00:00Et qui vient nous rejoindre sur le plateau ? Emmanuel Salle de la Financière de la Cité.
00:03Emmanuel, bonjour.
00:04Bonjour Antoine.
00:06Vous êtes arrivé avec un verdict, évidemment il est irrévocable et vous l'assumez totalement.
00:10Je l'assume entièrement.
00:11Parfait, lequel est-il ?
00:13Je pense que l'Europe sera la principale victime de la crise énergétique.
00:19Bon, j'allais dire vous prenez pas trop de risques.
00:23On serait d'excellents producteurs de pétrole, oui effectivement il y aurait de quoi challenger un petit peu la chose.
00:30Mais plus que les pays émergents ?
00:32Plus que les pays émergents, parce que ce que je crains en Europe, c'est la répétition de ce que
00:37nous avons connu en 2022,
00:40avec l'intervention russe en Ukraine, et également en 2008 avec la hausse vertigineuse du prix du pétrole,
00:46auquel nous avons répondu dans les deux cas par une hausse des taux d'intérêt.
00:51Et la différence c'est qu'aujourd'hui, en plus de la hausse de taux d'intérêt, on a la
00:54déflation chinoise.
00:55Autrement dit, pour l'Europe, c'est la triple peine.
00:57A la fois la hausse de l'énergie, la remontée des taux d'intérêt, et la déflation chinoise.
01:03Alors tout ça dans un environnement où la croissance n'est pas fameuse,
01:06et c'est la grande différence d'ailleurs avec les années 70, puisqu'on les évoque souvent.
01:10Dans les années 70, on a un double choc pétrolier.
01:13On a eu 74 et puis ensuite 79.
01:16Là on a eu 2022 et maintenant 2026.
01:19La différence c'est que dans les années 70, on avait 10% de croissance, on était en situation de
01:23plein emploi.
01:24Là on a une croissance à tonnes, d'ailleurs certains semblent s'en féliciter, et à peu près 8%
01:29de chômage.
01:31Donc la situation n'est pas tout à fait la même.
01:34Et on peut regretter dans ces conditions que la BCE, dans un réflexe quasi unanime et presque pavlovien,
01:40décide de remonter ses taux d'intérêt, comme les marchés d'ailleurs le prévoient d'ores et déjà.
01:45Alors qu'en pareilles circonstances, la prudence et même la doctrine économique exigent plutôt d'attendre
01:52et de passer outre dans la mesure où la hausse des prix de l'énergie contient en elle-même sa
01:58correction
01:58par la réduction de l'investissement et de la consommation à la fois des consommateurs et des producteurs bien évidemment.
02:04Oui, et d'ailleurs en cela vous rejoignez un petit peu les propos de Friedrich Merz, tout à l'heure
02:10le chancelier allemand,
02:11qui dit « tendez, on est dans un choc énergétique et économique qui nous ramène à la période Covid ».
02:16Il dit « on n'a jamais vu ça ». On voit Christine Lagarde dire « le marché est en
02:20train de complètement se tromper
02:22et n'a pas idée du mur vers lequel on se dirige ».
02:24On voit qu'il y a quand même des responsables européens qui mettent en garde et qui sont en train
02:30de dire
02:30qu'il y a même peut-être de la complaisance du côté des marchés.
02:34Il y a certainement de la complaisance du côté des marchés.
02:35Ce que l'on peut regretter c'est que certains de ces responsables jouent le rôle de pompiers pyromanes
02:39et contribuent eux-mêmes à l'attention sur les coûts, sur les prix, sur les conditions de financement.
02:44Oui, parce que paradoxalement Christine Lagarde, elle dit parallèlement
02:48« j'ai le doigt sur le bouton et je les monte quand je veux les taux ».
02:51Elle essaie à déjà monter en pratique.
02:52Ces discours ont fait que les taux ont déjà corrigé très fortement.
02:55Vous avez aujourd'hui des taux longs en France qui sont à près de 4%
02:58avec une économie qui tourne à 0,8%, vous faites rapidement le calcul,
03:02personne qui voudrait investir en Europe et particulièrement en France dans ces conditions.
