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  • il y a 2 jours
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 6 février. Ils sont revenus sur le maintien répété des taux directeurs de la BCE, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h43 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité ce matin c'est François Vélod-Galot.
00:05Bonjour, gouverneur de la Banque de France. On a donc eu la Banque Centrale Européenne
00:10qui a laissé son taux directeur inchangé, cinquième fois d'affilée depuis juillet.
00:14La Banque Centrale Européenne qui n'a pas d'objectif de change, mais au vu de la baisse du dollar ces derniers mois,
00:20est-ce que ça devient un sujet prédominant dans les discussions que vous avez au sein de la Banque Centrale Européenne ?
00:27Alors je vais d'abord dire un mot de la décision que nous avons prise hier à l'unanimité,
00:31c'est de maintenir les taux d'intérêt à 2% et de constater que nous sommes,
00:36je reprends l'expression de Christine Lagarde, en bonne position parce que la victoire contre l'inflation est acquise.
00:42L'inflation elle est un peu en dessous de 2% en zone euro et on y reviendra peut-être,
00:46elle est même nettement plus basse en France.
00:48Ça, ça a des conséquences économiques, on est à 0,4 seulement.
00:52Donc du coup hier nous décidons de maintenir les taux d'intérêt à 2%.
00:55Je note que le même jour, la Banque d'Angleterre se réunit,
00:59elle maintient aussi le taux d'intérêt mais à 3,75%.
01:02Donc vous voyez qu'il y a un niveau de taux d'intérêt qui est plus favorable en zone euro
01:06qu'en Angleterre ou aux Etats-Unis.
01:08Justement, inflation plus euro fort, est-ce que ça ne pousse pas à une baisse des taux dans le futur ?
01:14Alors, nous avons discuté de ce qu'on appelle les risques dans notre langage.
01:19Il y a des risques à la hausse de l'inflation, il y a probablement de façon plus significative des risques à la baisse,
01:26on va dire un mot du taux de change.
01:28Nous avons aussi beaucoup parlé de la montée des importations chinoises, on y reviendra peut-être.
01:32Sur le taux de change, là je vais reprendre ce que Christine Lagarde a dit très clairement hier dans sa conférence de presse.
01:39Nous n'avons pas d'objectif de change, les choses doivent être claires, mais le taux de change est très important pour l'activité,
01:48comme pour l'inflation, si l'euro s'appréciait encore significativement, ça veut dire moins d'inflation.
01:56Et donc Christine Lagarde a dit, nous regardons de près, je vais peut-être le dire en anglais,
02:00parce que ça se passe en anglais, cette conférence de presse, elle a dit, we keep a close eye,
02:05nous gardons un œil très proche sur l'évolution du change, je crois que c'est peut-être un signal important.
02:15Dans notre discussion, nous avons relevé d'ailleurs que ce n'était pas tant une appréciation de l'euro
02:20qu'une faiblesse générale du dollar depuis un an, qui traduit d'ailleurs une moindre confiance dans les actifs américains
02:28tenant aux incertitudes de la politique américaine, de la politique économique américaine.
02:34Peut-être une dernière notation, ce mouvement sur le dollar a eu tendance à se stabiliser ces derniers jours,
02:42on est autour de 1,18 dollar pour 1 euro, je note d'ailleurs, c'est un hasard,
02:47c'est la parité historique, quand vous regardez la moyenne euro-dollar depuis la création de l'euro.
02:52Je comprends quand même dans ce que vous dites, que la Banque Centrale Européenne s'inquiète de la compétitivité européenne,
02:58que ce soit à travers la question des importations chinoises et avec le taux de change qui nuit quand même à nos entreprises exportatrices.
03:05Alors c'est très important à leur clôtier de préciser quel est notre mandat.
03:08Notre mandat c'est l'inflation à 2%.
03:10Et ça dans un monde où tout bouge, où tout est incertain, c'est extrêmement important pour nos concitoyens,
03:15pour les entreprises, de dire vous pouvez compter sur la valeur de la monnaie et la stabilité des prix.
03:21Donc les phénomènes que vous venez de citer, nous les regardons d'abord en fonction de leurs conséquences sur l'inflation.
03:26Mais on n'est plus à 2%.
03:27Alors on est un peu en dessous de 2% en zone euro à 1,7.
03:32Au passage je reviens sur l'inflation française.
03:340,3.
03:34Parce qu'on n'a peut-être pas assez commenté.
03:350,3.
03:36Oui alors il y a deux indices malheureusement.
03:39Il y a un indice national à 0,3 et l'indice européen donne 0,4.
03:42Mais ça ne fait pas une grande idée.
03:43C'est quand même très faible et plus faible que les autres pays.
03:45C'est plus faible que les autres pays, vous avez tout à fait raison.
03:47Et ça, ça a deux conséquences plutôt positives pour la France.
03:51La première c'est que ça veut dire du pouvoir d'achat.
03:53Et la seconde c'est que cette inflation plus basse peut s'accompagner d'une modération salariale.
03:59Et ça c'est bon pour notre compétitivité.
