00:01Et juste avant de parler de ce secteur du luxe, de la séance du jour, petit mot quand même sur
00:06les prévisions de croissance du FMI
00:08qui ont été actualisées hier avec Patrice Gauthry, le chef économiste de l'Union bancaire privée.
00:12Bonjour Patrice Gauthry, merci de nous accompagner ce matin.
00:16En effet, hier le FMI a revu à la baisse ses prévisions de croissance, finalement ça ne sera pas 3
00:21,3% mais 3,1%.
00:24Bon, sans faire la litanie des chiffres et de tous les pays dont les données ont été actualisées, c'est
00:30quoi le message au niveau global du FMI, Patrice Gauthry ?
00:33Alors le message, bonjour, le message c'est qu'effectivement la guerre en Iran et le choc sur le prix
00:40du pétrole provoquent effectivement un ralentissement de la croissance.
00:45On perd 0,3 point comme vous l'avez rappelé, mais avec une croissance mondiale qui est encore supérieure ou
00:51autour de 3%,
00:52ce qui est plutôt pas mauvais quand on regarde effectivement l'historique de la croissance mondiale, donc petite perte de
00:58croissance.
00:59Et aussi bien entendu l'autre choc, c'est le choc sur l'inflation où là on gagne plus d
01:03'un demi-point, 0,6%,
01:05avec une inflation mondiale qui est attendue aux alentours de 4,4%.
01:10Je rappelle qu'en début d'année on pouvait s'attendre à une inflation mondiale en dessous de 3%.
01:15Donc globalement, un choc effectivement des prix du pétrole qui ralentit la croissance, mais qui ne provoque pas d'entrées
01:22en récession,
01:22ça n'est pas un scénario de stagflation, ça c'est une donnée importante notamment pour les marchés financiers,
01:28et bien entendu donc plus d'inflation.
01:31Ceci dit, bien entendu, on est toujours avec, et le FMI avec des incertitudes,
01:35puisque le FMI, comme d'ailleurs les économistes privés et moi-même,
01:39et bien on est obligé de travailler sur plusieurs scénarios,
01:42un scénario du pétrole qui se stabilise aux alentours des 100 dollars ou un petit peu moins,
01:47comme on a actuellement sur les marchés,
01:49ou au contraire effectivement un scénario dans lequel la crise énergétique perdurerait,
01:55s'amplifierait avec des prix du pétrole qui passent au-dessus de 120 dollars, 150 dollars le baril.
02:01Et là il y a d'autres scénarios qui sont présentés par le FMI,
02:04un petit peu comme avait fait d'ailleurs la BCE,
02:06et là on retrouve effectivement des scénarios de croissance nettement moins favorables,
02:12c'est-à-dire une croissance mondiale qui vient à 2%,
02:13et 2% ce serait effectivement une récession.
02:16Donc je dirais que c'est une situation mitigée,
02:19dans laquelle effectivement il y a encore des facteurs de résilience de la croissance mondiale,
02:25mais bien entendu avec un choc qui est aujourd'hui plus important sur l'inflation
02:29que l'impact négatif sur la croissance.
02:32Donc si le conflit s'arrête, comme l'espèrent les marchés, relativement rapidement,
02:38ce passage est assez, je dirais, gérable en termes de croissance,
02:43sans provoquer, là encore, comme je le dis, une entrée en stagnation, voire des risques de récession.
02:50Sur les fronts du cours du pétrole, vous avez un baril de Bren ce matin qui est à 94 dollars,
02:55le WTI est à 90 dollars, donc ça c'est une nette détente quand même,
02:58c'est une bonne nouvelle bien sûr pour le marché action,
03:00mais pour l'ensemble des prévisions en ce qui concerne la croissance,
03:03avec notamment hier l'Agence internationale de l'énergie qui a revu à la baisse
03:07ses prévisions en termes de demandes journalières de pétrole pour l'ensemble de l'année 2026.
03:12À partir de toutes ces données, Patrice Gautry, comment vous naviguez dans les prévisions monétaires ?
03:17Hier, Christine Lagarde a été interviewée sur Bloomberg.
03:20Bon, elle a continué de rester assez floue sur les prévisions de hausse de taux de la BCE.
03:26Elle estime que la Banque Centrale Européenne doit rester data-dépendante
03:30et que pour l'instant, il est bien trop tôt pour faire des prévisions de hausse de taux.
