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  • il y a 4 heures
Ce mercredi 20 mai, Benjamin Louvet, directeur des gestions matières premières chez OFI INVEST AM, s'est penché sur les prix à terme du pétrole en tant que facteurs non annonciateurs d'une baisse à venir de son cours, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00Benjamin Louvet nous rejoint, il est 15h44, bonjour Benjamin.
00:03Alors auteur à Benjamin de METO, le nouvel or noir aux éditions du Rocher
00:07et vous êtes aussi directeur des gestions en matières premières d'Ophi InvestaM.
00:10Vous allez face au marché Benjamin rendre votre verdict.
00:13Ce verdict que vous allez rendre, est-ce que vous l'assumez ?
00:15Oui.
00:16On vous écoute.
00:17Eh bien ce verdict c'est que le prix du pétrole à terme,
00:21contrairement à ce que beaucoup croient, ne nous dit rien des prix du pétrole pour la fin de l'année.
00:26Ah, alors c'est pas une bonne nouvelle ça.
00:27Les prix à terme sur le pétrole ne sont pas annonciateurs d'une baisse à venir du coût des prix
00:32court terme.
00:32Exactement, parce qu'aujourd'hui on a ce qu'on appelle dans le domaine des matières premières
00:36une courbe en backwardation, ça veut dire quoi ?
00:38Ça veut dire que acheter du pétrole aujourd'hui coûte plus cher que d'acheter du pétrole
00:43dans trois mois, dans six mois, dans un an.
00:46Et donc beaucoup de gens y voient un signe positif en se disant
00:49ça veut dire que le marché est tendu pour l'instant mais qu'on se dit qu'après coup
00:53tout va bien se passer et que les prix vont retrouver un niveau normal.
00:56Mais en fait, c'est pas du tout le cas.
00:59D'ailleurs, historiquement, quand on regarde, la courbe de prix à terme du pétrole
01:03n'a jamais été un bon indicateur, historiquement, de l'évolution des prix du pétrole.
01:08Et en fait, ça sert pas du tout à ça.
01:10La courbe de prix à terme du pétrole, elle est liée à une logique simple.
01:16Il doit pas être plus intéressant d'acheter du pétrole tout de suite
01:18ou d'acheter du pétrole à terme.
01:21Donc, quand vous achetez le pétrole tout de suite, vous allez devoir tout payer tout de suite
01:24et vous allez devoir stocker ce pétrole.
01:26Donc normalement, le prix à terme, il vaut le même prix que le prix comptant
01:31auquel vous allez devoir ajouter le coût de stockage
01:33et le fait que comme vous payez pas tout tout de suite, vous allez pouvoir placer cet argent.
01:36Donc normalement, le prix à terme est plus élevé que le prix comptant.
01:40Et quand on arrive dans une situation de stress, comme c'est le cas en ce moment,
01:44en fait, la courbe de prix à terme, elle sert d'instrument pour rééquilibrer le marché.
01:49Comment ça marche ?
01:50Simplement, le prix à court terme va devenir plus élevé que le prix à long terme.
01:55Pourquoi ? Parce que, en fait, les personnes qui ont besoin de pétrole disent
01:58« je m'en fiche du coût de stockage, je m'en fiche du manque à gagner financier,
02:02je veux être sûr d'avoir mon pétrole parce que j'en ai besoin ».
02:06Et à ce moment-là, la courbe s'inverse et le prix à terme est moins élevé que le prix
02:09immédiat.
02:10Pourquoi ?
02:11D'abord, pour inciter les producteurs à vendre un maximum de pétrole tout de suite.
02:16Si je le vends plus tard, je le vendrai moins cher, donc autant que je le vende tout de suite.
02:18Donc on va comme ça ramener un maximum d'offres sur le marché,
02:22ce qui va permettre d'essayer de rééquilibrer le marché.
02:24Et à l'inverse, les prix à long terme baissent pour inciter ceux qui le peuvent
02:28à reporter leur achat à plus tard.
02:31Et comme ça, on arrive à équilibrer.
02:32Si je prends un exemple, Guillaume,
02:34on va tous les deux, on veut tous les deux partir en vacances,
02:36on arrive à une pompe à essence le soir, la veille de notre départ,
02:39tous les deux en même temps, et il ne reste de quoi faire qu'un plein.
02:43Un seul. Et on ne peut pas le diviser.
