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  • il y a 6 minutes
Ce lundi 30 mars, Emmanuel Sales, président de la Financière de la Cité, s'est penché sur la conséquence de la crise énergétique sur l'Europe, le record historique de TotalEnergies en Bourse, et la forte volatilité sur le cours du pétrole dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00Et qui vient nous rejoindre sur le plateau ? Emmanuel Salle de la Financière de la Cité.
00:03Emmanuel, bonjour.
00:04Bonjour Antoine.
00:06Vous êtes arrivé avec un verdict, évidemment il est irrévocable et vous l'assumez totalement.
00:10Je l'assume entièrement.
00:11Parfait, lequel est-il ?
00:13Je pense que l'Europe sera la principale victime de la crise énergétique.
00:19Bon, j'allais dire vous prenez pas trop de risques.
00:23On serait d'excellents producteurs de pétrole, oui effectivement il y aurait de quoi challenger un petit peu la chose.
00:30Mais plus que les pays émergents ?
00:32Plus que les pays émergents, parce que ce que je crains en Europe, c'est la répétition de ce que
00:37nous avons connu en 2022,
00:40avec l'intervention russe en Ukraine, et également en 2008 avec la hausse vertigineuse du prix du pétrole,
00:46auquel nous avons répondu dans les deux cas par une hausse des taux d'intérêt.
00:51Et la différence c'est qu'aujourd'hui, en plus de la hausse de taux d'intérêt, on a la
00:54déflation chinoise.
00:55Autrement dit, pour l'Europe, c'est la triple peine.
00:57A la fois la hausse de l'énergie, la remontée des taux d'intérêt, et la déflation chinoise.
01:03Alors tout ça dans un environnement où la croissance n'est pas fameuse,
01:06et c'est la grande différence d'ailleurs avec les années 70, puisqu'on les évoque souvent.
01:10Dans les années 70, on a un double choc pétrolier.
01:13On a eu 74 et puis ensuite 79.
01:16Là on a eu 2022 et maintenant 2026.
01:19La différence c'est que dans les années 70, on avait 10% de croissance, on était en situation de
01:23plein emploi.
01:24Là on a une croissance à tonnes, d'ailleurs certains semblent s'en féliciter, et à peu près 8%
01:29de chômage.
01:31Donc la situation n'est pas tout à fait la même.
01:34Et on peut regretter dans ces conditions que la BCE, dans un réflexe quasi unanime et presque pavlovien,
01:40décide de remonter ses taux d'intérêt, comme les marchés d'ailleurs le prévoient d'ores et déjà.
01:45Alors qu'en pareilles circonstances, la prudence et même la doctrine économique exigent plutôt d'attendre
01:52et de passer outre dans la mesure où la hausse des prix de l'énergie contient en elle-même sa
01:58correction
01:58par la réduction de l'investissement et de la consommation à la fois des consommateurs et des producteurs bien évidemment.
02:04Oui, et d'ailleurs en cela vous rejoignez un petit peu les propos de Friedrich Merz, tout à l'heure
02:10le chancelier allemand,
02:11qui dit « tendez, on est dans un choc énergétique et économique qui nous ramène à la période Covid ».
02:16Il dit « on n'a jamais vu ça ». On voit Christine Lagarde dire « le marché est en
02:20train de complètement se tromper
02:22et n'a pas idée du mur vers lequel on se dirige ».
02:24On voit qu'il y a quand même des responsables européens qui mettent en garde et qui sont en train
02:30de dire
02:30qu'il y a même peut-être de la complaisance du côté des marchés.
02:34Il y a certainement de la complaisance du côté des marchés.
02:35Ce que l'on peut regretter c'est que certains de ces responsables jouent le rôle de pompiers pyromanes
02:39et contribuent eux-mêmes à l'attention sur les coûts, sur les prix, sur les conditions de financement.
02:44Oui, parce que paradoxalement Christine Lagarde, elle dit parallèlement
02:48« j'ai le doigt sur le bouton et je les monte quand je veux les taux ».
02:51Elle essaie à déjà monter en pratique.
02:52Ces discours ont fait que les taux ont déjà corrigé très fortement.
