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00:00Générique
00:08En 2023, TV Liberté revenait sur l'assassinat d'Yvan Colonna, le célèbre indépendantiste corse, en prison.
00:15Nous nous étions rendus sur l'île de beauté afin de recueillir les témoignages de ceux qui l'avaient côtoyés
00:21dans les derniers jours de son existence.
00:23Trois ans plus tard, la commission d'enquête parlementaire a livré ses conclusions.
00:27La responsabilité des dirigeants du centre pénitentiaire est reconnue, mais pas celle de l'État.
00:34Et le parquet vient de requérir une qualification du crime en acte terroriste, mis au point avec les principaux intervenants
00:43de l'époque.
00:44Mars 2023, un an, jour pour jour, après la mort d'Yvan Colonna.
00:50A Ajaccio, Bastia, Corté, les drapeaux à tête de mort flottent encore en berne sur les mairies.
00:56Les veillées se succèdent.
00:59Les banderoles « Justice pour Yvan » ne sont pas rangées.
01:03Le Front de Libération Nationale de Corse, ou FLNC, publie un communiqué sans ambiguïté.
01:0917 attentats revendiqués dans une nuit bleue ciblant des résidences secondaires.
01:15Le ton est clair.
01:16Tant que les tenants et aboutissants de la future évolution institutionnelle ne seront pas connus,
01:22il est obligatoire de garder à actif le combat.
01:44La mort du berger de Cargez n'est plus seulement une affaire carcérale.
01:49Elle est devenue le catalyseur d'un réveil politique que l'État ne peut plus ignorer.
01:552 mars 2022, 10h10.
01:58Dans la salle de sport presque déserte, un homme de 61 ans, silhouette encore athlétique,
02:04malgré 20 ans de détention, termine ses exercices.
02:08Yvan Colonna, le berger de Cargez, le condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude
02:14Régnac en 1998, est seul.
02:18Soudain, Franck Elongabé, co-détenu camerounais de 35 ans, radicalisé, chargé de l'entretien, surgit.
02:25L'agression dure 8 minutes interminables.
02:29Strangulation, étouffement avec des sacs plastiques et des serviettes.
02:35Pas un cri, pas un témoin direct.
02:38Quand les surveillants interviennent enfin, Colonna est en arrêt cardio-respiratoire.
02:43Transporté à l'hôpital d'Arles, puis à Marseille Nord, il sombre dans un coma post-anoxique.
02:5019 jours plus tard, le 21 mars, il meurt.
02:54La Corse bascule.
02:57Dès l'annonce, l'île s'embrase.
03:00Drapeau en berne sur les mairies.
03:02Manifestation quotidienne à Ajaccio, Bastia, Corté.
03:07Des milliers de personnes descendent dans la rue.
03:10Drapeau à tête de mort.
03:11Slogan, statu francais e assassine.
03:23Le collectif des détenus corse incarcérés sur le continent présente ses condoléances.
03:29Gilles Simeoni, président du conseil exécutif et ancien avocat de Colonna,
03:34appelle au calme tout en réclamant la vérité.
03:36Le FLNC, qui avait rendu les armes en 2014,
03:40menace de reprendre la lutte armée si l'État reste sourd.
03:44Emmanuel Macron, depuis l'Élysée, lance un appel au calme et à la responsabilité.
03:49Trop tard.
03:50La mort de Colonna devient, en quelques heures, le symbole d'un mépris français séculaire.
03:56La Corse essaye de se faire entendre depuis des années démocratiquement,
03:59en faisant des marches.
04:01On a voté 70% de vote nationaliste.
04:04On n'a jamais été écouté.
04:05On n'a jamais été écouté par l'État français.
04:07L'État français nous a tout le temps boycottés.
04:09Au bout d'un moment, l'affaire d'Ivan-Colonna a fait déborder le vase.
04:13Le peuple Corse explose et je trouve ça totalement normal.
04:16La famille, elle, ne pleure pas en silence.
04:19Les obsèques, le 25 mars à Cargès, sont un océan de douleur et de colère.
04:26Des milliers de personnes se pressent dans le petit cimetière familial.
04:30Aide-honneur à Ajaccio, pour le cercueil arrivé par bateau.
04:34La veuve, les enfants, le frère, la sœur, les parents.
04:39Tous présents, dignes, mais déterminés.
04:43Maître Patrick Spinozy, leur avocat, annonce dès le 6 avril une action contre l'État
04:49devant le tribunal administratif de Marseille.
