Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 20 minutes
Ce vendredi 3 avril, la réaction des Français face à la flambée des prix des carburants et les raisons de cette résignation actuelle ont été abordées par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Face à Mme Lechypre, c'est Raphaël Lejeune d'aujourd'hui.
00:02Alors on ne va pas souhaiter le retour des Gilets jaunes, on n'en est pas là sur cette antenne,
00:06mais quand même cette question, est-ce que les Français sont prêts à encaisser le choc du carburant ?
00:10Il n'y a que chez Total Energy, il y a des routiers qui sont mécontents,
00:12mais il n'en voit personne sur les ronds-points, alors qu'il faut se rappeler quand même qu'en
00:162018,
00:16le gazole était beaucoup plus bas et il avait provoqué des mécontentements.
00:21Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que vous avez l'impression que les Français sont résignés, Mme
00:25Lechypre ?
00:26Alors oui, en partie parce qu'il y a un ingrédient qui manque par rapport à 2018, c'est la
00:33colère.
00:34Et la colère, elle n'est pas là pour deux raisons.
00:37La première raison, c'est que cette crise des Gilets jaunes, ce n'est pas seulement une crise des carburants,
00:42c'était une crise d'acharnement de l'État contre les automobilistes.
00:47Il y avait la baisse de la vitesse aussi.
00:48Il y avait les 80 km heure, il y avait la réforme du contrôle technique, il y avait le surcoût
00:57de la carte grise,
00:58enfin bref, les automobilistes, il y avait, rappelez-vous, l'accès au centre-ville, les ZFE, etc.
01:02Bref, les automobilistes, ils avaient l'impression d'en prendre plein la figure et c'était à un certain modèle
01:07français qu'on s'attaquait.
01:08Et puis, il y a un autre ingrédient pour lesquels la colère n'était pas là,
01:12c'est que le climat social, c'est toujours un arbitrage permanent entre la peur et la colère.
01:18Et en 2018, comme dans toutes les périodes où les Français se sont lancés dans des grands mouvements de colère,
01:25la situation économique est plutôt bonne.
01:28Aujourd'hui, ils ont plutôt l'impression d'être effectivement dans une situation économique angoissante
01:33et donc on est plutôt dans un arbitrage, un mouvement de balancier qui va plutôt vers la peur.
01:39Et puis, surtout, là où ils sont résignés, c'est qu'en fait, ils se disent, mais quoi qu'il
01:45se passe,
01:46on a finalement un niveau de vie qui, effectivement, n'augmente pas beaucoup, mais qui ne baisse pas beaucoup non
01:52plus.
01:52Je veux dire, si vous regardez quand même toutes les crises qu'on a traversées au cours des dernières années,
01:56depuis le Covid, la guerre en Ukraine, la vague d'inflation, etc.,
02:00le pouvoir d'achat des Français, il a continué à augmenter.
02:03Mais vous voulez dire que les Français sont finalement contents d'être en France ?
02:06Ils sont contents d'être en France, mais ils ne sont pas assez conscients d'être en France
02:11parce que, regardez, même quand les prix de l'énergie ont flambé,
02:16finalement, leur niveau de vie n'a pas beaucoup baissé.
02:18Pourquoi ? Parce qu'ils ne se rendent pas compte la facture de gaz et d'électricité
02:22qu'ils auraient dû payer si on n'avait pas mis en place ces fameux boucliers.
02:25S'ils étaient britanniques, par exemple.
02:26Ça, ils ont oublié. Par contre, reste la facture.
02:29Alors, est-ce qu'ils en sont quand même, Raphaël,
02:31les Français à être convertis à la discipline budgétaire ?
02:33Alors, on n'ira pas jusque-là quand même.
02:36Il y avait un sondage pour BFM TV, d'ailleurs, un sondage Elab, si je ne m'abuse,
02:43début mars, le 11 mars.
02:45Seulement 28% des Français estimaient que les finances,
02:48que l'État n'avait pas les finances nécessaires pour distribuer des chèques à tout le monde.
02:53Ça laisse quand même quasiment les trois quarts des Français qui pensent qu'on l'a.
02:56Donc, on voit qu'il y a encore un petit peu de boulot sur l'éducation financière.
03:00Après, pour compléter ce que disait Emmanuel,
03:01je pense qu'effectivement, si on n'a pas les gilets jaunes autour des ronds-points-là...
03:04Alors, il y a l'histoire de la voiture.
03:06On attaquait la liberté à l'époque, effectivement.
03:09Et c'était l'État qui emmerdait les Français.
03:11Référence pompidolienne, arrêtez d'emmerder les Français.
03:14Donc, la colère, elle était là.
03:15Le départ de cette crise des gilets jaunes, c'est une révolte fiscale.
03:19C'est d'abord et avant tout la hausse de la taxe carbone
03:24qui avait été extrêmement brutale, très mal préparée
03:27et qui est arrivée 3-4 ans après le ras-le-bol fiscal déjà
03:31qu'on avait connu au début du quinquennat de François Hollande.
03:35C'est donc une crise de l'impôt.
03:36L'impôt, il a baissé de 60 milliards quand même depuis 2017,
03:41dont les deux tiers pour les classes moyennes et les plus modestes
03:46au travers de la taxe d'habitation, de l'impôt sur le revenu, etc.
03:50Donc, on ne vit plus tout à fait la même chose.
03:52Autant il y avait une colère politique dirigée
03:54contre l'État central à l'époque,
03:56autant aujourd'hui, c'est un choc exogène, purement économique.
04:01Toute l'Europe est concernée.
