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  • il y a 13 heures
Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, était l’invité du Face-à-Face de ce mercredi 20 mai sur BFMTV et RMC.

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Transcription
00:01– Vous êtes bien sur RMC et BFM TV, bonjour Bruno Le Maire.
00:05– Bonjour, à peu près de la manière.
00:06– Merci de répondre à mes questions ce matin, ça faisait un petit bout de temps que je ne vous
00:08avais vu.
00:09Vous revenez avec ce livre, Le temps d'une décision, c'est aux éditions Gallimard.
00:14Vous avez évidemment été à la tête de Bercy pendant 7 ans.
00:19Et dans ce livre, il y a quelque chose d'assez douloureux,
00:21qui est de voir que la décision politique, quand on y reviendra,
00:25vous apparaît de plus en plus difficile à prendre, avec évidemment une question.
00:28Dans ce cas, si ce n'est pas les politiques qui décident, qui décide de notre sort ?
00:32Je vous poserai évidemment la question, mais j'ai regardé les chiffres ce matin.
00:35La situation, honnêtement, est très mauvaise.
00:38La dette, vous connaissez, on va y revenir, ça vous colle à la peau, cette fameuse étiquette.
00:41L'homme aux 1000 milliards de dettes, vous vous en défendez, vous nous le direz dans un instant.
00:46Mais ce matin, les taux d'intérêt auxquels la France emprunte sur les marchés
00:52passent au-dessus des 4%. C'est du jamais vu depuis 2009.
00:55Aux Etats-Unis, ces taux sont aussi au plus haut depuis 2007.
00:59Est-ce qu'on est dans une zone de danger ?
01:01On est face à un risque de choc économique et financier majeur dans les mois qui viennent.
01:06Si la crise dans le détroit d'Hormuz se poursuit,
01:11cette envolée des taux est directement liée à l'augmentation des prix du pétrole,
01:15qui est liée au blocage du détroit d'Hormuz.
01:17Donc soit il y a une solution diplomatique que je souhaite dans les semaines qui viennent,
01:23et tout cela se dégonflera et s'apaisera.
01:26Soit à l'inverse, la crise se poursuit, ce qui n'est évidemment pas souhaitable.
01:30Cela provoquera à nouveau une augmentation des prix du pétrole,
01:34une augmentation des prix de l'alimentation,
01:37un risque de crise alimentaire aussi, puisque vous avez une augmentation très forte
01:41du prix des intrants, et à terme, de vraies difficultés économiques.
01:47Cela se traduit par une envolée des taux qui pèse évidemment sur la charge de la dette,
01:51ce qu'on a à payer chaque année pour la charge de la dette.
01:53Cela veut dire qu'on est dans une spirale ?
01:55Cela veut dire que nous sommes face à un risque de choc économique et financier majeur.
02:00Mais je pense que tous nos compatriotes ont parfaitement conscience de cela.
02:03Au-delà de ce choc économique et financier possible,
02:06vous avez aujourd'hui un risque industriel, j'en parle beaucoup dans mon livre,
02:10en montrant les surcapacités chinoises, la détermination de la Chine
02:14à être le premier producteur industriel mondial, le premier producteur technologique,
02:18si l'Europe ne réagit pas très rapidement pour protéger nos frontières,
02:24pour mettre en place des tarifs contre les biens industriels chinois,
02:28pour assumer une vraie préférence européenne,
02:30pas une préférence européenne qui est étendue au Canada et à tous les partenaires commerciaux de l'Europe.
02:34C'est le cas aujourd'hui, il faut quand même le dire, il y a une logique totalement folle.
02:38Je recevais ce matin l'un des spécialistes de cette entreprise qui ne verra pas le jour,
02:41à fausse-sur-mer, ça devait être 3000 emplois, une entreprise de panneaux solaires,
02:45qui meurt notamment de ses décisions européennes de ne pas assumer un fabriqué en Europe,
02:51parce que le label fabriqué en Europe, il pourrait être donné par exemple à des panneaux solaires
02:55qui sont faits au Vietnam.
02:56Mais c'est totalement révoltant.
