00:00Le grand entretien ce matin c'est avec Eric Chevet. Bonjour, vous êtes le président de la CPME en charge
00:05des affaires sociales.
00:06Vous sortez de la négociation sur les ruptures conventionnelles avec cet accord qui ressort au moins avec la CFDT et
00:13la CFTC
00:14pour réduire la durée d'indemnisation de la rupture conventionnelle.
00:18Vous aviez déjà côté patronat adouci la position ces derniers jours.
00:22Est-ce que vous considérez là que c'est un accord plutôt positif, que vous avez gagné une partie de
00:27la négociation ou pas ?
00:29Oui, alors pour la CPME c'est franchement une victoire parce que nous avons soutenu cette négociation depuis le départ.
00:34Nous étions la seule organisation patronale à vouloir cette négociation sur les ruptures conventionnelles
00:40parce que ça impacte aujourd'hui essentiellement les TPE et les PME.
00:4442% des ruptures conventionnelles aujourd'hui sont dans des boîtes de moins de 10 salariés.
00:49Donc c'était vraiment un sujet pour nous.
00:51Et face effectivement à la modification de la taxe sur les indemnités de rupture conventionnelles qui est passée de 30
01:00à 40%,
01:01donc une incitation à l'employeur à en faire moins, il n'y avait pas d'incitation pour le salarié
01:06d'aller moins facilement sur la rupture conventionnelle.
01:09Donc toujours autant de demandes du côté du salarié et un patronat qui est plus en difficulté pour dire oui.
01:14Absolument. Et donc il fallait effectivement faire en sorte de corriger.
01:18Les personnes qui font une rupture conventionnelle restent au chômage 15 mois en moyenne alors que les autres restent en
01:26moyenne 11 mois.
01:27Donc il y avait une vraie différence sur la durée dans laquelle on reste au chômage après une rupture conventionnelle
01:33par rapport à un accident de carrière professionnelle.
01:35Alors que les profils sont plus employables que les autres.
01:37Alors que les profils sont plus employables que les autres parce que nous avons effectivement,
01:40si on fait le profil des gens qui sont concernés par la rupture conventionnelle, c'est 25-35 ans,
01:45des diplômés du supérieur à 50%, des salaires au-dessus du salaire moyen et des indemnités de chômage au-dessus
01:53des indemnités moyennes
01:55et qui restent plus longtemps.
01:56Donc il fallait vraiment donner un coup d'arrêt à ce dispositif qui était dévoyé.
02:00Et pourquoi Eric Chevet, ça concerne plus les TPE, PME que les grosses entreprises ?
02:03C'est que quand on vous a dit non dans une grande entreprise, vous êtes un peu noyé dans le
02:08flot de salariés.
02:08Et quand vous avez 10 personnes, ça devient un vrai problème.
02:11Bien sûr, parce qu'avoir un élément à l'intérieur d'une petite équipe qui ne veut plus travailler,
02:16qui se met en arrêt maladie, qui vient une fois sur deux, etc.
02:19C'est particulièrement destructeur.
02:21Donc les petites boîtes n'ont pas d'autre solution que de très vite accepter une rupture conventionnelle.
02:26Donc on va passer d'une durée maximale d'indemnisation de 18 à 15 mois.
02:31Vous pensez que c'est 15 mois ?
02:32Pour ceux qui ont moins de 55 ans, les règles sont différentes pour ceux qui ont plus de 55 ans.
02:36Vous pensez qu'avec ce changement de durée d'indemnisation, ça va changer quelque chose dans les mentalités ?
02:41Alors oui, nous espérons effectivement le fait qu'ils se remettent plus tôt à chercher du travail
02:46et à reprendre un travail, puisque a priori, au moins pour la moitié d'entre eux,
02:50de notre point de vue, ce sont des personnes qui sont tout à fait employables.
02:53Donc ça va leur permettre de se réveiller un petit peu plus tôt.
02:56Il y a des rendez-vous qui sont prévus avec un accompagnement renforcé par France Travail
03:01et un bilan à 12 mois pour faire le point de ce qui se passe effectivement dans la carrière,
03:06dans la recherche du candidat.
03:09Donc je pense effectivement que ça n'aura un effet.
03:11D'ailleurs, l'UNEDIC a chiffré les économies potentielles en rythme de croisière sur ce dispositif.
03:18C'est 900 millions d'euros.