04:03Et encore une fois, on est d'abord qu'au début de la crise.
04:07On verra si ça dure plusieurs mois.
04:09Peut-être que ça risque de chauffer un peu plus.
04:11Mais la colère n'est pas politique.
04:12On est sur un sentiment économique.
04:15Et moi, je pense qu'une majorité de Français
04:18peuvent arbitrer quand même,
04:19payer, même si c'est 40, 50, 60 euros en plus,
04:22pour le mois, pour leur déplacement.
04:24On annonce des bouchons massifs.
04:26Là, c'est le week-end de Pâques.
04:28Et tout est rouge pour la sortie entre l'Île-de-France et la région en Alpes.
04:32Est-ce qu'il y a un gain politique ?
04:35Est-ce que finalement, Sébastien Lecornu, il a réussi,
04:37là où François Bayrou, il n'a pas réussi,
04:39c'est-à-dire à faire prendre confiance
04:41qu'il y a un sujet finance publique ?
04:43Alors, il faut reconnaître que ces moments de crise
04:45sont des moments de pédagogie toujours importants.
04:48C'est un moment important de pédagogie
04:51pour la transition écologique.
04:53Regardez le discours qui a été avancé
04:56sur, finalement, l'électrification de la société, etc.
04:59Donc ça, c'est une première vertu.
05:00Et puis, c'est un discours aussi pédagogique
05:02sur la transition financière de l'État.
05:06Et puis, oui, alors, il y a cette idée
05:09qu'effectivement, l'État n'a plus les moyens.
05:11Mais là encore, par rapport à la résignation,
05:13si on se concentre uniquement sur les carburants,
05:15les Français, ils ont vu que les aides aux carburants,
05:18ça n'avait pas non plus changé leur vie précédemment.
05:21Moi, je vous ai parlé tout à l'heure du bouclier gaz et électricité.
05:23Là, oui, ça a changé leur vie.
05:24Parce que quand vous avez eu une facture
05:26qui a augmenté de 15 euros par mois,
05:28alors qu'elle aurait dû augmenter de 150...
05:29– Mais dans les Britanniques, vous avez pris le choc autrement, quand même.
05:31– Absolument, absolument.
05:33Donc, moi, je pense qu'il y a effectivement...
05:36Alors, après, ce qui est quand même dangereux,
05:38c'est que le sentiment d'efficacité de l'État ne s'achète pas.
05:45C'est-à-dire qu'on voit bien que ça n'est pas
05:47parce que l'État a dépensé beaucoup d'argent pour eux...
05:49– Ingratitude totale des Français
05:51vis-à-vis des chèques qu'on a pu distribuer.
05:53– Oui, et en fait, c'est là où on se rend compte
05:54que les politiques...
05:55– Boucher à Valet n'a plus de goût.
05:56– Sans doute que les Français,
05:58ce n'est pas de l'argent qu'ils attendent.
05:59C'est autour de l'autorité de l'État.
06:01Et c'est l'impuissance publique qui les angoisse aujourd'hui
06:04plus que le manque de moyens financiers de l'État.
06:07– C'est plus l'impuissance publique que la dette publique qui les a.
06:09– C'est aussi des perspectives sociales, professionnelles,
06:12que le travail paie plutôt que d'une distribution de chèques, évidemment.
06:15La grande différence, plutôt que de comparer au gilet jaune,
06:18c'est peut-être de comparer avec 2022,
06:20qui est l'année, donc la crise inflationniste ukrainienne,
06:24l'année où on a dépensé le plus,
06:27année électorale, année présidentielle.
06:29Si on a mis près de 8 milliards d'euros en 2022,
06:34c'est aussi peut-être pour des questions un tantinet électoralistes,
06:37et peut-être qu'Emmanuel Macron a beaucoup moins d'enjeux cette année,
06:40donc c'est peut-être aussi pour ça qu'il tient de bon.
06:42On voit que la population en dessous, finalement, ça bouge pas.
06:45– Parce que de toute façon, c'est chèque.
06:46On sait qu'ils ne profiteront à personne.
06:49– Et que ça creuse les déficits et la dette.
06:52– Et en fait, ça ne lui a pas profité tant que ça.
06:54– On voit quand même que les Français sont très attachés aux voitures,
06:57parce que dans le sondage gélable, ils sont prêts à tout,
07:00à faire du télétravail, à baisser le chauffage chez eux,
07:04mais certainement pas à baisser la vitesse.
07:05– Et c'est la liberté.
07:06– C'est le seul truc sur lequel ils ne sont pas d'accord.
07:08– C'est la liberté.
07:09– De rouler vite.
07:10– Alors qu'ils consommeront moins.
07:12– Oui, bon, bref, on va avoir un autre débat.
07:14Emmanuel Lechypre, tout le monde économique…
07:16– Alors, si vous roulez moins vite, il n'y a pas de débat.
07:17Si vous roulez moins vite…
07:18– Oui, vous consommez moins, bien sûr.
07:20Vous ne voulez pas que je vous souhaite votre anniversaire,
07:22vous parlez alors que vous savez que je vais vous le souhaiter.
07:25Tout le monde économique se joint à moi pour vous souhaiter un très bel anniversaire.
07:27– Mais ça me fiche au plus profond de Montiqueur.
07:30– Aujourd'hui, 60 ans de passion pour l'économie.
07:32– Oui, oui.
07:33– Bah oui.
07:34– Allez, on t'en va dire.
07:34– Moi j'espère bien quand même.
07:35– On va le dire.
Commentaires

Recommandations