02:57Ce qui a été décidé par la Commission européenne,
03:00cette fausse préférence européenne qui est élargie à tous les partenaires commerciaux européens.
03:05C'est comme si la Chine ou les Etats-Unis disaient,
03:07nous on défend nos produits industriels chinois ou américains,
03:10mais comme on a un accord commercial avec l'Europe, l'Europe pourra en bénéficier.
03:13Mais jamais la Chine, jamais les Etats-Unis ne feraient ça.
03:17Qu'est-ce qu'on attend pour se réveiller, pour assumer une vraie préférence européenne,
03:21une vraie protection à nos frontières avec des tarifs douaniers ?
03:24Est-ce qu'il faut assumer le protectionnisme ?
03:26Bien sûr, mais la personne que vous avez en face de vous,
03:29non seulement l'a assumée, mais l'a décidée.
03:32Nous avons été les premiers à obtenir qu'il y ait des tarifs douaniers
03:35qui soient mis en place pour compenser les subventions
03:38que la Chine a versées aux véhicules électriques chinois.
03:42Ces tarifs sont encore insuffisants, il faut les élever,
03:45il faut assumer une vraie préférence européenne
03:48réservée à l'Europe, au continent européen et aux entreprises européennes,
03:52et il faut utiliser le levier des marchés publics
03:54pour privilégier la production européenne.
03:56Et pardon, j'aimerais bien comprendre quand même,
03:57c'est-à-dire que l'Europe s'est devenue un frein ?
03:59Mais ce n'est pas un frein, c'est un de nos outils majeurs.
04:02Oui, enfin là, ce que vous êtes en train de décrire,
04:03c'est quand même une situation oubluesque.
04:05Il faut juste opérer une véritable révolution idéologique
04:08pour comprendre que le modèle, et c'est là aussi ce que je défends dans le livre,
04:13le modèle sur lequel nous vivons depuis 1957,
04:16le libre-échange, l'ouverture de nos frontières,
04:19le doux commerce...
04:20C'est fini.
04:21C'est fini.
04:22Mais c'est pas assumé.
04:23Et c'est d'ailleurs ce que vous dites.
04:24Vous dites, on est...
04:26Vous racontez qu'on est un peu au milieu du guet.
04:28En fait, on n'est plus dans le modèle d'avant,
04:30mais on n'a pas non plus assumé que les choses avaient changé,
04:32et donc on est les dindons de la farce.
04:32Vous avez tout à fait raison, c'est la bonne expression,
04:34et donc vous êtes au milieu du guet, en général,
04:36vous êtes au milieu des courants,
04:37et vous êtes balottés de ci, de là.
04:39Le rôle d'un responsable politique aujourd'hui, plus que jamais,
04:42face à une inquiétude considérable de nos compatriotes,
04:45que je comprends, sur l'industrie, sur l'économie, sur l'emploi,
04:49c'est de se projeter à 25 ans et de se dire,
04:51est-ce qu'on peut réussir ?
04:53Ma réponse est oui.
04:54Comment pouvons-nous réussir ?
04:56En changeant de modèle et en refondant complètement
04:59le modèle économique français et le modèle économique européen.
05:03Et la refondation du modèle européen,
05:04c'est tout simplement assumer,
05:06de jouer avec les mêmes règles que les Américains
05:08et les mêmes règles que les Chinois,
05:09on défend nos intérêts économiques bec et ongle,
05:12avec de la protection, de la préférence européenne
05:15et des marchés publics qui sont réservés aux produits européens.
05:19En priorité pour nous, Bruno Le Maire,
05:21demain Sébastien Lecornu va tenir une conférence de presse,
05:25avec notamment la question des aides ou non,
05:27vous le disiez,
05:28on va au-devant potentiellement d'un véritable choc économique,
05:32il y a déjà une forme de choc pétrolier,
05:36avec les prix à la pompe qui continuent à monter,
05:40qui sont repartis à la hausse.
05:41Est-ce qu'il faut aider ou est-ce qu'il faut taxer ?
05:44Taxer, c'est un mot que j'essaie de retirer de mon vocabulaire.
