00:00Emmanuel Salle, financière de la Cité, est rentré dans ce studio.
00:04Bonjour Emmanuel.
00:04Bonsoir Antoine.
00:06Vous arrivez avec une sentence qui, bien évidemment, est totalement assumée et irrévocable.
00:10Quelle est-elle ?
00:11Écoutez, je pense que les valorisations des marchés,
00:14pour exubérante qu'elles puissent être considérées,
00:18ne manquent pas de rationalité.
00:20Bon.
00:22Alors, j'allais dire,
00:26les marchés, les valorisations que donnent les marchés,
00:30ne sont pas irrationnelles.
00:31C'est peut-être l'ensemble du monde qui est en train de devenir irrationnel,
00:35mais là, on a un des derniers trucs qui le soit,
00:38qui soit rationnel.
00:39C'est-à-dire la valorisation que donnent les marchés.
00:41C'est un petit peu ce que nous disait Frédéric juste avant.
00:43C'est-à-dire que, oui, ça a canardé au congrès des correspondants de presse
00:50à la Maison-Blanche ce week-end, ça n'inquiète personne.
00:54L'Iran, c'est toujours pas réglé.
00:56Mais voilà, il y a les fondamentaux d'entreprise,
00:58il y a l'action des banques centrales
01:00et finalement, cette semaine-là pourrait être celle du retour aux fondamentaux
01:03et finalement, à une forme de rationalité dans un monde qui est un peu déglingué,
01:07il faut bien dire.
01:07Je crois que vous avez tout dit.
01:09OK.
01:10Effectivement, on a d'abord les résultats des entreprises
01:12qui sont quand même très bien orientées,
01:14particulièrement aux États-Unis.
01:15On voit que sur un en glissant, la croissance des bénéfices est de l'ordre de 13 à 14 %
01:22suivant les analystes aux États-Unis.
01:24La croissance des revenus proche de 7 %.
01:26Donc, ce n'est pas véritablement la crise.
01:31Et la valorisation en bourse s'explique parce que, tout simplement,
01:34les entreprises gagnent de l'argent.
01:36Et pas simplement la tech.
01:38Pas simplement la tech.
01:39Et toutes les entreprises gagnent de l'argent aux États-Unis.
01:41La consommation, malgré finalement, des enquêtes qui incitent guère à l'optimisme
01:49et à un climat général encore moins, ne montre pas de signes de faiblesse.
01:53On voit que les dépenses, notamment des cartes de crédit, s'inscrivent en forte hausse.
01:57Donc, tout cela tient aux États-Unis.
01:59On a en tout cas une demande finale qui est poussée à la fois par la consommation
02:03et par l'investissement.
02:04Et cela se retrouve assez logiquement dans les cours de bourse.
02:06Alors, on peut avoir une inquiétude sur le fait qu'un petit nombre en profite.
02:10C'est la fameuse courbe en cas.
02:12Effectivement, ce sont essentiellement les grandes entreprises qui bénéficient de ces valorisations.
02:16Les petites entreprises, un peu moins.
02:19Et le secteur de la consommation souffre indéniablement.
02:23Néanmoins, globalement, l'économie se porte plutôt bien aux États-Unis.
02:26Et du côté des banques centrales, elles ont plutôt reporté à plus tard
02:30leur menace de remonter des taux d'intérêt.
02:34On sait bien que, dans le cadre d'une inflation importée,
02:38la remontée des taux, on l'a appris malheureusement à nos dépens en 2022 en Europe,
02:42ne fait qu'aggraver les choses, puisqu'on ajoute du mal au mal.
02:46Pour le consommateur, c'est la double peine, à la fois la hausse des prix et la hausse des taux,
02:50et le durcissement des conditions de financement.
02:53Donc, il y avait toutes sortes de bases doctrinaires, d'ailleurs,
02:55pour permettre aux banques centrales de prendre un peu de temps.
02:58Apparemment, c'est ce qu'elles vont faire, tout au moins aux États-Unis et au Japon,
03:02et vraisemblablement également, peut-être même en Europe.
03:04Nous le verrons bien. En tout cas, ça laisse un peu de respiration au marché,
03:09si bien que les valorisations, on doit le reconnaître tout à fait exceptionnelles,
03:14dans le contexte que l'on connaît, avec un rebond spectaculaire depuis trois mois,
03:19ne sont peut-être pas nécessairement dénuées de fondement.
03:24Oui, c'est quand même ce que j'allais dire.
03:26Il n'y a pas forcément d'irrationalité.
03:28Enfin, il y a quand même quelque chose de, je ne dirais pas d'inquiétant,
03:32mais de préoccupant quand on parle de ces niveaux stratosphériques,
03:38stratosphériques presque.
03:39Je ne sais pas, quand on parle de Microsoft, c'est une valeur value avec un PE de 28.
03:44Vous savez, le problème de la valeur en bourse, c'est qu'en bourse, il n'y a pas de
03:48valeur absolue.
03:49Les valeurs s'échangent contre les valeurs. La valeur est toujours quelque chose de relatif.
03:53Et il y a un élément quand même assez majeur, qui à mon sens vient rebattre les cartes,
03:58c'est l'intelligence artificielle. Vous en avez suffisamment parlé ici.
