00:00Il est 15h42, et du coup, bah oui, Nour vient de l'enjoindre, Nour Ben Limered, bonjour Nour.
00:05Bonjour Guillaume.
00:05T'es perdu, j'attendais un jingle qui n'est pas arrivé, mais c'est de ma faute, il n
00:08'y a pas de jingle à ce moment-là.
00:09Vous êtes, Nour, le directeur des investissements d'Ivesta, on est ravis de vous retrouver,
00:12parce que vous allez rendre votre verdict là face au marché, on reviendra sur l'actualité du jour,
00:16iranienne, très chaude et brûlante dans un instant.
00:18Votre verdict, ce verdict que vous allez livrer, cet instant qu'on va vivre, est-ce que vous l'assumez
00:23?
00:23Alors j'essime et je l'assume que malgré les craintes sur l'inflation,
00:27c'est le moment de rallonger la duration dans les portefeuilles.
00:29Ah oui, gourmand.
00:32Malgré les craintes sur l'inflation donc, il faut renforcer son exposition aux obligations,
00:37mais alors si possible, des obligations long terme.
00:38Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi c'est intéressant ?
00:41Bien sûr, alors effectivement, c'est rallonger la duration,
00:42c'est-à-dire prendre des expositions sur des obligations à plus longue maturité.
00:46Aujourd'hui, le marché est quand même très concentré sur les risques inflationnistes,
00:50à cause de la guerre, à cause de l'impact sur les prix du pétrole.
00:52Alors c'est vrai qu'il y a un risque de léger dérapage de l'inflation à très court terme.
00:57Par contre, notre rôle, c'est de se prolonger dans le monde d'après.
01:00Et quand on voit, quand on essaie de challenger notre vision sur le monde d'après,
01:04ce qu'on anticipe, c'est un retour des forces désinflationnistes.
01:07La première, avec l'impact de la guerre en Iran,
01:10un des scénarios qui se dessinent,
01:11on voit quand même une accalmie ces dernières minutes sur le détroit d'Hormuz,
01:16mais potentiellement une levée totale des sanctions contre l'Iran.
01:19Ce qui amènerait quand même à une offre de pétrole beaucoup plus importante.
01:23On estime entre 3 et 5% d'offres supplémentaires sur le marché du pétrole à horizon 12-18 mois.
01:29Et les marchés, notamment sur le pétrole, intègrent en grande partie ce scénario-là.
01:32Quand on regarde les courbes forward,
01:34donc l'anticipation de prix sur les matières premières,
01:38notamment sur le pétrole à horizon long terme,
01:40on est aujourd'hui 10 dollars en dessous des prix qui prévalaient avant la guerre.
01:45Donc le marché intègre quand même des prix du pétrole qui sont durablement plus bas.
01:48On est à 55 contre 65 avant la guerre.
01:50Malgré l'écume des jours, à long terme,
01:52on imagine un pétrole plutôt beaucoup plus bas qu'aujourd'hui.
01:54Exactement. On a deux grandes forces.
01:56Le Venezuela, même si c'est un pétrole beaucoup plus lourd et plus difficile à raffiner,
02:01et surtout le retour, d'une certaine manière, du pétrole iranien.
02:05La deuxième grande force des inflationnistes,
02:07c'est l'intelligence artificielle,
02:09avec notamment son impact sur le marché de l'emploi,
02:12donc sur les salaires, la demande, et donc sur l'inflation.
02:14Une inflation plus basse à moyen terme,
02:17ça veut donc dire mécaniquement des taux plus bas à moyen long terme.
02:21C'est plutôt un rationnel qui n'était pas forcément vrai l'année dernière,
02:24mais qui commence à se dessiner,
02:26notamment avec l'incroyable adoption de l'intelligence artificielle
02:29depuis le début de l'année,
02:30avec le raz-de-marée qu'a représenté Claude Dantropique.
02:33Et l'IA forcément sera des inflationnistes,
02:36va participer à dégonfler le risque d'inflation à l'avenir.
02:38En tout cas, c'est notre thèse aujourd'hui, effectivement,
02:41par plusieurs mécanismes.
02:43D'une part, on a vu le choc sur le marché du software.
02:47Beaucoup essaient quand même de remplacer des softwares
02:49qui coûtaient relativement cher par des outils construits en interne.
02:52Donc pour plusieurs entreprises,
02:53ça peut représenter une source de désinflation,
02:57et donc de baisse des coûts,
02:58et donc de désinflation pour le consommateur final.
03:01Mais aussi, malheureusement,
03:02le contre-coût de cette option de l'IA,
03:05c'est la destruction massive des postes.
03:08il y a quand même un risque de hausse relativement importante
03:13du chômage à moyen-long terme,
03:15ce qui fait peser un risque sur la croissance,
03:17et donc sur l'inflation.
03:18Oui, et ça joue que la démographie.
03:20Le monde vieillit, il n'y a pas que la France,
03:22il n'y a pas que l'Europe, il n'y a pas que la Chine,
03:24et les États-Unis.
