00:00Il est 7h46 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité ce matin avec Raphaël Legendre,
00:05c'est Philippe Brun, député PS de l'heure, vice-président de la commission des finances de l'Assemblée Nationale.
00:09Bonjour, les débats reprennent ce mardi dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale sur le projet de loi de finances.
00:14Vous aviez une réunion hier à Bercy, qu'est-ce qu'il en est ressorti ?
00:18Écoutez, il y a un nombre de groupes qui souhaitent qu'un compromis soit trouvé sur le budget de la nation
00:24et la ministre des Comptes Publics a fait part d'un certain nombre de propositions
00:29qu'elles semblaient être consensuelles pour essayer de trouver un accord d'ici la fin du mois de janvier.
00:35Aujourd'hui, il n'y a pas d'accord signé, bien sûr, et on a fait part d'ailleurs d'un certain nombre de divergences,
00:40y compris encore sur la copie finale.
00:43Ce que je peux vous dire, puisque c'est sorti déjà dans la presse,
00:46c'est que le gouvernement souhaite évidemment revenir sous les 5%, nous aussi,
00:50et tous les groupes qui étaient représentés souhaitent qu'on ait une copie qui soit au moins à 5%,
00:55si possible même en dessous, pour avoir un niveau de déficit soutenable.
00:59La copie qui sortait du Sénat avec un déficit à 5,3, en vérité d'ailleurs si on recalcule si c'était 5,4,
01:04parce qu'il y a eu beaucoup de gribouilles dans les amendements qui ont été adoptés,
01:07c'est inacceptable.
01:08Donc d'abord à 5.
01:09Ensuite, pour arriver à 5, comment il faut faire ?
01:12Il faut faire sert des économies, il faut aussi un niveau de recettes supérieur.
01:15Et donc la ministre a dit qu'il fallait s'attendre à une surtaxe sur les grandes entreprises,
01:19qui soit entre 6 et 8 milliards, afin de faire entrer les drodons dans la valise.
01:24Et puis on a discuté de beaucoup de mesures techniques, ministère par ministère,
01:29je pense que les éditeurs de BFM Business n'ont pas forcément envie de l'entendre.
01:33Mais voilà, en gros il y a des discussions là pour à la fois avoir un niveau de fiscalité
01:37qui permette de descendre en dessous des 5% et dans le même temps garantir un certain nombre de services publics.
01:43Nos priorités à nous les socialistes, ce n'est pas la question fiscale,
01:47puisque de toute façon on ne peut pas discuter de tous les impôts aujourd'hui,
01:50au raison de la règle de l'entonnoir.
01:52Et donc on ne peut discuter que des impôts qui sont encore en discussion dans le texte initial du gouvernement.
01:56Notre priorité à nous, c'est 4 choses.
01:58Un, le pouvoir d'achat, la prime d'activité, qui est réduite, vous le savez, dans le budget qui est proposé par Sébastien Lecornu.
02:05On souhaite qu'il y ait un coup de pouce qui soit donné à tous les gens qui travaillent.
02:07La prime d'activité, ça récompense les gens qui travaillent, plutôt que des gens qui restent chez eux.
02:12C'est 10 milliards d'euros, la prime d'activité.
02:14Il y a même 11 milliards d'euros, le gouvernement veut freiner la prime d'activité.
02:18Donc on pense que c'est très injuste parce que c'est des gens qui bossent.
02:21Et on a un problème de consommation qui est en train d'être réglé,
02:24puisque nous avons des bonnes nouvelles ce matin sur la consommation.
02:26Mais on pense qu'il faut aider la consommation.
02:29Deuxième priorité, c'est le logement, un certain nombre de trains de mesures qu'on veut faire adopter.
02:33Troisième priorité pour nous, c'est la question de l'éducation nationale.
02:38On souhaite maintenir un certain nombre de postes pour éviter les fermetures de classes.
02:414 000 ?
02:42En milieu rural, oui, 4 000 pour le permettre.
02:46Et puis enfin, les crédits de l'écologie pour mettre l'investissement,
02:50notamment les routes, les réseaux d'eau, les infrastructures.
02:53On a une copie qui est sortie de la Commission des finances.
02:56Vous êtes vice-président de la Commission des finances à l'Assemblée nationale,
02:58à 5,6% de déficit.
03:01C'est-à-dire que ça a dégradé par rapport au cela.