04:01Il y a un chiffre que je veux donner ce matin qui est que depuis 2019, depuis le Covid,
04:06la France a regagné 10% de compétitivité par rapport à l'Allemagne.
04:11Et 6% par rapport à l'ensemble de nos partenaires européens.
04:15Ce qu'on mesure par ce qu'on appelle les coûts salariaux unitaires.
04:17C'est-à-dire l'évolution des salaires pondérés par l'évolution de la productivité.
04:22Donc ça c'est une bonne chose pour la compétitivité française.
04:25Maintenant il y a une moins bonne chose pour la compétitivité de l'ensemble de l'Europe.
04:29C'est effectivement les importations chinoises.
04:31Donc vous n'avez pas peur d'une déflation.
04:34C'est-à-dire que là on n'est pas dans ce niveau-là parce que les prix augmentent toujours très faiblement.
04:36Mais vous n'avez pas peur qu'on tire et qu'on glisse ?
04:39Non, on est proche de 2%.
04:41Nous, nous regardons l'inflation de la zone euro.
04:43C'est normal.
04:45Mais il y a des risques à la hausse.
04:47Nous surveillons un certain nombre de risques à la baisse.
04:49On a parlé du change.
04:50Je vais revenir sur les importations chinoises.
04:53C'est un sujet dont nous avons aussi parlé hier et avant-hier.
04:57Là, nous voyons une assez forte augmentation des importations chinoises ces derniers temps.
05:01En partie due à la fermeture du marché américain pour les exportateurs chinois.
05:06Alors là, je vous donne deux chiffres qui sont assez frappants.
05:10Quand on regarde les six derniers mois de 2025 et qu'on compare aux six derniers mois de 2024,
05:15l'émission en un an, les importations chinoises en zone euro ont augmenté de plus de 11% en volume, en quantité.
05:23Et elles ont diminué de plus de 10% en prix.
05:26Alors quand vous combinez les deux, ça fait un effet désinflationniste assez fort.
05:31Je crois qu'il faut muscler l'économie européenne, la croissance européenne.
05:36On va en parler.
05:37Mais nous surveillons de près l'évolution de la Chine.
05:40Mais ça veut dire que vous êtes favorable aux taxes sur les petits colis,
05:42à tout ce qui peut permettre de fermer un petit peu l'Europe aux importations chinoises ?
05:46Ça, ça ne relève pas de la Banque centrale.
05:49Oui, mais c'est la suite.
05:50Les petits colis où est-ce qu'il faut protéger temporairement certains secteurs.
05:55Je crois que d'abord, nous regardons les conséquences sur l'inflation.
06:00Et il y a une réponse évidente, c'est de muscler la compétitivité, la capacité d'innovation,
06:06la productivité de l'économie européenne.
06:08Ça aussi, nous en avons parlé pendant la réunion de la Banque centrale.
06:11Le dollar est donc plutôt orienté à la baisse.
06:13Mais ces derniers jours, il s'est repris un petit peu.
06:15Par contre, du côté du bitcoin, alors ce matin, on est face à une débandade totale.
06:19On a touché les 60 000 dollars cette nuit.
06:22Est-ce que ça vous inquiète ?
06:23On a Scott Bessen qui dit qu'on ne va pas renflouer les investisseurs ni en racheter.
06:27Est-ce que c'est une inquiétude pour vous ?
06:29Aujourd'hui, tout le monde a du bitcoin à travers les ETF, les institutionnels, les particuliers.
06:33Est-ce que ça devient un sujet systémique ?
06:34Alors, deux choses.
06:35D'abord, cette stabilisation du dollar, elle semble largement liée à la nomination
06:40du nouveau président de la Fed, Kevin Walsh, qui, semble-t-il, garantira mieux l'indépendance
06:47de la Banque centrale américaine.
06:49Ça, je crois que c'est une bonne chose.
06:50Sur le bitcoin, j'ai toujours dit, nous avons toujours dit que c'était un actif très
06:55volatile et très risqué.
06:58On peut investir en bitcoin, mais on le fait à ses risques et périls.
07:01Effectivement, ce qui est en train de se passer montre que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
07:05Souvenez-vous de tous ceux qui nous expliquaient que c'était la monnaie de demain parce que la
07:09monnaie allait être complètement décentralisée, privatisée, libertaire.
07:14Je n'ai jamais cru ces discours.
07:16Ils sont en train d'exploser.
07:17Ceux qui nous disaient que le bitcoin, c'était un placement sûr, où on avait à la fois des
07:21rendements élevés, pas de risques, ça n'existe pas, ça, en matière financière.
07:25Alors, c'est-à-dire, j'en profite pour redire, si un jour un conseiller financier vous dit
07:30j'ai un produit formidable pour vous qui rapporte beaucoup et qui a zéro risque,
07:33fuyez ce conseiller financier et soit un incompétent, soit un escroc.
07:38Donc, sur le bitcoin, les risques sont en train de se matérialiser.
07:41Heureusement, ça n'est pas systémique.
07:44Il y a un certain nombre d'investisseurs en bitcoin.