04:52La question qui se pose, c'est comment un tel drame a-t-il pu arriver ?
04:57Comment un détenu aussi surveillé qu'Ivan-Colonna va se retrouver dans cette situation,
05:03à être mis en contact avec un détenu aussi dangereux que l'était Franck Elongabé ?
05:09Et surtout, comment celui-ci a-t-il pu l'agresser pendant 8 minutes, sous l'œil des caméras ?
05:14Alors, il est certain que pour la famille d'Ivan-Colonna, il y a une défaillance de surveillance.
05:19C'est logique.
05:20On ne peut pas penser que dans une prison où on est particulièrement surveillé,
05:25on puisse être adressé pendant 8 minutes sans aucune intervention de la part de l'administration pénitentielle.
05:32Vous demandez quoi aujourd'hui ? Que demande la famille d'Ivan-Colonna ?
05:34Des réponses.
05:34À 700 kilomètres de là, dans la capitale de l'Hexagone, la machine judiciaire et parlementaire s'est pourtant mise
05:41en marche.
05:42L'Assemblée nationale vient de mettre en place une commission d'enquête.
05:46Le président Jean-Félix Aquaviva et le rapporteur Laurent Marc-Angeli mènent 71 auditions.
05:53Des centaines de pages de dossiers à étudier, discuter, interroger.
05:57La justice et la vérité dans cette affaire viendra de la somme de l'ensemble des initiatives.
06:02Il y a eu un rapport d'inspection générale de la justice, il y a eu une enquête administrative interne,
06:07il y a eu une enquête judiciaire et il était normal que le Parlement se saisisse de cette question
06:11dans la mesure où on a vu lors des premières auditions que vous avez rappelées, madame la rapporteure,
06:16dans leur suite, notamment suite à des articles de presse,
06:19qu'il y a eu beaucoup de contradictions qui ont été soulevées dans ces éditions,
06:22puisque vous étiez vous-même présente, notamment sur la question de la gestion,
06:26de l'évaluation de la radicalisation de la personne concernée,
06:30du régime de clémence dont nous estimons, nous, auteurs de la proposition de résolution,
06:34qu'il a bénéficié.
06:37Donc des zones d'ombre sont apparues de manière très forte, il faut les purger.
06:42C'est un travail démocratique important qui nous attend,
06:45c'est un travail pour la justice et pour la vérité,
06:47mais aussi un travail de réconciliation qui doit être en cours
06:51pour faire en sorte de renouer les fils d'un dialogue serein, apaisé
06:55et avec des solutions dominantes pour la Corse et la République.
06:57La commission rend son rapport le 30 mai 2023.
07:00Le diagnostic est sans appel.
07:02Grave défaillance, faillite manifeste de l'administration pénitentiaire, affaire d'État.
07:09Le rapport détaille avec une précision chirurgicale
07:12ce qui s'est passé à la maison centrale d'Arles le 2 mars 2022.
07:15Pour Yvan Colonna, 20 ans de détention sous le statut de détenu particulièrement surveillé,
07:22dit DPS, maintenu sans justification réelle.
07:279 transferts en 10 ans, un éloignement familial jugé inacceptable,
07:31une obsession administrative incompréhensible,
07:34alors que son comportement était exemplaire.
07:37Alors il prenait son petit déjeuner, il faisait son sport dans sa cellule,
07:42ses abdos, ses pompes, ses squats, etc.
07:45et ensuite il prenait sa douche
07:48et selon l'heure, il se mettait à lire
07:50parce qu'il lisait énormément,
07:51Yvan, il lisait 2-3 livres par semaine.
07:54Il lisait, il attendait l'heure de sortie,
07:57alors soit il se rendait à la salle de sport
07:59parce que ce n'était pas tous les jours,
08:01c'était un coup le premier étage, un coup le deuxième, etc.
08:05Donc soit il se rendait à la salle de sport,
08:07soit il se rendait dans la cour
08:09et dans la cour, soit il se mettait dans un coin
08:11et continuait à lire, soit il racontait,
08:13il était avec ses amis et il passait la matinée comme ça.
08:16Soit il jouait aux échecs parce que c'était un grand joueur d'échecs.
08:20Voilà, voilà.
08:21Pour Franck Elongabé, au contraire,
08:23une mensuétude incompréhensible.