02:45Et donc là, j'ai une idée, je vous dis, écoute, je vais te proposer une chose,
02:48si tu acceptes de revenir demain, demain la pompe sera remplie à nouveau,
02:50si tu acceptes de revenir demain, je suis prêt à te donner un centime par litre d'essence.
02:56Vous allez me dire, ce n'est pas assez.
02:57Donc, ok, deux centimes, trois centimes, jusqu'au moment où en fait,
03:00le prix du pétrole à terme va devenir beaucoup plus intéressant pour vous que le prix immédiat.
03:06Et donc, comme ça, on va pousser les acheteurs à reporter leurs achats,
03:09pousser les producteurs à vendre un maximum tout de suite,
03:12et ça va permettre de rééquilibrer le marché.
03:14Mais ça ne dit rien sur ce qui va se passer après.
03:16C'est le mythe que vous êtes en train de débunker, parce qu'il y a un mythe comme quoi
03:19les prix à terme,
03:20effectivement, seraient annonciateurs des prix qu'on va payer concrètement,
03:23selon les trébuchants, à court terme, bientôt.
03:25Les très court-termes qui nous attendent, ce n'est pas vrai en fait.
03:27Si on essaye de clarifier tout ce que je viens de dire,
03:30ça veut dire que si le conflit au Moyen-Orient devait durer,
03:33et qu'on avait une perte durable de ces 10-11 millions de barils par jour que l'on a
03:38actuellement,
03:39on aurait cette courbe qui resterait exactement comme ça et qui se déplacerait dans le temps.
03:44C'est simplement un mécanisme d'autodéfense de ce marché pour se rééquilibrer,
03:49et ça ne dit absolument rien des prix futurs du pétrole.
03:54Je dirais même plus que si effectivement le conflit devait durer.
03:59On a utilisé aujourd'hui un certain nombre de ficelles pour combler le déficit de pétrole
04:03lié à la fermeture du étroit d'Hormouz, des libérations de stocks stratégiques,
04:06on a essayé d'augmenter la production dans certains endroits où on le pouvait,
04:12et ces ficelles, quelque part, elles vont finir par s'effilocher,
04:15et donc on aurait probablement une courbe qui devrait être encore plus pentue
04:20pour essayer de rééquilibrer encore plus le marché.
04:22C'est très intéressant.
04:23Là, vous venez vraiment de déboumquer un mythe, effectivement,
04:25et puis une explication limpide, comme vous en avez l'habitude, Benjamin,
04:28mais il y a une question qu'on se pose du coup, on en est où ?
04:30Justement des réserves.
04:31Imaginons ce conflit, si ce conflit vient à durer encore,
04:34parce que désormais, on est largement au-delà de ce qu'avait annoncé initialement Donald Trump,
04:38et quelque part, plus personne n'écoute.
04:40Quand il dit oui, dans deux, trois jours, etc.,
04:42en fait, voilà, on se dit que ça va durer.
04:44Combien de temps de réserves on a encore devant nous,
04:46du côté de l'Agence internationale de l'énergie,
04:48du côté des pays qui ont aussi leurs propres réserves ?
04:50Alors, on a un vrai sujet là-dessus,
04:51parce qu'en fait, il y a les réserves visibles,
04:53qu'on estime aujourd'hui,
04:55aux alentours de 8,3 milliards de barils dans le monde.
04:59Le problème, c'est qu'en fait, dans ces réserves visibles,
05:01il y a une partie de ce pétrole qui est utile pour que le système fonctionne normalement.
05:06Parce que dans ces réserves visibles, vous avez le pétrole qui est dans les pipelines.
05:09Vous avez le pétrole qui est dans les bateaux,
05:11dont une partie sont bloquées dans le détroit d'Hormuz.
05:14Les grosses citernes que vous voyez où est stocké le pétrole,
05:17il faut savoir que le tuyau pour faire sortir le pétrole de ces grosses citernes,
05:21il n'est pas situé au niveau zéro de la citerne.
05:24Il est situé à peu près 50 cm au-dessus du plancher.
05:26Donc, ça veut dire que vous ne pouvez pas vider complètement ces citernes.
05:29Quand vous mettez tout ça bout à bout,
05:30on estime qu'aux alentours de 8,2 milliards, 8,1 milliards de barils,
05:36on commence à stresser le système.