03:07Et les marchés prévoient d'ores et déjà au moins 3, entre 2 et 3 hausses de taux d'intérêt
03:12en zone euro.
03:13Donc je dirais que le mal est déjà fait sur les marchés,
03:15comme on le voit d'ailleurs sur la hausse des taux d'intérêt,
03:17à la fois les taux nominaux mais également les marchés du crédit.
03:20Donc oui, on va se prendre le mur de face en Europe.
03:24Et j'ajoute un dernier point, c'est que ce matin, M. Merz a signalé
03:28qu'il fallait absolument nouer un partenariat stratégique avec la Chine.
03:31Il y a quelques années, l'Union européenne avait décidé de qualifier la Chine de rival stratégique.
03:38Aujourd'hui, on voit bien que l'Allemagne cherche à tirer son épingle du jeu
03:41en relançant ses exportations chinoises vers la Chine.
03:46Donc pour l'Europe, la situation n'est vraiment pas la meilleure.
03:49On peut considérer aujourd'hui que l'Europe est vraiment au cœur des difficultés
03:53qui risquent de se présenter, à moins qu'un sursaut se passe,
03:57soit du côté de la Banque centrale, comme ça avait été le cas avec la crise de la zone euro.
04:01Mais il a fallu attendre la nomination de Mario Draghi.
04:05Après quand même quatre ans où la BCE avait conservé ses taux très élevés,
04:10alors même que le pétrole poursuivait sa hausse.
04:14Donc bon, on verra.
04:16On verra.
04:18Il y a également quelque chose qui peut paraître étonnant,
04:21c'est que souvent on dit, voilà, le pétrole monte, les pétroliers montent.
04:27Bon, ce n'est pas si facile que ça et ce n'est pas si diamétral que ça.
04:33Même chose pour les miniers.
04:34Ce n'est pas parce que le cours des minerais de base augmente
04:38que les miniers vont voir leur valorisation boursière s'envoler.
04:42Et pourtant, on a quand même Total qui est au plus haut historique.
04:46Bon, c'est...
04:47Voilà, on reste dans le domaine de Winner Tech Soul.
04:51Alors, vous avez raison.
04:52Pour Total, j'ai le sentiment, d'après ce que dit la presse spécialisée,
04:56l'entreprise avait constitué des positions longues,
04:59des positions à terme très importantes sur le pétrole,
05:01et notamment sur le pétrole produit ou extrait dans la région du golfe Persique.
05:05Donc, pour Total, c'est une excellente position finalement à terme
05:09où l'entreprise est à la fois longue, comme nous disons sur nos marchés, sur le pétrole,
05:15et dans une situation où la livraison physique du bien elle-même est contrainte.
05:20Maintenant, vous avez tout à fait raison.
05:21La relation entre les entreprises prétolières et le cours du pétrole
05:24ou les entreprises minières et le cours d'une matière extraite n'est pas linéaire,
05:28puisque cela dépend à la fois du cours, bien évidemment,
05:32auquel s'échange la matière ou l'énergie,
05:34mais également des coûts de production.
05:36Et donc, là, on le sait très bien qu'aujourd'hui,
05:39pour certains producteurs de métaux industriels,
05:42ils anticipent un ralentissement de l'activité.
05:44Donc, le ralentissement de l'activité risque de peser sur les prix.
05:48Et donc, dans ces cas-là, ces sociétés ne vont pas nécessairement bénéficier
05:52de l'effet de goulets d'étranglement, si je puis dire,
05:54qui pourraient jouer sur leur activité.
05:57Il en est de même pour les pétrolières.
05:58Ce que l'on note également, c'est finalement le rôle de la géographie.
06:02Les entreprises pétrolières et les parapétrolières qui sont situées aux Etats-Unis,
06:08bien évidemment, sont mieux, plus avantagées, en tout cas,
06:10que ne le sont celles qui sont dans le plus dépendant du Golfe.
06:13Là également, l'Europe se retrouve en première ligne.
06:16Bon, heureusement qu'on a Total, quoi, finalement.
06:18Heureusement qu'on a Total, et je pense qu'on doit se féliciter de cette prise de position.