08:25Malgré sa radicalisation avérée,
08:28sa condamnation pour association de malfaiteurs terroristes,
08:31il n'est jamais orienté vers un quartier spécialisé,
08:34malgré les demandes répétées.
08:35Ils ne l'ont pas mis en radicalisation
08:37parce qu'ils estimaient qu'il s'était arrangé,
08:42qu'il y avait moins d'incidents à Arles.
08:44Mais la directrice a caché les incidents qu'il y a eu à Arles.
08:47Ils ont découvert qu'il y a eu quatre incidents
08:50pendant la dernière année
08:53et un, le dernier, 15 jours avant l'agression.
08:59Donc, elle, elle a caché, elle a étouffé
09:02et donc, il a pu continuer à être auxiliaire
09:06et tranquillement.
09:07Il y a beaucoup d'éléments troublants
09:09pendant l'acte, mais aussi dans la genèse de l'acte.
09:12Nous, il n'aurait jamais dû être en emploi général
09:14et en détention ordinaire.
09:15Ça a été prôné à cinq reprises par des commissions de dangerosité,
09:18mais ça n'a jamais été suivi des faits.
09:19Et à quatre reprises,
09:21parce que la directrice de l'établissement
09:22et la hiérarchie au-dessus n'a pas instruit
09:25ou n'a pas fait remonter les comptes rendus de ces commissions
09:27qu'il disait clairement, en 2020-2021,
09:29donc avant l'acte,
09:30qu'il voulait mourir grand par l'islam.
09:31Donc, sa dangerosité était actée,
09:33la capacité de passage à l'acte aussi.
09:35Donc, il n'y a pas d'explication rationnelle
09:38au fait qu'on n'ait pas permis ce transfert en quartier d'évalorisation.
09:43On lui confie même un poste de nettoyage,
09:46ce qui lui confère une liberté de mouvement anormale
09:48dans une maison centrale
09:50pour un détenu de son pédigré.
09:52Il fait le ménage pendant l'activité,
09:55alors que dans l'autre bâtiment,
09:56la note de service donne à l'autre détenu qui fait le ménage
09:58l'obligation de le faire avant l'arrivée des détenus en salle de sport.
10:03Donc, il y a un fonctionnement différent
10:06pour Elongabé, pour ce ménage.
10:08Et il n'y a plus troublant encore.
10:10Dans la prison d'Arles,
10:11le jour même de l'agression,
10:13de nombreux dispositifs élémentaires de sécurité
10:16ont été aux abonnés absents.
10:18La vidéosurveillance s'est révélée étonnamment défaillante.
10:21Et la vidéo, elle n'était pas mise sur le scénario des salles,
10:25autrement il n'était pas fixé sur les salles,
10:27mais même si l'agent en question le jour avait appuyé,
10:30et ça ce n'est pas moi qui le dis,
10:31c'est l'inspection générale de la justice dans son rapport,
10:34sur l'onglet de la salle de sport,
10:35pour mettre l'écran de la salle de sport,
10:37ce n'était pas l'image de la salle de sport qui apparaissait
10:39pour des raisons de paramétrage.
10:42Comparaison n'est pas raison,
10:44mais cela ressemble étrangement au dysfonctionnement constaté
10:47dans le centre correctionnel de New York,
10:50au moment où Jeffrey Epstein est censé s'être suicidé.
10:54Toujours plus étrange,
10:55l'absence d'intervention des surveillants
10:57durant près de 10 minutes.
10:59Peut-on imaginer un détenu,
11:01tel qu'Elongabé,
11:03circulant dans les étages,
11:04en contact avec d'autres pensionnaires,
11:07laissé en roue libre,
11:08durant un temps aussi long ?
11:09Les gens, ils l'appelaient au secours
11:11et personne n'est venu.
11:12Alors qu'on sait très bien
11:14que dans la salle de sport,
11:16en haut, il y a une petite fenêtre
11:17et les voix, elles portent.
11:20Et on est obligés,
11:21d'ailleurs, ça a été prouvé,
11:23ils ont été à Arles pour le voir,
11:25les députés,
11:26on peut entendre quand on appelle.
11:29Et il a appelé,
11:30il a appelé le surveillant par son prénom
11:33et il n'est pas venu.
11:34Et ce n'est pas tout.
11:35Effectif insuffisant dans la prison
11:36et particulièrement dans la section radicalisation.
11:39Climat social dégradé dans tout l'établissement.
11:42Circuit de remontée d'informations inefficaces.
