00:00Face à Mme Lechypre, c'est Raphaël Lejeune d'aujourd'hui.
00:02Alors on ne va pas souhaiter le retour des Gilets jaunes, on n'en est pas là sur cette antenne,
00:06mais quand même cette question, est-ce que les Français sont prêts à encaisser le choc du carburant ?
00:10Il n'y a que chez Total Energy, il y a des routiers qui sont mécontents,
00:12mais il n'en voit personne sur les ronds-points, alors qu'il faut se rappeler quand même qu'en
00:162018,
00:16le gazole était beaucoup plus bas et il avait provoqué des mécontentements.
00:21Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que vous avez l'impression que les Français sont résignés, Mme
00:25Lechypre ?
00:26Alors oui, en partie parce qu'il y a un ingrédient qui manque par rapport à 2018, c'est la
00:33colère.
00:34Et la colère, elle n'est pas là pour deux raisons.
00:37La première raison, c'est que cette crise des Gilets jaunes, ce n'est pas seulement une crise des carburants,
00:42c'était une crise d'acharnement de l'État contre les automobilistes.
00:47Il y avait la baisse de la vitesse aussi.
00:48Il y avait les 80 km heure, il y avait la réforme du contrôle technique, il y avait le surcoût
00:57de la carte grise,
00:58enfin bref, les automobilistes, il y avait, rappelez-vous, l'accès au centre-ville, les ZFE, etc.
01:02Bref, les automobilistes, ils avaient l'impression d'en prendre plein la figure et c'était à un certain modèle
01:07français qu'on s'attaquait.
01:08Et puis, il y a un autre ingrédient pour lesquels la colère n'était pas là,
01:12c'est que le climat social, c'est toujours un arbitrage permanent entre la peur et la colère.
01:18Et en 2018, comme dans toutes les périodes où les Français se sont lancés dans des grands mouvements de colère,
01:25la situation économique est plutôt bonne.
01:28Aujourd'hui, ils ont plutôt l'impression d'être effectivement dans une situation économique angoissante
01:33et donc on est plutôt dans un arbitrage, un mouvement de balancier qui va plutôt vers la peur.
01:39Et puis, surtout, là où ils sont résignés, c'est qu'en fait, ils se disent, mais quoi qu'il
01:45se passe,
01:46on a finalement un niveau de vie qui, effectivement, n'augmente pas beaucoup, mais qui ne baisse pas beaucoup non
01:52plus.
01:52Je veux dire, si vous regardez quand même toutes les crises qu'on a traversées au cours des dernières années,
01:56depuis le Covid, la guerre en Ukraine, la vague d'inflation, etc.,
02:00le pouvoir d'achat des Français, il a continué à augmenter.
02:03Mais vous voulez dire que les Français sont finalement contents d'être en France ?
02:06Ils sont contents d'être en France, mais ils ne sont pas assez conscients d'être en France
02:11parce que, regardez, même quand les prix de l'énergie ont flambé,
02:16finalement, leur niveau de vie n'a pas beaucoup baissé.
02:18Pourquoi ? Parce qu'ils ne se rendent pas compte la facture de gaz et d'électricité
02:22qu'ils auraient dû payer si on n'avait pas mis en place ces fameux boucliers.
02:25S'ils étaient britanniques, par exemple.
02:26Ça, ils ont oublié. Par contre, reste la facture.
02:29Alors, est-ce qu'ils en sont quand même, Raphaël,
02:31les Français à être convertis à la discipline budgétaire ?
02:33Alors, on n'ira pas jusque-là quand même.
02:36Il y avait un sondage pour BFM TV, d'ailleurs, un sondage Elab, si je ne m'abuse,
02:43début mars, le 11 mars.
02:45Seulement 28% des Français estimaient que les finances,
02:48que l'État n'avait pas les finances nécessaires pour distribuer des chèques à tout le monde.
02:53Ça laisse quand même quasiment les trois quarts des Français qui pensent qu'on l'a.
02:56Donc, on voit qu'il y a encore un petit peu de boulot sur l'éducation financière.
03:00Après, pour compléter ce que disait Emmanuel,
03:01je pense qu'effectivement, si on n'a pas les gilets jaunes autour des ronds-points-là...
03:04Alors, il y a l'histoire de la voiture.
03:06On attaquait la liberté à l'époque, effectivement.
03:09Et c'était l'État qui emmerdait les Français.
03:11Référence pompidolienne, arrêtez d'emmerder les Français.
03:14Donc, la colère, elle était là.
03:15Le départ de cette crise des gilets jaunes, c'est une révolte fiscale.
03:19C'est d'abord et avant tout la hausse de la taxe carbone
03:24qui avait été extrêmement brutale, très mal préparée
03:27et qui est arrivée 3-4 ans après le ras-le-bol fiscal déjà
03:31qu'on avait connu au début du quinquennat de François Hollande.
03:35C'est donc une crise de l'impôt.
03:36L'impôt, il a baissé de 60 milliards quand même depuis 2017,
03:41dont les deux tiers pour les classes moyennes et les plus modestes
03:46au travers de la taxe d'habitation, de l'impôt sur le revenu, etc.
03:50Donc, on ne vit plus tout à fait la même chose.
03:52Autant il y avait une colère politique dirigée
03:54contre l'État central à l'époque,
03:56autant aujourd'hui, c'est un choc exogène, purement économique.
04:01Toute l'Europe est concernée.
04:03Et encore une fois, on est d'abord qu'au début de la crise.
