00:00Dans ce contexte très volatil, c'est Christophe Barraud qui va nous éclairer ce matin,
00:04directeur de la gestion discrétionnaire et de la recherche chez Lure Capital Partners
00:07et membre du comité de Carleton Sélection.
00:09Bonjour Christophe Barraud, merci d'être avec nous ce matin.
00:12Encore cette année, vous avez été classé comme meilleur économiste par Bloomberg au niveau mondial.
00:18Félicitations.
00:19Comment vous regardez un petit peu cette année 2026 avec toute la volatilité qu'il peut y avoir
00:24sur le pétrole, sur les taux, sur les marchés américains ?
00:27J'imagine qu'en termes de lecture, il faut s'accrocher.
00:31Bonjour à tous.
00:33J'ai envie de dire que les années se suivent et se ressemblent,
00:37puisque même en 2025, on avait une année relativement agitée,
00:42plutôt avec le volet droite douane.
00:45Là, ça passe, j'irais, un gros au-dessus avec le volet géopolitique.
00:49Mais on reste dans un contexte très mouvementé,
00:53où les choses vont très vite dans un sens comme dans un autre.
00:56Donc, j'ai envie de dire que ça ne change pas tellement le quotidien.
01:02Néanmoins, vous ne pouvez pas ignorer un baril de pétrole à 100 dollars dans vos prévisions.
01:06Enfin bon, ce matin, on est à 90 dollars, ça bouge très vite.
01:09Comment garder un petit peu les grandes lignes, les grands axes macroéconomiques
01:13dans une telle volatilité ?
01:15Des discours politiques également, des déclarations de ça et là.
01:20Quelles sont vos prévisions ?
01:21Est-ce que face à la remontée des cours, des matières premières depuis une dizaine de jours,
01:26vous avez revu un petit peu vos prévisions pour cette année ?
01:29Alors oui, forcément, on est mécaniquement obligé de les revoir.
01:33Parce qu'au-delà du fait qu'on a un choc en instantané,
01:37il y a quand même ce phénomène qui est qu'on sera sur des niveaux
01:42qui sont durablement un peu plus élevés, voire moyennement plus élevés qu'attendus.
01:48Parce que le conflit et, je dirais, ses conséquences vont à minima durer.
01:55On voit très bien avec tout ce qui se passe dans les pays du Middle East,
01:58que ce soit sur leur production de pétrole, leur livraison,
02:02le temps que ça va mettre pour remettre en route la machine, etc.
02:05Donc mécaniquement, on est obligé de prendre des hypothèses de prix des matières premières plus élevées,
02:11ce qui a un impact sur l'inflation avec une hausse de l'inflation essentiellement pour les pays.
02:17Beaucoup, les pays consommateurs de pétrole et dépendants du pétrole.
02:23Et à l'inverse, le choc, je dirais, d'incertitude va mécaniquement aussi peser
02:29sur les prévisions de croissance en touchant les secteurs les plus vulnérables.
02:33Donc ce sera la consommation, ou plutôt la consommation discrétionnaire.
02:38Ce sera également l'immobilier, via le canal des taux d'intérêt.
02:42Donc mécaniquement, des révisions à la baisse qui se font sentir beaucoup plus sur les pays
02:48dépendants du pétrole, mais globalement à peu près tous les pays développés.
02:53Les taux, en effet, qui ont bien remonté ces derniers jours,
02:56que ce soit sur les taux longs et également sur les taux courts,
02:59avec cette crainte d'un retour de l'inflation.
03:02En ce qui concerne les banques centrales, est-ce que vous estimez
03:05que oui, la Fed peut baisser ses taux, comme attendu, à la fin du premier semestre ?
03:12Pour la Fed, baisser ses taux sur 2026, ça reste encore faisable,
03:18dans le sens où le canal de l'énergie est une chose,
03:22ça peut avoir des implications sur le prix de l'essence et autres.
03:26Il y a le canal aussi des prix de l'alimentation,
03:28parce qu'il ne faut pas oublier que tout ce qui va être lié au prix des fertilisants remonte,
03:34et ça aura un impact.
03:35Néanmoins, il y a quand même une dynamique sous-jacente qui est fondamentale,
03:40qui est celle d'une inflation qui se normalise pour tout un tas de phénomènes,
03:44et notamment, on peut citer l'intelligence artificielle,
03:49qui crée un choc, entre guillemets, désinflationniste.
03:52Et aussi, aux États-Unis, il ne faut pas l'oublier,
03:55c'est qu'on a une dynamique sur les loyers,
03:57la composante loyer qui représente à peu près 35% du CPI,
04:02qui se normalise, et si on regarde un petit peu les indicateurs avancés dans le secteur,
04:07donc ce qu'on appelle les market rents,
04:09ils pointent sur une normalisation jusqu'à minima la fin de 2026.
04:15Donc, il peut y avoir cette fenêtre de tir encore pour les États-Unis,
04:20d'autant que le mandat de la Fed est en double.