03:035,7%.
03:04Et même 5,7%.
03:05La semaine dernière, vous aviez demandé à la précédente réunion à Bercy,
03:097 milliards de dépenses supplémentaires, alors qu'on doit trouver 12 à 15 milliards d'efforts.
03:16L'ensemble des mesures que vous souhaitez défendre ici,
03:18je reprends pouvoir d'achat, augmentation de la prime d'activité,
03:20des mesures sur le logement, l'éducation nationale, l'écologie,
03:23représentent des dépenses supplémentaires de combien ?
03:26Je ne peux pas vous le dire.
03:29En tout cas...
03:30Ah ben c'est embêtant.
03:30Non, mais il y a une partie d'ailleurs qui sont déjà dans le texte discuté au Sénat,
03:36notamment sur le logement.
03:37Il y a eu des amendements qui ont été adoptés par le Sénat et par l'Assemblée nationale.
03:42Ce qui est important, c'est qu'on arrive à boucler tout cela avec un déficit à 5%.
03:46Donc c'est ce qui est déjà assez positif, c'est qu'il y a un accord...
03:49Oui, mais si vous chiffrez pas les dépenses, c'est compliqué de revenir au 5%.
03:52Je peux vous les chiffrer si vous le souhaitez.
03:54Donc l'éducation nationale...
03:55Est-ce qu'on est toujours aux 7 milliards ? Est-ce qu'on est en-dessus ou au-dessous ?
03:57On a quatre grandes priorités.
03:59Ensuite, il y a plein de petites choses.
04:01C'est-à-dire qu'il y a ce qu'on vous dit médiatiquement.
04:03Après, par exemple, on a une discussion en ce moment sur les crédits d'émissions locales.
04:07On a des discussions sur crédits de telle ou telle politique publique.
04:11Ce que je dis, c'est qu'il y a quatre grandes priorités.
04:12C'est que les quatre sujets qui, pour nous, sont très importants.
04:14Donc l'éducation nationale, on peut les chiffrer ensemble.
04:16Mais vous y croyez qu'à la fin, ça va fonctionner ?
04:19Ou vous dites vous-même, il y en a marre, allons-y, faisons un 43-3 ou passons par ordonnance ?
04:24On va y arriver ou on revient sans arrêt à zéro ?
04:27Moi, je pense qu'on peut y arriver.
04:29La difficulté qu'on a eue jusqu'ici, c'est qu'il y a une coalition du pire qui s'est réunie.
04:35Une coalition du pire, elle comprend le RN, LFI et malheureusement Bruno Retailleau au Sénat.
04:39Moi, j'ai la conviction qu'on pouvait aboutir avant même la fin de l'année 2025.
04:43On avait un accord qui était possible, comme ils sont mixtes paritaires.
04:45Ce que disait Philippe Juvin, qu'il a manqué quelques jours seulement pour trouver un accord.
04:49Il a raison.
04:50Au moment de la CMP.
04:50Il a raison, c'était possible parce que ceux qu'on a aujourd'hui, on les avait déjà.
04:54Vous-même qui suivez des finances publiques de très près,
04:56c'est un débat qui maintenant a le dur désir de durer, pour prendre le mot de Paul-Éluard.
05:01Il est temps que ça aboutisse.
05:02On connaît tous les paramètres.
05:04Il y a besoin d'avoir un budget pour la France.
05:05Les agriculteurs aujourd'hui manifestent.
05:08Il faut qu'on arrive à débloquer les 300 millions d'euros qu'on leur a promis.
05:10Bref, il faut qu'on arrive à aboutir.
05:12Un budget qui n'est évidemment pas un budget socialiste,
05:14qui n'est évidemment pas un budget de gauche.
05:16Donc vous êtes capable d'adopter un budget, de ne pas censurer,
05:20d'avaler des couleufs pour dire qu'on avance un peu ?
05:22Vous êtes capable de faire ça aux partis socialistes ?
05:24Oui, en tout cas, nous, notre ligne, elle est claire,
05:26c'est que, on l'a fait l'année dernière, Dave,
05:28c'est qu'on censurera que si les intérêts fondamentaux
05:30des classes populaires et des classes moyennes sont mis en cause.
05:33Vous pouvez dire ça à n'importe quel moment ?