06:26Alors, il y a quelque chose qui, là aussi, est un petit peu contre-intuitif.
06:29On se souvient que les précédentes fois où on a été pris au collet par une crise énergétique,
06:36tout de suite, après, c'était, oh là là, bon, on va accélérer la transition énergétique,
06:40on va aller vers plus d'électrification, plus d'énergie renouvelable, etc.
06:44Et ça va nous mettre vraiment à l'abri de la prochaine crise pétrolière.
06:47Et on voit que crise pétrolière après crise pétrolière, bon, ça n'avance pas plus.
06:53On va dire que les horizons de temps se rétrécissent peut-être un petit peu,
06:56mais on aura toujours besoin du pétrole.
06:58Est-ce que ça donne des perspectives en plus, ou un terrain de jeu plus positif,
07:04notamment pour l'industrie parapétrolière,
07:06ceux qui sont en charge des grands projets et vraiment de la technique d'extraction ?
07:10Alors, je crois que là également, il faut être très prudent
07:13et bien distinguer les parapétrolières qui sont spécialisées dans la région du Golfe
07:18et celles qui sont localisées aux Etats-Unis.
07:21Aux Etats-Unis, vous avez de très belles sociétés parapétrolières
07:23qui sont extrêmement actives au Venezuela,
07:27également dans le Texas.
07:29Mon rôle n'est pas de les citer ici,
07:31mais je pense que vos auditeurs pourront les retrouver.
07:34Il y a une très belle, très belle société d'origine française d'ailleurs,
07:38qui est cotée, qui opère dans ses eaux.
07:43Pour celles qui travaillent dans le Golfe,
07:44ça va vraisemblablement être beaucoup plus difficile,
07:46parce qu'il faut savoir également que dans le Golfe,
07:48on va avoir non seulement, comment dire, la coupure de production,
07:52mais également la remise en état des installations,
07:54qui risque, semble-t-il, d'après les spécialistes,
07:56pour certains champs, notamment au Qatar et en Iran,
08:00qui risque de prendre plusieurs années.
08:02Donc ça veut dire des prix du pétrole durablement plus hauts,
08:06ce qui là également constitue des situations,
08:08une situation assez comparable à celle que nous avons connue
08:10lors des premiers chocs pétroliers du tournant des années 70.
08:13108 dollars, ça se tasse un petit peu du côté du Brent.
08:16Alors évidemment, on ne va pas faire de prévision,
08:18puisqu'on ne sait absolument pas où on va par nature.
08:21Malgré tout, le marché là, du côté,
08:23sur une fourchette de 100 à 110,
08:25arrive à peu près quand même à manœuvrer de manière positive.
08:29En gros, pour l'instant, à court terme,
08:31il ne faut pas que ça déborde du côté des 120,
08:32sinon là, on réenclenche la machine à perdre.
08:35En fait, le marché aujourd'hui price un apaisement du conflit.
08:39Le marché, effectivement, a une certaine complaisance
08:41dans la mesure où il suppose, il laisse entendre
08:44que finalement, on va arriver à une résolution du conflit
08:46dans deux à trois semaines,
08:47donc avec une normalisation des cours.
08:49Ce que l'on peut observer néanmoins,
08:50c'est que les prévisions de bénéfices n'ont pas été réactualisées
08:53et que malgré une remontée des taux d'intérêt de 50 points de base,
08:56donc de 0,5%,
08:57et puis un choc pétrolier d'ampleur absolument historique,
09:01les bénéfices des entreprises n'aient pas encore été notablement révisés.
09:05C'est encore, comment dire,
09:07les gains de productivité induits par l'IA qui jouent.
09:10Si ces gains devaient être remis en cause,
09:12là, je crois qu'on aurait beaucoup plus de craintes à avoir.
09:15Vaste question.
09:16Effectivement, Emmanuel Salle, financière de la Cité.
09:18Merci infiniment d'avoir été avec nous.
09:20Et donc, je rappelle, merci beaucoup.
09:21Votre punchline,
09:22l'Europe sera la première victime de la crise énergétique.
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