00:00Notre invité c'est Daniel Ball. Bonjour, vous êtes le président du Crédit Mutuel et de la Fédération Bancaire Française.
00:05Je commence avec les questions de conjoncture, puisqu'on a eu en fin de semaine dernière des chiffres sur la
00:10croissance française.
00:10On voit que le premier trimestre est totalement à taux, on commence à voir les premiers impacts de la guerre
00:15en errant sur l'activité du pays.
00:17Est-ce que vous êtes inquiet pour la trésorerie des entreprises, pour les particuliers qui ont des prêts ?
00:23Quelle est votre analyse à vous sur l'impact de cette guerre sur la conjoncture ?
00:27Ne rajoutons pas de l'inquiétude à l'inquiétude. Je crois qu'aujourd'hui la situation est effectivement, telle que
00:32vous la décrivez, assez à taux, manque de confiance, manque de confiance qu'on avait déjà avant le déclenchement de
00:37cette guerre.
00:38Et cette guerre évidemment ne favorise pas un climat de confiance. Or le climat de confiance est essentiel dans les
00:43affaires, c'est ce qui permet la croissance.
00:46Alors pour ce qui concerne les entreprises aujourd'hui, leur trésorerie n'a pas encore trop souffert.
00:51Évidemment, sauf certains secteurs d'activité directement impactés par les prix de l'énergie et parfois par les prix des
00:57produits chimiques.
00:58Là, effectivement, il peut y avoir quelques conséquences et c'est pour ça qu'il faut espérer que ce conflit
01:03ne se prolonge pas trop longtemps.
01:06S'agissant des ménages, pareil, c'est les gros rouleurs qui peuvent avoir quelques difficultés.
01:12Vous parlez des prêts, ce n'est pas parce que les taux remontent aujourd'hui que les prêts que nos
01:18clients ont aujourd'hui en portefeuille augmentent.
01:21Puisque en France, notamment, le financement des prêts immobiliers est à tout fixe et ça, c'est un élément de
01:26protection qu'il ne faut pas négler.
01:28Mais aujourd'hui, ça suffit. C'est-à-dire que le gouvernement qui, pour l'instant, ne fait pas grand
01:33-chose par rapport aux autres pays européens,
01:34en n'annonçant pas de mesures, notamment sur les taxes ou des prêts trop importants, ça suffit pour contenir la
01:42crise ?
01:43Pour l'instant, le gouvernement a pris des mesures assez ciblées, y compris pour récemment les petits professionnels qui ont
01:51des charges importantes.
01:53Et d'ailleurs, au Crédit Mutuel, nous avons décidé de relayer, puisque nous avons mis en place un pré-coup
01:57de pouce de 2 000 euros sur 18 mois,
02:00en attendant que l'État ne rembourse ses surcoûts liés au...
02:05Et qui est à quel taux ?
02:06À 0%, justement, pour ne pas en rajouter à la charge, notamment, je pense, aux infirmières libérales en secteur rural
02:15qui font énormément de...
02:16Et vous avez eu beaucoup de demandes ?
02:17Oui, bien sûr, nous avons eu dans les secteurs ruraux immédiatement des demandes et surtout des manifestations de satisfaction, parce
02:24qu'on répond à un vrai besoin.
02:25La semaine dernière, on a eu également les résultats de Total Energy, avec l'annonce d'un bénéfice trimestriel qui
02:30a bondi de 51%.
02:32Total Energy qui considère qu'il fait sa part en bloquant les prix au niveau de la pompe.
02:38Vous, vous êtes un fervent défenseur du dividende sociétal.
02:40Est-ce que quand vous regardez les résultats de Total, c'est ça que vous avez envie de leur dire
02:44?
02:44Écoutez, moi, je n'ai pas à donner de consignes à Total Energy.
02:49Mais je note, comme vous venez de le dire, que sur le plan du prix du carburant en France, ils
02:55ont mis en œuvre un plafonnement.
02:56Ensuite, le reste de leurs résultats, on sait très bien qu'ils sont bien plus largement réalisés hors de France
03:01qu'en France.
