00:00Face à Amel Lechypre, c'est Raphaël Legendre aujourd'hui.
00:03Bercy veut geler le barème sur les réductions de cotisations.
00:06Objectif c'est éviter un gonflement automatique de 2 milliards d'euros
00:09qui serait lié à l'augmentation du SMIC.
00:11Les organisations patronales tentent de se faire entendre.
00:14Ça paraît assez plié.
00:15La question de ce matin, allègement de charges, stop ou encore ?
00:19Emmanuel.
00:20Je pense qu'il faut reprendre un petit peu de hauteur
00:23si on veut avoir des chances d'infléchir les trajectoires du déclin économique de ce pays
00:29et considérer que face à ce déclin, il n'y a qu'une seule conclusion possible.
00:34Pas un euro d'effort ne doit être demandé aujourd'hui aux entreprises.
00:40Pas un euro d'effort en net.
00:42Alors après évidemment, s'il y a d'autres curseurs qui bougent,
00:44mais demander aux entreprises un effort aujourd'hui, c'est impossible.
00:48C'est la vampirisation des entreprises par l'État
00:51qui est à l'origine de quasiment tout le déclin de l'industrie et de l'économie française.
00:57Alors on évoque souvent les normes, la difficulté des normes,
00:59mais regardez à l'étranger en fait.
01:01Quand vous discutez avec des patrons allemands ou avec des patrons italiens,
01:03ils vous disent « bah non, chez nous aussi c'est l'enfer ».
01:05C'est bien ce surpoids de cotisations et d'impôts
01:09qui est à l'origine des difficultés de nos entreprises.
01:12Donc il faut arrêter de dire que les allègements de charges sont des cadeaux,
01:16ce sont des béquilles les allègements de charges.
01:19On a aujourd'hui, sans ces allègements, un coût du travail qui augmenterait.
01:24Les marges des PME, vous avez vu ce que ça donne,
01:27donc je veux bien qu'il y ait quelques entreprises du CAC 40 qui encore une fois les moyens,
01:30mais là on voit l'explosion des faillites, la détérioration des trésoreries, etc.
01:34C'est quand même une situation très compliquée.
01:37Vous voyez bien que quand le chômage remonte,
01:40c'est quand même pas le meilleur moment pour alourdir le coût du travail,
01:43et notamment sur les populations qui sont aujourd'hui les plus fragiles.
01:47Donc non, il n'y a pas de négociations possibles.
01:50Moi je suis totalement contre une réduction des allègements de charges.
01:55– Raphaël Lejean, on parle de gel, du barème, c'est ça dont on parle.
01:59– Évidemment.
01:59– Oui mais c'est une autre…
02:00– Oui, c'est une désindexation.
02:03– Arrêtez avec votre jargon.
02:04– C'est un allourdissement concrètement du coût du travail.
02:09– Raphaël.
02:10– Le premier redressement, moi je ne suis absolument pas d'accord,
02:12le premier des redressements à mener dans ce pays,
02:16c'est celui de nos comptes publics,
02:17c'est celui des finances publiques qui sont partis à volo depuis plus de 50 ans.
02:21Et donc ce qu'il faut d'abord et avant tout,
02:23c'est retrouver un niveau de déficit qui nous permette d'arrêter d'augmenter notre dette.
02:27On voit les taux qui explosent en ce moment,
02:30ça va nous coûter une fortune d'ici 10 ans,
02:33ça va être 30 milliards d'intérêts en plus.
02:35Donc d'abord et avant tout, arrêter cette fuite permanente
02:39qui est celle du déficit et de la dette.
02:42Et par un euro d'effort sur les entreprises,
02:44malheureusement ce ne sera pas possible, cher Emmanuel.
02:46On a 120 milliards d'euros d'effort à trouver d'ici 2030,
02:50uniquement pour stabiliser la dette,
02:53uniquement pour stabiliser la dette.
02:55Bon, là, qu'est-ce qu'on nous demande ?
02:57C'est 2 milliards d'effort sur les allègements de charges.
03:00Des allègements de charges, c'était 20 milliards en 2014 avant le CICE,
03:05c'est plus de 80 milliards aujourd'hui.
03:0720 milliards il y a 10 ans, 80 milliards aujourd'hui.
03:10Ça a pris 30 milliards en 5 ans seulement.
03:14Pourquoi ? Parce qu'on a ce mécanisme diabolique d'indexation sur l'inflation,
03:20ce qui fait que comme le SMIC, dès que le SMIC augmente,
03:23et c'est une à deux augmentations par an depuis la crise Covid,
03:28ça fait augmenter l'ensemble du barème qui court jusqu'à 3 SMIC.