02:55Vous avez aujourd'hui des taux longs en France qui sont à près de 4%
02:58avec une économie qui tourne à 0,8%, vous faites rapidement le calcul,
03:02personne qui voudrait investir en Europe et particulièrement en France dans ces conditions.
03:07Et les marchés prévoient d'ores et déjà au moins 3, entre 2 et 3 hausses de taux d'intérêt
03:12en zone euro.
03:13Donc je dirais que le mal est déjà fait sur les marchés,
03:15comme on le voit d'ailleurs sur la hausse des taux d'intérêt,
03:17à la fois les taux nominaux mais également les marchés du crédit.
03:20Donc oui, on va se prendre le mur de face en Europe.
03:24Et j'ajoute un dernier point, c'est que ce matin, M. Merz a signalé
03:28qu'il fallait absolument nouer un partenariat stratégique avec la Chine.
03:31Il y a quelques années, l'Union européenne avait décidé de qualifier la Chine de rival stratégique.
03:38Aujourd'hui, on voit bien que l'Allemagne cherche à tirer son épingle du jeu
03:41en relançant ses exportations chinoises vers la Chine.
03:46Donc pour l'Europe, la situation n'est vraiment pas la meilleure.
03:49On peut considérer aujourd'hui que l'Europe est vraiment au cœur des difficultés
03:53qui risquent de se présenter, à moins qu'un sursaut se passe,
03:57soit du côté de la Banque centrale, comme ça avait été le cas avec la crise de la zone euro.
04:01Mais il a fallu attendre la nomination de Mario Draghi.
04:05Après quand même quatre ans où la BCE avait conservé ses taux très élevés,
04:10alors même que le pétrole poursuivait sa hausse.
04:14Donc bon, on verra.
04:16On verra.
04:18Il y a également quelque chose qui peut paraître étonnant,
04:21c'est que souvent on dit, voilà, le pétrole monte, les pétroliers montent.
04:27Bon, ce n'est pas si facile que ça et ce n'est pas si diamétral que ça.
04:33Même chose pour les miniers.
04:34Ce n'est pas parce que le cours des minerais de base augmente
04:38que les miniers vont voir leur valorisation boursière s'envoler.
04:42Et pourtant, on a quand même Total qui est au plus haut historique.
04:46Bon, c'est...
04:47Voilà, on reste dans le domaine de Winner Tech Soul.
04:51Alors, vous avez raison.
04:52Pour Total, j'ai le sentiment, d'après ce que dit la presse spécialisée,
04:56l'entreprise avait constitué des positions longues,
04:59des positions à terme très importantes sur le pétrole,
05:01et notamment sur le pétrole produit ou extrait dans la région du golfe Persique.
05:05Donc, pour Total, c'est une excellente position finalement à terme
05:09où l'entreprise est à la fois longue, comme nous disons sur nos marchés, sur le pétrole,
05:15et dans une situation où la livraison physique du bien elle-même est contrainte.
05:20Maintenant, vous avez tout à fait raison.
05:21La relation entre les entreprises prétolières et le cours du pétrole
05:24ou les entreprises minières et le cours d'une matière extraite n'est pas linéaire,
05:28puisque cela dépend à la fois du cours, bien évidemment,
05:32auquel s'échange la matière ou l'énergie,
05:34mais également des coûts de production.
05:36Et donc, là, on le sait très bien qu'aujourd'hui,
05:39pour certains producteurs de métaux industriels,
05:42ils anticipent un ralentissement de l'activité.
05:44Donc, le ralentissement de l'activité risque de peser sur les prix.
05:48Et donc, dans ces cas-là, ces sociétés ne vont pas nécessairement bénéficier
05:52de l'effet de goulets d'étranglement, si je puis dire,
05:54qui pourraient jouer sur leur activité.
05:57Il en est de même pour les pétrolières.
05:58Ce que l'on note également, c'est finalement le rôle de la géographie.
06:02Les entreprises pétrolières et les parapétrolières qui sont situées aux Etats-Unis,
06:08bien évidemment, sont mieux, plus avantagées, en tout cas,
06:10que ne le sont celles qui sont dans le plus dépendant du Golfe.
06:13Là également, l'Europe se retrouve en première ligne.
