerai
01:01:03finalement j'ai jamais été appelé
01:01:05et à l'époque
01:01:06ces déclarations sont très claires
01:01:08il me dit
01:01:09on a
01:01:09on a pratiquement bouclé
01:01:11les dossiers
01:01:12on a toutes les informations
01:01:14voulues
01:01:14et elles pourraient contraindre
01:01:18certains
01:01:19aux personnages
01:01:20y compris français
01:01:23nous avons tout
01:01:24pour les mettre
01:01:25sous les verrous
01:01:26donc il m'a cité
01:01:27Bernard Cusse
01:01:27c'est très grave
01:01:28oui c'est très grave
01:01:29parce qu'il y a
01:01:30une protection évidente
01:01:31qui demeure
01:01:33et puis les choses
01:01:34ne se sont pas passées
01:01:34comme il me l'avait dit
01:01:35parce qu'il m'avait dit
01:01:36vous verrez
01:01:37ça sortira très vite
01:01:38etc
01:01:39non c'est sorti
01:01:40c'est sorti
01:01:41il m'avait donné
01:01:42un calendrier
01:01:43c'était
01:01:44de l'ordre de 2 ans
01:01:46et finalement
01:01:47ça a mis
01:01:496, 7 ans
01:01:498 ans peut-être
01:01:50à sortir
01:01:51vous voyez
01:01:51mais ça c'est quand même
01:01:54sorti par l'inculpation
01:01:55d'Hashim Tachi
01:01:57et d'un certain
01:01:58de chef de l'UCCA
01:02:01pour crime de guerre
01:02:02il crime contre l'humanité
01:02:03donc
01:02:06juridiction devant laquelle
01:02:07il est actuellement
01:02:08en train de
01:02:09répondre de ses actes
01:02:11donc
01:02:11tout finit par savoir
01:02:14mais
01:02:14comme disait l'autre
01:02:16je crois que c'est
01:02:17Volkov
01:02:17qui disait ça
01:02:18très justement
01:02:19c'est le principe même
01:02:21de la désinformation
01:02:22vous désinformer
01:02:23désinformer
01:02:23un jour la vérité
01:02:24sort
01:02:25mais elle n'intéresse
01:02:25plus personne
01:02:26à ce moment là
01:02:27et le mal est fait
01:02:29donc
01:02:29nous sommes là
01:02:30pour établir
01:02:31des vérités
01:02:31oui
01:02:32je vous remercie
01:02:32beaucoup
01:02:33de ce que vous venez
01:02:34de dire
01:02:34très courageusement
01:02:36mon cher Jacques
01:02:37de l'en faire
01:02:38comme dans les
01:02:39psychanalyses
01:02:40quand c'est très chaud
01:02:41car ce que vous venez
01:02:42de nous dire
01:02:43est brûlant
01:02:45et bouleversant
01:02:47on arrête la séance
01:02:48et je vais vous demander
01:02:49une faveur
01:02:50car nous n'avons pas fini
01:02:52après à l'issue
01:02:53de cette seconde émission
01:02:56vos témoignages
01:02:57sont assez bouleversants
01:02:58je dois dire
01:02:58et humainement
01:02:59vous avez
01:03:01il faut du coffre
01:03:02pour
01:03:04parce qu'après ça
01:03:04vous quittez l'armée
01:03:05mais on va y revenir
01:03:06oui
01:03:07et on va vous retrouver
01:03:09pour une troisième émission
01:03:10je vais faire une exception
01:03:11parce qu'en général
01:03:12on n'en fait que deux
01:03:12et je ne vous laisse pas
01:03:14partir comme ça
01:03:14je vois
01:03:15peut-être pas dans l'immédiat
01:03:16mais prochainement
01:03:18je voudrais qu'on reprenne
01:03:19votre vie
01:03:20quand vous
01:03:23endossez
01:03:23ce qui ressemble peu
01:03:24mais qui est certainement
01:03:26la conséquence
01:03:27d'une déchirure intime
01:03:29vous êtes dans le civil
01:03:30vous vous occupez
01:03:32beaucoup d'affaires africaines
01:03:33dont vous nous parlerez
01:03:34et puis vous témoignez
01:03:36de tous les côtés
01:03:37notamment
01:03:38à propos d'une autre guerre
01:03:40que vous comprenez
01:03:40très vite
01:03:42la guerre en Ukraine
01:03:43vous lui consacrez un livre
01:03:44en 2024
01:03:45là on ne retrouve pas Kouchner
01:03:47sauf que Kouchner
01:03:48aura été
01:03:50avec ses amis
01:03:51Bernard-Henri Lévy
01:03:52et Alain Minc
01:03:54à l'origine
01:03:54d'une association bizarre
01:03:56d'une agence
01:03:57pour la modernisation
01:03:58de l'Ukraine
01:03:59créée en 2015
01:04:00mon Dieu
01:04:00s'y prenne à l'avance
01:04:02oui mais alors
01:04:03c'est intéressant
01:04:03nous parlons de l'Ukraine
01:04:04c'est intéressant
01:04:04c'est intéressant
01:04:05parce qu'en fait
01:04:05moi je pense que
01:04:06la guerre en Ukraine
01:04:07elle a démarré en 2014
01:04:08en fait
01:04:08avec le putsch de Maïdan
01:04:11et alors c'est une guerre
01:04:13larvée
01:04:13mais c'est une guerre
01:04:14il s'agit vraiment
01:04:16et on retrouve
01:04:17les mêmes forces
01:04:18les mêmes forces
01:04:19au travail
01:04:20et toujours la trahison
01:04:21de la mission
01:04:23et des intérêts
01:04:25constants de la France
01:04:27par les élites françaises
01:04:29et les gouvernants français
01:04:30plus personne ne pense
01:04:31aux intérêts français
01:04:32aux intérêts nationaux
01:04:33ça devrait être notre
01:04:34ligne directrice absolue
01:04:36et personne n'en parle
01:04:37et au contraire
01:04:38on les méprise
01:04:40et on les ignore
01:04:41voilà
01:04:41nous ne sommes donc pas
01:04:42au bout de nos peines
01:04:42je m'en doutais un peu
01:04:43mon cher Jacques Augard
01:04:45c'est si riche
01:04:47que vous avez à dire
01:04:48qu'il faudra
01:04:49une troisième émission
01:04:50si vous acceptez ce passé
01:04:52à votre disposition
01:04:53et avec plaisir
01:04:54vous me faites un grand honneur
01:04:56mais je
01:04:56j'espère que nous aurons
01:04:58ça fait chaud au coeur
01:04:58vous savez de rencontrer
01:04:59des gens comme vous
01:05:00oh ben
01:05:01merci beaucoup
01:05:02ça me touche
01:05:02à bientôt
01:05:03sincèrement
01:05:04à bientôt
01:05:05cher Paul-Marie
01:05:06merci
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