03:19Donc on n'est pas sur l'épaisseur du trait, on est vraiment sur quelque chose d'important.
03:23Le gouvernement demande des 400.
03:24Donc vous considérez que le deal est rempli, même si c'est 900 à terme.
03:27C'est 900 à terme, donc il y a une montée en puissance.
03:30Donc effectivement, je pense que tout le monde retrouve un petit peu ses œufs dans ce grand panier-là.
03:35Mais ce qu'il faut dire effectivement, c'est qu'à terme, d'une part, c'est 900 millions d
03:40'euros d'économies.
03:41Et surtout, en fait, c'est la possibilité de commencer à changer les comportements
03:45sur la question de la rupture conventionnelle.
03:47À mon avis, ce qu'on fait là avec les partenaires sociaux,
03:49c'est clairement anticiper ou préparer plus exactement la négociation de 2028
03:54où on va revoir en totalité, comme tous les 4 ans, la convention d'assurance chômage.
03:58Donc là, on aura derrière nous cette période d'expérimentation
04:01où on aura vu une diminution de la durée pour les ruptures conventionnelles
04:06et on pourra l'intégrer dans une nouvelle convention qu'on renégociera en 2028,
04:10comme c'est prévu dans nos textes.
04:11Pour l'instant, c'est négocié.
04:13Il y a un texte qui sort, mais ça n'est pas signé.
04:16Donc, ils sont d'accord CFDT et CFTC.
04:19Ils disent pour l'instant non FO, CGT et CFE, CGC.
04:23Il faut être 3, non, pour que ça soit signé ?
04:25Non, en fait, non.
04:26On n'a pas tout à fait les mêmes règles que dans une branche professionnelle.
04:29Donc, le fait d'en avoir à minima 2 suffit effectivement à valider un accord.
04:34Ce serait effectivement mieux que FO se joigne à nous
04:37puisque FO nous a accompagnés dans les autres conventions,
04:41annexes à la convention d'assurance chômage ces dernières années.
04:45et FO fait partie des créateurs de l'assurance chômage historiquement.
04:49Donc, on espère bien que FO nous suivra dans cette aventure.
04:52Sur les autres points, sur les intermittents du spectacle
04:54et sur les travailleurs transfrontaliers,
04:56est-ce que c'était vraiment une demande ?
04:57Est-ce que ça servait à faire partie de la négociation ?
05:00Là, on n'a pas avancé.
05:01Ce sont deux choses complètement différentes.
05:02Sur les travailleurs frontaliers, c'est une question qui est évidemment européenne,
05:06sur laquelle depuis 2016, on est encalminé sur ce sujet.
05:11C'est fort dommage parce que potentiellement,
05:13c'est 860 millions de plus pour les recettes de l'assurance chômage
05:17que nous doivent principalement la Suisse, le Luxembourg
05:20et un petit peu la Belgique.
05:22Donc ça, c'est dommage.
05:23Malheureusement, ça ne dépend pas de nous.
05:24Le gouvernement fait ce qu'il peut sur le sujet.
05:26J'espère qu'un jour, ça débouchera
05:27puisque d'autres pays maintenant s'intéressent à cette question.
05:31Sur les intermittents du spectacle, je crois que les choses sont très claires.
05:34Nous, on le rappelle à chaque fois qu'on discute sur les règles de l'assurance chômage,
05:38qu'on ait un dispositif de solidarité sur la création culturelle en France,
05:43ça ne pose aucun problème à la majorité des gens qui sont autour de la table.
05:46Parce que c'est à ça que sert la période de chômage.
05:48C'est à écrire, à créer.
05:49Exactement.
05:49Mais ça n'est pas à l'assurance chômage de financer cette solidarité.
05:54Donc nous, on le dit, on le répète, on le dira à chaque fois,
05:57c'est au ministère de la Culture de prendre ses responsabilités sur cette question-là
06:00et d'assurer la solidarité pour soutenir la création française.
06:05Ça n'est pas aux entreprises françaises de le faire.
06:07Oui, mais dans ces cas-là, le débat sur 507 heures ou 557 heures n'a aucun intérêt, si je
06:12comprends bien.
06:12Ce que vous voulez, c'est sortir le dispositif.
06:14Oui, nous, on veut sortir le dispositif.
06:16Mais aujourd'hui, nous, on doit le gérer.