03:02Mais vous voyez ce débat monter autour de Total Energy.
03:05Vous, vous avez mis en place cette récupération d'une partie des bénéfices, justement, pour faire autre chose.
03:10Est-ce que vous leur conseillez de regarder ce que vous faites, vous, comme d'autres entreprises ?
03:15Nous le conseillons à toutes les entreprises. D'ailleurs, la semaine dernière, avec 15 autres chefs d'entreprise, nous avons
03:20lancé un appel.
03:22Un appel, justement, pour que ce dividende sociétal que Crédit Mutuel Alliance fédérale a mis en place aille au-delà.
03:27Je ne dis pas que tout le monde doit mettre 15% de son résultat net consolidé dans des actions
03:32de solidarité, de financement de la transition énergétique.
03:35Mais évidemment, c'est le sens dans lequel chacune et chacun devrait aller.
03:40J'espère que cet appel que nous avons renouvelé la semaine dernière finira par produire ses fruits.
03:46D'autres entreprises que Crédit Mutuel Alliance fédérale, et je m'en réjouis, sont aujourd'hui engagées dans cette démarche.
03:52Parce que finalement, une entreprise, comment peut-elle bien aller dans un monde qui ne va pas bien ?
03:57C'est-à-dire que ça apaise, en fait ?
03:58Ce n'est pas seulement apaiser, c'est construire.
04:01C'est construire pour un monde plus juste et plus durable.
04:03Et c'est la responsabilité d'une entreprise d'aller en ce sens.
04:07On a eu les résultats des banques françaises la semaine dernière.
04:10Alors, vous, vous n'êtes pas coté, donc vous ne publiez pas comme les autres, avec cette salve jeudi dernier.
04:16Des résultats qui étaient au-dessus des attentes, donc des banques qui sont solides, mais des inquiétudes, là aussi pour
04:21la suite,
04:22notamment à cause du dollar.
04:24Il y a beaucoup d'activités aux États-Unis qui, du coup, sont impactées.
04:27Oui, bien sûr.
04:28Les résultats ont en tout cas montré, une fois de plus, la grande solidité des banques françaises.
04:34Et ça, c'est quand même, en soi, une bonne nouvelle.
04:35Avoir un secteur bancaire solide permet, effectivement, d'avoir de belles perspectives pour l'économie,
04:40parce qu'on va continuer à essayer de bien soutenir cette économie.
04:45On est aujourd'hui dans une situation, effectivement, d'incertitude liée au dollar,
04:48liée au coût également du risque, le risque de crédit,
04:52que ce soit pour ce qui se passe en dehors de la France,
04:55ou également pour ce qui concerne les entreprises françaises.
05:00S'il y avait aujourd'hui davantage de croissance, ça serait bien plus sécurisant.
05:04Mais on a la chance d'avoir des banques françaises qui sont solides.
05:08Est-ce que vous êtes inquiet, en tant que président de la Fédération bancaire française,
05:13sur la question du crédit privé ?
05:14On a sur ce plateau parfois des sons de cloche un peu différents.
05:16Alain Bocopza disait la semaine dernière, non, finalement, ce n'est pas un risque systémique.
05:20Thomas Bouberle, chez AXA, était plus inquiet.
05:22Quel est-vous, votre point de vue ?
05:23Il ne faut jamais négliger les risques.
05:24Et donc, je pense que chacune des banques a fait des études,
05:27les assureurs d'ailleurs également, pour voir ce qu'elles ont dans leur portefeuille.
05:32Pour ce que je sais, au sein des banques françaises, ça reste quand même très maîtrisé.
05:37Et donc, je ne suis pas particulièrement inquiet sur ce sujet.
05:40Mais évidemment, c'est un point sur lequel il va falloir rester vigilant.
05:44Et est-ce qu'une hausse des taux à venir de la BCE, ça, ça vous inquiète plus ?
05:47La hausse des taux de la BCE, ce ne serait pas une bonne nouvelle.
05:50On a quand même eu une bonne nouvelle le 30 avril, puisque les taux n'ont pas augmenté.