05:47Quand j'étais ministre des Finances,
05:49nous n'avons jamais augmenté les impôts,
05:51nous avons garanti une stabilité fiscale
05:53qui est indispensable pour les ménages
05:56comme pour les entreprises.
05:58Parce que vous n'avez pas non plus beaucoup baissé les dépenses.
06:00On n'a sans doute pas suffisamment baissé les dépenses,
06:04mais nous avons garanti cette stabilité fiscale
06:07qui a donné quoi comme résultat pour une de malherbe ?
06:092,5 millions d'emplois créés,
06:11120 000 emplois industriels,
06:13de la croissance,
06:14une attractivité financière qui faisait de nous
06:17le pays le plus attractif.
06:18Mais comment vous expliquez alors qu'on soit reparti
06:20au-dessus des 8% de chômage ?
06:21Parce que nous avons changé de politique.
06:23C'est aussi simple que cela.
06:25Notre politique économique de 2017 à 2024,
06:27elle a marché.
06:28On peut tout contester,
06:30on peut critiquer ce qui a été fait sur les finances publiques,
06:33sur la dette.
06:33Il y a plein de choses qu'on peut critiquer,
06:34c'est la démocratie.
06:35Et la critique est toujours bonne à prendre.
06:38Mais ce que je crois profondément,
06:40c'est que la politique que nous avons engagée
06:42en matière économique en 2017,
06:44soutenir les entreprises,
06:46donner la visibilité fiscale,
06:47soutenir l'industrie, l'industrie, l'industrie,
06:49c'est-à-dire de la création de valeurs
06:51sur notre territoire,
06:52le bilan au bout de 5 ans,
06:54c'était de l'emploi,
06:57quasiment le plein emploi,
06:58des usines qui rouvraient,
07:00de nouvelles filières industrielles
07:01comme les batteries électriques à Dunkerque
07:03et une France qui faisait rêver
07:04tous les investisseurs.
07:06Ça a été abandonné, cette politique.
07:07On a augmenté l'impôt sur les sociétés,
07:09on a fait une surtaxe à l'IS,
07:11on a abandonné la baisse des impôts de production.
07:13Le résultat, il est inéluctable.
07:15Vous changez de politique,
07:16vous perdez vos résultats.
07:17Il restera quoi ?
07:19Il restera quoi du macronisme ?
07:21Ça, ce sera aux historiens de juger.
07:23Je suis acteur politique,
07:25je ne suis pas historien.
07:27Vous l'êtes encore ?
07:27Vous définiriez encore votre rôle
07:29aujourd'hui comme acteur politique ?
07:30Bien sûr, je suis un acteur de la vie publique.
07:32J'essaye de porter ce que peut être
07:35demain la France, l'Europe,
07:37ouvrir des perspectives,
07:39poser des débats
07:40pour que les prochaines échéances soient réussies.
07:43Si nous voulons que les prochaines échéances électorales soient réussies,
07:46il ne faut pas que cette prochaine élection présidentielle
07:49soit une élection par défaut.
07:51Le sujet, ce n'est pas d'ériger des digues
07:55contre les extrêmes,
07:56c'est d'ouvrir un chemin pour les Français.
07:59Ça ne doit pas être une élection contre,
08:01ça doit être une élection pour.
08:03Ça ne doit pas être une élection par défaut,
08:04ça doit être une élection d'ambition
08:06pour un peuple et pour un pays
08:07qui a tout pour réussir.
08:08Vous avez dit d'ailleurs, Bruno Le Maire,
08:10que vous n'étiez pas candidat à la présidentielle,
08:12et que ce n'était pas cette logique-là.
08:13Pourquoi vous avez écrit ce livre, du coup ?
08:15Pour dire aux Français,
08:17voilà où nous en sommes,
08:18voilà le monde dans lequel nous sommes.
08:20Je discute beaucoup avec mes enfants,
08:22j'ai quatre enfants.
08:23Parfois, ils me posent la question,
08:24mais c'est quoi le monde actuel ?
08:26Pour le faire comprendre,
08:27j'ai voulu dans ce livre dire,
08:28regardez le monde actuel.