03:25Il y a un vieillissement démographique dans les deux tiers du monde,
03:28facilement.
03:28On a une chute de la natalité dans énormément de pays du monde.
03:31Ça aussi, ce sera désinflationniste ?
03:33Alors aujourd'hui, la recherche académique
03:35n'est pas tout à fait convaincue de la conclusion
03:38du vieillissement démographique.
03:39Ça dépend en grande partie de la forme de la pyramide des âges,
03:42mais effectivement, globalement,
03:44un vieillissement démographique,
03:45d'après les études académiques,
03:47ça peut représenter soit des forces inflationnistes,
03:50si on a beaucoup de vieillissement vers les retraités,
03:54si on a une arrivée massive sur le marché de l'emploi,
03:58c'est plutôt désinflationniste.
04:01Donc ça dépend.
04:01Aujourd'hui, il n'y a pas vraiment de conclusion très ferme
04:03du côté des académiques.
04:05Néanmoins, ce qui est certain, à notre sens,
04:08c'est qu'il y a des potentielles tensions
04:10sur le marché du travail du fait du vieillissement démographique,
04:13et ce qui a tendance, traditionnellement,
04:15à être plutôt inflationniste,
04:16mais en réalité, l'intelligence artificielle
04:19vient combler ce manque d'offres de travail.
04:22Donc une force qui pouvait potentiellement être inflationniste,
04:25le manque d'offres de travail du fait du vieillissement démographique,
04:28sera complètement compensée
04:30par l'arrivée d'offres artificielles,
04:32représentées par l'IA et par la robotisation.
04:35Donc on a une force qui était potentiellement inflationniste historiquement,
04:38qui est en grande partie compensée par l'IA,
04:41et donc on a finalement un retour des forces désinflationnistes
04:44qui pourraient prendre le dessus sur les forces inflationnistes
04:47et avoir, in fine, un nouveau régime d'inflation modéré,
04:51et donc de taux bas.
04:53On ne pense pas qu'on reviendra sur un régime à la 2010-2020
04:56avec des taux très très bas, voire négatifs,
04:59mais plutôt des taux relativement modérés,
05:01et donc aujourd'hui, se positionner sur des taux longs,
05:04notamment quand on regarde la montée qu'on a eue
05:07sur les taux souverains européens,
05:08il y a quand même des opportunités intéressantes à capturer.
05:11D'accord, donc investir sur le marché obligataire,
05:14et surtout sur les obligations à plus longue maturité,
05:16ça paraît contre-intuitif, parce que vous l'entendez,
05:18vous tous qui nous suivez peut-être parler que d'inflation en ce moment,
05:20avec les cours du pétrole qui ont bondi et tout,
05:22vous dites, non, non, si on se projette à plusieurs trimestres,
05:25non, la perspective n'est pas inflationniste, bien au contraire.
05:28Exactement.
05:29Tiens, on parlait de natalité en Corée du Sud, figurez-vous,
05:32qui a une forte hausse des ventes de poussettes.
05:34Pourtant, il n'y a pas beaucoup de natalité là-bas.
05:35Oui, mais des ventes de poussettes pour chiens,
05:37ils se vendent désormais plus de poussettes pour chiens en Corée du Sud
05:41que de poussettes pour bébés.
05:43Voilà, c'est quand même assez incroyable.
05:44Plus de 40% des Sud-Coréens en âge de procréer disent ne pas vouloir d'enfants.
05:48On découvre tout ça dans un livre d'un de nos intervenants de BFM Bourse,
05:51Thibaut Prébé, son livre aux éditions du Rocher,
05:53qui vient tout juste de paraître, on le salue Thibaut.
05:55Démographie, la bombe, lente.
05:57Voilà, plus de poussettes pour chiens que pour bébés désormais là-bas en Corée du Sud.
06:00On en est là, on en est là.
06:01Bon, du coup, sur les marchés, voilà,
06:03vous avez trouvé une forme de martingale, je ne sais pas,
06:05mais d'opportunité sur les obligations longues.
06:07Si on revient au marché actions,
06:09on voit que ça se détend encore aujourd'hui,
06:10donc sur le front du conflit, là-bas dans le détroit d'Ormousse,
06:13le CAC 40 gagne 1,8%,
06:15le S&P 500 gagne 0,8%.
06:17Est-ce qu'il faut préparer les portefeuilles aujourd'hui à la paix
06:20ou rester dans une optique d'incertitude
06:24et prêt à tous les scénarii ?
06:26En réalité, notre thèse sur les taux longs, sur l'inflation,
06:30est extrêmement corrélée avec ce qu'on voit
06:31et notre positionnement sur les marchés actions.
06:34Les marchés actions sont aujourd'hui quand même
06:35en grande partie drivés par la tech.
06:37La tech est très sensible au taux long.