04:03Mais vous avez des gains de productivité associés à l'intelligence artificielle,
04:06au-delà des valorisations de court terme et des prévisions de résultats des GAFARM,
04:10qui sont considérables, et on le voit dans la vie des entreprises,
04:13dans nos usages à tout un chacun de tous les jours.
04:17Et donc, est-ce que ces gains de productivité sont véritablement pris en compte aujourd'hui
04:22par les marchés, se sont véritablement diffusés encore dans l'économie ?
04:27La question quand même mérite d'être posée.
04:29Et là, c'est un changement tout à fait considérable.
04:31Et récemment, on a vu que le Conseil monétaire de la Fed, le COMC,
04:36avait réévalué ses prévisions de croissance à long terme de façon assez significative.
04:41On est passé de 1,8% de croissance à long terme à 2% de croissance.
04:45Ça paraît faible, 0,2, mais ça représente quand même 10% d'augmentation.
04:49C'est tout à fait considérable, dans un contexte où la démographie américaine est en berne,
04:56compte tenu des politiques migratoires de la nouvelle administration Trump.
04:59Cela signifie que ce surcroît de croissance provient essentiellement de gains de productivité
05:08et donc exclusivement de la diffusion de l'IA dans les pratiques des entreprises.
05:16Et là, on a quand même un phénomène qui est quand même quelque chose de fond,
05:21une augmentation de la productivité absolument majeure
05:24et qui, à mon instant, s'explique à elle seule en très grande partie
05:29le comportement des marchés depuis quelques semaines.
05:31C'est quand même très, très difficile de se...
05:33Enfin, là, je fais appel au flair de celui qui observe le marché
05:37de constater cette espèce de paradoxe qui est de plus en plus les entreprises.
05:43On voit le PDG d'Entropie, qui nous dit, de toute manière,
05:45il y a deux tiers des emplois tech à l'avenir qui seront remplacés par l'IA.
05:48Et parallèlement, de se rendre compte au quotidien que l'IA, ça ne marche pas bien en tant que tel.
05:55Est-ce que c'est vraiment un gain de productivité quand on est obligé de passer derrière,
05:59de se mettre à plusieurs pour essayer de prompter correctement ?
06:01Croyez-vous, Antoine, nous avons, dans notre entreprise,
06:04nous avions un responsable informatique et deux développeurs.
06:08Maintenant, il est seul.
06:10Et il m'a confié récemment qu'auparavant, il avait deux développeurs.
06:14Maintenant, il en a une vingtaine qui travaillent pour lui en permanence.
06:17et qui lui font un travail d'excellente qualité.
06:21Donc, il me semble que les résultats sont quand même d'excellente facture.
06:29Et pour l'utiliser également, à titre personnel, dans mes recherches, dans mes analyses,
06:34je dois reconnaître que c'est un élément très positif.
06:37Et je dois considérer que, pour le moment, ce que j'en vois nous rend meilleur.
06:42Donc, j'ai un avis plutôt positif sur ces mutations technologiques.
06:47Ah non, je fais confiance aux professionnels.
06:49Non, mais vous en êtes également.
06:51Donc, c'est intéressant d'avoir votre point de vue.
06:54Dernière petite chose.
06:55Là, on a eu droit, quand même, ce week-end, sur les futurs,
07:00à une forte hausse des cours du brut.
07:02Là, ça a l'air de se calmer un petit peu.
07:05C'est le facteur X du reste de l'année.
07:09Vous avez parfaitement raison.
07:10Alors, c'est vrai que l'intensité pétrolière de l'économie a baissé.
07:13Néanmoins, on reste très dépendant, vous le savez, du Golfe.
07:16Pour le pétrole, pour l'hélium, pour les intrants,
07:18pour tout ce que vous savez, pour le gaz, un peu moins qu'avant.
07:21Néanmoins, effectivement, c'est la grande inconnue.
07:24Pour le moment, on peut considérer quand même que l'Iran conserve une certaine option.
07:28Et entre le consommateur américain et puis, comment dire, des chiites zoroastriens,
07:34je pense que la capacité de résistance est assez clairement établie.
07:40Néanmoins, il n'est pas non plus de l'intérêt de l'Iran
07:42de poursuivre éternellement le blocage.
07:46Et, comment dire, il y a un moment, pour savoir conserver la valeur d'une option,
07:50il ne faut pas l'exercer.
07:51Donc, vous le savez bien en tant que praticien des marchés financiers.
07:55C'est d'ailleurs ce que pensent, à mon avis, en grande partie les marchés,
07:58en anticipant plus ou moins un règlement du conflit.
08:01Maintenant, si le blocage se poursuit d'ici la fin du mois,
08:04ça va devenir beaucoup plus délicat.
08:06Et là, effectivement, on rentre dans un autre monde.
08:11Je ne sais plus d'où il vient ce proverbe.
08:13C'est le baril de pétrole le plus rentable, celui qui n'est pas encore sorti de terre.
08:17Donc, là-dessus, on a...
08:18Enfin, on aura 10 chiites, zoro, astriens dans cette émission.
08:23Et c'est...
08:24Je trouve ça formidable.
08:25On s'ouvre des horizons.
08:26Merci infiniment, Emmanuel Salle, financière de la Cité, pour ce point.
08:30Très complète.
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