11:45La commission parle de défauts de surveillance anormales,
11:49d'éléments troublants dans la gestion des alertes.
11:51Nous avons appris,
11:52alors que les auditions n'ont pas permis
11:53de le faire éclore,
11:54par document écrit,
11:55qu'une surveillante,
11:56le 1er mars,
11:57donc la veille,
11:58a fait état d'une observation,
12:00donc assez gradée,
12:02assez hiérarchie,
12:03et normalement d'un logiciel dédié à cet effet,
12:06qui fait état d'une conversation
12:07entre trois détenus,
12:08dont Franck Alagabé,
12:09qui dit,
12:10enfin,
12:10un des détenus dit,
12:11je vais le tuer,
12:12donc une information d'une menace
12:13entre détenus,
12:15et la deuxième information importante,
12:16c'est qu'il faisait le vide dans sa cellule,
12:18un changement de comportement.
12:19Or,
12:19ces observations-là,
12:20n'apparaissent pas
12:21dans le logiciel utilisé,
12:24normalement,
12:24par l'une seule question.
12:29Jean-Félix Acquaviva
12:31et Laurent Marcangeli
12:32ne mâchent pas leurs mots.
12:34Sans ces dysfonctionnements,
12:36Yvan Colonna
12:36n'aurait pas dû mourir.
12:38Il formule 29 recommandations.
12:40Réformes profondes
12:41du statut DPS
12:42avec transparence
12:44et réexamen régulier.
12:45Rapprochement des détenus corse
12:47au centre pénitentiaire de Borgo.
12:50Application d'évaluation radicale
12:52avant-placement en détention ordinaire,
12:55renforcement du contrôle juridictionnel.
12:57Ils saisissent le procureur de Tarascon
12:59par l'article 30
13:01du Code de procédure pénale.
13:02Le simple fait
13:03qu'une gestion politique
13:05d'Yvan Colonna
13:06qui fait qu'il n'aurait pas dû être là
13:07ce jour-là au bout du compte,
13:09lorsqu'il aurait dû être en Corse
13:10après sa peine de sûreté,
13:11et du fait de l'ensemble
13:12des dysfonctionnements avérés
13:13aussi graves,
13:14je prends le terme grave
13:15parce que c'est le terme du rapport
13:16qui fait pointer les responsabilités
13:18à tous les étages,
13:19c'est déjà une affaire d'État
13:20en tant que telle.
13:21C'est déjà une affaire d'État.
13:22C'est déjà une responsabilité lourde
13:24qui devra être soldée
13:26et je pense,
13:27nous pensons que les partis
13:28évidemment se nourriront.
13:31Après restera
13:32à ce que l'enquête judiciaire
13:33solde la question
13:35de l'ensemble des hypothèses.
13:36Une enquête préliminaire
13:37est ouverte
13:38contre l'administration pénitentiaire.
13:40Pendant ce temps,
13:41la famille Colonna
13:42ne reste pas passive.
13:44Maître Patrick Spinozy,
13:46avocat historique,
13:47engage une action
13:48devant le tribunal administratif
13:50de Marseille.
13:51La procédure est longue,
13:52technique,
13:53mais déterminée.
13:54L'État propose d'abord
13:55une transaction
13:56à 40 000 euros.
13:58La famille refuse
13:59et réclame 200 000.
14:01Le 18 février 2025,
14:03le tribunal administratif
14:04rend son jugement.
14:05L'État est condamné
14:07à verser 75 000 euros
14:08aux héritiers directs,
14:09épouses et deux enfants,
14:11pour manquement fautif
14:13de l'administration pénitentiaire.
14:15Ils avaient pris un maton
14:21et ils lui avaient fait
14:21porter le chapeau.
14:22Et à Arles,
14:23le type,
14:24il l'avait appris par la presse,
14:25il ne lui avait même pas
14:26envoyé le papier.
14:27Et à Arles,
14:28ils ont fait une grève,
14:31ils ont mis des palettes,
14:33ils ont mis le feu,
14:34ils ont fait vraiment
14:36des barrages,
14:37il n'y avait plus de parloirs,
14:38enfin bref,
14:39tous les syndicats,
14:40tout ça,
14:40il y avait 150 personnes.
14:41Moi j'ai des amis
14:43qui sont là-bas,
14:43qui étaient devant
14:44et qui l'ont vu.
14:46En deux heures,
14:47le ministre,
14:48il a appelé
14:49les syndicats,
14:50tout ça,
14:51plus personne.