03:32Ça veut dire que là, si on augmente le barème de 2,5,
03:37comme on va augmenter le SMIC,
03:39ceux qui sont payés à 5 500 euros bruts,
03:42ça fait plus de 100 euros de cotisation patronale,
03:44en plus uniquement pour les entreprises,
03:46sans qu'elles augmentent le salaire et sans que le salarié ne touche rien.
03:51D'où Roland Lescure qui dit « si vous augmentez les salaires, je veux bien regarder ».
03:54Après, il ne faut pas exagérer non plus,
03:55parce qu'on parle d'effet d'aubaine incroyable pour les entreprises, etc.
03:58L'entreprise, elle paye 5 500 euros,
04:00elle a 100 balles d'allègements supplémentaires,
04:03ce n'est pas le bout du monde.
04:04Je refuse, et franchement, Roland Lescure, ce n'est pas bien ce qu'il fait.
04:07Quand il explique que les entreprises vont toucher des aides supplémentaires,
04:11il reprend mot pour mot le rapport du sénateur communiste Fabien Guay,
04:18qui avait mis le feu aux poudres en parlant de 211 milliards de cadeaux aux entreprises.
04:22Les allègements de charges, ce ne sont pas des cadeaux aux entreprises,
04:26ce ne sont pas des aides aux entreprises,
04:28c'est du soutien à l'emploi,
04:29c'est simplement une compensation d'une surfiscalité qui explose en France.
04:33Les entreprises sont les plus taxées des entreprises françaises,
04:36sont les plus taxées d'Europe.
04:37Le travail est trop cher.
04:39Évidemment que le travail est beaucoup trop taxé en France,
04:42mais pardon, on a 120 milliards d'efforts à trouver pour redresser la barre.
04:46Encore une fois, c'est uniquement pour stabiliser la dette,
04:48ce n'est pas pour la faire baisser.
04:50Et donc, évidemment que les entreprises vont devoir participer,
04:54elles le font déjà,
04:55c'est elles qui permettent chaque année de réduire le déficit.
04:58Ce ne sont pas les efforts en dépense de l'État.
05:01Mais Emmanuel dit qu'il ne faut pas toucher aux entreprises.
05:042 milliards de gel, pardon,
05:05mais il n'y a aucune raison que l'ensemble du gel des allègements de charges
05:10prenne 2 milliards quand on augmente le SMIC de 2,45.
05:13Mais c'est le système qu'il faut changer.
05:15C'est l'indexation des allègements généraux qu'il faut supprimer.
05:18Surtout, vous voulez supprimer surtout, même sur le SMIC.
05:20Y compris sur le SMIC.
05:22Mais finalement, Raphaël, il ne dit pas quelque chose de très différent.
05:25Il a l'air de vouloir dire qu'il est contre,
05:27mais en fait, la réalité, c'est qu'on voit bien les effets délétères
05:30que tout ça va avoir.
05:31Vous avez encore une fois, de facto, une augmentation du coût du travail
05:34sur les personnes qui sont aujourd'hui les plus fragiles
05:37et dont le coût du travail est déjà le plus élevé
05:39par rapport à nos concurrents.
05:41Et donc, on voit bien les effets désastreux
05:43que tout ça va avoir sur l'emploi
05:45parce que les entreprises, de toute façon, vous avez raison.
05:47Dès l'instant où vous augmentez le SMIC,
05:50vous avez des pressions sur tous les salaires
05:52au niveau des échelons, des quelques échelons supérieurs.
05:56Donc, vous voyez bien que tout ça va se traduire
05:58par une augmentation du coût du travail.
05:59Il y a un effet de ciseau aujourd'hui, je suis désolé.
06:02Baisse des profits, augmentation du coût du travail.
06:04Il ne faut pas s'étonner après qu'on va perdre finalement
06:07tout le bénéfice de tout ce qui avait été fait
06:10en matière de redressement du marché du travail depuis 2017.
06:14Et on finira d'enterrer, et on finira d'enterrer...
06:17Le macronisme.
06:18Le macronisme, exactement.
06:20Voilà, donc, on ne peut pas continuer comme ça.
06:23Alors, moi, je veux bien.
06:24Et là où je concède le point, Raphaël,
06:26c'est que politiquement, il a raison.
06:27C'est-à-dire qu'on ne peut pas ne pas demander d'effort aux entreprises.
06:30Mais il y a sans doute des façons un peu plus intelligentes de le faire.
Commentaires