00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur MC Life, notre invité c'est Coco Agbo Bloua.
00:04Bonjour, vous êtes responsable de la recherche économique multi-active et quantitative chez Société Générale CIB.
00:09Vous intervenez régulièrement sur Bloomberg et CNBC, c'est la première fois sur une télévision française.
00:13Vous êtes basé à Londres, vous regardez bien sûr l'économie de très près.
00:18On va regarder tous les drivers pour 2026, mais je commence avec cette question sur la réserve fédérale
00:22puisque c'est aujourd'hui que commence la réunion mensuelle de la Fed.
00:26Est-ce que vous êtes inquiet pour l'indépendance de la Fed ?
00:28On parle d'un nouveau profil désormais pour remplacer Jérôme Powell, Rick Reeder.
00:33Est-ce que vous pensez qu'il sera à la hauteur de ce type de job ?
00:36Alors tout d'abord pour parler de l'indépendance de la Fed.
00:38Je pense qu'en fait qu'il est important de se souvenir d'Arthur Burns,
00:42qui était le président de la réserve fédérale dans les années 70.
00:44C'est lui qui a en gros gardé les taux d'intérêt beaucoup plus bas qu'il nous aurait dû être
00:50et qui a causé une période d'hyperinflation.
00:52Parce que Nixon à l'époque ne voulait pas d'inflation de taux d'intérêt élevé, il cherchait le plein d'emplois.
00:58Et donc après on avait la période Volcker, où une accélération assez importante de la politique monétaire.
01:05Aujourd'hui, la Fed, le groupe de personnes qui votent, ils sont 12.
01:12Il y a 7 gouverneurs de la réserve fédérale qui sont nommés pour une période de 14 ans,
01:19qui se chevauchent.
01:20Et vous avez 5 présidents régionaux parmi les 12 présidents régionaux.
01:26Et du coup, chacun a une seule voix.
01:29Ce qui en fait permet de limiter la capacité d'un président de dicter la politique monétaire.
01:33Donc lui seul ne peut pas baisser les taux comme il le veut.
01:36Voilà, ce n'est pas une dictature, c'est une décision collective.
01:40Après, il est évident que sur les 3 des 7 gouverneurs de la réserve fédérale, ils ont été choisis par Trump.
01:49Et d'ailleurs, Jérôme Powell a aussi été choisi par Trump lors de son premier mandat.
01:53Donc on n'est pas inquiet, parce qu'on pense que les institutions de la réserve fédérale devraient résister à cette attaque du président.
02:01Parce que c'est collégial.
02:02Exactement.
02:03Mais ce qu'on entend dans ce que vous nous dites, c'est quand même que baisser les taux trop longtemps, alors que ce n'est pas forcément ce qu'on devrait faire, c'est très dangereux.
02:09Absolument, parce qu'on pourrait en quelque sorte répliquer ce qui s'est passé dans les années 70.
02:14Après, ce qui est intéressant, c'est que c'est une condition nécessaire, mais pas suffisante.
02:17Parce que pour avoir une Fed, une réserve fédérale qui garde les taux trop longtemps, il faut avoir un choc de l'inflation.
02:24Donc c'est imaginer un contexte de la guerre en Ukraine avec la Russie,
02:29où on a cette explosion des commodités, du pétrole, etc., l'inflation qui part à 14-15%,
02:35et la réserve fédérale décide de ne rien faire.
02:38Donc dans ce contexte, ce serait un grave problème de gestion de la politique monétaire.
02:44Et donc aujourd'hui, on est plutôt dans un contexte où l'inflation reste stable.
02:47Et donc une Fed qui reste plus accommodante n'est finalement pas très problématique dans un contexte...
02:54Tant que l'inflation reste mesurée, c'est ça votre data de base.
02:58C'est principal, mais donc il faut les deux conditions.
03:00Il faut un choc de l'inflation, de la demande ou de l'offre, etc.
03:04Et après, avoir une décision de la Fed qui ne soit pas efficiente.
03:08Vous ne pensez pas que là, on a eu des chiffres avec le shutdown,
03:11mais est-ce qu'on peut vraiment les regarder tel quel ? C'est compliqué.
03:14Vous ne pensez pas que l'inflation américaine va accélérer dans les prochains mois, avec les droits de douane notamment ?
03:19En fait, ça c'était la thèse de beaucoup d'économistes.
03:22Oui, on a attendu presque l'inflation et ce n'est pas venu.
03:24Et en fait, c'est ce qu'on ne voit pas dans les chiffres.
03:25Pourquoi ? Parce qu'on pense que d'une part, les entreprises ont pris à peu près un tiers de l'impact des droits de douane.
03:33Un autre tiers a été absorbé par les exportateurs.
03:37Et un troisième tiers a été absorbé par la consommation.
03:40Il est aussi important de regarder l'indice des prix à la consommation,
03:44donc le panier qui constitue cet IPC.
03:4740% de ce panier est représenté par les biens qui sont importés.
03:51Et 60% sont les services.
03:53Et on ne voit pas de mécanisme de transmission entre cette inflation des biens vers les services.
03:59Cette économie américaine aujourd'hui, elle est beaucoup gravée par l'intelligence artificielle.
04:03C'est ça qui fait qu'elle est si vigoureuse.
04:06Comment vous regardez ça dans les prochaines semaines ?
04:09Est-ce que pour vous, il y a un risque de bulle sur l'intelligence artificielle ou pas ?
04:12Nous ne pensons pas qu'il y a une bulle, il y a plutôt un boom de l'investissement,
04:16parce qu'aujourd'hui, il faut créer les capacités dans les centres de données, les data centers,
04:21pour remplir cette demande exponentielle que nous avons.
04:27Tout le monde utilise Tiet-GPT en ce moment.