14:52Plus personne.
14:53Ils ont négocié,
14:55maintenant il leur a accordé,
14:56ça c'est Dupont-Morett,
14:57il leur a accordé
14:59un statut,
15:01ça fait 30 ans
15:02qu'il le demande,
15:03avec des droits,
15:04décidez-là,
15:05pour dire,
15:06fermez votre bouche,
15:07on vous donne ce qu'il faut,
15:08il n'y a plus rien à voir,
15:09voilà.
15:10Et donc,
15:11ils essaient d'étouffer des choses.
15:12C'est un ados ça.
15:13Pour moi,
15:14ça fait partie
15:15d'une partie d'un aveu.
15:16Le tribunal retient explicitement
15:19le défaut de surveillance.
15:21Aucune présence
15:22pendant au moins 12 minutes
15:23pour deux DPS
15:24et défaut d'inscription
15:26d'Elangabé
15:27en quartier d'évaluation
15:28de la radicalisation.
15:31Maître Spinozy
15:32parle d'une grande victoire
15:33de principe
15:34qui nourrit
15:35les procédures pénales en cours.
15:37La famille,
15:37elle,
15:38continue de réclamer
15:39toute la vérité.
15:40Il peut y avoir
15:41un accident.
15:44Comme
15:44Elangabé
15:46a pu être
15:49recruté
15:51pour ce qu'on appelle
15:53dans les services
15:54une opération
15:56non répertoriée
16:00où on lui a promis
16:01des choses
16:02pour sa famille
16:03parce qu'il faut
16:04quand même savoir
16:04qu'Elangabé
16:05il ne lui restait pas
16:06des années et des années
16:06de prison.
16:09On est d'accord.
16:10Donc,
16:11ce genre d'individus,
16:12on sait très bien
16:12qu'ils sont manipulés
16:14et manipulables.
16:16On joue sur la famille,
16:17on joue sur le fondamentalisme,
16:19on joue sur la politique,
16:20on joue sur beaucoup
16:21de choses.
16:22Beaucoup de choses.
16:23Ce sont des gens
16:24qui sont suicidaires.
16:25Ils savent très bien
16:25qu'ils n'iront pas plus loin
16:27que ce qu'ils veulent vivre
16:29finalement.
16:31Côté judiciaire pur,
16:33l'instruction menée
16:34par le parquet national
16:35antiterroriste avance,
16:36mais lentement.
16:38Franck Elangabé,
16:39mis en examen
16:40dès mars 2022
16:41pour tentative d'assassinat
16:42en relation
16:43avec une entreprise terroriste,
16:45fait évoluer
16:46ses déclarations.
16:47En mars 2024,
16:49dans un courrier
16:49au juge d'instruction,
16:51il revient sur sa première version.
16:52Dans celle-ci,
16:53il affirmait avoir
16:54agi seul
16:55pour un prétendu blasphème
16:57proféré par Corona.
16:58Désormais,
16:59le djihadiste évoque
17:00une manipulation
17:01par des agents de l'État.
17:03Le ministère de l'Intérieur
17:04dément formellement.
17:05Les experts psychiatriques
17:06de leur côté
17:07soulignent son altération
17:09du discernement.
17:10Le 5 avril 2024,
17:12lors de son audition,
17:13il gardera finalement
17:14le silence.
17:15On se demandait un tout petit peu,
17:18quelque part,
17:19on voyait mal,
17:20voilà,
17:20c'était un peu,
17:22c'était presque
17:22un film romancé,
17:24c'est-à-dire que la personne
17:25aurait été manipulée,
17:27bon,
17:28c'est toujours très compliqué
17:32de rentrer dans ce genre
17:33de sujet,
17:34bon,
17:34on n'a pas les infos,
17:35et puis bon,
17:36voilà,
17:37c'est compliqué.
17:37En même temps,
17:39alors j'étais très sedolé
17:40parce qu'on n'avait pas eu
17:40d'informations,
17:41parce qu'on s'était dit,
17:42donc voilà,
17:43on va tomber sur quelqu'un
17:45qui ne va pas s'expliquer,
17:47qui est considéré
17:47comme quelqu'un de marginal,
17:50et donc,
17:51il parle,
17:52on ne le croit pas,
17:53bien évidemment,
17:54on va croire
17:55un individu comme ça,
17:56bon.