03:34Néanmoins, le marché, lui, continue de penser que oui, la BCE va continuer à relever ses taux.
03:39Oui, alors les banquiers centraux sont effectivement un petit peu coincés entre deux scénarios,
03:43comme l'a rappelé d'ailleurs Madame Lagarde,
03:45et les autres déclarations qu'on a eues des banquiers centraux américains, australiens ou anglais,
03:50eh bien, reflètent un petit peu la même situation d'inconfort.
03:53C'est-à-dire que par rapport au scénario central qui était effectivement de promouvoir une inflation qui revient à
04:002%,
04:00il y a une dérive et on est effectivement dans des scénarios sur lesquels,
04:04on l'a vu avec les derniers chiffres, notamment en zone euro ou pour certains pays de la zone euro,
04:08on est en train de dériver au-delà des 3%.
04:11Ceci dit, en fait, on n'est pas dans le scénario du pire et c'est effectivement,
04:15comme je le disais, comme le FMI, la BCE avait présenté plusieurs types de scénarios
04:19et le type de scénario qui était, je dirais, qui commençait à devenir grave,
04:23était d'un prix du pétrole, du Brent, aux alentours de 120 dollars, 119 dollars,
04:28ce qu'on n'est pas encore.
04:29Donc effectivement, on voit un impact sur les prix et sur l'inflation.
04:33Donc là, comme on l'a vu avec le FMI, c'est le premier choc négatif de plus d'inflation.
04:38Mais ceci dit, visiblement, si on est dans une désescalade du conflit,
04:43que le détroit d'Hormuz pourrait rouvrir, et là je mets un conditionnel,
04:47pourrait rouvrir prochainement, à ce moment-là, la durée du conflit serait relativement temporaire,
04:52ce qui veut dire que le choc d'inflation serait lui aussi temporaire.
04:56Et donc on pourrait espérer, après une accélération de l'inflation au-delà de 3 %
05:02ou autour de 3 % sur les indices de la zone euro,
05:06on pourrait espérer une désescalade des prix de l'énergie et de l'inflation
05:11à partir du second sommet, ce qui veut dire que ce serait véritablement,
05:15je dirais, un épisode temporaire.
05:17Ce qui nécessiterait de la part des banques centrales une action relativement modérée.
05:21Oui, on pourrait monter, mais à la limite qu'une seule fois,
05:23par exemple pour la Banque centrale européenne,
05:26ou si le choc est relativement contenu et qu'on a un accord de paix,
05:31par exemple, en cette fin de semaine,
05:33eh bien on pourrait même passer au travers, en fait,
05:36de ces potentielles hausses de taux.
05:37Là aussi, du côté de la Fed, et c'est important,
05:40on a plutôt, je dirais, un attentisme,
05:42et si on ne parle pas de hausses de taux, bien entendu,
05:45on parle encore, en fait, d'une potentielle baisse des taux.
05:47Donc, d'un environnement monétaire qui est très vigilant sur l'inflation,
05:51qui a peur des effets de second tour,
05:54mais si la perspective devient, s'accrédite,
05:57la perspective d'une fin rapide du conflit et d'une détente
06:01à la fois des prix du pétrole,
06:03alors à ce moment-là, on pourrait éviter, effectivement,
06:05un resserrement monétaire.
06:07Et d'autre part, et ça c'est important, je conclurai là-dessus, pardon,
06:10les anticipations d'inflation de moyen terme,
06:13elles ne bougent pas, et ça, ça rassure plutôt les banquiers centraux.
06:15– Dans ce contexte, il faudra bien sûr suivre l'audition de Kevin Warch,
06:18ça sera mardi prochain au Sénat,
06:20puisque ça y est, on a enfin eu une date concernant l'audition de Kevin Warch,
06:24qui doit remplacer Jérôme Powell à la tête de la Fed
06:27à la fin du premier semestre.
06:29Nous parlons bien sûr de ce sujet avec Romain Aumont dans une demi-heure,
06:32avec Natixis de Natixis et Claudia Panséry de UBS.
06:36Merci beaucoup de nous avoir accompagnés ce matin, Patrice Gautry,
06:39depuis Genève, depuis Lyon, non bancaire privé,
06:41où vous êtes chef économiste.
06:42– Sous-titrage Société Radio-Canada
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