08:30Vous avez quelqu'un, il s'appelle Trump,
08:31il dirige les États-Unis d'Amérique,
08:32voilà comment il est,
08:33voilà comment il négocie.
08:34Vous racontez, vous racontez les coulisses,
08:35vous racontez les coulisses des G7.
08:37Vous avez Xi Jinping, le président chinois,
08:38vous voulez savoir comment il décide,
08:39vous voulez savoir comment il se comporte
08:40lors d'un G20,
08:42vous voulez savoir comment est-ce qu'il discute
08:43avec un président de la République.
08:45Ouvrez mon livre et regardez comment ça se décide.
08:47Vous racontez plus Trump que Macron d'ailleurs.
08:48C'est quoi ?
08:49C'est parce que vous vous dites
08:49je ne veux pas tirer sur une ambulance ?
08:50C'est parce que les Français connaissent bien Emmanuel Macron,
08:52ils connaissent peut-être moins bien Donald Trump.
08:55Et j'ai eu l'occasion de discuter,
08:57d'échanger à plusieurs reprises avec lui.
08:58Je pense que c'est très important
09:00que les Français comprennent
09:01la dérive des États-Unis d'Amérique.
09:03Et à quel point il est devenu donc urgent maintenant
09:05de nous séparer des États-Unis d'Amérique.
09:07Pourquoi vous le protégez Emmanuel Macron ?
09:09Pourtant, on s'en souvient,
09:11il y a eu des moments où pour vous,
09:12alors que vous estimiez que les choses allaient très mal,
09:16qu'il fallait par exemple revoir le budget,
09:18il ne vous a pas écouté.
09:20Est-ce qu'aujourd'hui, pourquoi vous le protégez ?
09:24J'entends beaucoup de critiques
09:26sur le président de la République.
09:28Il y a deux raisons qui font que
09:30je refuse de m'inscrire dans cette logique
09:33de critique systématique du président de la République.
09:36La première, elle est très simple.
09:38C'est que quand on a travaillé pendant sept ans
09:41comme ministre des Finances
09:42avec un président de la République,
09:45la plus élémentaire des dignités,
09:47c'est de reconnaître ce qu'on lui doit.
09:50Bien sûr qu'il est différent.
09:51C'est pas parti de ces ingrats, on reproche beaucoup à Gabriel Attal.
09:53Il y a une deuxième raison, vous savez.
09:56J'en vois beaucoup qui veulent tuer le père.
10:01Moi, j'ai une chance, c'est qu'Emmanuel Macron
10:02n'est pas mon père en politique.
10:04Je suis né en politique avant Emmanuel Macron,
10:07très précisément avec Jacques Chirac.
10:09Je me suis engagé en politique pour Jacques Chirac,
10:11avec Jacques Chirac,
10:13au moment de la crise en Irak en 2003.
10:16Donc j'ai pas besoin de tuer le père.
10:18Mon père en politique, c'est Jacques Chirac,
10:20ce n'est pas Emmanuel Macron.
10:21Mais je le redis, il y a une question aussi de dignité.
10:24Vous avez servi pendant sept ans.
10:25Vous trouvez ça indi, ceux qui aujourd'hui en font...
10:27Mais chacun est libre.
10:29Comme dans un pays libre.
10:30Mais pardon, vous soutiendrez...
10:30Et rien n'est plus important pour moi que la liberté.
10:32Vous allez vous engager, vous l'avez dit.
10:33Je suis un acteur politique.
10:35Vous soutiendrez qui ?
10:36Et je rajoute un argument qui est important.
10:39Allez-y.
10:39A force d'accabler un homme,
10:41on ne voit pas que le véritable problème,
10:43c'est que le modèle français est devenu un anti-modèle.
10:47Ce modèle dans lequel la production
10:49est délaissée au profit de la consommation.
10:52Ce modèle dans lequel le travail est plus taxé que tout.
10:55Ce qui décourage tous ceux qui travaillent,
10:57tous ceux qui ont un salaire.
10:59Ce modèle dans lequel on ne sait plus qui dirige quoi.