17:57Il a déclaré cet acte
17:58et puis c'est rétracté derrière,
18:00il n'a pas été au bout,
18:02donc là aussi,
18:04on est aussi dans le four.
18:05L'instruction se poursuit,
18:06dans la discrétion
18:07des cabinets parisiens.
18:09En février dernier,
18:11quatre ans presque
18:11jour pour jour
18:12après l'agression,
18:13le parquet national
18:14antiterroriste
18:15rend ses réquisitions.
18:17Il requiert le renvoi
18:18de Franck Elongabé,
18:19aujourd'hui âgé de 39 ans,
18:21devant la cour d'assises
18:22spécialement composée
18:23pour assassinat en relation
18:25avec une entreprise terroriste.
18:27Je ne te cache pas
18:28que je me pose
18:29beaucoup,
18:30beaucoup,
18:30beaucoup de questions
18:31et je ne sais pas
18:32ce que va donner
18:33le procès
18:34parce qu'en même temps,
18:37quelle va être
18:38sa position
18:39à Elongabé ?
18:40Est-ce qu'il va
18:40continuer à dire
18:41ce qu'il disait
18:42jusqu'à maintenant,
18:43qu'il avait été recruté
18:45pour faire un acte
18:47et ainsi de suite ?
18:48Le procès,
18:49s'il est confirmé
18:50par la chambre
18:51de l'instruction,
18:52pourrait se tenir
18:53en 2027.
18:54Les avocats
18:55des partis civils,
18:55dont maître
18:56Dominique Paolini
18:57et maître
18:58Anna Sparias
18:59Solacaro annoncent
19:00qu'ils seront proactifs.
19:02Ils veulent faire citer
19:03les responsables pénitentiaires,
19:05éclairer les zones d'ombre
19:07pointées par la commission
19:08parlementaire.
19:09En Corse,
19:10durant ces trois années,
19:12l'affaire Colonna
19:12ne quitte jamais
19:13le devant de la scène politique.
19:15Le processus dit
19:16de Beauvau,
19:17lancé par Gérald Darmanin
19:19en mars 2022,
19:21avec la promesse
19:21d'aller jusqu'à l'autonomie,
19:23doit beaucoup
19:24à la colère
19:25née de cette mort.
19:26En juillet 2023,
19:28l'Assemblée de Corse
19:29adopte une délibération
19:31mandatant un statut
19:32d'autonomie
19:32et en mars 2024,
19:34un texte
19:35d'écriture constitutionnelle
19:37est voté
19:38à une large majorité,
19:40malgré des nuances
19:41entre autonomistes
19:42et indépendantistes.
19:43On parle
19:44coéfficialité
19:45de la langue corse,
19:46statut de résident,
19:47adaptation
19:48du plan d'aménagement
19:49et de développement
19:50durable
19:51de la Corse.
19:52Ce n'est pas
19:53décisif
19:54qui conditionne
19:55le point d'arrivée,
19:56même si le match
19:57reste à jouer.
19:59Le match,
20:00c'est convaincre
20:01les trois centaines
20:02du Parlement,
20:02mais aujourd'hui,
20:04nous avons,
20:05je vais dire,
20:05enfin,
20:06gagné le droit
20:07de le jouer,
20:08ce match.
20:09Lors des
20:09giornate internationale
20:10di corte,
20:11en août 2024,
20:13le FLNC
20:14fait une apparition commune,
20:16encagoulée
20:17et armée,
20:18pour la première fois
20:19depuis 1993.
20:20Il appelle
20:21les nationalistes
20:22à jeter les bases
20:23d'une véritable
20:24alternative politique
20:26et dénonce
20:27le poison mortel
20:28de l'extrême droite.
20:30La jeunesse corse,
20:30elle,
20:31se mobilise toujours.
20:33Ils ne connaissent pas
20:34bien le dossier,
20:34mais ils n'ont pas confiance.
20:36Ça, c'est sûr.
20:37Ça, il y a quelque chose
20:38qui ressort,
20:39c'est que les gens
20:39n'ont plus confiance.
20:41Et je dirais que
20:42même les plus légalistes,
20:44les plus républicains,
20:46sur cette affaire-là,
20:48il y aura toujours
20:49une partie de gens
20:50qui ne se prononcent pas,
20:52comme on dit dans les sondages.
20:53Je pense qu'il y a 65%,
20:5470% de gens
20:56qui pensent
20:56qu'il y a un enfumage
20:58et qu'il y a un loup
20:59quelque part.