06:18Et ce n'est pas tout à fait neutre.
06:19Ça fait des centaines de millions d'euros à la fin.
06:22Donc vous nous le disiez, remettre appel à l'assurance chômage, ça sera pour 2028.
06:26Est-ce que là, il y a un premier signal positif ?
06:28Sébastien Lecornu disait, bon, là, on voit, ça fonctionne.
06:30Le dialogue social fonctionne.
06:32Oui, je pense qu'effectivement, quand on est mis en responsabilité,
06:36généralement, les partenaires sociaux, on essaie de les prendre.
06:38Bon, des fois, on échoue.
06:39Ça ne marche pas tous les coups.
06:40Mais moi, j'avoue que depuis que je fais ce job pour la CPME,
06:45je crois qu'on a dû négocier une quinzaine d'accords.
06:48Il y en a probablement signé 13 ou 14.
06:50Donc généralement, quand on commence à discuter, on trouve les voies de passage.
06:54Et je trouve que ce qui est très, très intéressant,
06:56dans ce qu'on a mis là sur la table,
06:57c'est la cohérence du dispositif avec les dispositifs seniors,
07:01notamment pour les plus de 55 ans,
07:02puisqu'on prévoit effectivement que pour eux, il y ait une solution.
07:06Ils ne sont pas d'un seul coup au coup près de supprimer leur allocation.
07:10Mais s'ils démontrent effectivement qu'ils font bien les recherches
07:14et qu'ils sont actifs sur leur parcours professionnel...
07:17Il y a l'inversion de la charge de la preuve.
07:19Eh bien, exactement.
07:19Et donc, ils peuvent rester dans le dispositif.
07:22Et nous avons mis, par ailleurs, grâce à l'anis sur les seniors
07:26transposé dans la loi en fin d'année,
07:28nous avons mis en place un contrat de valorisation de l'expérience.
07:31C'est aussi aux entreprises de s'en saisir.
07:35C'est à France Travail de le vendre aussi,
07:37ce nouveau dispositif qui permet d'intégrer les seniors.
07:40Donc, je pense que ce ne sera pas du tout un coup près.
07:42Je pense qu'il y a beaucoup d'humanité derrière cette idée-là
07:45de faire un système qui permet de s'exclure de la rigueur de la loi.
07:51On a eu l'impression ces dernières semaines
07:52que MEDEF et CPME n'étaient plus complètement sur la même longueur d'onde.
07:56Alors, ce n'est pas le cas sur les ruptures conventionnelles,
07:58mais ça peut être le cas sur la question d'un fond.
07:59Ça peut être le cas par rapport à un positionnement vis-à-vis du gouvernement.
08:03C'est quoi votre point de vue à vous ?
08:04Non, mais en fait, il arrive qu'en règle générale,
08:07on défend les intérêts des entreprises
08:08et qu'on ait des intérêts très, très convergents.
08:10Parfois, on a des intérêts qui ne sont pas tout à fait les mêmes.
08:12Vous savez, une petite entreprise,
08:15ce n'est pas une grande entreprise en miniature.
08:16Donc, les règles qui s'appliquent pour les grandes entreprises,
08:19qui sont généralement celles que retiennent les politiques
08:21et qui mettent en avant,
08:22on essaye après avec un chausse-pied de les faire rentrer
08:24pour les petites entreprises.
08:25Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.
08:27On a des règles qui sont propres à nous.
08:29Et donc, on aimerait bien qu'on en tienne compte réellement.
08:31Et parfois, effectivement, il y a des frottements dans cette approche-là.
08:34Mais généralement, on s'accorde bien pour défendre l'entreprise quand même.
08:37Et comment voyez l'émergence de mouvements patronaux parallèles ?
08:40Hervé Novelli, par exemple,
08:41les 300 pour la France.
08:42C'est concurrent de la CPME ?
08:44Non, je pense qu'on n'est pas situé tout à fait sur le même champ.
08:49Nous avons 120 fédérations professionnelles qui adhèrent à la CPME.
08:53Nous avons une implantation territoriale
08:54dans tous les territoires de la République,
08:56y compris dans les Outre-mer.
08:57Donc, on n'est pas du tout sur la réflexion d'un groupe de pression.
09:02Nous, nous sommes vraiment une organisation très structurée.
09:05Et nous allons continuer à nous développer.
09:07Merci beaucoup Éric Chauvet d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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