05:39Et à 7,6 milliards de barils,
05:41niveau sur lequel, au rythme de sortie actuel,
05:45on devrait arriver dans le courant du mois de septembre,
05:47eh bien, on n'aura plus de réserves mobilisables, simplement.
05:51Et donc là, on peut anticiper que le marché,
05:54ayant toujours un peu d'avance, eh bien, quelque part dans le courant de l'été,
05:57les prix du pétrole pourraient monter bien plus fort
06:00si le détroit d'Ormousse n'a pas été réouvert d'ici là.
06:03Antoine ?
06:04Alors, on voit que même techniquement,
06:06la situation est extrêmement compliquée.
06:09On voit que techniquement, en matière financière,
06:12les positions sont prises avec des niveaux et une amplitude assez incalculables,
06:19ou difficilement.
06:20Moi, je me souviens d'un jour d'avril 2020,
06:22où, par des effets techniques totalement dingues,
06:25le prix du pétrole avait terminé en négatif.
06:28Est-ce qu'on peut imaginer, si la situation perdure,
06:31et qu'il arrive des, c'est pas l'expression,
06:34mais des dingueries, comme on peut y assister du point de vue géopolitique,
06:38le prix du pétrole ne se mette pas, je ne sais pas,
06:39explosé à 1 000 dollars le baril,
06:41ou des anomalies de ce genre ?
06:43Est-ce que c'est possible ?
06:44C'est très peu probable,
06:46parce que ce qui avait entraîné des prix négatifs,
06:48c'est qu'à un moment,
06:49la production pétrolière, vous ne l'arrêtez pas en claquant des doigts.
06:52Et donc, à un moment, on s'est retrouvé dans une situation
06:53où les producteurs avaient du pétrole dont ils ne savaient plus quoi faire,
06:57et dont il fallait qu'ils se débarrassent.
06:59C'est pour ça qu'ils étaient prêts à payer les gens
07:01pour qu'ils veuillent bien prendre leur pétrole.
07:03À l'inverse, dans le cas d'une hausse des prix du pétrole,
07:06à un moment,
07:08les acheteurs deviennent rationnels et se disent,
07:10à ce prix-là, ma production n'est plus rentable,
07:13votre voiture n'est plus intéressant,
07:14et donc vous allez détruire de la demande.
07:16Donc, une hausse importante des prix du pétrole est possible,
07:19mais cette hausse, elle aura un plafond.
07:21Alors, est-ce qu'il est à 150, à 200 ou à 250 dollars ?
07:24C'est difficile de le dire.
07:25Mais 1000 dollars me semble être un prix
07:27où on aura, bien avant déjà,
07:30atteint des niveaux de douleur,
07:31des seuils de douleur financière,
07:32qui font que, non, on est plutôt protégé
07:36contre une hausse des cours du pétrole sur ces niveaux-là.
07:39Et parallèlement, quand même, la Chine,
07:41il y a encore des bateaux qui, manifestement, parviennent à.
07:43Franchir le détroit d'Hormuz.
07:44Il y a deux bateaux, il y a deux tankers
07:45qui ont réussi à passer le détroit d'Hormuz, effectivement.
07:47Vers la Chine, voilà, pour approvisionner les Chinois.
07:49On a vu, Donald Trump est allé en Chine il y a quelques jours,
07:53il est peut-être un peu difficile,
07:54dans le contexte actuel pour Donald Trump,
07:56de bloquer les bateaux chinois
07:58que les Iraniens laisseraient passer dans ce détroit.
08:01Et puis, au-delà de ça,
08:02la Chine est dans une situation, aujourd'hui,
08:04qui est beaucoup moins délicate
08:06que la situation européenne, par exemple,
08:07pour deux raisons principales.
08:09La première, c'est que ces dernières années,
08:12on en a déjà parlé ensemble, depuis 2022,
08:14la Chine a énormément accéléré sur la transition énergétique,
08:17donc elle a diminué sa dépendance aux énergies fossiles.
08:19Aujourd'hui, le pétrole ne représente plus que 25%
08:21de la consommation d'énergie en Chine.
08:24Et puis, la deuxième chose,
08:25c'est que la Chine se prépare à ces situations-là,
08:27depuis longtemps, à d'énormes stocks.