04:24On voit bien que le marché de l'emploi,
04:25et on l'a vu à travers les derniers chiffres qui ont été publiés la semaine dernière,
04:29c'est un marché de l'emploi qui reste vulnérable à un choc exogène.
04:33Et là, on a eu ce choc exogène.
04:36Donc, à un moment ou à un autre,
04:38ils seront dans une situation où ils pourront potentiellement à nouveau rebaisser les taux.
04:44Il faut bien comprendre qu'il y a les phénomènes long terme, moyen terme,
04:49qui sont vers une faiblesse de l'emploi,
04:51et un phénomène, entre guillemets, court terme,
04:53qui est une hausse de l'inflation.
04:56Maintenant, la question, c'est plus,
04:58qu'est-ce qu'on appelle court terme sur l'inflation,
05:01et est-ce qu'on va avoir une normalisation plutôt lente,
05:04ou éventuellement rapide,
05:06qui permettra à la Fed de baisser ses taux le plus vite possible ?
05:09Tout dépend, bien sûr, de la durée de ce conflit,
05:12et donc de la durée des matières premières sur des niveaux soutenus.
05:16En tout cas, vous avez hier la directrice générale du FMI,
05:20Kristalina Georgieva,
05:21qui a mis en garde contre les risques inflationnistes.
05:24Néanmoins, il est important de rappeler aujourd'hui,
05:26Christophe Baouk,
05:26nous ne sommes plus du tout dans la même situation qu'en 2022,
05:29c'est-à-dire qu'un baril à 100 dollars aujourd'hui,
05:31il y a un baril à 100 dollars en 2022,
05:33ce n'est pas du tout la même chose.
05:34Les pressions inflationnistes ne sont pas les mêmes,
05:37il y a beaucoup moins de craintes d'une boucle prix-salaire.
05:42Oui, alors il y a deux paramètres.
05:45C'est plus déjà, on avance dans le temps,
05:47et plus en fait la part de l'inflation qui est liée directement au pétrole
05:52a tendance à diminuer,
05:54donc ça, ça limite le choc.
05:56Et si on compare par rapport à 2022,
05:59c'est une situation complètement différente,
06:01où on a eu littéralement un contre-choc,
06:04qu'on était sur des marchés de l'emploi qui étaient en bien meilleure santé,
06:10des ratios, par exemple,
06:12nombre d'offres disponibles sur nombre de chômeurs aux États-Unis,
06:16qui étaient à 2.
06:17Là, aujourd'hui, on est en dessous de 1.
06:20Donc la boucle de second tour sur le moyen terme,
06:25encore aujourd'hui,
06:26la probabilité est relativement faible.
06:29Donc je dirais que les situations ne sont pas du tout les mêmes.
06:34Maintenant, tout dépendra, effectivement,
06:37est-ce qu'on est, on a vu le pic du conflit avec les États-Unis,
06:43et notamment Donald Trump,
06:44qui a bien compris qu'il fallait qu'il sorte de cette guerre,
06:47et donc vers une normalisation,
06:49ou est-ce qu'à un moment ou à un autre,
06:51on peut avoir quelque chose qui se renforce,
06:55et là, ça nous amènera à revoir une nouvelle fois toutes les prévisions.
07:00Christophe Barraud, vous êtes chef économie,
07:02vous êtes également conseil auprès de l'Urc Global Cap Partners,
07:05auprès de Carlton Selection,
07:07dans un environnement volatil,
07:09que ce soit sur les matières premières,
07:11mais également sur le marché de l'action,
07:12on en parlera dans un instant,
07:13le CAC 40 reprend 1,7%,
07:15l'Eurostox plus de 2%.
07:16Quelle est votre stratégie d'investissement ?
07:19Comment vous naviguez un petit peu à vue au milieu de tout cela ?
07:22Là, aujourd'hui, il y a différentes manières.
07:24Soit vous pouvez le voir en mode trading,
07:27soit en mode moyen terme,
07:29qui est plutôt mon cas dans le cadre de ces deux fonctions.
07:33Nous, on va chercher à rester concentrés
07:36sur les thématiques de long terme,
07:39tout ce qui peut être lié aux utilities, etc.
07:43Et puis, si on vise un repositionnement,
07:46ce qui commence avec notre carte,
07:48je pense que la meilleure manière de le jouer
07:51sans pour autant se repositionner à 100% sur un portefeuille,
07:57c'est plus d'aller sur cette console discrétionnaire
08:02qui a été matraquée,
08:03et plus précisément sur des actions qui ont perdu 20-25%,
08:08et qui peuvent permettre de se réexposer,
08:11d'une part en visant une normalisation du conflit,
08:14et aussi potentiellement de jouer les annonces
08:17en provenance de la Chine
08:19sur le volet consommation
08:21qui vont petit à petit se renforcer
08:23au cours des semaines à venir.
08:25Merci beaucoup Christophe Barraud
08:26de nous accompagner ce matin.
08:27Je rappelle que vous êtes directeur
08:29de la gestion discrétionnaire et de la recherche
08:30chez Lior Global Partners
08:31et membre du comité de Carlton Selection.
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