04:07On verra si ça dure plusieurs mois.
04:09Peut-être que ça risque de chauffer un peu plus.
04:11Mais la colère n'est pas politique.
04:12On est sur un sentiment économique.
04:15Et moi, je pense qu'une majorité de Français
04:18peuvent arbitrer quand même,
04:19payer, même si c'est 40, 50, 60 euros en plus,
04:22pour le mois, pour leur déplacement.
04:24On annonce des bouchons massifs.
04:26Là, c'est le week-end de Pâques.
04:28Et tout est rouge pour la sortie entre l'Île-de-France et la région en Alpes.
04:32Est-ce qu'il y a un gain politique ?
04:35Est-ce que finalement, Sébastien Lecornu, il a réussi,
04:37là où François Bayrou, il n'a pas réussi,
04:39c'est-à-dire à faire prendre confiance
04:41qu'il y a un sujet finance publique ?
04:43Alors, il faut reconnaître que ces moments de crise
04:45sont des moments de pédagogie toujours importants.
04:48C'est un moment important de pédagogie
04:51pour la transition écologique.
04:53Regardez le discours qui a été avancé
04:56sur, finalement, l'électrification de la société, etc.
04:59Donc ça, c'est une première vertu.
05:00Et puis, c'est un discours aussi pédagogique
05:02sur la transition financière de l'État.
05:06Et puis, oui, alors, il y a cette idée
05:09qu'effectivement, l'État n'a plus les moyens.
05:11Mais là encore, par rapport à la résignation,
05:13si on se concentre uniquement sur les carburants,
05:15les Français, ils ont vu que les aides aux carburants,
05:18ça n'avait pas non plus changé leur vie précédemment.
05:21Moi, je vous ai parlé tout à l'heure du bouclier gaz et électricité.
05:23Là, oui, ça a changé leur vie.
05:24Parce que quand vous avez eu une facture
05:26qui a augmenté de 15 euros par mois,
05:28alors qu'elle aurait dû augmenter de 150...
05:29– Mais dans les Britanniques, vous avez pris le choc autrement, quand même.
05:31– Absolument, absolument.
05:33Donc, moi, je pense qu'il y a effectivement...
05:36Alors, après, ce qui est quand même dangereux,
05:38c'est que le sentiment d'efficacité de l'État ne s'achète pas.
05:45C'est-à-dire qu'on voit bien que ça n'est pas
05:47parce que l'État a dépensé beaucoup d'argent pour eux...
05:49– Ingratitude totale des Français
05:51vis-à-vis des chèques qu'on a pu distribuer.
05:53– Oui, et en fait, c'est là où on se rend compte
05:54que les politiques...
05:55– Boucher à Valet n'a plus de goût.
05:56– Sans doute que les Français,
05:58ce n'est pas de l'argent qu'ils attendent.
05:59C'est autour de l'autorité de l'État.
06:01Et c'est l'impuissance publique qui les angoisse aujourd'hui
06:04plus que le manque de moyens financiers de l'État.
06:07– C'est plus l'impuissance publique que la dette publique qui les a.
06:09– C'est aussi des perspectives sociales, professionnelles,
06:12que le travail paie plutôt que d'une distribution de chèques, évidemment.
06:15La grande différence, plutôt que de comparer au gilet jaune,
06:18c'est peut-être de comparer avec 2022,
06:20qui est l'année, donc la crise inflationniste ukrainienne,
06:24l'année où on a dépensé le plus,
06:27année électorale, année présidentielle.
06:29Si on a mis près de 8 milliards d'euros en 2022,
06:34c'est aussi peut-être pour des questions un tantinet électoralistes,
06:37et peut-être qu'Emmanuel Macron a beaucoup moins d'enjeux cette année,
06:40donc c'est peut-être aussi pour ça qu'il tient de bon.
06:42On voit que la population en dessous, finalement, ça bouge pas.
06:45– Parce que de toute façon, c'est chèque.
06:46On sait qu'ils ne profiteront à personne.
06:49– Et que ça creuse les déficits et la dette.
06:52– Et en fait, ça ne lui a pas profité tant que ça.
06:54– On voit quand même que les Français sont très attachés aux voitures,
06:57parce que dans le sondage gélable, ils sont prêts à tout,
07:00à faire du télétravail, à baisser le chauffage chez eux,
07:04mais certainement pas à baisser la vitesse.
07:05– Et c'est la liberté.
07:06– C'est le seul truc sur lequel ils ne sont pas d'accord.
07:08– C'est la liberté.
07:09– De rouler vite.
07:10– Alors qu'ils consommeront moins.
07:12– Oui, bon, bref, on va avoir un autre débat.
07:14Emmanuel Lechypre, tout le monde économique…
07:16– Alors, si vous roulez moins vite, il n'y a pas de débat.
07:17Si vous roulez moins vite…
07:18– Oui, vous consommez moins, bien sûr.
07:20Vous ne voulez pas que je vous souhaite votre anniversaire,
07:22vous parlez alors que vous savez que je vais vous le souhaiter.
07:25Tout le monde économique se joint à moi pour vous souhaiter un très bel anniversaire.
07:27– Mais ça me fiche au plus profond de Montiqueur.
07:30– Aujourd'hui, 60 ans de passion pour l'économie.
07:32– Oui, oui.
07:33– Bah oui.
07:34– Allez, on t'en va dire.
07:34– Moi j'espère bien quand même.
07:35– On va le dire.
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