08:28Elle avait des stocks officiels de 1,2 milliard de barils,
08:31mais quand vous regardez les stocks aujourd'hui
08:33et la consommation chinoise
08:35et les bateaux qui sont arrivés,
08:36il semble qu'il y ait peut-être des stocks
08:38qu'on ne voyait pas,
08:39peut-être stockés dans des cavernes souterraines,
08:41comme c'est le cas aux États-Unis,
08:43qui a été utilisé parce que les stocks
08:45ne descendent pas au même rythme
08:46à quoi on serait en droit de s'attendre,
08:50compte tenu de leur consommation
08:51et du niveau d'importation qu'ils ont actuellement.
08:53Donc, ils sont prêts
08:53et ils sont capables d'encaisser, entre guillemets,
08:56ces éléments.
08:57Ils ont même approvisionné, il y a quelques jours,
08:59l'Australie en pétrole.
09:00Oui, ils ont même réouvert.
09:01L'Australie est dans une situation
09:02qui est très délicate
09:02parce que peu de gens le savent,
09:04mais l'Australie est par exemple
09:04le premier pays importateur au monde de diesel.
09:08Et aujourd'hui, le problème qui se pose,
09:10il est, je dirais, moins sur le pétrole
09:12que sur les produits raffinés
09:13et en particulier sur le diesel
09:15et sur le kérosène
09:17qui sont les carburants
09:18des moyens de transport des marchandises.
09:20Le diesel, c'est pour les bateaux,
09:22c'est pour les camions,
09:25le kérosène, c'est pour les avions
09:26et tout ça fait le mouvement des marchandises
09:29et donc fait l'économie mondiale
09:30et donc la contrainte sur le diesel
09:31est un vrai sujet aujourd'hui.
09:32Il y a une option, un scénario
09:34qu'on n'a pas évoqué,
09:34c'est imaginons d'un claquement de doigts,
09:36tout rouvre et la paix est signée demain matin.
09:38Dans ce cas,
09:39les cours du pétrole s'effondreraient-ils ?
09:41Alors, ils rebaisseraient, c'est une certitude.
09:44Ils ne retrouveraient sans doute pas
09:45leur niveau d'avant-crise
09:46pour deux raisons.
09:48La première, c'est que même si tout rouvre demain matin,
09:51on peut imaginer quand même
09:52un certain nombre de séquelles
09:54et une certaine timidité
09:57d'un certain nombre d'exportateurs de pétrole
09:59dans un premier temps.
10:00La deuxième raison, surtout majeure,
10:02c'est qu'un certain nombre d'infrastructures
10:04ont été endommagées,
10:05un certain nombre de puits de pétrole ont été arrêtés,
10:07il va falloir les redémarrer.
10:08Et donc, c'est le patron d'Aramco,
10:10quand il a présenté,
10:11donc la compagnie nationale saoudienne,
10:13quand il a présenté ses résultats
10:14il y a quelques jours,
10:15qui expliquait que dans le meilleur des cas,
10:17si la crise s'arrêtait demain,
10:19on en aurait jusqu'à la fin 2026
10:20avant de revenir à un trafic à peu près normal.
10:23Donc, on aura des prix
10:24qui resteront durablement plus élevés.
10:25Puis il y a une autre raison,
10:26c'est que malgré tout,
10:28ce genre de crise amène beaucoup de pays
10:31à faire des stocks de précautions.
10:34Et donc, il n'est pas impossible
10:35qu'il y ait des personnes
10:37qui profitent de cette nouvelle baisse du pétrole
10:38pour reconstituer un petit peu leurs stocks.
10:40Et puis, il va falloir aussi
10:41que les grands États
10:42qui ont libéré les stocks stratégiques
10:43reconstituent leurs stocks.
10:44Les stocks américains
10:45ne sont pas arrivés au niveau de 2022
10:46quand il y a eu la crise russe,
10:49mais ils sont sur des niveaux très bas
10:51et ils se vident à vitesse grand V.
10:52Donc, il va falloir à un moment
10:55remplir ces stocks à nouveau
10:56pour le cas où il y aurait une nouvelle crise
10:58qui apparaîtrait dans les années qui viennent.
10:59Benjamin Louvet,
11:00Offi Investa.
11:01Merci beaucoup, Benjamin.
11:02C'est le pétrole clair comme de l'eau de roche.
11:04On arrive à décrypter un peu ce marché
11:06grâce à vous régulièrement.
11:07Merci.
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