11:01Il y a une confusion complète des responsabilités.
11:04Ce modèle, il doit être transformé.
11:05Je le redis, il faut une refondation.
11:07Je vous reposerai la question de savoir qui vous soutenez.
11:09Mais quand vous dites, on ne sait plus qui dirige quoi,
11:12on ne sait plus non plus,
11:13et c'est vraiment aussi le cœur de votre livre,
11:15qui décide et comment les décisions sont prises.
11:19Qui décide ?
11:20Qui décide ?
11:21La réponse que j'apporte dans mon livre, elle est simple.
11:23Les régimes autoritaires,
11:24Donald Trump, Xi Jinping, Vladimir Poutine.
11:28Et chez lui ensuite ?
11:29Les géants de la tech,
11:30qui ont une influence considérable.
11:32Et là aussi, si l'Europe n'est pas capable de créer
11:34ses propres géants de la tech,
11:35ses propres semi-conducteurs,
11:37je travaille aujourd'hui pour une entreprise de semi-conducteurs,
11:39sa propre intelligence artificielle,
11:41ses propres stockages de données,
11:43de toute façon,
11:44nous serons une colonie numérique des États-Unis et de la Chine.
11:48Donc si nous voulons décider par nous-mêmes,
11:49il faut mener la bataille technologique.
11:52Écoutez ce qu'a dit Arthur Mench,
11:54le patron de Mistral,
11:55à la Commission des Affaires Économiques.
11:57Il a fait un constat désastreux sur la situation et les bâtons dans les roues
12:01qu'on met en France et en Europe.
12:02Si je pouvais prendre maintenant mon rôle de conseiller de l'entreprise ASML,
12:08la plus grande entreprise de tech en Europe,
12:10pour laquelle je travaille depuis deux ans,
12:11je reprendrai mot pour mot ce qu'a dit Arthur Mench.
12:14Dites-le.
12:14Nous faisons tout pour torpiller les technologies européennes et françaises
12:19en étant incapables de mettre l'innovation avant la régulation,
12:23en ne prenant pas les risques nécessaires
12:25et en n'ayant pas le courage d'investir de la dette en commun.
12:28J'ai fait de la dette en commun pour protéger nos compatriotes face à la crise du Covid.
12:32Il est indispensable de faire de la dette en commun demain
12:35pour financer l'innovation, la lutte contre le changement climatique et la défense.
12:38Mais avouez que c'est assez coca de l'entendre de votre part.
12:40Ce n'est pas coca, je l'ai fait.
12:42Vous avez fait.
12:43Non mais à brune de malherbe, ce n'est pas cocasse, je l'ai fait.
12:46Mais les choix fondamentaux, Bruno Le Maire, dans votre livre,
12:48vous dites qu'il faut changer de modèle, il faut changer d'organisation.
12:51Mais ça, vous ne l'avez pas fait.
12:52Mais j'étais ministre des Finances, j'étais ni Premier ministre ni Président de la République.
12:55Oui, mais ça, j'ai pu me dire, non mais moi, ça, ce n'était pas moi, c'était Macron.
12:57Mais j'assume toutes mes responsabilités sur la dette.
13:02Toutes mes responsabilités sur les choix économiques que nous avons faits
13:05et sur les résultats qu'ils ont donnés.
13:06Vous avez entendu le constat de François Villeroy de Gallo.
13:09François Villeroy de Gallo, qui, juste avant de quitter son poste de gouverneur de la Banque de France,
13:13dit, au fond, le drame aussi de notre pays, c'est que, par exemple,
13:15on n'a jamais osé faire les vrais choix parce que c'est une gérontocratie
13:18qu'on a choisi toujours de protéger les plus âgés, la retraite,
13:23qu'on n'a pas fait le choix d'innovation, qu'on n'a pas fait le choix des jeunes.
13:26Ça, vous étiez aux manettes là-dessus ?
13:27Mais nous avons fait des choix fondamentaux.
13:28Quand, en 2017, on fait les choix fiscaux qui ont été les nôtres,
13:32baisser l'impôt sur les sociétés, faire une flat tax à 30%,
13:36baisser l'impôt sur les ménages, c'est des choix fondamentaux.