07:48J'espère qu'ils ont limité leurs risques.
07:50– Vous me dites, Kevin Warsh, il a les reins solides pour avoir un poids indépendant
07:56vis-à-vis de la Fed.
07:57Donald Trump a redit hier qu'il est là pour baisser les taux.
07:59Point.
08:00Les chiffres de l'emploi américain sont mauvais dans les premières données.
08:03A priori, c'est ce qui devrait arriver.
08:05Ça ne vous inquiète pas, cette baisse des taux américaines par rapport aux taux européens
08:09qui restent stables ?
08:10– D'abord, leur closier, les taux américains, c'est le conseil de la Fed qui les décide.
08:14Jusqu'à fin mai, il est présidé par Jay Powell,
08:19qui est un banquier central d'une intégrité et d'un professionnalisme exemplaire.
08:24Je le redis parce qu'il a fait l'objet d'attaques totalement injustifiées.
08:29Et ensuite, je pense que Kevin Warsh, avec son conseil, il ne décide pas tout seul,
08:33regardera quelles seront les données sur l'économie américaine.
08:37Aux États-Unis, l'inflation est nettement supérieure à ce qu'elle est en zone euro
08:41et a fortiori en France.
08:42On est proche des 3% du fait aussi des tarifs décidés par M. Trump.
08:49Alors, il y a d'autres facteurs qui peuvent jouer dans l'autre sens.
08:52Peut-être à la baisse des taux, c'est l'évolution de l'emploi, vous en parliez.
08:54C'est la grande question de la productivité liée à l'intelligence artificielle.
08:58Mais attendons de voir le débat du conseil de la Fed.
09:02Je souligne que ce n'est pas un homme seul qui est le Président.
09:06Sur les questions de moyens de paiement, on était avec Thierry Laborde,
09:09le directeur général délégué de BNP Paribas, il y a quelques instants.
09:12Il se promène désormais avec un badge, Wiro, pour en faire la promotion.
09:16On était avec Nicolas Namias de BPCE il y a deux jours.
09:19Même discours dans les deux cas.
09:21Sur l'euro numérique, ils sont sceptiques, voire ils disent désormais
09:24que ce n'est pas à la Banque Centrale Européenne de développer des moyens de paiement.
09:29C'est le job des banques privées.
09:31Qu'est-ce que vous répondez ?
09:32Alors, je ne vais pas commenter les propos de tel ou tel banquier,
09:36mais si on pose le débat de principe, le rôle d'une Banque Centrale,
09:40c'est de garantir la qualité de la monnaie et d'émettre de la monnaie.
09:43Ça, c'est un fondamental qui dure depuis des siècles.
09:46Je pense que Nicolas Namias et Thierry Laborde ne l'ont pas oublié.
09:50La monnaie, depuis toujours, c'est un partenariat public-privé.
09:54C'est-à-dire qu'il faut une encre publique, une monnaie émise par la Banque Centrale
09:58qui inspire confiance.
09:59Et puis, à côté de ça, il y a une monnaie émise par les banques commerciales
10:04qui sert pour nos usages quotidiens.
10:06Moi aussi, j'ai une carte de crédit.
10:08Et moi aussi, j'utilise Wero, si vous voulez tout savoir.
10:11Mais il faut les deux.
10:13Jusqu'à présent, la monnaie de Banque Centrale,
10:15elle prenait la forme d'un billet papier que nous maintiendrons, bien sûr.
10:19L'euro numérique, demain, c'est quoi ?
10:22C'est leur closier un billet numérique plus.
10:25Éric Lacourège, le patron des moyens de paiement à la Banque de France,
10:28est venu, je crois, l'expliquer à votre micro.
10:30C'est le meilleur du billet, c'est-à-dire sa sécurité absolue, sa gratuité, son universalité.
10:36Il est accepté partout.
10:38Et puis, le meilleur du numérique, vous pourrez payer...
10:40Donc, ce n'est pas concurrent ?
10:41Non, c'est totalement complémentaire.
10:44Et la complémentarité est indispensable pour assurer la souveraineté de l'Europe sur les moyens de paiement.
10:50Parce qu'effectivement, les moyens de paiement, c'est vital.
10:53C'est le sang de l'économie de pouvoir assurer les paiements
10:56et puis être associé à la propriété de données.
10:59C'est très important que l'Europe ait la maîtrise là-dessus.
11:03Donc, si on faisait une guerre euro-européenne
11:07entre la monnaie des banques commerciales
11:10et puis la monnaie de la Banque centrale,
11:12ce qui ne sera heureusement pas le cas,
11:14mais une guerre euro-européenne, elle ne ferait qu'un gagnant.
11:17C'est les Américains.
11:18Pardon de le dire.
11:19Donc, je crois qu'elle est hors de saison.
11:21Il faut avoir un peu de vision stratégique.
11:23Merci beaucoup, François-Jolot Gallo.
11:24Nous aurons les deux
11:25et c'est ça qui construira la souveraineté européenne.
11:28Merci d'être venu dans la matinale de l'économie.
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