05:54Pourquoi ce n'est pas une bonne nouvelle, la hausse des taux ?
05:56Pour une raison très simple, c'est que ça a les hausses des taux de la BCE,
06:00parce que ça amène tous les taux à augmenter.
06:02Quand les taux augmentent, c'est moins d'incitation à l'investissement.
06:06Et moins d'incitation à l'investissement, ce n'est évidemment pas une bonne nouvelle pour la croissance.
06:12La campagne présidentielle a été lancée en France.
06:14Il n'y a aucune banque qui accepte aujourd'hui de prêter au Rassemblement National.
06:17La semaine dernière, sur RTL, vous avez dit que c'est normal,
06:19prêter au Rassemblement National ou à d'autres parties, c'est trop risqué pour une banque.
06:23Donc vous considérez que ça n'est pas de votre ressort, de votre métier ?
06:28Marine Le Pen a répondu sur Twitter, sur X.
06:31Et du coup, comment on fait ? Du coup, je vous pose la question, comment on fait si les banques
06:34ne veulent pas prêter ?
06:34Il faut juste recadrer les choses. Effectivement, les banques, nous savons prendre nos risques.
06:38Cependant, financer une campagne politique et notamment une campagne présidentielle, c'est un risque d'une toute autre nature.
06:45Que faisons-nous lorsque nous faisons un prêt à un candidat à l'élection présidentielle ?
06:50Nous faisons seulement un prêt relais sur le remboursement de ces frais de campagne par l'État.
06:54Donc l'État, in fine, va rembourser à deux conditions. Premièrement, obtenir 5% des voix.
07:01On a bien vu que lors de la dernière élection présidentielle, une candidate et un candidat, dont deux candidates de
07:07parti majeur, n'ont pas obtenu les 5%.
07:10Et puis ensuite, c'est avoir la validation des comptes de campagne.
07:14N'oublions pas que Nicolas Sarkozy a eu une non-validation, ce qui a voulu dire aucun remboursement.
07:20Donc c'est un sujet qui est évidemment d'intérêt public, il est de la responsabilité, c'est normal, de
07:26l'État de permettre une bonne vie démocratique.
07:29Et par conséquent, nous, la question que nous posons et la proposition que nous faisons, c'est que pourquoi il
07:35n'y aurait-il pas une intervention publique dès le départ,
07:38soit par une avance faite par l'État ?
07:41Une sorte de fond ?
07:41Voilà. Soit au moins une garantie donnée à première demande à la banque qui prêterait.
07:48Et cela libérerait clairement le sujet.
07:52Je rappelle également que pour les élections municipales, législatives, départementales, régionales, il n'y a quasiment pas de problème,
07:59parce que les montants ne sont pas les mêmes, parce que la grande majorité des banques françaises acceptent,
08:04après étude du dossier bien entendu, parce qu'il faut toujours le regarder, c'est toujours un dossier de crédit,
08:09de suivre les candidats qui sont déjà préalablement leurs clients.
08:13Là, sur le Rassemblement National, on n'est pas sur une question de faire moins 5%, a priori, il faut
08:16faire plus.
08:17Je répète, il y a deux conditions, il y a les 5% et la non-validation.
08:22Qui aurait pu penser que le président sortant Nicolas Sarkozy ne se fasse invalider ses comptes de campagne ?
08:28Oui, mais du coup, vous ne pourriez financer personne avec cet argument-là ?
08:31Mais c'est pour cette raison, comme je le disais, puisque in fine, de toute manière,
08:35ça se termine par une intervention publique, puisque l'État rembourse,
08:38que l'État apporte totalement sa contribution.
08:41Pour voir le système entier pour vous.
08:42Oui, ce n'est pas un risque normal pour une banque.
08:45La banque, elle s'est prêtée à un ménage, elle s'est prêtée aux entreprises,
08:48elle s'est accompagnée des projets, elle s'est traitée des difficultés.
08:52Mais là, on est tout simplement tenu à la réalisation des 5%
08:56et surtout la validation ou non des comptes de campagne.
08:59Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
08:59je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas...
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