06:16Bon, heureusement qu'on a Total, quoi, finalement.
06:18Heureusement qu'on a Total, et je pense qu'on doit se féliciter de cette prise de position.
06:26Alors, il y a quelque chose qui, là aussi, est un petit peu contre-intuitif.
06:29On se souvient que les précédentes fois où on a été pris au collet par une crise énergétique,
06:36tout de suite, après, c'était, oh là là, bon, on va accélérer la transition énergétique,
06:40on va aller vers plus d'électrification, plus d'énergie renouvelable, etc.
06:44Et ça va nous mettre vraiment à l'abri de la prochaine crise pétrolière.
06:47Et on voit que crise pétrolière après crise pétrolière, bon, ça n'avance pas plus.
06:53On va dire que les horizons de temps se rétrécissent peut-être un petit peu,
06:56mais on aura toujours besoin du pétrole.
06:58Est-ce que ça donne des perspectives en plus, ou un terrain de jeu plus positif,
07:04notamment pour l'industrie parapétrolière,
07:06ceux qui sont en charge des grands projets et vraiment de la technique d'extraction ?
07:10Alors, je crois que là également, il faut être très prudent
07:13et bien distinguer les parapétrolières qui sont spécialisées dans la région du Golfe
07:18et celles qui sont localisées aux Etats-Unis.
07:21Aux Etats-Unis, vous avez de très belles sociétés parapétrolières
07:23qui sont extrêmement actives au Venezuela,
07:27également dans le Texas.
07:29Mon rôle n'est pas de les citer ici,
07:31mais je pense que vos auditeurs pourront les retrouver.
07:34Il y a une très belle, très belle société d'origine française d'ailleurs,
07:38qui est cotée, qui opère dans ses eaux.
07:43Pour celles qui travaillent dans le Golfe,
07:44ça va vraisemblablement être beaucoup plus difficile,
07:46parce qu'il faut savoir également que dans le Golfe,
07:48on va avoir non seulement, comment dire, la coupure de production,
07:52mais également la remise en état des installations,
07:54qui risque, semble-t-il, d'après les spécialistes,
07:56pour certains champs, notamment au Qatar et en Iran,
08:00qui risque de prendre plusieurs années.
08:02Donc ça veut dire des prix du pétrole durablement plus hauts,
08:06ce qui là également constitue des situations,
08:08une situation assez comparable à celle que nous avons connue
08:10lors des premiers chocs pétroliers du tournant des années 70.
08:13108 dollars, ça se tasse un petit peu du côté du Brent.
08:16Alors évidemment, on ne va pas faire de prévision,
08:18puisqu'on ne sait absolument pas où on va par nature.
08:21Malgré tout, le marché là, du côté,
08:23sur une fourchette de 100 à 110,
08:25arrive à peu près quand même à manœuvrer de manière positive.
08:29En gros, pour l'instant, à court terme,
08:31il ne faut pas que ça déborde du côté des 120,
08:32sinon là, on réenclenche la machine à perdre.
08:35En fait, le marché aujourd'hui price un apaisement du conflit.
08:39Le marché, effectivement, a une certaine complaisance
08:41dans la mesure où il suppose, il laisse entendre
08:44que finalement, on va arriver à une résolution du conflit
08:46dans deux à trois semaines,
08:47donc avec une normalisation des cours.
08:49Ce que l'on peut observer néanmoins,
08:50c'est que les prévisions de bénéfices n'ont pas été réactualisées
08:53et que malgré une remontée des taux d'intérêt de 50 points de base,
08:56donc de 0,5%,
08:57et puis un choc pétrolier d'ampleur absolument historique,
09:01les bénéfices des entreprises n'aient pas encore été notablement révisés.
09:05C'est encore, comment dire,
09:07les gains de productivité induits par l'IA qui jouent.
09:10Si ces gains devaient être remis en cause,
09:12là, je crois qu'on aurait beaucoup plus de craintes à avoir.
09:15Vaste question.
09:16Effectivement, Emmanuel Salle, financière de la Cité.
09:18Merci infiniment d'avoir été avec nous.
09:20Et donc, je rappelle, merci beaucoup.
09:21Votre punchline,
09:22l'Europe sera la première victime de la crise énergétique.
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