05:35Oui, alors si vous voulez, si on touche au pouvoir d'achat,
05:38l'activité, c'est donc pour nous très important, on censurera.
05:41Si on remet en place l'année blanche, on censurera.
05:45En vérité, cette ligne rouge pour nous,
05:48c'est les intérêts des classes populaires et des classes moyennes.
05:51Et donc, si on arrive à obtenir suffisamment de choses pour à la fois
05:53les services publics, le pouvoir d'achat,
05:56alors oui, il y a un chemin pour que le budget puisse être adopté
05:59avec notre application.
06:00Comment on le finance ?
06:01Si on est à 5,7% de déficit en sortie de la commission des finances,
06:05ça veut dire qu'il faut trouver 20 milliards d'euros.
06:08Et là, vous rajoutez des dépenses supplémentaires.
06:10Donc, comment on les finance ?
06:12Je vous expliquez.
06:12Quelles sont les mesures en recettes que vous avez défendues ?
06:14Les 5,7% on y est arrivé parce que toutes les mesures de recettes
06:16ont été supprimées par amendement.
06:17On arrive au bout d'une logique.
06:21C'est-à-dire que, comme chacun s'attend en vérité à un 49,3,
06:25chacun s'y attend, notamment dans le bloc central,
06:27personne ne fait d'effort dans les votes.
06:29C'est-à-dire qu'on a des votes incohérents.
06:31Je rappelle que dans la même heure à la commission des finances,
06:34ils ont supprimé la surtaxe sur les grandes entreprises.
06:36Oui.
06:37Et dans le même temps, ils ont adopté mon amendement
06:39qui rétablissait l'ISF.
06:41Donc, on a à la fois rétabli l'ISF dans la même heure
06:43et supprimé la surtaxe.
06:45Ce que vous nous dites, c'est qu'il ne faut pas écouter les discussions à l'Assemblée
06:48et qu'en réalité, ça se passe à Bercy.
06:49La difficulté, c'est qu'on a l'impression, nous en tout cas,
06:51d'être un peu les seuls à essayer d'être cohérents et responsables dans cette affaire.
06:55Et puis, il y a une fatigue.
06:58C'est-à-dire qu'on voit bien qu'on a des problèmes de présence,
06:59y compris dans l'émicycle, en commission.
07:03En réalité, tout le monde en a marre du débat budgétaire aujourd'hui.
07:05Donc, il y a une volonté maintenant d'aboutir.
07:08Je crois qu'on peut y arriver.
07:08Si la copie est mauvaise, nous censurerons, a prévenu Olivier Faure.
07:12Une censure est-elle possible ?
07:14Bien sûr, elle est possible.
07:14Je vous le dis, si on a un budget qui touche le pouvoir d'achat,
07:19qui retire des professeurs devant les élèves,
07:23qui sacrifie l'investissement, notamment dans l'écologie et dans les infrastructures,
07:29on n'aura pas de difficulté à censurer.
07:31Évidemment, il faut faire une balance entre le coût et les bénéfices.
07:33Le coût de la censure pour l'économie, on le connaît, il est documenté.
07:37Et le coût de la non-censure d'un budget qui réduirait considérablement l'investissement,
07:43portera atteinte aux intérêts des entreprises,
07:45portera atteinte aux classes populaires et aux classes moyennes.
07:47Il faut donc faire cette balance entre les deux.
07:49Pour 2027, le MEDEF soutiendra les décideurs politiques qui comprennent l'économie.
07:52Est-ce que vous pensez en faire partie ?
07:54Je le crois, oui.
07:55Ils dénoncent des bonimenteurs qui remettent tout à deux mains.
07:58Parle de qui ?
08:00Oui, bon, après, je ne suis pas certain que le MEDEF soit l'organisation
08:03la plus responsable de ce pays quand on voit l'échec du conclave sur les retraites.
08:08Il faut quand même se rendre compte que si ce conclave avait été réussi,
08:12si le MEDEF avait fait preuve de responsabilité,
08:14on n'en serait sans doute pas là aujourd'hui.
08:16Probablement qu'il y aurait eu davantage de stabilité par la suite.
08:19On aurait peut-être commencé à régler la question des retraites
08:21qu'on a dû repousser à 2027 en raison de l'échec de ce conclave
08:25que le MEDEF balaie aussi devant sa porte.
08:27Merci beaucoup Philippe Rhin d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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