04:29Et après, l'usage au niveau des entreprises est censé aussi augmenter de manière significative.
04:34Ce qui est important, c'est de se souvenir de la part des revenus du travail à l'échelle mondiale.
04:39Le PIB mondial, c'est à peu près 100 000 milliards de dollars.
04:43Et la partie cognitive, c'est à peu près 20 000 milliards.
04:49Donc si l'intelligence artificielle ne remplaçait qu'à peu près 10 %,
04:52ce serait à peu près 2 trillions de dollars d'économies ou de sources de revenus.
04:57Donc je pense qu'on est plutôt engagé vers un marathon plutôt qu'un sprint.
05:02Et il faut créer finalement cet écosystème pour pouvoir remplir cette demande qui va être assise.
05:08Mais justement, sauf que dans les entreprises, on voit que ce n'est pas si rapide l'adoption de l'intelligence artificielle
05:13et que du coup, ça ne délivre pas beaucoup de revenus, notamment pour des entreprises comme OpenAI.
05:17Il y avait cette blague qui circulait à Davos ces derniers jours en disant
05:20« OpenAI, dans deux ans, c'est fini, ils auront fait faillite.
05:23Tellement ils n'auront pas réussi à accélérer sur la prise en main de l'intelligence artificielle dans les entreprises. »
05:29Ça vous inquiète ça ou pas ?
05:30Non, pas du tout, parce que je pense que c'est un processus d'extrusion créatrice, un peu comme Schumpeter.
05:35On le voit très bien avec OpenAI qui a conçu des semi-conducteurs qu'on appelle les GPU,
05:42qui sont Graphic Processor Unit.
05:44Et vous avez Google qui arrive avec des TPU, des Tensor Processor Unit,
05:48qui sont 2 à 3 fois plus puissants que les GPU,
05:50qui sont d'ailleurs 100 à 200 fois plus puissants que les CPU.
05:53Donc ça c'est le premier point.
05:54Et le deuxième point, l'IA a à peu près 3 ans.
05:58Il n'est même pas arrivé à l'âge de l'adolescence.
06:01Donc si vous regardez les iPhones qui ont eu plusieurs générations,
06:04on pense que la capacité de l'IA pour avoir des résultats beaucoup plus probants
06:09et avoir des cas d'usage intéressants devrait arriver à l'avenir.
06:13Et ça c'est le plus important, c'est de se rendre compte,
06:15oui c'est une aventure, c'est un marathon et pas un sprint.
06:18On a beaucoup parlé d'un réveil européen ces derniers jours,
06:20notamment à Davos avec les menaces américaines autour du Groenland.
06:24On est sur un écart de croissance entre les Etats-Unis et l'Europe très important.
06:28Est-ce que vous pensez qu'on peut réussir en débloquant nos problèmes internes
06:32avec le marché unique européen à faire en sorte que l'Europe se réveille vraiment ?
06:36Ça c'est une question très importante parce qu'il est clair que la rentabilité
06:42et la productivité de l'économie américaine expliquent pourquoi
06:45la capitalisation boursière totale du marché américain c'est 60 trillions de dollars.
06:51L'Europe c'est à peine 14 trillions de dollars.
06:54Et donc le marché américain c'est 4 à 5 fois plus gros que l'Europe.
06:57Pourquoi ? Parce que vous avez des boîtes comme Google, Amazon, etc.
07:00On n'a pas l'équivalent d'Europe.
07:02Est-ce qu'on peut débloquer ?
07:03Évidemment on a le rapport l'État, le rapport Draghi qui parle de tout ce qui est réformes réglementaires.
07:08Mais on est à moins de 10% mis en œuvre du rapport Draghi.
07:11Absolument parce que le rapport Draghi parle de 4,7% du PIB européen.
07:15C'est à peu près 800 milliards d'euros d'investissement.
07:17On n'y est pas encore et c'est une urgence importante simplement parce qu'à partir de 2040,
07:24l'Europe va perdre 2 millions de personnes par an en termes de vieillissement de la population.
07:29Donc ils font investir en productivité, etc.
07:31Et après il y a le rapport du FMI qui dit une chose très intéressante.
07:33C'est quand on regarde la réglementation entre pays européens,
07:37c'est l'équivalent d'avoir à peu près 120% de droits de douane entre pays européens pour les services.
07:42Donc nos barrières sont internes.
07:44Voilà et 40% pour les biens.
07:45Donc les barrières sont internes parce qu'on a des champions nationaux, etc.
07:48Et ça c'est un peu l'histoire de l'Europe qui dominait d'ailleurs le monde au 19e siècle, etc.
07:53Donc ça va prendre du temps.
07:54Mais je pense qu'il y a une idée très intéressante qui est le rapport L'État qui parle du 28e régime
08:01qui est un mécanisme qui permettrait de donner aux entreprises une forme de passeport européen
08:07pour vendre leurs produits et services au sein des 27 pays européens.
08:12Il ne faut pas avoir 27 réglementations, etc.
08:14Mais bon, ça va prendre du temps.
08:16Et après, il y a une lueur d'espoir.
08:18C'est dans le dernier discours d'Ursula von der Erden, la présidente de la Commission européenne,
08:23qui disait que le 2028 est potentiellement la dernière date butoir pour avancer dans ce qu'on appelle
08:31le Saving and Investment Union, donc l'union de l'épargne et de l'investissement.
08:36Et ça pourrait peut-être être le moment de l'or de 1992.
08:40Donc voilà, attendons.
08:41C'est maintenant que jamais, Colab.
08:42Merci beaucoup d'être venu ce matin.
08:44Coucou, Agbo, Bloua, responsable de la recherche économique multiactive et quantitative
08:48chez Société Générale CIB.
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