06:40Une baisse de taux, c'est aussi un vent dans le dos assez fort
06:43pour tout ce qui est technologique.
06:46Et donc, globalement, tous les marchés
06:47dits de croissance chèrement valorisés.
06:50Et effectivement, aujourd'hui, on est plutôt optimiste
06:52sur les marchés actions et notamment sur le segment technologique.
06:55Encore une fois, quand on regarde l'adoption très, très forte
06:58de l'IA depuis le début de l'année, à alimenter quand même
07:01une révision assez massive des perspectives de croissance
07:04pour tous les marchés américains, un peu plus modestement
07:07pour les marchés européens, mais surtout sur le marché
07:10technologique américain.
07:11Quand on regarde les perspectives de croissance
07:13pour le trimestre qui arrive sur les marchés américains
07:15et notamment sur le segment technologique du S&P 500,
07:18le marché s'attend quand même à 45% de croissance bénéficiaire
07:22au T1-2026 par rapport au T1-2025.
07:25C'est extrêmement fort et il y a quand même un niveau
07:28d'incertitude assez modéré sur cette perspective de croissance
07:31vu que c'est des carnets de commandes qui sont déjà bien remplis
07:34avec beaucoup de visibilité.
07:36Donc effectivement, on est aussi assez optimiste
07:38sur les marchés actions qui ont profité de ce contexte
07:43un peu de guerre pour voir leur valorisation
07:45se dégonfler assez significativement.
07:47Aujourd'hui, c'est vrai qu'on est plus haut en termes de prix.
07:50On a dépassé des nouveaux records.
07:52Par contre, en termes de valorisation,
07:53on n'est pas revenu sur des niveaux de valorisation tendus.
07:55Donc ça reste relativement attractif
07:57et on est effectivement assez optimiste sur les marchés actions
07:59et notamment sur le secteur technologique.
08:01Alors justement, on est quand même assez impressionné
08:04par le rebond des valeurs technologiques,
08:05notamment à Paris et en Europe,
08:07qui est particulièrement...
08:08Tiens, au passage, vous savez qu'Intel a retrouvé
08:11son niveau de l'an 2000.
08:14Ça, c'est un joli symbole.
08:15Ah si, c'est bon si ça.
08:18Mais bon, à noter.
08:19C'est pas le même Intel.
08:21C'est pas le même Intel, on est d'accord.
08:23Et à Paris, on a des hausses absolument spectaculaires
08:26pour certains, les Ribeir, les Soitec, etc.
08:29Mais sur le CAC 40,
08:30on a Dassault Systèmes Capgemini
08:32qui signe des reprises,
08:33alors très robustes,
08:34au-delà des 10% en une semaine.
08:36Est-ce qu'on va trop vite
08:38ou est-ce qu'enfin,
08:39on s'est dit,
08:40on les a peut-être un petit peu massacrés,
08:42il serait peut-être temps de placer des lignes,
08:44mais intelligemment, voilà.
08:46Alors, sur le CAC 40, malheureusement,
08:48on n'a pas forcément le segment
08:50qui profite de cette tendance technologique.
08:52Quand on regarde effectivement Dassault Systèmes
08:53et Capgemini,
08:55ça fait plutôt partie des secteurs
08:57qui sont en danger,
08:59qui sont en tout cas menacés par l'IA.
09:00Alors, qui ont souffert ces dernières semaines,
09:02mais avec peut-être le sentiment des investisseurs.
09:05Voir ces dernières années, en réalité.
09:07Oui, si on regarde à plus en termes.
09:08Voilà, c'est ça.
09:09Parce que sur 10 jours, une semaine,
09:11effectivement, on a un sacré rebond.
09:12Et si vous prenez depuis le point au 2021,
09:15Capgemini et Dassault Systèmes,
09:17c'est quasiment moins 50,
09:18moins 60% pour Dassault.
09:20Donc, c'est une sanction relativement lourde,
09:23mais qui paraît en grande partie justifiée
09:26par le fait que ces business models,
09:29le conseil et le software,
09:32globalement, sont quand même menacés
09:33par l'essor de l'intelligence artificielle.
09:35Il y en a un des mouvements incroyables
09:36dans la tech, même française.
09:38Figurez-vous, des petites valeurs
09:39comme Ribère s'envolent.
09:40Alors, aujourd'hui, moins 7% Ribère,
09:42mais ça cartonne en ce moment.
09:43Soitech, plus 14% encore aujourd'hui.
09:45Mais qu'est-ce qui se passe sur ces titres-là ?
09:47Il y a Calré aussi qui gagne encore 14%.
09:49On en parlera dans un instant
09:50avec les experts de ID Gestion.
09:53Dans un instant, dans 5 minutes.
09:54Précisément, ces petites,
09:55ces small cap tech françaises
09:57qui d'un coup se sont réveillées
09:58et sont parties comme des bolides
09:59depuis le 1er janvier.
10:00Merci beaucoup, Nour,
10:01d'être venu nous voir pour Ivesta.
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