13:39Quand nous décidons de réformer l'assurance chômage,
13:43c'est un choix absolument fondamental.
13:45Quand nous relançons l'apprentissage, c'est un choix fondamental.
13:48Quand nous mettons en place le produit d'épargne-retraite,
13:51c'est moi qui l'ai créé.
13:5213 millions aujourd'hui de souscripteurs,
13:54150 milliards d'économiques ont été faites,
13:57c'est le début d'une retraite par capitalisation.
13:59C'est un choix que j'ai fait.
14:00Donc nous avons fait des choix fondamentaux.
14:02Est-ce qu'ils sont suffisants ? Non.
14:05Parce que maintenant, nous devons passer à une véritable refondation
14:09sur des bases qui soient plus saines de notre modèle éducatif,
14:12de santé, de production et économique.
14:15Je mentionnais la Banque de France à l'instant.
14:18Un mot parce que c'est aujourd'hui qu'Emmanuel Moulin devra convaincre
14:22aussi notamment les parlementaires de pouvoir devenir
14:25le futur gouverneur de la Banque de France.
14:28Dans votre livre, vous en parlez comme d'un ami.
14:30C'était l'ancien secrétaire général de l'Elysée.
14:32Mais il a d'abord travaillé dans votre cabinet, Bruno Le Maire.
14:35Vous trouvez que c'est un bon choix ?
14:36Vous trouvez que c'est le bon moment ?
14:38Je trouve que c'est un très bon choix.
14:40C'est le bon moment.
14:40De toute façon, il s'impose à nous.
14:41Puisque le gouverneur actuel, François Ville-Loire de Gallo,
14:44à qui je rends hommage et qui a fait un super job,
14:46a décidé de servir dans le domaine social.
14:49C'est tout à son honneur.
14:50Il faut le remplacer.
14:51Auprès des orphelins d'Auteuil.
14:52Et Emmanuel Moulin est à mes yeux un homme
14:55qui a rempli toutes les conditions
14:56pour être un très bon gouverneur de la Banque de France.
14:58Emmanuel Moulin à la Banque de France.
14:59C'est les parlementaires qui le décident.
15:00Oui.
15:01Enfin, il décide.
15:03Il valide ou il ne valide pas.
15:04Il décide quand même.
15:05Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes.
15:07Emmanuel Moulin à la Banque de France.
15:08Vous n'avez pas voulu, vous n'avez pas souhaité
15:11ou vous n'avez pas pu ?
15:12Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de cette idée
15:14de basculer à la tête de grandes institutions ?
15:16Vous n'auriez pas voulu, vous ?
15:17Non.
15:18Moi, je suis attaché plus que tout à ma liberté.
15:21Et je considère que quand vous avez servi,
15:23à un moment donné, il est bon d'aller voir autre chose.
15:25J'ai démissionné de la haute fonction publique.
15:27Je dis dans mon livre qu'il faut mettre fin
15:29à la monarchie technocratique.
15:30C'est-à-dire, tous ces gens qui pensent savoir
15:32mieux que personne ce qui est bon pour le pays,
15:35mais qui refusent d'écouter le peuple français.
15:37La refondation, c'est aussi une refondation politique
15:40dont le principe de base sera d'écouter
15:43et de consulter les Français.
15:44Ça fait 20 ans après une de malheur.
15:45Consulter les Français, ça veut dire quoi ?
15:46Ça fait 20 ans qu'il n'y a pas eu un référendum en France.
15:49Et si nous avions des résultats extraordinaires,
15:51si nous avions le plein emploi, l'industrie carréable...
15:54Mais je suis pour une pratique très régulière du référendum,
15:57au niveau national comme au niveau local,
15:59y compris avec l'initiative citoyenne,
16:01pour que le peuple puisse participer
16:04à la définition de son destin.
16:06La logique sur laquelle nous vivons depuis des décennies,
16:08où il y a des gens qui vous disent
16:09« Je sais mieux que vous ce qui est bon pour vous.
16:11Je vais décider.