21:00Ça, c'est sûr et certain
21:01et ont de moins en moins confiance.
21:04Quelques mois plus tard,
21:06la Juventu Pauline
21:07et la Juventu Independentista
21:09bloquent l'université de Corté
21:10pour protester
21:11contre des interpellations
21:13liées aux manifestations
21:14de 2022.
21:15Deux étudiants
21:16sont encore jugés
21:17pour des faits,
21:19remontant immédiatement
21:20après la mort d'Ivan Colonna.
21:22C'est évidemment
21:23une bonne image.
21:24Ivan est un berger
21:24qui descendait de sa bergerie,
21:26qui enlevait ses affaires
21:28de berger
21:28pour mettre ses affaires
21:29d'éducateur sportif
21:31et qui se consacrait
21:32totalement à l'enfant.
21:34Donc, c'est quelqu'un
21:35de fort sympathique.
21:36Donc, il faisait rire
21:38les enfants,
21:39il animait bien
21:40ses séances pédagogiques,
21:41etc.
21:42Et donc, c'était quelqu'un
21:43qu'on aimait beaucoup
21:44et que les enfants
21:45aimaient beaucoup.
21:45Alors, eux aussi
21:46ont été affectés
21:47par son départ
21:49et ceux qui attendaient
21:52les enfants,
21:52en fait,
21:53ceux qui ne le connaissaient pas
21:55dans la mesure
21:56où ils avaient eu
21:57des retours
21:57sur la personne
21:59et ils auraient bien aimé
22:00participer
22:00à quelques séances
22:01avec lui.
22:03Voilà.
22:03Octobre 2025.
22:05L'enquête préliminaire
22:06contre l'administration
22:07pénitentiaire
22:08est classée sans suite
22:10par le parquet
22:10de Tarascon.
22:12Pas de dysfonctionnement
22:13pénalement constitué.
22:15La famille
22:16et les élus corse
22:17dénoncent
22:17un enterrement judiciaire.
22:19Moi, j'avais été étonné
22:21un tout petit peu,
22:22mais après,
22:22je ne reviens pas
22:23sur les décisions
22:24de justice,
22:25sur le fait que,
22:27je ne vais pas dire
22:28que tout le monde
22:28avait été blanchi,
22:29mais bon,
22:30les responsabilités
22:31avaient été atténuées,
22:33mais bon,
22:33après,
22:35la justice passe
22:36et voilà.
22:39Le rapport parlementaire,
22:40lui,
22:41reste une référence.
22:42Il a nourri
22:43le débat sur l'autonomie,
22:44même si le projet
22:45de révision constitutionnelle
22:47patine encore à Paris.
22:48Il devrait venir
22:49en première lecture
22:50d'ici l'été.
22:51Moi, j'ai trouvé ça
22:53un échec total.
22:55C'est un échec total
22:56parce que,
22:59y compris même
23:00les libérations
23:01qui sont suivies.
23:02alors, allez,
23:05on va aller toujours
23:06dans le bon sens.
23:08Bon, allez,
23:09c'était prévu,
23:10ils devaient sortir,
23:10ils sont quand même sortis.
23:11Mais ils sortent
23:13après la mort d'Ivan.
23:15Après la mort d'Ivan,
23:16il y a ce processus
23:19qui nous dit,
23:20oui,
23:20parce qu'il y a un homme
23:21qui est mort en prison,
23:21il y a tout un processus,
23:23je dirais,
23:25sociétal
23:25qui se met en place.
23:26Bon,
23:27je veux dire,
23:27c'est pas très sérieux.
23:29Et ça veut dire
23:31que ce que nous sommes
23:32en train de vivre
23:33actuellement,
23:34c'est qu'il nous joue
23:35l'Arlésienne
23:37et que dans 8 mois,
23:40il y a des présidentielles
23:41et on a très bien compris.
23:43Et là aussi,
23:44la même chose.
23:45Peut-être que je me trompe,
23:46mais je pense
23:46qu'à 70%,
23:49encore 75%,
23:50les gens n'y croient plus
23:51et ont compris
23:52qu'encore une fois,
23:53ça a été comme
23:54une sorte d'enfumage.
23:55Mais 4 ans après,
23:56où en est-on réellement
23:58dans l'enquête
23:59sur la mort
23:59du berger de Cargez ?
24:00Le parquet national
24:01antiterroriste
24:02a certes requis
24:03la mise en accusation
24:04devant une cour d'assises
24:06spéciale
24:06de Franck Elongabé.