16:12Je suis la raison et vous, vous êtes l'ignorance. »
16:15C'est devenu insupportable.
16:17Et ça crée une fracture morale
16:20entre les dirigeants politiques
16:21et le peuple français.
16:23Le premier enjeu des années qui viennent
16:25va être de résorber cette fracture morale
16:28entre le peuple français et ses dirigeants politiques.
16:32Et pour moi, la seule façon de la résorber,
16:33c'est de redonner la parole au peuple,
16:35de les consulter.
16:36Parce que le peuple sait ce qui est bon,
16:39sait ce qui est nécessaire.
16:40Il faut parier toujours, toujours sur son intelligence.
16:43Il faut beaucoup aimer les Français
16:44et il faut leur faire beaucoup confiance.
16:46Vous êtes finalement quand même assez optimiste.
16:49Certains disent que le deuxième tour,
16:51ce sera RN, LFI, les deux extrêmes.
16:54Est-ce que c'est le même péril ?
16:56Est-ce que vous imaginez ça, cette situation ?
16:58Je ne crois pas du tout.
17:00Ensuite, pour moi, il n'y a pas de moindre mal.
17:02Ce sont deux mots.
17:03Je rappelle qu'en 2024,
17:04quand il y a eu une action législative,
17:05tout le monde s'est précipité pour dire
17:06« Il faut voter LFI contre le RN. »
17:09Moi, j'ai refusé ce choix.
17:11J'ai dit « On ne fait pas le choix du moindre mal. »
17:13Quand on aime profondément son pays,
17:14qu'on aime profondément les Français,
17:15les deux sont des périls à égalité.
17:18Bien sûr, les deux sont des dangers.
17:19Donc j'ai refusé en 2024,
17:20et j'assume cette position politique,
17:22d'avoir refusé d'appeler à voter pour la France insoumise.
17:25Car c'est un danger pour le pays.
17:27C'est le communautarisme, c'est la division
17:29et c'est un antisémitisme larvé
17:31qui est contraire à notre culture nationale.
17:33Mais j'ai la conviction profonde
17:35que si nous savons changer totalement
17:37nos pratiques politiques,
17:38refonder ce qu'est la démocratie française
17:41sur la base du peuple,
17:42d'une simplification de l'organisation,
17:45tout est possible en bien pour le pays.
17:47Vous avez commencé, comme vous le dites,
17:49avec Jacques Chirac.
17:51Vous savez aussi que c'est une question d'incarnation.
17:53Qui vous soutiendrait ?
17:54C'est beaucoup trop tôt pour savoir qui soutenir.
17:56Vous voyez bien que les idées ne sont même pas posées.
17:57Qui, aujourd'hui, défend, comme je le fais,
17:59une refondation complète de notre modèle politique ?
18:02Simplifier l'organisation,
18:04supprimer le département
18:05pour qu'il fusionne avec les régions,
18:06savoir qui fait quoi
18:07et qui est responsable de quoi,
18:09avoir un président qui préside
18:10et un Premier ministre qui gouverne,
18:12avoir dix ministres définit la Constitution
18:14et pas un de plus,
18:16avoir un Parlement qui, pour 50% vote des lois
18:18et qui, pour 50% contrôle,
18:21parce que ce que je constate,
18:22c'est qu'on a dit qu'on allait mettre fin
18:24à l'inflation normative.
18:25Regardez les derniers chiffres qui sont tombés.
18:26Il n'y a jamais eu autant de normes.
18:28Donc là aussi, consultons le peuple français.
18:30Prenons le code de la construction,
18:33le code de l'environnement,
18:34le code du travail.
18:35Simplifions-les en six mois
18:36et les nouveaux codes simplifiés,
18:37vous les soumettez
18:38à référendum des Français.
18:40C'est comme ça que vous refondrez le film.
18:42Ça, ça fait un programme.
18:42Merci Bruno Le Maire
18:43d'avoir répondu à mes questions ce matin.
18:45Le temps d'une décision,
18:46votre récit et vos solutions,
18:48c'est chez Gallimard.
18:49Il est 8h47 sur AMC BFM TV.
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