24:08Cette qualification
24:09oriente
24:10vers un procès
24:11antiterroriste
24:12contre Franck Elongabé.
24:14Et là,
24:15le parquet antiterroriste,
24:16c'est plus la même chose
24:17parce que...
24:18Alors,
24:19si Elongabé,
24:20on ne le croit pas,
24:21moi,
24:22je crois
24:22le parquet antiterroriste.
24:24Que penser
24:25de cette réquisition ?
24:26La responsabilité
24:27civile de l'État
24:28est certes reconnue,
24:29mais limitée.
24:30Quant à la responsabilité
24:32pénale
24:32de l'administration,
24:34elle est totalement écartée.
24:35Les juges
24:36tenteraient-ils
24:36de dissimuler
24:37la poussière
24:38sous le tapis ?
24:39Après tout,
24:40cette requalification
24:41est particulièrement
24:42confortable
24:43pour l'administration.
24:44Un acte terroriste,
24:46c'est un événement
24:47qui peut arriver
24:47n'importe où,
24:48n'importe quand
24:49et presque avec
24:50n'importe qui
24:51si l'on s'en tient
24:52à la conception habituelle
24:54des potentiels
24:55loups solitaires.
24:56Là,
24:57il y a un questionnement.
24:58Là,
24:58il y a un questionnement
24:59parce que,
25:00vu,
25:01je dirais,
25:02la qualité de terroriste
25:03entre guillemets
25:05qu'il avait,
25:07bien évidemment,
25:08tout est ouvert.
25:09Alors,
25:10il faudrait voir
25:12véritablement le dossier,
25:13voir ce qui est dit
25:14à l'intérieur.
25:14Est-ce que le parquet
25:16considère que c'est lui
25:17en fait
25:19qui est un loup solitaire
25:22et qui a décidé
25:24parce qu'il avait ses raisons
25:25de faire un acte terroriste
25:27et le parquet
25:28le considère
25:29que c'est un acte terroriste
25:30ou alors
25:31il a été
25:33le bras
25:34d'une décision
25:38autre que la signe.
25:39je veux dire
25:41en amont.
25:42Voilà,
25:43moi,
25:43je me pose des questions.
25:46Pourquoi, quoi ?
25:46Pourquoi on qualifie
25:47cet acte
25:48comme acte
25:49de terrorisme ?
25:50Je ne comprends pas.
25:51Je n'arrive pas
25:51à comprendre
25:52cette situation,
25:53tout simplement.
25:54Donc,
25:55si je ne la comprends pas,
25:55je ne peux pas l'expliquer
25:56et je me pose des questions.
25:58Je ne vois pas
25:59où est l'acte
26:01de terrorisme
26:02d'un gars
26:03qui agresse
26:04Yvan Cologne.
26:05Voilà,
26:05c'est tout.
26:06Je ne peux pas comprendre.
26:07Je ne peux pas l'expliquer.
26:08La famille Colonna,
26:09elle,
26:10attend toujours
26:11la vérité pleine
26:12et entière.
26:13En Corse,
26:14l'affaire a accéléré
26:15un processus politique
26:16et historique.
26:17Mais les indépendantistes
26:18les plus radicaux
26:19estiment que l'autonomie
26:21promise
26:21reste trop timide.
26:23Le FLNC
26:24maintient
26:24une pression discrète
26:26mais réelle.
26:29Dans les rues de Cargèze,
26:31à l'Assemblée de Corse,
26:32dans les cabinets parisiens,
26:34la chronique continue.
26:35Yvan Cologne
26:36n'est plus.
26:37Mais son nom
26:38reste le symbole
26:39d'une double fracture,
26:41celle d'un système
26:42carcéral défaillant
26:43et celle d'une relation
26:45Corse-continent
26:46qui se cherche toujours.
26:48Le prochain chapitre
26:49s'écrira peut-être
26:50aux assises spéciales
26:52de Paris.
26:53Mais pour beaucoup
26:53d'insulaires,
26:55la vraie justice
26:55ne viendra
26:56que d'un statut politique
26:58à la hauteur
26:59du sacrifice consenti.
27:01La plaie
27:02est toujours ouverte.
27:03Une plaie
27:04que la Corse,
27:05presque 30 ans
27:06après l'assassinat
27:07du préfet Erignac,
27:08n'a pas fini de penser.
27:10Sous-titrage Société Radio-Canada
27:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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